Picaronovel postcolonial : Zied Bakir

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Le voyou nomade

Pourquoi t'as quitté ton pays ? Que fais-tu en France ? T'es là pour les papiers, avoue.

Chaque bille restante, raide comme un macchabée. Ils n'arriveront pas à me destabiliser, j'ai une patience de dromadaire. Donc, pourquoi j'ai quitté mon pays ? Mais pour le quitter voyons. J'ai la claustrophobie des rêveurs. Un si petit pays pour des rêves aussi grands que les miens… Et bien pour vivre dans le monde libre sûr et devenir esclave. Ouais, le monde libre, eux aussi ils sont Vénus pour ça. Le Pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté dans le monde. Slogan général. Et nous nous battrons tous pour la liberté dans le cosmos. S'il n'y a pas de quoi faire mouche, je veux bien être fusillé. Bon, d'accord. D'abord je suis parti sans demander mon reste, tout ce que je voulais c'était partir, et puis me faire naturaliser français pour assurer mes arrières (le nec plus ultra en terme de promotion sociale), puis j'ai été pris à mon propre piège et il a dû trouver une solution radicale, aux Grands maux les grands remèdes, eh bien pourquoi pas légionnaire ? me suis-je dit. J'ai ainsi répondu, grosso modo, en sublimant du mieux que je pouvais.

Zied Bakir, NaturalisationGrasset, 2025.

Pourquoi as-tu quitté ton pays ? Qu'est-ce que tu veux en France, au juste ? Tu es là pour les papiers, avoue-le.

Je reste immobile comme une statue, raide comme un cadavre. Vous ne parviendrez pas à me déstabiliser ; j'ai la patience d'un chameau. Alors, pourquoi ai-je quitté mon pays ? Attendez, le quitter, voyons ! J'ai la claustrophobie des rêveurs. Un si petit pays pour des rêves aussi grands que les miens… Et bien sûr, vivre dans le monde libre et devenir un esclave. Oui, le monde libre, c'est pour ça qu'ils sont venus, n'est-ce pas ? Le pacte vieux de vingt siècles entre la grandeur de la France et la liberté dans le monde. Parole de général. Et nous combattrons tous pour la liberté dans le cosmos. S'il n'y a rien à viser, je me ferai fusiller avec plaisir. Bon, d'accord. D'abord, je suis parti sans demander la permission ; tout ce que je voulais, c'était m'échapper et devenir citoyen français pour avoir un soutien (le summum de l'ascension sociale). Ensuite, je me suis retrouvé pris au piège de mes propres démons et j'ai dû trouver une solution radicale. À grands maux, grands remèdes, alors pourquoi pas devenir légionnaire ? me suis-je dit. Voilà en gros ma réponse, que j'ai sublimée du mieux que j'ai pu.

Naturalisation est un roman sur l'acte de naturalisation qui, pour le narrateur, ne signifie pas l'entrée dans la communauté nationale française, mais en révèle plutôt la façade grotesque. Elyas Z'Beybi, le narrateur à la première personne, raconte son parcours d'un village tunisien à Paris sur un ton dense, épique et d'une gravité satirique, depuis son enfance dans l'ombre du régime autoritaire de Bourguiba jusqu'à ses échecs scolaires, ses frustrations sexuelles, sa tentative de devenir poète et sa lente descente dans la précarité. Naturalisation L'obsession du narrateur pour la citoyenneté révèle un objectif qui semble atteignable en apparence, mais qui demeure intérieurement à jamais hors de portée. Au lieu d'être accepté par la société française, il subit à maintes reprises l'exclusion, l'aliénation et l'humiliation symbolique. Son récit n'est ni une histoire de réussite classique, ni un récit initiatique linéaire. Il retrace plutôt les détours, les sauts et les circonstances d'un marginal postcolonial, un picaro dans une société façonnée par l'immigration.

Alors, qu'est-ce que cela signifie ? Naturalisation Comment ce roman peut-il être interprété comme un roman picaresque postcolonial ? Cet article envisage le texte non seulement comme le récit d’une acculturation ratée, mais aussi comme une réactivation et une transformation d’un modèle littéraire : le roman picaresque, ce narrateur désabusé issu des classes populaires, qui navigue dans un monde fragmenté sans jamais s’y enraciner véritablement. Le roman picaresque s’inscrit dans une longue tradition européenne – de Lazarillo de Tormes à Simplicissimus en passant par Felix Krull – et a simultanément démontré une remarquable capacité d’adaptation aux récits postcoloniaux et migrants. Naturalisation Il combine les éléments de ce modèle avec une analyse radicale du présent : le picaro moderne s’appelle Elyas Z’Beybi, a un smartphone dans sa poche et récite Victor Hugo. Il est un enfant de Bourguiba et un lecteur de Chrétien de Troyes, un réfugié politique des rapports de genre et un poète par nécessité.

