Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
La manie de l'interprétation
Pierre Bayard, professeur d'études littéraires à l'Université Paris 8 et psychanalyste, propose dans son livre Hitchcock s'est trompé. (« Hitchcock avait tort ») une réinterprétation complète du film Fenêtre donnant sur la cour (Titre original: Fenêtre arrière) par Alfred Hitchcock. La thèse centrale de Bayard est que Hitchcock s'est trompé dans son chef-d'œuvre et que la solution généralement acceptée au crime — selon laquelle le voisin Lars Thorwald aurait assassiné et démembré sa femme — est totalement fausse. En réalité, le film détourne l'attention d'un crime bien réel.
Il est impossible de croire sérieusement, comme les deux héros du célèbre film d'Hitchcock Fenêtre sur la cour, quand vous voyez la femme, vous pouvez ouvrir la fenêtre des appartements. Mais leur délire d'interprétation n'a pas pour seule conséquence de conduire à accuser un innocent. Le détourne l'attention d'un autre meurtre - bien réel celui-là - qui est commis devant les spectateurs à leur insu et mérite l'ouverture d'une enquête.
Pierre Bayard, Hitchcock s'est trompé., Éd. Minuit, 2023.
Il est impossible de croire sérieusement comment les deux héros du célèbre film d'Hitchcock Fenêtre donnant sur la courElle est persuadée que son voisin a assassiné sa femme puis démembré son corps devant les fenêtres ouvertes d'une trentaine d'appartements. Mais cette interprétation délirante conduit non seulement à accuser un innocent, mais elle détourne également l'attention d'un autre meurtre – bien réel – commis sous les yeux de témoins, à leur insu, et qui mérite une enquête.
Cette citation formule la thèse centrale de la réinterprétation par Bayard de l'œuvre d'Hitchcock. Fenêtre donnant sur la courIl remet fondamentalement en question le postulat du film : Lars Thorwald aurait assassiné sa femme. Selon Bayard, il est invraisemblable qu'un tel crime ait pu se produire aussi ouvertement et sans que personne ne s'en aperçoive, devant tant de témoins. Il diagnostique chez les protagonistes, Jeff et Lisa, un « délire d'interprétation », les amenant à forcer des preuves fragmentaires à entrer dans un récit préconçu, tout en ignorant des événements réels et évidents. Le cœur de sa « critique policière » réside dans l'affirmation que le véritable crime du film est le meurtre du chien, qui se déroule à la vue de tous (y compris du spectateur), mais qui est négligé au profit de l'obsession pour le meurtre humain. C'est là que la méthode de Bayard, qui consiste à exposer l'évidence comme une distraction et à dévoiler ce qui est véritablement caché, apparaît clairement. L'interprétation du film par Bayard peut être décomposée en plusieurs points clés :
Bayard soutient que les preuves contre Thorwald sont extrêmement fragiles et peu fiables. Les agissements de Thorwald, comme le nettoyage de sa salle de bain ou ses sorties nocturnes avec une valise, sont immédiatement interprétés par Jeff (James Stewart) et Lisa (Grace Kelly) comme des preuves de meurtre. Or, Bayard suggère que ces agissements pourraient être interprétés de manière beaucoup plus anodine, comme par exemple la préparation d'un déménagement. Même les prétendus aveux de Thorwald à la fin du film ne convainquent pas Bayard ; il s'agit plutôt d'un malentendu né de l'accusation de Jeff.
Bayard déplace l'attention du film du voyeurisme, auquel il n'attribue qu'une pertinence pathologique mineure pour Jeff, vers une analyse de la paranoïa et de la manie interprétative (délire d'interprétationAu départ, Jeff s'ennuie et commence à inventer une histoire pour rendre la réalité plus palpitante. Sa démarche illustre une interprétation totalisante : une fois l'idée d'un meurtrier ancrée dans son esprit, même les événements les plus insignifiants (comme un chien qui creuse ou une valise qui se ferme) sont intégrés à son système de perception, tandis que toute information contradictoire est complètement ignorée. Bayard perçoit également un mécanisme de projection dans les agissements de Jeff, par lequel celui-ci projette sur Thorwald ses propres peurs et conflits inconscients (notamment sa peur du mariage).
La petite amie de Jeff, Lisa, et son infirmière, Stella, sont entraînées dans cette illusion au fil du film. Bayard qualifie cela de «folie à deux» (illusion collective), dans lequel une personne adopte et façonne le système délirant d'une autre. Il affirme que le film, par sa structure, entraîne subtilement le spectateur dans cette « double paranoïa », de sorte que des millions de spectateurs acceptent sans résistance le postulat absurde.
