Poétique de l'enfance : Mathieu Palain, Sale gosse (2019)

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Mathieu Palains Vente gosse (« Drecksgör », 2019) dépeint l’enfance dans un contexte social précaire comme un point de convergence des structures sociétales et des destins individuels, offrant un portrait de la vulnérabilité, de la quête de reconnaissance et du silence imposé aux marginaux. Le roman ne se contente pas de relater l’échec de parcours individuels, mais développe aussi – avec subtilité et sans pathos artificiel – sa propre poétique de l’enfance.

Le titre met en lumière le mélange de déterminisme social et de discrimination, les jugements tacites des travailleurs sociaux, des juges et des enseignants sur les enfants issus de milieux difficiles, ceux qui ne trouvent pas leur place, ceux qui perturbent et provoquent. Les enfants à problèmes. Ces jugements hâtifs sont mis à nu dans le livre de Palain. Le roman s'ouvre sur la description d'une nuit blanche : Marc Winzembourg, travailleur social expérimenté du système de justice pour mineurs français, est en proie à un profond trouble intérieur. La scène sert moins à caractériser le personnage qu'à introduire un thème central : l'incompatibilité entre le parcours individuel et la responsabilité institutionnelle. L'incapacité à trouver la paix intérieure reflète la position précaire de Marc, tiraillé entre empathie et épuisement. Sa rencontre imminente avec Louise, la mère toxicomane, au sujet de la garde de son fils Wilfried, devient une situation emblématique où se cristallise le poids existentiel des décisions de l'État-providence. Même ici, il est suggéré que Vente Gosse Moins intéressé par les questions individuelles de culpabilité que par la description des enchevêtrements systémiques : Marc est un exemple de cette génération de travailleurs sociaux qui luttent pour leur intégrité morale face à l’échec, à la violence et à l’aveuglement institutionnel.

La description d'une réunion de concertation concernant Wilfried illustre de façon frappante les dynamiques institutionnelles que Palain met au cœur de sa critique : luttes de pouvoir, pénurie de ressources et bureaucratie mécanique. Malgré le danger manifeste, l'affaire est sans cesse renvoyée, minimisée ou retardée entre différentes autorités. Marc et ses collègues incarnent la dissonance morale qui naît de la priorité donnée aux critères formels au détriment des besoins réels. La décision de séparer Wilfried de sa famille ne repose pas sur une conviction profonde, mais plutôt sur la nécessité de minimiser les risques : un mécanisme qui transforme la responsabilité éthique en actes administratifs et neutralise systématiquement la dimension dramatique des situations individuelles.

Vente gosse Le film raconte principalement deux histoires : celle de Marc et celle de Wilfried, le « petit voyou », ce « déchet » qui passe sans cesse entre les mailles du filet. Marc, lui-même marqué par un passé difficile, tente dans son travail de sauver une génération qui croit à peine au salut. Wilfried, confronté à la violence, à la drogue et à l’instabilité dès son plus jeune âge, aspire à un avenir dans le football, un avenir qui lui échappe sans cesse.

Wilfried marche à dix mois. C'est l'idée de taper dans un ballon qui fait sa première dans la vie. Partout où on l'emmenait, les réunions de famille, les goûters d'anniversaire, les soirées au restaurant, il avait le sien sous les bras, prêt à dribbler des chaises et des défenseurs invisibles. Les vrais footballeurs jouent n'importe où. Quelques minutes dans la forêt et vous trouverez un train de jongleurs avec les jetons de pin, pied gauche, pied droit, et comptant dans sa tête pour établir un record. Les adultes écarquillaient les yeux.

— S'il devient pas pro, celui-là, j'y comprends plus rien.

Et Tomo, l'entraîneur, passe derrière pour calmer son joueur :

— Will, c'est du cirque ça, pas du football.