La figure du picaro n'est pas figée. Initialement une réponse littéraire aux tensions sociales de l'Espagne du XVIe siècle, le personnage du brigand s'est transformé au fil des siècles en un nomade moderne : un observateur marginalisé qui parcourt le monde pour le saisir à travers le récit. Ce mouvement à travers les espaces sociaux est au cœur de la figure du picaro. Naturalisation Au cœur du village tunisien, Elyas erre depuis la périphérie, traversant salles de classe, amphithéâtres, cafés, préfectures, stations de métro et abris pour mendiants. Le roman lui-même ne suit pas une structure dramatique classique ; il enchaîne épisodes, étapes et monologues, une structure qui rappelle… Simplicissimus ou Gil Blas Il évoque un sentiment de tradition, mais s'en détache par une posture narrative moderne et introspective. Elyas se désigne lui-même comme Z'Beybi – le solitaire qui erre à travers le monde. Cette autodescription ironique reflète la double nature du personnage : d'une part, il représente toutes ces existences déracinées, rejetées, migrantes que produit la France contemporaine ; d'autre part, il est un narrateur conscient, un « scripteur » de sa propre identité. Il traverse non seulement les strates sociales, mais aussi les discours, les langues et les genres. Le picaro classique se nourrit des rapports de force changeants, de la déception que lui inspire chaque nouvelle autorité promettant son aide. Elyas, lui aussi, éprouve cette désillusion : envers l'État, l'éducation, l'amour et la littérature. Mais son récit transforme ce processus en une force productive. En satirant chaque autorité, il en sape la légitimité. Le picaro dans Naturalisation n'est pas simplement une victime, mais un briseur d'ordres.

Sur l'interprétation épisodique de Naturalisation

Le roman picaresque se caractérise généralement par le récit d'un anti-héros évoluant dans un milieu rude et souvent hostile, vivant des aventures, se marginalisant et s'affirmant par sa ruse, son adaptabilité et sa volonté de survivre. Le narrateur, Elyas, remplit presque tous les critères du personnage picaresque classique, notamment ses origines modestes : issu d'un petit village tunisien, il grandit dans la pauvreté et sous un régime patriarcal, et perd son père très jeune. S'ajoute à cela sa marginalité : il n'appartient pas à l'élite, n'est pas un héros, mais un observateur, un « parasite », comme le surnomme Alex, son ami mendiant. Au lieu de l'héroïsme ou de l'ascension sociale, Elyas parvient à intégrer une autre sphère sociale grâce à l'éducation – du moins en apparence. La quête d'un foyer ou d'un sentiment d'appartenance, son intégration dans de nouvelles « familles » (Emmaüs, la Légion étrangère, par exemple) et ses déplacements incessants constituent des motifs centraux. À l'instar du picaro classique, Elyas erre dans différents milieux sociaux, traversant une succession d'étapes – famille, école, université, bureaucratie, prostitution de rue – sans jamais vraiment « arriver ». Enfin, il y a l'élément autobiographique : le récit à la première personne dans Naturalisation Elle s'inscrit fortement dans la lignée de l'autobiographie romancée du roman picaresque : rétrospective et fragmentaire, mais aussi ironique. Elyas décrit son environnement avec le regard aiguisé et désabusé d'un observateur extérieur – tantôt satirique, tantôt mélancolique, toujours introspectif.

La structure de Naturalisation suit un ordre épisodique qui rappelle fortement le roman picaresque classique :

L'enfance au village : la naissance du voyou. Le roman s'ouvre sur des retours en arrière sur l'enfance d'Elyas dans un village tunisien. L'élément picaresque est déjà manifeste : ses origines misérables, son exposition précoce à la violence et au dogme religieux, les rituels grotesques et ridicules du passage à l'âge adulte (comme la circoncision), l'ambivalence de la figure maternelle et le rôle précoce du langage comme refuge. À l'instar du récit picaresque classique, cette enfance n'est pas idéalisée, mais plutôt caractérisée par un regard sceptique, voire cynique, sur les mécanismes sociaux.

Les années d'école et l'ascension sociale par l'éducation : le garnement en élève modèle. Elyas parvient à gravir les échelons sociaux grâce au système éducatif, tout en restant toujours un étranger. La langue française apparaît comme un outil ambivalent : elle permet l'ascension sociale tout en éloignant l'individu de ses origines. Ce double effet rappelle l'impulsion éducative dans Lazarillo de tormes, où l'éducation offre de l'espoir, mais ne garantit en fin de compte pas une place stable dans la société.

Arrivée à Paris : l'entrée dans le grand bal masqué. L'arrivée d'Elyas en France le plonge dans un système opaque de règlements, de symboles et de rejets. La préfecture, le système d'asile, les relations avec les fonctionnaires – tout est décrit sur un ton qui rappelle l'humour absurde et kafkaïen de la littérature picaresque moderne. Elyas est un Gil Blas des temps modernes, dépendant des bureaucrates mais conscient de leurs manœuvres.

L'université et Madame Blanchard : éducation, sexe et farce. Un épisode central est la relation avec Madame Blanchard, une professeure d'université plus âgée qui, d'abord, prend Elyas sous son aile, puis l'exploite sexuellement, et enfin l'abandonne. Cet épisode illustre parfaitement le renversement des rapports de force : Elyas, le subordonné, finit par avoir plus de contrôle sur le récit que la représentante du monde universitaire. Parallèlement, le motif du personnage marginal, à la fois érotique et impuissant, est ici approfondi, à l'instar de… Félix Krull.

