Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
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L'histoire suit Alice, une jeune Française en stage à New York, qui se retrouve prise dans une relation intense et de plus en plus toxique avec Nathan, étudiant en photographie. Le motif narratif central du roman est l'entre-deux entre la recherche de la visibilité et le repli sur soi. Partagée entre le désir d'être vue, de faire partie de la scène bohème urbaine, et la peur de se perdre, Alice oscille entre art, apparence, émotions et images. Sa relation avec Nathan, ainsi qu'avec sa petite amie charismatique, Léonore, devient le reflet de ses insécurités et de ses aspirations.
Le premier roman d'Audrey Jarre Les points négatifs Jarre tisse un récit captivant autour de cette jeune femme dans la grande ville, qui risque de se perdre dans l'amour, le langage et les images. L'histoire est racontée à la première personne par Alice, la protagoniste, tiraillée entre projection culturelle, bohème intellectuelle et dépendance affective. Jarre entrelace les thèmes de la migration, du rôle des filles et des femmes dans un monde dominé par le regard masculin, et des questions esthétiques et existentielles liées à la photographie, à la présentation de soi et à l'appropriation artistique.
Le négatif photographique est ambigu : d'une part, il désigne le médium photographique qui inverse la lumière, préservant l'invisible et déformant le visible ; d'autre part, il est sémantiquement associé à la perte, à l'obscurité et à l'absence. Le roman lui-même fonctionne comme un négatif : il montre non seulement ce qui est, mais surtout ce qui manque. Les relations, l'appartenance et le sens se révèlent dans le texte de Jarre à travers leurs fissures, leurs lacunes et leurs reflets. La narratrice, Alice, est elle-même une image négative : elle ne développe pas un moi fixe, mais se construit comme une surface de projection. Au travers de ses rencontres avec Nathan, le photographe, sa compagne Léonore et la ville de New York elle-même, elle réfléchit à ses potentialités et à ses insuffisances. Elle est moins sujet que personnage, moins actrice qu'objet dans un jeu de regards, de poses et de réactions. Cette désubjectivation est également mise en scène par le motif de l'appareil photo, par la lumière, par le cadrage et la reproduction. Alice devient une pièce de musée et un modèle – le « négatif » de l’Autre.
C'est ce que tu avais fait l'année d'avant, étudier ton environnement, comme flottant au-dessus sans jamais en faire partie. Il faut se détacher de la personne tyrannique pour imposer sa vision du monde. Cela prend du temps de se présenter autrement, de voir la forme du cœur, en termes négatifs. Tu sais que tu ne veux pas revenir.
Audrey Jarre, Les points négatifs, Scribes, 2025.
Vous aviez fait de même l'année précédente, observant votre environnement comme si vous le survoliez, sans jamais vous y intégrer. Vous possédiez ce détachement nécessaire aux tyrans pour imposer leur vision du monde. Vous aviez été exposé si longtemps à votre parfait opposé que vous en connaissiez la forme sur le bout des doigts, comme une forme négative. Vous saviez ce que vous ne vouliez pas devenir.
Jarre dépeint Alice comme une version moderne de flâneuseAlice erre dans les rues de New York, entre cafés, galeries et appartements, sans point d'ancrage. Mais elle est plus qu'une simple observatrice : elle joue un rôle, se réinvente sans cesse. L'identité qu'elle incarne n'est pas authentique, mais construite, éphémère et constamment mise en scène. Cela se manifeste particulièrement dans son rapport au langage : elle réfléchit à maintes reprises à ce que signifie vivre en anglais, avec des « sous-titres dans la tête ». Elle traduit non seulement les mots, mais aussi elle-même. Sa relation avec Nathan est caractérisée par le désir d'être vue, d'appartenir, et simultanément par la peur de n'être qu'une simple copie. Le statut d'« expatriée » d'Alice catalyse ses expérimentations personnelles, mais constitue également une illusion : la liberté d'être quelqu'un d'autre s'achète au prix de l'insécurité de ne plus être personne. Le roman décrit un sujet défini moins par ses origines et son caractère que par son apparence, son attitude et l'impact qu'il a sur le regard des autres.