Pour Bayard, le véritable crime du film n'est pas le meurtre imaginaire de la femme de Thorwald, mais le meurtre bien réel du chien. Ce meurtre, qui a lieu dans le film et que les protagonistes perçoivent avec consternation sans toutefois l'approfondir, passe au second plan car l'attention des personnages et du public est focalisée sur le meurtre humain fictif.
Bayard juge remarquable qu'un réalisateur comme Hitchcock, qui a exploré de manière obsessionnelle le thème de « l'injustement accusé » dans son œuvre, Fenêtre donnant sur la cour Il accuse un innocent et passe sous silence un véritable meurtre. Il suggère que des films ultérieurs d'Hitchcock, tels que Au-dessus des toits de Nice (To Catch a Thief) ou le court métrage Le secret de M. Blanchard Ces films peuvent être considérés comme des « œuvres de rédemption ». Hitchcock y aborde des thèmes similaires d'interprétation erronée ou d'accusation injuste, ce qui pourrait indiquer qu'il nourrissait des doutes inconscients quant à la résolution de ces questions. Fenêtre donnant sur la cour Cela est également corroboré par le concept d’« autonomie des personnages », selon lequel les personnages peuvent évoluer au-delà de l’intention initiale de l’auteur et commettre des actions imprévues, comme dans le cas des propriétaires de chiens.
Cette parodie de Fenêtre sur la cour, réalisé par Hitchcock lui-même au contraire de la plupart des films de la série télévisée, a selon moi le même statut d'œuvre-repentir Quoi La Main au collet. Elle montre comment le cinéaste, au plus profond de lui-même, entratenait des doutes plus ou moins conscients quant à la solution que le film tend à privilégier et les a exprimés dans les œuvres suivantes. Comment expliquer qu'un créateur, surtout aussi averti des questions policières qu'Hitchcock, avait pu commettre une double erreur judiciaire, en ne se contentant pas d'accuser un innocent d'un improbable meurtre, mais en passant complètement à côté du meurtre d'un animal, alors même que son cadavre était présent aux yeux de tous ? L'hypothèse la plus vraisemblable est celle que j'ai défendue dans mes différents essais de critique policière, à savoir l'l'autonomie de la personne.
Pierre Bayard, Hitchcock s'est trompé., Éd. Minuit, 2023.
Cette parodie de Fenêtre sur la cour, qui, contrairement à la plupart des films de la série télévisée, a été réalisé par Hitchcock lui-même, a à mon avis le même statut que Œuvre de repentance comme La Main au colletCela montre comment le cinéaste nourrissait, au fond de lui, des doutes plus ou moins conscients quant à la solution que le film semble privilégier, et comment il a exprimé ces doutes dans ses œuvres ultérieures. Comment expliquer qu'un créateur aussi versé dans les questions criminelles qu'Hitchcock ait commis une double erreur judiciaire, non seulement en accusant un innocent d'un meurtre improbable, mais aussi en passant sous silence le meurtre d'un animal, alors même que sa dépouille était parfaitement visible ? L'hypothèse la plus probable est celle que j'ai défendue dans mes différents essais sur le crime, à savoir que… Autonomie des personnages.
Bayard introduit ici le concept d’« œuvre-repentir » (œuvre de repentir ou d’expiation). Il suggère que des œuvres ultérieures d’Hitchcock, comme le court métrage Le Secret de M. Blanchard (une parodie de Fenêtre donnant sur la cour), pourrait refléter les doutes inconscients du réalisateur quant à la justesse du dénouement de son propre film. Au cœur de cette idée se trouve la thèse récurrente de Bayard sur l'autonomie des personnages. Il soutient que les personnages de fiction peuvent développer une vie propre qui s'étend au-delà de l'intention initiale de l'auteur. Dans le cas de Fenêtre donnant sur la cour Cela signifie-t-il que les propriétaires du chien (qui l'ont tué) agissent de manière si autonome qu'ils commettent un véritable meurtre, que le réalisateur (et le public) ignorent car ils sont obnubilés par le faux meurtre (le crime imaginaire de Thorvald) ? Cette méthode démontre la capacité de Bayard à analyser la dynamique psychologique entre l'auteur et son personnage et à affirmer que les auteurs peuvent être « trompés » par leurs propres créations.
La critique de Bayard
La réinterprétation de Pierre Bayard Fenêtre donnant sur la cour Cet ouvrage s'inscrit dans une série plus longue consacrée à la « critique policière » ou « critique interventionniste ». Cette méthode, concept de critique littéraire développé par Pierre Bayard, consiste à réexaminer des œuvres littéraires ou cinématographiques canoniques afin d'en « corriger » ou d'en questionner les conclusions établies.