Sur la carte de séjour, Tomo s'appelait Tomislav. Il est croate, mais arrivé en 1984, disait-on yougoslave. Disponible chez Ris-Orangis dans la provenance de Cesena, club italien situé au bord de l'Adriatique, ou dans la série A. Tomo n'était pas rouillé. En trente-quatre ans, il aurait encore pu jouer en marchant dans n'importe quel club de Série B, mais il avait envie de voir la France, et un ami à la mairie de Ris pouvait lui signer un contrat d'entraîneur. La saison, l'occupation des petits, et le week-end, l'enfilait le maillot jaune et bleu de l'équipe première. La tribune latérale n'avait jamais été aussi pleine. Les gens ne régulièrement pas encourager les seniors de Ris-Orangis, ils immédiatement au spectacle, applaudir le numéro 10 qui va être champion d'Europe des moins de vingt ans avec la Yougoslavie. Tomo était grand, solide, élégant, avec quelque chose de Johan Cruyff dans le port de tête, entre la noblesse et la fausse nonchalance. Tomo voyait tout avant. Le ballon reçoit une défense, et sans contrôle entre dans un chemin transversal qu'il tue un mètre de l'attaque. Il est inutile d'expliquer la subtilité du football à ceux qui n'ont jamais aventuré leurs pieds au fond d'une paire de crampons, mais le talent tient là, dans cette capacité à visualiser la passe une demi-seconde avant de l'offrir.

Mathieu Palain, Vente gosse, Iconoclaste, 2019.

Wilfried a marché à dix mois. Dès qu'il a vu un ballon, il a eu l'idée de taper dedans. Partout où il allait – réunions de famille, anniversaires, restaurants – il avait le sien sous le bras, prêt à dribbler entre les chaises et les défenseurs imaginaires. Les vrais footballeurs jouent partout. Cinq minutes dans les bois et on le trouvait en train de jongler avec des pommes de pin, pied gauche, pied droit, comptant mentalement pour battre un record. Les adultes étaient bouche bée.

– S’il ne devient pas professionnel, je ne comprendrai plus rien.

Et Tomo, l'entraîneur, est retourné calmer son joueur :

Will, c'est du cirque, ce n'est pas du football.

Son permis de séjour indiquait son nom comme étant Tomo Tomislav. Il était croate, mais à son arrivée en 1984, on lui a dit… YougoslavieIl était arrivé à Ris-Orangis en provenance de Cesena, un club italien de la côte adriatique où il évoluait en Serie A. Tomo n'avait rien perdu de son talent. À 34 ans, il aurait pu jouer dans n'importe quel club de Serie B, mais il rêvait de découvrir la France, et un ami à la mairie de Ris lui avait proposé un contrat d'entraîneur. En semaine, il s'occupait des jeunes, et le week-end, il enfilait le maillot jaune et bleu de l'équipe première. La tribune latérale n'avait jamais été aussi pleine. On ne venait pas acclamer les vétérans de Ris-Orangis ; on venait pour le spectacle, pour célébrer le numéro 10, vainqueur du Championnat d'Europe Espoirs avec la Yougoslavie. Tomo était grand, fort, élégant, avec un petit côté Johan Cruyff dans l'allure, entre noblesse et nonchalance feinte. Tomo avait tout vu. plus tôtIl a reçu le ballon d'un défenseur et a tenté une passe incontrôlée et imprécise qui a atterri un mètre et demi devant l'attaquant. Inutile d'essayer d'expliquer les subtilités du football à ceux qui n'ont jamais foulé un parquet, mais le talent réside précisément dans la capacité à visualiser la passe une demi-seconde avant de l'effectuer.

Dès les premières scènes, le football apparaît comme l'expression naturelle de la vitalité et de la créativité de Wilfried. Le sport est dépeint comme le moyen primordial d'appropriation du monde, que Wilfried utilise indépendamment de toute reconnaissance sociale. Parallèlement, cette scène suggère que l'identité de Wilfried est, dès le départ, performative et physique : le football remplace le langage, le sentiment d'appartenance et la sécurité sociale. Palain narre les débuts de la carrière de Wilfried en étant conscient de sa précarité. Le sport, souvent mythifié comme une échappatoire à la misère sociale, apparaît ici comme un espoir aussi risqué que séduisant. Wilfried fait preuve d'un talent exceptionnel, mais son parcours reste marqué par des conflits intérieurs et des résistances extérieures. La description des entraînements quotidiens, des mécanismes de recrutement et de la logique impitoyable de la sélection dans le football de jeunes déconstruit le mythe de la réussite : ce ne sont pas seulement les performances, mais aussi la discipline, la maîtrise de soi et l'absence de facteurs perturbateurs qui déterminent la pérennité au sein du système. L'échec de Wilfried est moins dû à un manque de talent qu'à une profonde méfiance envers l'autorité et les attentes institutionnelles.