Après le verre, Léonore est prête à poursuivre la soirée chez elle. Tout le monde est disponible. C'était un mardi soir et personne n'avait envie de rentrer dormir, à part moi.
Ces taxis sont désormais disponibles pour parcourir Manhattan en quelques minutes dans un parcours-poursuite urbain sur des avenues qui, dans chacune d'elles, sont très exotiques et passionnantes, et sont aussi banales. Mes yeux sont disponibles pour une capture en détail, mais je peux toujours voir les photos précédentes. Personne ne regardait par la fenêtre, ils étaient tous sur leurs téléphones.
Audrey Jarre, Les points négatifs, Scribes, 2025.
Après l'apéritif, Léonore a proposé qu'on continue la soirée chez elle. Tout le monde a accepté. C'était mardi soir, et à part moi, personne n'avait envie de rentrer dormir.
Deux taxis nous avaient emmenés à travers Manhattan en moins de dix minutes, dans une course-poursuite urbaine le long des avenues qui, bien qu'encore exotiques et fascinantes à mes yeux, étaient pour eux tout à fait banales. J'avais admiré chaque détail, mais je m'étais abstenue de prendre des photos. Personne ne regardait par la fenêtre ; tous étaient absorbés par leur téléphone portable.
La relation entre Alice et Nathan se déploie à travers la séduction, l'appropriation et, finalement, la transgression. Alice devient une « muse », mais aussi un modèle, un médium et une cible de manipulation. Nathan la photographie, la met en scène, lui dicte son apparence. Il est un représentant classique du « regard masculin » à la Laura Mulvey, qui non seulement observe, mais produit aussi : il transforme Alice en une image, un objet de son désir et de sa volonté artistique. L'appareil photo est ici un instrument de contrôle et de pouvoir. Parallèlement, Alice aspire à être vue. La structure du pouvoir est ambiguë car elle s'y inscrit également – elle veut « faire partie de son film », plaire et être reconnue. Cette dynamique confère au roman une complexité particulière : Jarre ne se contente pas de condamner, mais révèle un réseau de besoins, d'attentes et de projections. L'abus sous-jacent à la relation est subtil, émotionnel, presque intangible, et précisément pour cette raison si destructeur. L'abandon de soi d'Alice n'est pas une rupture, mais une érosion progressive.
Dans le roman, New York apparaît non seulement comme un lieu, mais aussi comme une esthétique. La ville est à la fois un écran de projection, un mythe, une toile de fond. Alice se sent « dans un film » et aspire à en faire partie. Jarre décrit New York non pas topographiquement, mais atmosphériquement. Cafés, galeries, appartements, restaurants – tout participe à un scénario urbain qui favorise certains modes de vie et en exclut d'autres. La ville devient une matrice médiatique où les sujets se mettent en scène et se perdent. La poétique de la ville est intimement liée à l'objectif : New York est photographiable, iconique. Alice évolue comme dans un décor de cinéma infini : comment agissent-ils, comment apparaissent-ils, comment sont-ils perçus ? La ville est un réseau de signes, un code textuel et visuel qu'Alice tente de déchiffrer sans jamais le comprendre pleinement.
J'ai répondu à Ben que oui, il avait raison, j'écrivais.
Il n'a pas répondu tout de suite, comme s'il pesait ses mots pour trouver la combinaison la plus adéquate entre détachement et intérêt pour mon art en gestation.
J'imagine que je vais passer dans mes petits cheveux blonds. L'écriture, contrairement à la photographie, était à la portée de tous les possesseurs de papier et de crayon. Elle n'est pas couverte par une technique de formation, qui est également disponible avant le tangible avant-gardiste croire qui est disponible en bon état. On pouvait donc y faire n'importe quoi, et c'était probablement mon cas.
Nathan mangeait sans presque nous regarder, comme si tous les deux s'étaient entendus à l'avance sur le scénario de ce film muet. Il s'agit d'un test, d'une validation de la présence au monde par un niveau de confiance. Si c'était vrai, j'apprécie moyennement cet examen d'entrée dès le petit-déjeuner. La gueule de bois me rendait molle, j'avais l'impression que mon corps, sous l'afflux de questions, se recroquevillait sur lui-même.
Audrey Jarre, Les points négatifs, Scribes, 2025.