Caractéristiques de sa méthode de travail, que l'on retrouve dans Hitchcock s'est trompé. et ses autres livres sont :
Remettre en question les « vérités » établiesDans d'autres œuvres de lui, que ce soit Qui a tué Roger Ackroyd ?, Enquête sur Hamlet, L'Affaire du chien des Baskervilles ou Œdipe n'est pas coupableBayard remet en question la solution généralement admise à une énigme centrale. Il soutient que l'interprétation originale, souvent celle du « détective » ou de l'« auteur » au sein de l'œuvre, est erronée, voire « délirante ».
À la recherche de ce qui est « caché » ou « négligé »Bayard s'intéresse à des détails qui ont été négligés ou mal interprétés par la lecture traditionnelle ou par les personnages de l'œuvre. Fenêtre donnant sur la cour Est-ce le meurtre du chien, dans Qui a tué Roger Ackroyd ? le « Mensonge par omission » du narrateur, dans L'Affaire du chien des Baskervilles la véritable coupable, Béryl Stapleton, qui a mis en scène son mari, et dans Œdipe n'est pas coupable l'innocence d'Œdipe lui-même, Sophocle Œdipe roi Ceci constitue le fondement du complexe d'Œdipe de Freud. Bayard observe que, malgré les nombreuses critiques formulées à l'encontre de la thèse de Freud, rares sont ceux qui ont remis en question la culpabilité réelle d'Œdipe. Il soutient qu'une lecture attentive du texte de Sophocle, à la lumière des apports scientifiques et critiques modernes, jette un doute sur la culpabilité d'Œdipe.
Curieusement, si la cette freudienne a été l'objet de nombreuses critiques, peu de lecteurs à ma connaissance se sont posés la question principale, qui aurait pourtant dû être le préalable à toute discussion sérieuse sur le recours à la pièce de Sophocle comme modèle psychologique : Œdipe est-il bien l'assassin de son père ? Or quand on relit le texte de Sophocle avec un peu d'attention et à la lumière des progrès de la science et de la critique modernes, il est plus que douteux qu'Œdipe ait pu commettre le meurtre dont sur l'accuse et il appareil alors comme indispensable, si l'on est un tant soit peu rigoureuse, de commencer par reprendre l'enquête.
Pierre Bayard, Œdipe n'est pas coupable, Éd. Minuit, 2021.
Étrangement, bien que la thèse de Freud ait été largement critiquée, à ma connaissance, rares sont les lecteurs qui ont posé la question essentielle, celle qui devrait précéder toute discussion sérieuse sur l'utilisation de la pièce de Sophocle comme modèle psychologique : Œdipe est-il réellement le meurtrier de son père ? Or, à la lecture attentive du texte de Sophocle, à la lumière des progrès de la science et de la critique modernes, il est plus que douteux qu'Œdipe ait commis le meurtre dont il est accusé ; il apparaît donc, pour peu qu'on fasse preuve de rigueur, indispensable de reprendre l'enquête à zéro.
Sa méthode exige un réexamen rigoureux de l'affaire afin de mettre au jour des incohérences et des vérités cachées, négligées depuis des millénaires. Cette citation illustre la démarche de Bayard, qui consiste à remettre en question même les mythes et interprétations les plus fondamentaux de la culture et à agir comme un détective littéraire en quête de justice pour les innocents accusés.
Diagnostic de manie interprétativeUn concept clé récurrent est le « délire d'interprétation ». Bayard observe que les personnages (comme Jeff ou Hercule Poirot), mais aussi les critiques et le public lui-même, ont tendance à forcer les preuves à entrer dans un cadre préconçu et à ignorer les informations dissidentes. Il soutient que Freud lui-même a succombé à ce délire dans son interprétation d'Œdipe. Dans le contexte des romans d'Agatha Christie… Le meurtre de Roger Ackroyd Bayard remet en question la culpabilité généralement admise du narrateur, le docteur Sheppard. Il souligne que les admirateurs comme les critiques du roman acceptent sans esprit critique le postulat central de la culpabilité de Sheppard.