Wilfried n'avait cinq ans, il ignorait tout de ce grand type à l'accent étrange, mais il s'était senti important car, pour la première fois de sa vie, un adulte ne lui parlait pas comme à un enfant. Tomo n'avait pas besoin de crier, il disposait ce truc qu'on appelle l'aura, ou le charisme. Quand Wilfried s'énervait contre l'arbitrage, Tomo le sortait et lui faisait faire des pompes devant les remplaçants. Le message était clair : « Il n'y a pas de star ici, la preuve, tu es remplaçable. »

Mathieu Palain, Vente gosse, Iconoclaste, 2019.

Wilfried n'avait que cinq ans et ne connaissait rien de ce grand gaillard à l'accent étrange, mais il se sentait important car, pour la première fois de sa vie, un adulte ne lui avait pas parlé comme à un enfant. Tomo n'avait pas besoin de crier ; il avait ce qu'on appelle une aura, un charisme. Quand Wilfried s'énervait contre l'arbitre, Tomo le sortait du terrain et le faisait faire des pompes devant les remplaçants. Le message était clair : « Ici, il n'y a pas de stars ; la preuve, c'est que tu es remplaçable. »

La structure narrative s'articule autour d'un double mouvement : la chronique du quotidien et la réflexion biographique. Chapitre après chapitre, Palain oscille entre présent et passé, entre Marc et Wilfried, entre espoir et désillusion. Ce faisant, il entremêle des observations quasi documentaires (comme les rituels sociaux au sein des foyers) avec des moments intimes (le besoin enfantin de reconnaissance de Wilfried, l'oscillation intérieure de Marc entre cynisme et empathie).

Entretien avec Mathieu Palain, 2019.

Le personnage de Wilfried se refuse à toute interprétation psychologique ou sociologique simpliste ; il n’est dépeint ni comme une simple victime des conditions sociales, ni comme un acteur autonome. Palain crée plutôt une dynamique narrative où Wilfried est à la fois porteur de violence structurelle et sujet d’une affirmation de soi précaire. Le style narratif confère à cette ambivalence une intensité particulière en mettant en scène le développement de Wilfried dans une tension constante entre la quête d’identité, l’assignation sociale et le trouble intérieur.

L'introduction de Wilfried est déjà marquée par l'absence et la vulnérabilité. Nourrisson de huit mois, il apparaît non comme un sujet agissant, mais comme l'objet d'une prise en charge institutionnelle et d'une intervention légale. Dans ces premiers passages du roman, Wilfried est principalement perçu à travers le regard des adultes (Marc, Laurence, Louise) : un corps sur lequel se projettent espoirs, craintes et conflits moraux. Cette stratégie narrative initiale d'objectivation révèle que, dès le départ, la vie de Wilfried est moins déterminée par ses propres décisions que par l'interaction de forces extérieures.

Palain, avec subtilité, relie des décisions apparemment individuelles à des déterminants structurels. Les accès d'agressivité de Wilfried, son indiscipline et son incapacité à répondre aux exigences du sport professionnel ne sont pas présentés comme de simples défauts de caractère. Le roman suggère plutôt que ces comportements sont profondément ancrés dans une histoire d'exclusion sociale et de violence intériorisée. Par une alternance narrative entre observation extérieure et implication intérieure – comme dans la scène de la bagarre qui entraîne l'expulsion de Wilfried du centre d'entraînement –, Palain évite un jugement moral tranché. La structure narrative crée ainsi une tension entre compréhension empathique et distance analytique.