La vie dans la rue : la descente aux enfers d'Elyas dans le Paris des rues. Il sombre peu à peu dans la précarité. Il croise des mendiants, des toxicomanes et des travailleurs sans papiers. Le personnage d'Alex, ancien soldat et sans-abri, devient le reflet d'Elyas : tous deux sont des survivants cyniques, cultivés, brisés, mais avec leur propre code moral. Cette amitié rappelle celle des personnages secondaires des romans picaresques classiques, comme l'aveugle dans… guiderLa ville de Paris n'apparaît pas ici comme un centre des Lumières ; Paris est une jungle morale.

Tentatives d'écriture, fantasmes de retour au pays, amours déçues. Inlassablement, Elyas tente de s'imposer comme écrivain. Mais ses manuscrits sont rejetés, ses textes restent incompris. Ses amours, elles aussi, échouent à cause de malentendus, de projections et de distances culturelles. Le picaro devient un conteur postmoderne sans public. L'art de raconter des histoires devient une malédiction et son ultime refuge.

L'échec de la naturalisation. L'acte éponyme, la « naturalisation » proprement dite, demeure un vide symbolique. Le narrateur réussit les épreuves bureaucratiques, mais le sentiment d'appartenance promis ne se concrétise pas. Dans la plus pure tradition du roman picaresque, le dénouement bascule dans la farce. Le narrateur acquiert une certaine compréhension, non une reconnaissance. Ainsi, le texte se refuse à toute finalité : point de but, point de récompense, point de retour au pays.

Ces sections montrent comment Naturalisation Ce récit suit la structure du roman picaresque, tant par son contenu que par sa forme : une succession d’expériences, de retours en arrière et de rencontres, tissée d’une voix oscillant entre moquerie, souffrance et poésie. Dans cette réinterprétation postcoloniale, cependant, le personnage picaresque n’est pas seulement un produit de ses origines ; il devient un acteur littéraire qui trouve sa place dans l’acte même de raconter des histoires.

Accident et tendresse

In Naturalisation Elyas Z'Beybi raconte son histoire, mésaventures comprises – une chronique poétique et d'une ironie tendre, celle d'une vie entre deux mondes, une vie qui ne trouve sa place ni dans son pays d'origine ni dans son pays d'adoption. Le roman repose sur un personnage en décalage avec son époque : un jeune homme à la fois naïf et perspicace, qui s'affirme avec une honnêteté poétique sans jamais parvenir à la victoire. Ce qui fait de lui une figure unique de la littérature française contemporaine : maladroit, plein de contradictions, comique – et pourtant profondément humain. Elyas est un héros du quotidien – ou plutôt un anti-héros dans la tradition picaresque. Mais contrairement au survivant cynique des romans picaresques classiques, Elyas possède une sincérité presque touchante. Il est incapable de froideur stratégique, incapable de mentir, même s'il est constamment contraint d'improviser. Les mésaventures sont son mode de vie – non par stupidité, mais plutôt par une sorte de maladresse morale. Il ne veut rien forcer, pas même l'amour. Sa sexualité est inhibée, son ambition vacillante, ses tentatives d'intégration timides – et pourtant, il ne sombre jamais dans le cynisme. C'est précisément ce qui le rend attachant : Elyas n'est pas un migrant opportuniste, mais un flâneur romantique qui s'émerveille autant de lui-même que de la société dans laquelle il vit. L'humour du roman naît précisément de cette contradiction : un observateur perspicace qui ne se comprend jamais pleinement. Son humour n'est jamais malveillant, il est doux – il se nourrit d'un regard bienveillant porté sur ses propres échecs.

Le roman est ponctué de moments de gêne, de confusion, d'hésitation et d'actions précipitées. Elyas rate des occasions, s'aliène les gens, échoue à ses candidatures, désire des femmes qui le repoussent et se laisse entraîner dans des aventures absurdes par des hommes comme Alex. Ces scènes sont souvent délicieusement comiques – par exemple, lorsqu'en quête de plaisir, il est attiré dans un bordel par un ancien légionnaire ivre, pour ensuite éprouver un sentiment de vide et une gêne presque métaphysique. Mais cette comédie ne se limite jamais à la simple maladresse. Elle possède une certaine tendresse car Elyas n'agit ni par méchanceté ni par vanité ; il est animé par un profond désir d'appartenance et d'amour, à la fois enfantin et sincère. Ses mésaventures ne relèvent pas du burlesque, mais plutôt de la mise à nu : un homme qui se révèle tel qu'il est vraiment – ​​sans défense, vulnérable, toujours un peu trop exposé au monde.