Curieusement, les admirateurs du livre comme ses adversaires se rejoignent sur l'essentiel : aussi aucun ne songe à mettre en doute le point le plus important de toute l'affaire, à savoir la culpabilité du docteur Sheppard. Or, avant de se demander s'il est ou non légitime de dissimuler l'assassin derrière le narrateur, il semble préférable de régler cette question préalablement et de se demander si le coupable est bien celui que l'enquête désigne. Tel sera ici notre projet. Nous dégageons de l'opinion admise suivante laquelle le meurtrier serait le docteur Sheppard, et tentant de nous frayer une troisième voie entre l'admiration et la réprobation, nous nous contenterons, n'acceptant aucune affirmation qui ne soit auparavant démontrée, de répondre à la question simple de savoir qui a tué Roger Ackroyd.
Pierre Bayard, Qui a tué Roger Ackroyd ?, Éd. Minuit, 1998.
Étrangement, les admirateurs et les détracteurs du livre s'accordent sur un point : aucun ne remet en question l'aspect le plus crucial de toute cette affaire, à savoir la culpabilité du Dr Sheppard. Cependant, avant d'aborder la question de la légitimité de dissimuler le meurtrier derrière le narrateur, il semble judicieux de clarifier cette question préliminaire et d'examiner si le coupable est bien celui identifié par l'enquête. C'est ce que nous ferons ici. Nous nous écartons de l'opinion généralement admise selon laquelle le Dr Sheppard est le meurtrier et tentons de trouver une troisième voie entre l'admiration et la condamnation. Nous nous contentons de répondre à la simple question de savoir qui a tué Roger Ackroyd et n'acceptons aucune affirmation qui n'ait été préalablement prouvée.
Bayard se présente ici comme un détective qui réexamine l'enquête originale d'Hercule Poirot, qu'il qualifie de « délirante », et en teste la vraisemblance. Sa méthode consiste à n'accepter aucune affirmation qui n'ait été préalablement prouvée, sapant ainsi la logique apparente du roman policier. C'est un exemple parfait de sa démarche visant à déconstruire les « vérités » établies et à inciter le lecteur à une lecture plus critique et indépendante.
Remettre en question la fiabilité du narrateur et la cohérence du texteBayard souligne que les narrateurs sont souvent peu fiables et omettent ou déforment, consciemment ou inconsciemment, des informations importantes. Il soutient que les textes ne sont pas des unités « fermées », mais qu’ils sont « complétés » par l’interprétation subjective du lecteur. Ceci conduit au concept de « livres-écrans » ou de « livres-fantômes », qui sont des projections de nos attentes et de nos fantasmes plutôt que les textes « réels ».
L'autonomie des personnagesPour Bayard, les personnages de fiction ne sont pas de simples « êtres de papier », mais des entités indépendantes qui agissent indépendamment de la volonté de leur créateur et peuvent même commettre des crimes qui échappent à l'attention de l'auteur. Ce sujet est abordé dans L'Affaire du chien des Baskervilles Il apparaît particulièrement clairement où la véritable meurtrière, Béryl Stapleton, trompe Sherlock Holmes et met en scène sa vengeance, sans que Conan Doyle l'ait voulu.
Utilisation des concepts psychanalytiquesBayard intègre fréquemment des concepts freudiens (projection, images mémorielles, ambivalence, culpabilité inconsciente comme le « besoin d’avouer ») ou lacaniens pour éclairer les mécanismes psychologiques de la mauvaise interprétation. Parallèlement, il critique Freud pour sa propre tendance à la « surinterprétation » ou à la « confusion de la vérité ».
Le «double» ou l’ambiguïté de la réalité/des textesSes analyses démontrent comment des événements ou des phrases peuvent avoir des significations multiples, parfois contradictoires. C'est ce qu'on appelle le « discours à double entente ». Qui a tué Roger Ackroyd ? est un parfait exemple de cela.
Ton enjoué et provocateurBayard remet en question les approches critiques conventionnelles par un style souvent ironique et paradoxal. Il invite explicitement le lecteur à interroger ses propres perceptions et à ne pas se laisser aveugler par de prétendues « preuves ».
La citation suivante est extraite de L'Affaire du chien des Baskervilles Bayard développe ici sa thèse la plus radicale : les personnages littéraires ne sont pas de simples « êtres de papier », mais des êtres vivants dotés d’une autonomie propre. Il affirme qu’ils peuvent même commettre des crimes dont l’auteur lui-même n’a pas conscience ou qu’il n’a pas voulu commettre.