De plus, le récit évite systématiquement les schémas du héros et de la victime. Wilfried n'est ni glorifié comme une véritable victime, ni présenté comme le héros de sa propre histoire ; le style narratif lui-même reflète la précarité sociale qui empêche les personnages de construire des identités cohérentes et significatives. Au sein de cette structure narrative, Wilfried demeure un chercheur : un jeune homme qui tente de trouver sa place dans un monde qui lui rappelle sans cesse ses origines. À cet égard, Palain crée une biographie fragmentée qui condense, sous une forme littéraire, les conditions de la subjectivité moderne dans un contexte social précaire.

L'enfance de Marc, marquée par le placement en institution et la désintégration familiale, n'est pas exploitée psychologiquement, mais plutôt analysée structurellement : fils d'une mineure ostracisée, Marc vit l'exclusion sociale comme une condition fondamentale de son existence. Son parcours scolaire ultérieur, jalonné d'échecs, de rébellion et de réorientations pragmatiques, illustre la fragilité de l'idéal de mobilité sociale. Le passage de l'ambition sportive au pragmatisme professionnel ne signifie pas une émancipation, mais plutôt une forme d'adaptation pour survivre. L'entrée de Marc dans le système de protection de l'enfance relève moins d'une vocation que d'une nécessité. Le travail au centre de détention pour mineurs de Juvisy est dépeint comme un lieu de violence structurelle : un environnement qui renforce, au lieu d'interrompre, la reproduction sociale de la violence. Palain démontre clairement ici que les acteurs eux-mêmes – jeunes et personnel – évoluent au sein d'un système qui restreint radicalement la liberté d'action individuelle.

Dans le foyer, les éducateurs remplissent un cahier de transmission, une sorte de carnet de bord dans lequel ils notent ce qui s'est passé dans la journée. Nina n'avait pas repris de cours de français. Pour cacher ses lacunes, elle s'enfermait dans le bureau, tard le soir, appelait une copine et se faisait dicter l'orthographe, mot à mot. Il n'était pas rare de voir quitter le foyer vers 2 heures du matin.

Elle avait tenu des mois, jusqu'à ce qu'elle toque à la porte d'une association qui faisait de l'alphabétisation pour les sans-papiers et les SDF. Selon l'appel de Claudine, elle possède une retraitée, montée comme une vieille pomme, qui est à disposition en quarantaine du propriétaire du CP. Plastifiés et classés, les cours de Claudine étaient toujours à portée de main, dans un tiroir de son bureau, avec la Bescherelle et le Petit Robert.

— Vous avez souvent changé de métier. Pourquoi rester à la PJJ ? demande Marc.

— Parce que je fais l'affaire. C'est un endroit confortable et confortable. Pendant a le patron dans un entrepôt de glaces. J'ai des figurants le dimanche avec le père de mes enfants, qui sont boucher-charcutier-traiteur, et j'ai diverses peines. A votre arrivée chez PJJ, la première fois que vous payez est de 1 500 euros. If you have a coup d'ix semaines de vacances alors que depuis des années j'en avais cinq, dont une que je posais pour faire les vendanges. Je me suis dit : « Qu'est-ce que je vais faire de tout ça ? »

Marc n'avait jamais entendu un éducateur se plaindre d'être trop payé.

— En quoi pensez-vous que nous soyons utiles ?

— Si vous souhaitez voir plus de détails, vous pouvez toujours voir quelque chose comme ceci. Ces gosses, je peux leur faire entendre qu'ils ont deux options connaissant les trucs pas marrants qu'ils ont vécus : soit ils se cachent derrière leurs parents alcooliques en se disant qu'ils finiront comme eux, soit ils se bougent parce qu'ils valent mieux que approx. Ce métier est surhumain. Je dis souvent : « Y'a pas de technique avec les gamins, on range pas des livres dans des cartons. » Parce que justement, c'était ce je faisais à l'entrepôt, du conditionnement.

— Voulez-vous vous servir vous-même pour votre cours ?

— Disons que, malheureusement, ou heureusement, je connais la réalité de la vie. Voyez, au foyer y'a une truc qui m'énerve, c'est quand on organise des activités et que j'entends : « On pourrait quand me demander une petite participation aux familles. » Mais la maman, si elle a pas un euro dans son porte-monnaie, elle a beau l'aimer très fort son gamin, où est-ce que vous voulez qu'elle trouve les tunes ?

Marc ne souhaite pas répondre.