La lune de la lune ne dure jamais. Mes souvenirs sont tarirent et Adeline est disponible maintenant des sauts d'humeur. Elle devenait irritable, se laissait empporter. Un soir, piqué par je ne sais quelle mouche, elle menace d'appeler la police : Je dirai que tu m'as épousée pour tes papiers. Le coup en lingerie de la ceinture. Je ne cachais pas mon enthousiasme à l'idée de me faire naturaliser par le truchement du mariage mais je n'étais pas à proprement parler un escroc sentimental. Je l'apprécieis, nous avions de solides affinités ; Si vous avez un style charmant, vous ne voudriez pas que Rimbaud et Baudelaire soient agréablement surpris lorsque vous goûterez à la musique classique et à l'opéra. Elle vise également Maria Callas, Chopin, Verdi, Bach… Vous pourrez également découvrir Oum Kalthoum, Fayrouz, Warda et d'autres divas du monde arabe que vous pourrez facilement retrouver. En général, j'ai un deuxième enfant, même si j'en suis propriétaire. Maintenir la situation nous échappait. Une triste réalité face à face. Chaque jour, dans une des couleurs, c'est un coup du revers de la main sur la figure. Sa bague s'incruste dans mon œil et je crois devenir borgne. Si tu laisses le reste de ton corps avec peu de coups, tu n'auras pas accès aux traces que tu peux voir ; Lui rendre ses coups aurait provoqué une escalade, m'aurait fait passer du stade de victime à celui de Bourreau. L'explosion est à propos du fil et le fil est déjà autour de mon cou, mais les yeux c'était quand même un peu précieux. Si tu es un psychopathe, tu n'es pas une personne hystérique, mais tu es une personne civilisée et tu veux être juste, tu auras une autre chance, tu le regretteras, tu seras excusé et tu devras t'en préoccuper. Si tu acceptes le mariage, cela signifie que tes chiens représentent l'image dans la vie, et qu'est-ce que c'est ? Continues-tu à vivre à l'hôpital, ce n'est pas possible, tu comprends ? Ce n'est pas possible. Quand je t'ai fait sortir de là-bas, j'ai voulu voir en toi un homme, je me suis trompée : il n'y en avait pas. J'ai ramasse une chiffe. Je ne t'ai pas épousé par charité ou parce que ma chaise réclamait de l'exotisme ou parce que le malsain m'attire, je suis autre chose que cela, autre chose ! Si vous êtes désolée Elyas, ce n'est pas un sanatorium. En plus tu fais semblant de prendre tes médicaments, je le sais. Il faut que tu partes, avait-elle dit en conclusion, par deux fois. Il faut que tu partes, je t'en fournis.

Elle a un visage lumineux et triste. Et c'est là qu'elle a ajouté : je suis désolée pour tes papiers. J'ai failli lui crier que je me fichais de ces papiers de malheur, que je n'en avait pas besoin, moi qui suis un homme libre, un artiste, un poète, un anarchiste, un vrai, etc. C'était décidément un point sensible mais j'ai réussi à me content. Je n'ai rien dit, je suis redevenu muet, sans voix, sans corps, sans rien. Je n'existe presque plus et j'allais disparaître de sa vie. C'était le moment de tourner la page Adeline. Triez votre photo pour mes locataires dans le monde. Le temps était venu d'assumer ses choix et d'avancer seul sur son chemin de croix : d'ailleurs ce mot, choix, si on regarde bien, est-il aussi choisi qu'un mot valise avec dedans, entassés, agglutinés, accouplés, les mots chemin et croix ? Un choix digne de ce nom n'entraîne-t-il pas immanquablement un chemin de croix ? Certains éléments. Je tâchais de me le fixer dans le crâne.

Adeline a également accès au divorce. Choisissez qu'elle rentre avec la diligence de quitter effacer les traces d'un forfait. J'avais choisi de n'opposer aucune résistance, estimant que les torts, si torts il y avait, étaient équitablement partagés, et je suis parti sans demander mon reste.

Les compatriotes de la place Plumereau m'accueillent échange d'une aide au restaurant comprenant principalement les tâches ingrates. Je suis bénévole. Quiconque s'abaisse sera élevé. Le conservateur collégial est montrait compatissant. Mouch mektoub. Les deux autres sont également rigoureux :

Dommage, c'est une femme, ma première femme, la Française, elle est charmante aussi, j'aime mon amour en noir et je pense très fort à Angelina Jolie.

Lorsque la deuxième femme arrive auprès d'Angelina Jolie, elle lance la première.

Toi le puceau, ne parle pas comme ça de ma femme, et c'est pas ma deuxième femme, c'est ma femme, l'autre c'était seulement pour les papelards.

Te fâche pas patron, je plaisantais, elle est plus jolie qu'Angelina Jolie ta femme, Angelina Jolie, c'est même pas halal en plus, hahaha.

Les jours en leur compagnie furent légers et sans tracasseries. Ilse chamaillaient allègrement, plaisantaient volontiers avec les clients. Le refrain Salade Tomate Oignon remplissait la caisse. Pendant les joncs, on fasait la file d'attente devant le resto. Des étudiants, des étrangers, des petites gens et quelques bobos amateurs de harissa. Le patron offre un salaire décent, avec un salon confortable (la chambrette au-dessus du resto). L'énumérationa devant mes les qualités qu'il me trouvait : présentable, connaissant la langue, ponctuelle, propre, organisé… Le gars avait de l'ambition, il n'est pas venu en France pour écrire des livres. Le compté ouvrir d'autres restaurants dès que possible, le secteur se portait très bien, le nom de pauvres augmentait et le commerce du halal avait le vent en poupe. Il est accessible aux personnes en toute confiance. Je l'ai remercié pour ses bonnes intentions tout en estimant que je m'étais déjà assez abaissé comme ça, et qu'il fallait maintenant laisser une chance à la promesse de Jésus. Cela veut dire que je dois le ramener à Paris pour régler une affaire. Affair dont j'ignorais moi-même les locataires et aboutissants.

Zied Bakir, NaturalisationGrasset, 2025.