J'ai répondu à Ben que oui, il avait raison, j'écrirais.
Il ne répondit pas immédiatement, comme s'il pesait ses mots pour trouver le juste équilibre entre détachement et intérêt pour mon art naissant.
J'imaginais ce qui devait bien se passer dans sa petite tête blonde. L'écriture, contrairement à la photographie, était accessible à quiconque possédait du papier et un crayon. Elle ne se cachait pas derrière une formation technique ; il n'y avait pas de prérequis concrets pour considérer son travail comme réussi. On pouvait donc faire ce qu'on voulait, et c'était probablement mon cas aussi.
Nathan mangeait, presque sans nous regarder, comme si tous deux avaient déjà convenu du scénario de ce film muet. C'était peut-être un test, une confirmation sobre de ma présence dans leur monde par un tiers de confiance. Si tel était le cas, je trouvais déjà cet examen d'entrée plutôt désagréable dès le petit-déjeuner. La gueule de bois me rongeait ; j'avais l'impression que mon corps allait s'effondrer sous le flot de questions.
Le roman rejette la dramaturgie classique. Il n'y a pas de récit orienté vers un but, pas de développement cathartique, mais plutôt une résolution progressive. Le temps se déroule par épisodes, par retours en arrière. Cette structure temporelle reflète l'état intérieur d'Alice : une désorientation qui conduit à l'épuisement et à la dissociation. Comme un film composé d'images individuelles, les événements perdent leur causalité ; ils existent simplement. La structure épisodique rend Les points négatifs Il en résulte un roman urbain moderne où les expériences se déroulent non pas de façon linéaire, mais simultanément et de manière fragmentaire. La fin n'est pas une conclusion, mais un dernier regard : à l'image d'un film qui s'achève sur une scène floue et ouverte.
De la chambre noire
Le premier roman d'Audrey Jarre Les points négatifs Ce n'est pas seulement un roman sur la vie en grande ville et une exploration de la subjectivité féminine, mais aussi une contribution à la littérature contemporaine sur le regard, le fait d'être vu et le rôle des images. Jarre divise son roman en trois parties distinctes. Cette structure dépasse le simple procédé narratif ; elle constitue l'axe narratif et poétique du roman et emprunte simultanément au vocabulaire technique de la photographie argentique. Cette division tripartite peut être interprétée comme un processus de développement symbolique et poétique, comme une réalisation littéraire des procédés photographiques : la capture de l'image, sa condensation en négatif et son développement en tirage.
Les métaphores photographiques imprègnent tout le roman. Cela est déjà évident dans la devise – une citation de Roland Barthes. La Chambre claire En décrivant la photographie comme une « micro-expérience de mort », Jarre suggère que son texte dialogue étroitement avec la théorie de l'image. La photographie n'est pas seulement abordée thématiquement, mais aussi structurellement mise en œuvre. Elle n'est pas un simple moyen de représentation, mais un événement existentiel. Elle fixe, objectifie et transforme la vie en immobilité, en image. Pour Alice, être photographiée est à la fois confirmation et annihilation : elle est vue, mais comme autre chose qu'elle-même.
Jarre intègre également un discours documentaire, la question de la vérité de l'image : que montre une photographie ? Que raconte-t-elle ? Quel récit construit-elle ? Cela apparaît clairement dans la relation entre Alice et Nathan : les photographies qu'il prend sont censées être « réelles », « authentiques », mais elles sont en réalité créées sous contrôle, par la mise en scène. Le roman de Jarre interroge les théories photographiques qui abordent la violence de l'appareil photo, son pouvoir historique et politique.
« Quand on regarde la photo finale, il est difficile de reconnaître ce que l'on voit en négatif. La version qui est sur un cru saisir dans l'objet est plus loin encore, elle a valeur de chimère. En développant, on avoue presque toujours s'être trompé.
« C'est la photo finale qui a raison, on ne peut lui adversaire d'argumentation féroce : c'est elle qui décide.
« Les formes elles-mêmes, une fois transformées par l'apparition de leurs véritables couleurs, remplies par des bleus sombres ou des indigos terrestres, débarrassées de leurs cyans éthérés, ne se ressemblent plus. »
Le professeur fait une pause dans la gorge, et le bruit guttural est disponible avec le son du tympan comme un acouphène.