Mathieu Palain, Vente gosse, Iconoclaste, 2019.

À la maison de retraite, les soignants remplissent un registre, une sorte de journal de bord, où ils consignent les événements de la journée. Nina n'avait pas repris ses cours de français. Pour masquer ses difficultés, elle s'enfermait tard le soir dans son bureau, appelait une amie et se faisait dicter les mots d'orthographe, mot à mot. Il n'était pas rare qu'elle quitte la maison de retraite vers 2 heures du matin.

Elle avait enduré cette situation pendant des mois, jusqu'à ce qu'elle frappe à la porte d'une association qui proposait des cours d'alphabétisation aux personnes sans papiers et sans-abri. Son institutrice s'appelait Claudine ; c'était une retraitée, ridée comme une vieille pomme, qui enseignait aux enfants de CP depuis quarante ans. Plastifiées et soigneusement rangées, les notes de cours de Claudine étaient toujours à portée de main dans un tiroir de son bureau, avec le Bescherelle et le Petit Robert.

« Tu as souvent changé de travail. Pourquoi restes-tu au PJJ ? » demanda Marc.

Parce que je suis douée dans ce travail. En plus, on a un confort incroyable. Pendant huit ans, j'ai travaillé dans un entrepôt glacial. Je faisais des heures supplémentaires le dimanche avec le père de mes enfants, qui est boucher et charcutier, et on arrivait à peine à joindre les deux bouts. Quand j'ai rejoint PJJ, j'ai touché 1 500 € le premier mois. Du coup, j'avais dix semaines de congés payés, alors que j'en avais cinq depuis des années, dont une que j'avais prise pour les vendanges. Je me suis demandé : « Qu'est-ce que je vais faire de tout cet argent ? »

Marc n'avait jamais entendu parler d'un professeur se plaignant d'être trop payé.

En quoi pensez-vous pouvoir nous être utile ?

Je ne vais pas vous raconter toute ma vie, mais j'ai eu une enfance vraiment terrible. Je peux apprendre à ces enfants que, compte tenu des épreuves qu'ils ont traversées, ils n'ont que deux options : soit ils se cachent derrière leurs parents alcooliques et pensent qu'ils finiront comme eux, soit ils tracent leur propre chemin parce qu'ils valent mieux que ça. Ce travail est profondément humain. Je dis souvent : « Avec les enfants, il n'y a pas de technologie, on ne met pas les livres dans des cartons. » Parce que c'est pourtant exactement ce que je faisais dans l'entrepôt : j'emballais.

– Pensez-vous que cela aide quelqu'un d'avoir le même parcours que vous ?

Disons les choses ainsi : malheureusement, ou peut-être heureusement, je connais les réalités de la vie. Voyez-vous, il y a une chose qui me dérange à la maison d'accueil : lorsque nous organisons des activités et que j'entends : « On pourrait demander une petite contribution aux familles. » Mais si la mère n'a pas un sou en poche, aussi aimante soit-elle son enfant, où est-elle censée trouver l'argent ?

Marc ne savait pas s'il devait répondre.

L'enfance dans Vente gosse est bien loin de l'innocence mythique ou du bonheur naïf qui dominent souvent les traditions narratives bourgeoises. Au contraire, Palain se rattache à une littérature réaliste et socialement critique sur la négligence urbaine, aux études littéraires sur le milieu contemporain. L'enfance y est dépeinte comme un état précaire et menacé, une phase où les traumatismes s'impriment et où les répétitions de violence sociale sont préprogrammées. À l'instar d'Eribon dans Retour à Reims En décrivant l'origine sociale non pas comme une culpabilité individuelle mais comme un conditionnement collectif, Palain montre les mécanismes par lesquels la pauvreté, la violence et le manque d'éducation façonnent une nouvelle génération. Vente gosse Il ne s'agit pas simplement de l'histoire d'un enfant en difficulté ; elle révèle un système qui ne reconnaît l'enfance que comme une enfance brisée.