La lune de miel fut de courte durée. Mes souvenirs s'estompèrent et Adeline commença à avoir des sautes d'humeur. Elle devint irritable et influençable. Un soir, piquée par une mouche, elle menaça d'appeler la police : « Je vais dire que tu m'as épousée pour tes papiers. » Un coup bas. Je ne cachais pas mon enthousiasme pour l'idée d'obtenir la nationalité par le mariage, mais je n'étais pas un escroc sentimental au sens strict du terme. Elle était ravie de mon amour pour Rimbaud et Baudelaire et agréablement surprise de mon intérêt pour la musique classique et l'opéra. Je lui présentai Oum Kalthoum, Fayrouz, Warda et d'autres divas du monde arabe, qu'elle apprécia modérément. En somme, je lui avais offert une seconde jeunesse, comme elle le disait elle-même. La situation dégénéra. Une triste réalité s'imposait. Un jour, dans un accès de rage, elle me gifla violemment. Sa bague se planta dans mon œil et je crus devenir aveugle. Je pouvais supporter qu'elle me frappe à coups de poing tant qu'il n'y avait pas de marques ; si j'avais riposté, la situation aurait dégénéré, je serais passé de victime à bourreau. L'expulsion aurait été l'issue inévitable, et le fil était déjà autour de mon cou, mais mes yeux avaient encore de la valeur. Comme elle n'était ni une psychopathe ni une hystérique en phase terminale, mais une personne civilisée et bien intentionnée, elle a repris ses esprits, a regretté ses accès de colère, s'est excusée et m'a accusé : « Tu me rends folle. J'ai accepté ce mariage pour que tu puisses te remettre sur pied, et qu'est-ce que tu fais ? Tu continues à vivre comme si tu étais à l'hôpital, ce n'est pas possible, tu comprends ? Ce n'est pas possible. Quand je t'ai sorti de là, je voulais voir un homme en toi, je me suis trompée : il n'y en avait pas. J'ai recueilli un clochard. » Je ne t'ai pas épousé par pure bonté d'âme, ni par désir d'exotisme, ni par attirance pour les personnes malsaines. Je suis autre chose, autre chose encore ! Je suis désolée, Elyas, mais… Ce n'est pas un sanatorium. D'ailleurs, je sais que tu fais semblant de prendre tes médicaments. Tu dois partir, répéta-t-elle à deux reprises. Tu dois partir, je t'en supplie.

Elle avait un visage marqué par l'âge et la tristesse. Puis elle ajouta : « Je suis désolée pour vos papiers. » J'ai failli lui crier que je me fichais de ces malheureux papiers, que je n'en avais pas besoin, que j'étais un homme libre, un artiste, un poète, un anarchiste, un vrai, etc. C'était un sujet délicat, c'est certain, mais je suis parvenu à me maîtriser. Je n'ai rien dit ; je suis redevenu silencieux, sans voix, sans corps, sans rien. J'ai presque cessé d'exister et j'allais disparaître de sa vie. Il était temps de tourner la page, Adeline. De quitter sa vie pour entrer dans la mienne. Le moment était venu d'assumer mes décisions et de suivre seul mon propre chemin de souffrance. D'ailleurs, ce mot « choix », si on y regarde de plus près, n'est-il pas autre chose qu'un mot-valise où les mots « chemin » et « croix » sont amputés, collés les uns aux autres ? Un choix digne de ce nom ne conduit-il pas inévitablement à un chemin de souffrance ? Absolument. J'essayais de me le convaincre.

Adeline avait également dit qu'elle s'occuperait du divorce. Elle s'y est employée avec la méticulosité dont on fait preuve lorsqu'on tente de dissimuler un crime. J'ai décidé de ne pas résister, estimant que s'il y avait des torts, ils étaient équitablement répartis, et je suis parti sans poser de questions.

Mes compatriotes de la place Plumereau m'ont bien accueilli lorsque je leur ai donné un coup de main au restaurant, ce qui consistait surtout à faire les tâches ingrates. Je me suis porté volontaire. Qui s'humilie sera exalté. Mon collègue conservateur a eu pitié. Mouch mektoub. L'autre, riant encore :

Dommage, elle n'était pas si mal, ta femme. Moi, ma première femme, la Française, elle n'était pas si charmante ; j'ai fait l'amour avec elle dans le noir et j'ai pensé très intensément à Angelina Jolie.

« Comme si ta deuxième femme ressemblait à Angelina Jolie », rétorqua la première.

Espèce de puceau, ne parle pas de ma femme comme ça, et ce n'est pas ma deuxième femme, c'est ma femme, l'autre c'était juste pour les paparazzis.

Ne vous fâchez pas, patron, je plaisantais, elle est plus jolie qu'Angelina Jolie, votre femme, Angelina Jolie n'est même pas halal, hahaha.

Les journées passées en leur compagnie étaient douces et insouciantes. Ils se chamaillaient gaiement et adoraient plaisanter avec les clients. Le refrain « Salade, tomate, oignon » résonnait dans la caisse. Aux heures de pointe, une file d'attente s'étirait devant le restaurant. Étudiants, étrangers, gens ordinaires et quelques hipsters amateurs de harissa. Le propriétaire m'offrit un salaire correct et un logement de fonction (la petite chambre au-dessus de l'aire de repos). Il énuméra les qualités qu'il voyait en moi : présentable, polyglotte, ponctuel, propre, organisé… Cet homme était ambitieux ; il n'était pas venu en France pour écrire des livres. Il voulait ouvrir d'autres restaurants au plus vite. Le secteur était en plein essor, le nombre de personnes pauvres augmentait et le commerce halal prospérait. Il avait besoin de personnes de confiance. Je le remerciai de ses bonnes intentions, mais je sentais que je m'étais déjà suffisamment humilié et que je devais maintenant donner une chance à la promesse de Jésus. Je lui dis que je devais d'abord retourner à Paris pour régler une affaire. Une affaire dont j'ignorais moi-même les détails.