« Les erreurs d'interprétation proviennent de multiples sources. Il suffit que le négatif ait été un peu abîmé pour que le résultat ne soit pas exactement celui qui était prévu. La faute ne peut être imputée qu’à l’imagination.
Après avoir vu la photo, sans aucun contact avec la réalité, on a pu l'imaginer telle qu'on voudrait qu'elle soit. Tout est question de réalité. Ainsi, le photographe débutant est souvent déçu. Le négatif, c'est le photographe qui dit « je » et « tu », qui objectif sans avoir la réalité entière sous les yeux. Développer, c'est devenir humble par rapport à l'ensemble de ses perceptions. »
Tu avais soupiré sans retenue. Vous êtes visible, le ton est agapement. Ces épaules sont levées et s'abaissent en cadence, comme une chorégraphie de danse contemporaine.
Audrey Jarre, Les points négatifs, Scribes, 2025.
« Quand on regarde la photo finale, il est parfois difficile de reconnaître ce qu’on voyait sur le négatif. La version qu’on pensait capturer à travers l’objectif est encore plus éloignée ; elle a la valeur d’une chimère. Au cours du développement, on est presque toujours obligé d’admettre qu’on s’est trompé. »
« C’est la photographie finale, celle qui a le droit de décider ; on ne peut pas la contester avec des arguments farfelus : c’est la décision. »
« Les formes elles-mêmes, une fois transformées par l’apparition de leurs véritables couleurs, emplies de bleus foncés ou d’indigo terrestre, et libérées de leurs cyans éthérés, ne se ressemblent plus. »
Le professeur s'était arrêté pour s'éclaircir la gorge, et ce son guttural vous avait frappé l'oreille comme un acouphène.
« Les erreurs d'interprétation peuvent avoir de nombreuses origines. Même un léger dommage au négatif suffit à empêcher le résultat d'être exactement conforme aux attentes. Cependant, l'erreur ne peut être attribuée qu'à l'imagination. »
Après avoir pris une photo sans se confronter à la réalité, on peut l'imaginer telle qu'on voudrait qu'elle soit. On a transcendé sa réalité. C'est pourquoi le photographe novice est souvent déçu. Le négatif, c'est le photographe qui dit « je » et « tu », qui objectifie sans appréhender la réalité dans son ensemble. Progresser, c'est s'humilier face à la totalité de ses perceptions.
Vous avez soupiré de façon incontrôlable. Vous vouliez qu'on vous voie, manifester votre agacement. Vos épaules se sont soulevées et abaissées au rythme de la musique, comme dans une chorégraphie de danse contemporaine.
Sur le plan narratif, le roman recourt également à des techniques photographiques : instantanés, flous, omissions et répétitions. Jarre écrit comme s’il regardait à travers un objectif : de manière sélective et précise, avec une esthétique particulière. Le langage suit cette logique : il est précis, méticuleusement détaillé, et pourtant laconique et analytique. Les points négatifs La littérature est une chambre noire : elle conserve, expose et développe. La poétique du roman, en trois parties, suit le processus en trois étapes de la photographie argentique :
1 Alice – l'enregistrement, posant, l'instant fugace
2 points négatifs – le négatif, le renversement, l'obscurité, l'invisibilité
3 Tirages – la déduction, le fait de devenir visible, l'observation à distance
Cette structure n’est pourtant pas linéaire, mais cyclique – réfractive, à double exposition. Le récit émerge comme une photographie : de la lumière et de l’ombre, de la perspective et de l’omission, de la chimie et de la mécanique.
La première partie, intitulée de manière programmatique « Alice », nous plonge dans l’univers subjectif de la narratrice. Elle se caractérise par un langage d’introspection, d’ironie, voire de fascination. Alice y décrit son quotidien new-yorkais, son amour pour Nathan et sa rencontre avec Léonore, mais surtout, elle se décrit elle-même en train de narrer. Cette autodescription relève d’une esthétique de la mise en scène. Alice vit dans une réflexion constante sur son apparence, son impact et sa place dans le paysage urbain. La ville devient une scène, son propre être une performance. Jarre décrit cela avec un mélange d’ironie et de mélancolie : Alice est consciente de son rôle, elle connaît les codes, mais elle en subit les limites. En termes photographiques, cette partie correspond à la prise de vue : la mise en scène et la capture d’un instant. Il est question de composition, de lumière et de visibilité. Alice recherche la lumière idéale, au sens propre comme au figuré. Mais même ici, il apparaît clairement que la visibilité n’est pas synonyme de libération, mais plutôt d’une nouvelle contrainte. L’appareil photo, qu’Alice désire parce qu’elle veut être vue, devient aussi un instrument d’objectification.