Comment Conan Doyle at-il pu se tromper à ce point ? Il lui manquait sans doute, pour résoudre une énigme aussi complexe, les outils de la réflexion contemporaine sur les personnages littéraires. Ceux-ci ne sont pas, comme on le croit trop souvent, des êtres de papier, mais des créatures vivantes, qui mènent dans les livres une existence autonome, allant parfois jusqu'à commettre des meurtres à l'insu de l'auteur. Si l'on mesure cette indépendance, Conan Doyle n'a pas conscience du fait que ses personnages sont disponibles pour être contrôlés et surveillés afin de détecter l'erreur. Cet essai, en engageant une véritable réflexion théorique sur la nature des personnages littéraires, leurs compétences insoupçonnées et les droits qu'ils peuvent revendiquer, se propose donc de rouvrir le dossier du Chien des Baskerville et de résoudre enfin l'enquête inachevée de Sherlock Holmes, permettant par là à la jeune morte de la lande de Dartmoor, errante depuis des siècles dans l'un de ces intermédiaires qui environnent la littérature, de trouver le repos.
Pierre Bayard, L'Affaire du chien des Baskervilles, Éd. Minuit, 2008.
Comment Conan Doyle a-t-il pu se tromper à ce point ? Pour résoudre une énigme aussi complexe, il lui manquait sans doute les outils de la réflexion contemporaine sur les personnages littéraires. Ces derniers ne sont pas, comme on le suppose souvent, de simples êtres de papier, mais des créatures vivantes qui mènent une existence indépendante au sein des livres et commettent parfois même des meurtres à l’insu de l’auteur. N’ayant pas su reconnaître cette indépendance, Conan Doyle n’a pas remarqué que l’un de ses personnages lui avait définitivement échappé et prenait plaisir à induire son détective en erreur. Cet essai, qui propose une véritable réflexion théorique sur la nature des personnages littéraires, leurs capacités insoupçonnées et les droits qu’ils peuvent revendiquer, se propose d’expliquer le cas de… Le Chien des Baskerville rouvrir l'enquête et enfin résoudre l'affaire inachevée de Sherlock Holmes, afin que la jeune femme morte de Dartmoor, qui erre depuis des siècles dans l'un des espaces liminaux de la littérature, puisse enfin trouver la paix.
Dans le cas d Le chien de Baskerville Bayard soutient que Conan Doyle, prisonnier de ses propres conflits psychologiques (notamment sa haine de Sherlock Holmes, le « complexe de Holmes »), n'a pas su déceler qu'un personnage comme Béryl Stapleton avait orchestré le crime et induit Sherlock Holmes en erreur. Il s'agit d'un « meurtre par la littérature », où la réalité est déformée par l'art narratif du véritable meurtrier. Bayard demande donc la réouverture de l'enquête, afin de mener à bien l'investigation inachevée de Holmes et de reposer enfin en paix dans l'un des espaces liminaux de la littérature, celui de la « jeune femme morte de Dartmoor ».
Dans l'ensemble, l'œuvre de Bayard vise à révéler la nature subjective, constructive et souvent inconsciente de la lecture et de l'interprétation. Il montre que nos « lectures » du monde – qu'il s'agisse d'un film, d'un roman ou de la réalité elle-même – sont profondément ancrées dans nos propres « livres intérieurs » et « paradigmes », ce qui conduit souvent à des « erreurs », mais peut aussi révéler de nouvelles significations.
Epilogue
Le livre de Pierre Bayard Hitchcock s'est trompé. Dans l'épilogue, Bayard souligne que le film ne se contente pas de relater le meurtre présumé de l'épouse de Thorwald, mais commet également une « double erreur judiciaire ». Les principaux points sur lesquels Bayard conclut son ouvrage sont les suivants :
Contrairement à l'opinion générale et à la conclusion à laquelle parviennent les personnages du film, Jeff et Lisa, Bayard soutient que Thorwald n'a pas assassiné sa femme. La conclusion de Jeff et Lisa est qualifiée de « construction délirante ».
Bayard révèle que le véritable crime, passé inaperçu dans le film, est le meurtre du chien. Ce crime, commis dans la salle d'audience de la cour et dont le corps était visible de tous, n'a fait l'objet d'aucune enquête, ni de la part des personnages ni de celle des critiques du film.
Bayard interprète le court métrage tardif d'Hitchcock Le Secret de M. Blanchard (Le secret de M. Blanchard) comme une « œuvre-repentir » (une œuvre de repentir). Ce court métrage, lui-même une parodie de La fenêtre donnant sur la cour Cela laisse supposer qu'Hitchcock lui-même nourrissait peut-être de « profonds doutes quant à la solution que le film semble privilégier ». Cela implique qu'Hitchcock a inconsciemment exprimé ses propres doutes quant à la solution présentée dans le film en accusant un innocent (Thorwald) d'un meurtre improbable tout en passant complètement sous silence la mise à mort d'un animal.
Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.