L'un des traits les plus tragiquement comiques et profonds d'Elyas est son exacerbation de la francophilie. Il est tellement épris de la langue, de la littérature et de la culture françaises qu'il a du mal à se considérer comme un « étranger ». Il récite Hugo, rêve de cafés parisiens, étudie à la Sorbonne, se perd dans la littérature médiévale – et pourtant, il constate que la société dans laquelle il vit ne l'accepte jamais pleinement. Cette identification excessive à la France est à la fois source de comédie et de tragédie. Le parcours scolaire d'Elyas devient un obstacle paradoxal : plus il s'intègre culturellement, plus ses propres origines lui paraissent étrangères – et plus les étiquettes d'étranger auxquelles il est confronté semblent absurdes. La scène où un fonctionnaire français examine avec scepticisme sa demande d'emploi « française » paraît presque grotesque : le migrant est trop bon, trop instruit, trop doué linguistiquement pour être considéré comme ayant besoin d'intégration. Un jugement paradoxal : il n'est pas assez « étranger » pour recevoir de l'aide en tant qu'étranger, et pas assez « français » pour passer pour français. Ce purgatoire absurde décrit Naturalisation avec un mélange de sérieux comique et d'ironie tendre – un ton qui traverse tout le livre et fait d'Elyas une figure littéraire exceptionnelle.

Ce que le roman démontre avec force, c'est le pouvoir politique de la comédie. Les mésaventures d'Elyas possèdent une force subversive. Il déjoue les attentes liées au « narrateur migrant », à « l'étranger noble », à « l'arriviste ». Au lieu de s'engager dans de grands discours, il relate de petits épisodes qui flirtent souvent avec le ridicule – mais c'est précisément pour cette raison qu'ils vont droit au but. La bureaucratie, la violence de la tradition, les humiliations de la migration – rien de tout cela n'est condamné ; tout est présenté sous l'angle de l'incompréhension. Ainsi, Naturalisation Ce roman explore l'incongruité et la beauté de ce qui se trouve entre les deux. Elyas échappe au récit colonial de « l'Arabe docile », aux clichés du migrant sexuellement dangereux et à la mélancolie du sans-abri. Il est là, désorienté, présent, authentique, et par là même, il remet en question toutes les catégories identitaires.

La migration comme un roman picaresque

Le parcours d'Elyas vers la France ne suit pas le récit migratoire classique. Il ne fuit pas seulement la pauvreté ; il fuit le pouvoir symbolique de la tradition, le régime de ses pères, la loi de ses mères. Sa fuite est aussi une fuite vers le langage. Le texte souligne à plusieurs reprises que l'éducation, la lecture et l'écriture représentent simultanément pour lui émancipation et aliénation. Cette ambivalence est essentielle à la compréhension du picaro postcolonial : il veut appartenir, mais sans se conformer. Il veut écrire, mais pas pour le monde universitaire. Il veut aimer, mais sans masques culturels. Arrivé en France, Elyas fait l'expérience de tout le spectre du rejet institutionnel et social : sa relation avec le professeur d'université se termine tragiquement, son séjour en cité reste précaire et ses tentatives de vivre « à la française » tournent à la farce. La naturalisation demeure une promesse vaine. Pourtant, c'est précisément dans cette expérience de l'échec qu'Elyas devient le picaro. La pertinence du roman picaresque dans les contextes postcoloniaux réside précisément là : il permet de parler d'en bas sans rechercher de légitimité morale. Le picaro a le droit de mentir, de voler et de tricher, pourvu qu'il puisse raconter une histoire. Cette éthique de l'ambivalence contraste avec de nombreux discours sur les politiques migratoires qui exigent l'assimilation, le statut de victime ou la volonté de s'intégrer. Naturalisation Cela contredit cette logique. Elyas n'est pas un modèle. Mais il fait entendre sa voix.

Elyas n'est pas un simple personnage de récit ; il est un modèle de pensée. Il incarne une subjectivité qui navigue entre cultures, langues et idéologies. Picaro postcolonial, il est à la fois porteur d'une expérience historique (colonialisme, migration, précarité) et artiste du langage qui la transpose en texte. Le roman demeure constamment ambivalent : Elyas ne trouve pas la rédemption. Son récit n'est pas une thérapie, mais un acte littéraire. En cela, il se distingue des autres œuvres. Naturalisation Cela vaut également pour les romans d'immigration autofictionnels qui privilégient l'authenticité et la cohérence. Le texte refuse au lecteur la catharsis habituelle. Il laisse plutôt un goût de poussière, de bière et de cynisme – l'arôme du picaro moderne.