Dans la seconde partie, « Négatifs », la poétique se transforme radicalement. Le langage devient plus froid, plus fragmenté, moins auto-ironique, mais d'autant plus analytique. Alice ne narre plus du point de vue d'une participante à un jeu, mais de celui d'une personne qui prend peu à peu conscience d'être elle-même le terrain de jeu. Elle est un objet dans les tableaux de Nathan, une muse malgré elle, en quelque sorte. Le titre « Négatifs » fait référence au médium photographique, qui ne rend pas encore l'image visible. Le négatif n'est pas la vérité, mais un renversement : la lumière devient ombre, la clarté devient obscurité. Ce renversement est manifeste dans la perception qu'Alice a de sa relation avec Nathan : ce qui avait commencé comme amour apparaît désormais comme une appropriation ; ce qui était perçu comme visibilité, comme invisibilité. La phase négative est aussi une phase de condensation. Le récit se densifie et gagne en complexité psychologique. Jarre utilise ici la photographie comme un dispositif conceptuel : Alice devient à la fois l'image et la trace. L'appareil prend, mais ne rend rien. Cette phase est la « micro-expérience de la mort » (Barthes) évoquée au début : la vulnérabilité au regard, la conscience de sa propre imageabilité. C’est le moment où le sujet devient forme pure.
La troisième partie, « Tirages », introduit un nouveau mouvement : les images sont « développées ». TirageEn photographie classique, le tirage symbolise la manifestation visible de l'image sur le papier. Il marque le passage de l'invisible au visible, de l'image latente à la forme concrète. Alice, elle aussi, commence à évoluer – non pas en se rachetant ou en se libérant, mais en ce sens qu'elle commence à réfléchir avec du recul. Le ton devient plus clair, plus épuré. Elle se détourne du regard de Nathan sans l'affronter. Elle comprend que ses photos ne la montrent pas telle qu'elle est, mais plutôt une version dont les autres ont besoin. Et elle commence à trouver son propre langage pour exprimer ses expériences. Dans le récit de Jarre, cependant, le processus de « tirage » n'est pas une fin en soi, mais un premier pas vers une prise de conscience de son propre temps. Les images qui en résultent ne sont pas plus « fidèles » que le négatif, mais elles sont lisibles. Elles portent les traces du développement : l'exposition, les erreurs et les rayures. Alice ne devient pas une héroïne, mais elle devient une narratrice.
Pratique photographique et structure intermédiale
Les membres du groupe, devant les photos, tous deux en argent, ont un nombre minimal de prix. Se focaliser sur l'essentiel. C'est toi qui as développé tous les négatifs. Tu les interdisais de le faire. Il est important de veiller à ce que les précautions nécessaires soient prises pour garantir la confidentialité de la qualité de l'image. Ils ont glissé les enveloppes sous ta porte. Tu cherches à découvrir les clichés, dans la chambre noire, que tu peux voir petit à petit.
Audrey Jarre, Les points négatifs, Scribes, 2025.
Les membres du groupe prenaient des photos, toujours sur pellicule, un nombre minimal de clichés. Ils se concentraient sur l'essentiel. C'était toi qui développais tous les négatifs. Tu leur avais interdit de le faire. Toi seul savais prendre les précautions nécessaires, tant pour la qualité de l'image que pour la confidentialité. Ils glissaient les enveloppes sous ta porte. Tu adorais découvrir les photos seul dans la chambre noire, les voyant se révéler peu à peu à toi.