Le roman Picar comme roman linguistique

Le roman picaresque est toujours aussi un roman de langage. Le personnage marginal est un narrateur, non un héros. Elyas s'inscrit dans ce schéma de manière singulière : sa narration est performative, polyphonique, riche en ironie, en imagerie poétique et en allusions intertextuelles. Il parle « français comme un prolétaire » et cite simultanément Victor Hugo, Chrétien de Troyes ou le mysticisme soufi. Cette hybridité n'est pas fortuite, mais plutôt l'expression d'une situation linguistique postcoloniale : la langue de l'ancien colonisateur est appropriée pour mieux la subvertir. Dans une scène centrale, Elyas rencontre Alex, un clochard et ancien légionnaire imprégné d'un mélange de cynisme et d'érudition. Les deux hommes discutent de littérature, de guerre et de la vie en marge de la société. De cette rencontre apparaît clairement que pour Elyas, raconter des histoires est une pratique esthétique et un acte de survie. Son geste narratif transforme l'exclusion en récit, la précarité en capital poétique. Le langage du roman est imprégné de satire, d'humour et de soudaines touches de lyrisme. Lorsqu'Elyas relate sa première expérience sexuelle avec une prostituée, il ne le fait ni de manière pornographique ni moralisatrice, mais avec un mélange d'autodérision, d'anthropologie et de poésie. Cette diversité stylistique rappelle le ton de Cervantès, qui, lui aussi, jongle entre un langage soutenu et un langage populaire dans son Don Quichotte.

Le langage d'Elyas oscille entre style soutenu, vernaculaire vulgaire, citations littéraires et gestes mystiques. Ce pluralisme stylistique relève moins d'un artifice esthétique que d'un signe d'hybridité postcoloniale : la langue du colonisateur n'est pas simplement adoptée, mais réinterprétée. Le roman picaresque, qui a toujours eu recours au masque, à l'adaptation et au mimétisme, n'utilise pas le langage à des fins de représentation ; il l'utilise à des fins de subversion. Fidèle à la tradition picaresque, Elyas ne parle pas d'une seule voix. Il cite Victor Hugo et Chrétien de Troyes, adaptant des expressions idiomatiques françaises, arabes, argotiques et savantes. Ce style polyphonique rappelle le concept bakhtinien d'« hétéroglossie » – la multiplicité des voix comme caractéristique constitutive du roman picaresque. Ici, le langage est un lieu de résistance : contre l'homogénéisation, contre l'assimilation, contre la représentation extérieure. Dans le même temps, Elyas fait preuve d'une profonde compréhension de la rhétorique du pouvoir. Dans ses dialogues avec les autorités, les universitaires ou les prostituées, il module son ton : tantôt servile, tantôt cynique, tantôt poétique. Cette maîtrise performative du langage est une forme moderne de survie : le picaro peut mentir, mais non tromper ; il doit manipuler son auditoire pour s'affirmer.

Le texte de Naturalisation Il est imprégné de références littéraires, de citations et d'allusions – non seulement aux classiques français, mais aussi au mysticisme oriental, à la littérature migratoire, à la Bible et au Coran. Cette intertextualité témoigne de l'éducation du narrateur et devient elle-même le sujet : Elyas est un « Homo lector », dont la subjectivité est constituée par sa lecture. Le parallèle entre le parcours de vie d'Elyas et les figures légendaires qu'il lit est particulièrement frappant : le poète Attar et sa Conférence des oiseaux, le chevalier arthurien en quête de sens, le réfugié dans les vers de Hugo – tous sont des reflets du narrateur. Mais ces miroirs se brisent. Les grands récits n'offrent aucun soutien ; ils sont ironisés et subvertis. Le picaro d'aujourd'hui ne croit plus au salut ; il ne croit qu'au pouvoir du texte de confronter la réalité. L'intertextualité crée une toile de significations qui ne se défait jamais complètement – ​​comme chez Cervantès, dont Don Quijote Il grandit et échoue au fil de ses lectures. Elyas, lui aussi, est un chevalier malgré lui, dont les armes sont les citations plutôt que les lances. Contrairement au roman d'apprentissage classique, où la littérature mène à la purification, ici elle conduit à l'aliénation – mais aussi à la révélation.

Le passage où Elyas compare deux œuvres épiques du XIIe siècle – « Le Conte du Graal » de Chrétien de Troyes et « Le Langage des oiseaux » de Farid Hal-Din Attar – symbolise avec force le dialogue culturel entre Orient et Occident. L’idée que les deux poètes communiquent par l’intermédiaire de pigeons voyageurs souligne la notion de communication transculturelle et d’échange intellectuel malgré les distances géographiques et culturelles. Ces pigeons, porteurs de messages, représentent métaphoriquement le lien et l’horizon partagé de l’expérience humaine qui transparaissent dans les deux œuvres. Tandis que « Le Conte du Graal » de Chrétien de Troyes explore la chevalerie chrétienne et la quête de la vérité, « Le Langage des oiseaux » d’Attar déploie un voyage mystique qui symbolise la quête spirituelle du soufisme. La rencontre entre les deux poètes, bien que fictive, ouvre un espace où différentes perspectives religieuses et culturelles se rencontrent et s’enrichissent mutuellement, abordant des questions existentielles similaires. De plus, cette scène reflète les efforts du narrateur, pris entre deux mondes, pour trouver un pont entre ces traditions.