Le dessin poétique de Les points négatifs Elle repose sur une transgression constante des frontières médiatiques. Jarre n'utilise pas seulement le vocabulaire photographique, mais structure aussi son texte selon les principes de la production d'images. L'écriture littéraire elle-même devient « appareil photo », instrument de sélection, de cadrage et d'exposition. La littérature n'imite pas seulement l'esthétique de la photographie, mais l'intègre comme modèle épistémique, dans la mise au point, le flou, la mise en séquence et la composition de la lumière.
- Les scènes sont composées comme des fragments photographiques. La perception d'Alice est sélective ; elle observe les détails avec une précision quasi microscopique. Cela crée une impression d'intimité, mais aussi d'isolement, comme si tout était séparé par un objectif.
- À l'instar des images photographiques à faible profondeur de champ, une grande partie de l'arrière-plan demeure floue. Jarre impose une lecture qui repose sur la suggestion et conçoit les silences comme des moteurs de tension narrative.
- Des motifs récurrents (fenêtres, miroirs, lumières, appareils photo) créent une sérialité qui n'est pas sans rappeler les séquences d'images photographiques. Ceci permet non seulement des références intermédiales, mais structure également la répétition comme un procédé poétique.
- Le langage de Jarre fonctionne avec des métaphores lumière-obscurité dont la dimension sémantique dépasse les simples effets visuels : il représente des états psychologiques, des processus cognitifs et des rapports de pouvoir.
Cette structure littéraire et visuelle justifie pleinement le concept d'intermédialité : le roman de Jarre dépasse les simples références photographiques et crée un espace intermédiaire où texte et image s'entremêlent. Le texte n'est pas un simple récit sur la photographie, mais une reconstitution linguistiquement organisée de ses mécanismes.
C'est pour dire que le photographe a Léonore, dans le département, ce qui est un peu compliqué. Pour photographe quelque chose, il faut le voir, y avoir accès. Et nous évoluions dans deux mondes d'une différence radicale. Quand nous échangions nos premiers clichés, il semblait que ces derniers montreraient deux endroits différents. Un œil neutre convient qu'il s'agit de deux visions d'un seul lieu physique et de son inframonde. Le retrouverait des détails. Il ressemble, pas franchement certain, mais pas non plus hostile à l'idée : « Oui, je crois que c'est le même endroit qu'ont photographié ces deux personnes. »
L'univers des photos se situe sur le campus de March College, le long de routes accessibles et situées dans les villages environnants ou chez certains étudiants qui y vivaient. hors campus, par vanité excentrique ou manque de Thune. C'est simple, le même colis donné lieu à des séries de photos sans commune mesure, comme si on nous avait demandé deux rendus différents. Et si vous ne dites rien sur la « subjectivité de la photographie », merci, je n'y suis pour rien. Moi aussi, j'ai suivi Photographie 101.
Audrey Jarre, Les points négatifs, Scribes, 2025.
C’est pourquoi, au départ, parler de photographie avec Leonore s’est avéré un peu compliqué. Photographier, c’est voir, avoir accès à l’objet. Or, nous évoluions dans deux univers radicalement différents. Lorsque nous avons échangé nos premières photos, elles semblaient représenter deux lieux distincts. Un regard neutre aurait convenu qu’il s’agissait de deux visions d’un même lieu, tant sur le plan physique que dans ses recoins. Il aurait reconnu des détails. Il aurait dit, sans certitude absolue, mais sans hostilité non plus : « Oui, je crois que c’est le même endroit que ces deux personnes ont photographié. »
L'univers de nos photographies se limitait au campus de March College, aux routes y menant et aux villages environnants, où certains étudiants, comme moi, vivaient par vanité excentrique ou par manque d'argent. au-delà du campus J'ai vécu ça. C'était assez simple : la même tâche a donné lieu à des séries de photos incomparables, comme si on nous avait demandé deux résultats différents. Et il ne s'agissait pas simplement de la « subjectivité du photographe » — merci, je ne suis pas naïf non plus. Moi aussi, j'ai Photographie 101 terminé.
Audrey Jarre présente Les points négatifs dans la tradition de la théorie de l'image et des médias. L'écho intertextuel le plus marquant est certainement celui de Roland Barthes. La Chambre claireLe concept de « punctum », cité et exploré en détail à plusieurs reprises dans le roman, trouve un écho esthétique dans la perception qu'Alice a des instants photographiques. La critique de Susan Sontag sur « l'accès photographique » est également manifeste : l'appareil photo, comme moyen de distanciation, d'appropriation et d'exercice du pouvoir, est un thème central de la relation d'Alice avec Nathan. Sa dépendance affective correspond à sa représentation médiatique : sujet des photographies de Nathan, elle est dé-subjectivée, capturée et réduite. On retrouve par ailleurs des échos de théoriciens plus récents comme Ariella Azoulay, qui, dans ses écrits sur l'éthique photographique, décrit l'« événement photographique » comme une construction sociale où spectateur, photographe et sujet sont interconnectés. Le roman de Jarre semble reprendre cette idée : Alice n'est pas seulement sujet, mais aussi spectatrice et narratrice. Le texte joue avec les multiples positions au sein du processus photographique.
Un autre lien intermédial réside dans l'esthétique cinématographique : Alice qualifie à plusieurs reprises sa vie de « film », se décrit comme un « rôle » et parle de « scènes ». Ce langage cinématographique confère au texte une double médiativité : outre la photographie, l'image en mouvement en constitue également un principe structurant. Le roman devient une suite d'images individuelles, un souvenir fragmenté. Il se crée ainsi un réseau dynamique de littérature, de photographie, de film et de théorie qui non seulement situe le récit de Jarre dans le présent, mais le transforme aussi en une réflexion sur les conditions de la perception subjective contemporaine. Les points négatifs Il s’agit donc d’une œuvre véritablement intermédiale qui montre à quel point notre image de soi dépend des images.
Série de photos sur la découverte de soi
Après quelques minutes d'inconnus avec la création du hasard simulacre, il est forcé de garder un pied de plus à la surface. Sur cette base, en garde le meilleur triptyque : la rencontre et le soupçon, la filature et l'adieu. C'est une histoire rétrospective, mais c'est une réalité différente. On peut aussi voir qu'on peut voir une partie des images. Jusque-là, je suivais. Les mots, c'est un peu pareil.
Audrey Jarre, Les points négatifs, Scribes, 2025.
Après avoir passé trente minutes avec des inconnus, en créant l'illusion du hasard, on en apprenait forcément un peu plus sur eux. À partir de là, on établissait le triptyque idéal : la rencontre et la méfiance, la surveillance, puis les adieux. Il s'agissait de raconter une histoire a posteriori, même si elle différait de la réalité. Avec des images, on peut dire ce qu'on veut. Jusque-là, je me suis laissé guider. C'est la même chose avec les mots.
Les points négatifs Ce n'est pas simplement un roman sur une relation ou une année à l'étranger, mais une réflexion radicale sur le sujet à l'ère des images. La structure tripartite de Alice, Points négatifs, Tirages Ce n'est pas seulement une question de structure, mais aussi de poétologie : cela suit le passage de la mise en scène à la disparition, jusqu'à l'émergence d'une perception de soi. Jarre met en scène l'écriture littéraire comme un contrepoint à la fixation photographique. Son roman est une sorte d'album photographique, mais un album avec des notes, des doutes et des pages blanches. C'est une œuvre sur la visibilité dans un monde dominé par les regards, et sur la possibilité d'échapper à ces regards – non par l'invisibilité, mais par l'écriture elle-même. À lire ainsi, Les points négatifs Une étude éclairée par la théorie de l'image et l'intermédialité sur la tension entre identité et représentation, sur le négatif comme forme de vérité, et sur la littérature comme lieu de développement : non pas au sens de progrès, mais au sens de la feuille de papier exposée qui flotte dans le liquide, se révèle lentement et n'est jamais tout à fait achevée.
Audrey Jarres Les points négatifs Les Négatifs est un texte intimiste, intelligent et d'une grande finesse linguistique, qui explore la quête d'identité de jeunes gens dans un monde d'images. Le roman dépeint une génération qui se définit par la visibilité, tout en restant perpétuellement étrangère à sa propre image. Le récit de Jarre est à la fois poétique et politique : il interroge le pouvoir, le regard et le rôle de l'art dans un monde où tout semble susceptible d'être esthétisé. Les Négatifs n'est pas seulement un roman sur une relation, mais sur une culture qui produit sans cesse des images et, ce faisant, menace de dissoudre ses sujets.
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