Récit de l'identité

Un motif central dans Naturalisation Le film explore la représentation de l'identité masculine et sa fragilité. Le picaro a toujours été une figure typiquement masculine : sexuellement actif, subversif, mais finalement cantonné à un ordre hétéronormatif. Elyas bouleverse ce schéma. Sa sexualité est fragmentée, embarrassante et ambiguë. Ses rencontres avec les femmes – la prostituée, Madame Blanchard, sa camarade d'études – ne sont jamais romantiques, jamais héroïques. Elles expriment l'impuissance, la dépendance ou la projection. Le voyou du XXIe siècle n'est plus le séducteur érotique ; il est un sujet en crise. Elyas échoue économiquement et culturellement, et aussi sexuellement. Cette figure du migrant, sujet à la masculinité précaire, contraste avec les fantasmes coloniaux d'une altérité virile – elle déconstruit également les images occidentales du migrant convertible. Parallèlement, cet échec n'est jamais purement tragique. Il fait partie d'une comédie qui ne vise ni la chute ni la réconciliation. Il insiste sur un « néanmoins » : malgré le rejet, l'incompréhension et l'humiliation, Elyas reste le narrateur de sa propre vie.

La ville de Paris a toujours joué un double rôle dans la littérature française : lieu des Lumières, des opportunités et de l'émancipation, et lieu de perte, d'anonymat et de déclin social. Naturalisation Paris apparaît comme une scène labyrinthique : une métropole qu’on ne traverse jamais. Le picaro erre et tourne en rond dans la ville, sans jamais s’intégrer à son rythme. Elyas se déplace entre le métro, les cafés, les dortoirs, les administrations et les rues, mais jamais dans les espaces emblématiques de la représentation parisienne. Paris n’est pas présentée ici comme un centre de pouvoir ; la ville est la toile de fond d’un jeu qu’Elyas ne gagne jamais. Cette désintégration géographique reflète un déracinement social et narratif. À l’instar de Baudelaire, le narrateur est un flâneur, non par plaisir esthétique, mais par nécessité. Son mouvement n’est pas non plus volontaire, mais plutôt une fuite constante. Dans cette topographie se reflète la logique du picaro : l’espace n’est ni destination ni foyer ; ici, l’espace est un entre-deux.

Naturalisation Le roman n'utilise pas le modèle picaresque pour raconter une histoire d'ascension sociale ; il problématise la narratibilité même de l'identité. Elyas n'est ni un héros ni une victime, ni même un moraliste. Il est un narrateur en suspens, un sujet inclassable car il défie toute définition. Le roman picaresque permet précisément ce mouvement : il ne crée pas un personnage figé, mais présente plutôt une série de masques et de rôles. Il nous offre une cacophonie polyphonique de voix au lieu d'un fil narratif clair. Le roman picaresque postcolonial n'est pas celui d'un migrant qui arrive, mais celui qui narre précisément parce qu'il n'arrive pas. Le roman montre que la littérature elle-même peut devenir un lieu d'appartenance. La naturalisation n'aboutit pas au sens juridique du terme, mais elle réussit au sens poétique. Elyas Z'Beybi, le narrateur de NaturalisationIl ne deviendra pas français, mais il deviendra conteur.

Naturalisation Ce roman trahit la promesse de son titre. L'acte de naturalisation demeure symboliquement vide, l'accès à la nation refusé. Pourtant, c'est là que réside la force du texte : il ne naturalise aucune identité, il déconstruit les rituels d'appartenance. Le picaresque Elyas traverse la société sans s'y soumettre. Son arme ? Le récit : aussi résistant et ironique que poétique. Dans ce contexte, le roman picaresque se révèle un genre idéal : il permet d'observer le monde d'en bas, de s'y frayer un chemin par la ruse sans se plier. La véritable subversion du texte réside dans le refus de se conformer. Ainsi, le voyou classique devient un narrateur postcolonial qui, au lieu d'être naturalisé, déstabilise la société par ses récits. Naturalisation Ce n’est donc pas un roman d’intégration ; c’est une affirmation de l’extraterritorialité littéraire. Le picaro n’a pas de foyer, mais il a une voix. Et il l’élève : fort, avec colère, avec intelligence – et jamais sans rire.

Les mésaventures d'Elyas ne sont pas de simples obstacles ; elles sont la manière dont il apprend à se connaître lui-même et à connaître le monde. Elles recèlent une vérité qu'aucune théorie ni aucun discours ne saurait nommer : la vérité du sujet maladroit qui, dans un monde de rejet, persévère malgré tout. Naturalisation Ce récit célèbre cette vérité, sans pathos, avec poésie. Le fait que ce protagoniste soit maladroit, naïf et trop profondément amoureux de la France pour se percevoir comme un étranger fait de lui l'une des figures les plus marquantes de la littérature contemporaine. Son humour masque sa souffrance et, simultanément, offre un mode de compréhension unique : tendre, sans prétention et sincère. Dans un monde qui exige l'intégration et sous-entend la conformité, la maladresse d'Elyas est un acte de dignité. Il n'appartient à personne – et donc à nous tous.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. «Picaronovel postcolonial: Zied Bakir». Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2025. Consulté le 21 mai 2026 à 04h45. https://rentree.de/2025/05/14/postlokaler-pikaroroman-zied-bakir/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.


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