Avec l'introduction du personnage de Louise Desson, la mère de Wilfried, Palain élargit la perspective narrative : il montre non seulement les victimes de négligence, mais aussi leurs origines sociales et familiales. Louise, elle-même fille d'une famille brisée et marquée par la violence, est dépeinte comme le produit d'un échec qui se perpétue de génération en génération. Son parcours – marqué par un décrochage scolaire précoce, un viol, des troubles mentaux et une toxicomanie – n'est pas individualisé, mais plutôt présenté comme symptomatique d'une réalité sociale spécifique. Palain ne choisit pas de condamner moralement Louise ; au contraire, il laisse transparaître la complexité de ses stratégies de survie. Sa tentative désespérée de s'accrocher à son fils Wilfried apparaît comme le dernier rempart dans un monde qui l'a systématiquement exclue. Cette ambivalence éthique culmine dans la confrontation entre Marc et Louise : protéger l'enfant revient inévitablement à violer une mère qui est elle-même une victime.

Le placement de Wilfried chez la famille d'accueil Renault semble marquer un tournant positif. Avec cette transition et le début de son développement personnel durant l'enfance et l'adolescence, la place de Wilfried dans le récit évolue. Palain subjectivise progressivement le personnage : les motivations profondes, les émotions et les perceptions de Wilfried se révèlent. Thierry et Anna apparaissent d'abord comme l'incarnation d'une intégration familiale réussie. Pourtant, Palain révèle subtilement que même cette nouvelle structure n'est pas exempte de conflits. Le lien affectif demeure asymétrique et les origines de Wilfried restent une source latente de tensions. L'ascension sociale n'est pas présentée ici comme une ascension sans heurts, mais plutôt comme un exercice d'équilibriste : Wilfried est à la fois sauvé et rejeté, à la fois accepté et marqué. La promesse de l'adoption reste brisée ; le nom qu'il porte lui rappelle inévitablement son exclusion initiale.

— T'appelles commentaire ? lancement-t-elle.

— Wilfried.

— Et t'es là pourquoi ?

— Pas de parents.

Elle hocha la tête en silence.

- Et toi?

Viviane a planté son marron jaune dans les siens. Elle sourit :

— Pas de parents.

— T'étais en famille d'accueil ?

— Ouais, j'ai eu ça un moment, dit-elle d'un air détaché, comme si elle venait de s'en souvenir. Ça n'a pas duré.

— Avant d'arriver ici, t'étais où ?

— T'aimes ça, les questions, hein ? C'est keuf ?

Il se sentit d'un coup vulnérable, et l'imita en fixant les brebis.

— En vrai, pourquoi t'es là ? répète Viviane.

Wilfried essaya d'avoir l'air serein. Il lui semblait impossible de dominer la conversation avec une partenaire féminine.

— J'étais en famille d'accueil, j'ai commencé à péter les plombs quand un fils de pute de juge a décidé de m'interdire de les voir en décrétant que je devais vivre avec ma mère biologique, celle qui m'avait abandonnée. J'ai fugué, on m'a retrouvé, et comme ils savaient pas quoi faire, ils m'ont mis en foyer.

— Tu l'aimes pas, ta mère ?

— Nan. Enfin, je sais pas qui c'est. Sous ma garde, une femme de Trente il y a six ans, sur laquelle j'ai dit «C'est ta mère, maintenant faut l'aimer fort», mais j'ai aussi eu une foire enculer et j'ai aussi revue.

— Elle ne vient jamais te voir ?

— Si, mais on se parle pas. Enfin, je lui parle pas. Elle reste une heure sur sa chaise, à me demander si ça va. Y'a mon éducatrice qui est là, heureusement, alors elles discutent les deux. À la fin elle se lève, elle se casse, et deux semaines plus tard ça recommence.

— Me dis pas que ta famille d'accueil te manque.

- Pourquoi?

Viviane est ralluma a clope – signe qu'elle acceptait de vivre cinq minutes de plus en sa compagnie.

— Que des chiens, dans les familles d'accueil. C'est une marchandise pour eux. Y'a que le fric qui les intéresse.

Wilfried anime cette discussion avec Anna. Il s'était senti trahi en apprenant qu'elle recevait un chèque pour s'occuper de lui.

— Pas les miens, dit-il. T'as peut-être pas eu de chance, mais j'avais que huit mois quand ils m'ont eu et pendant quinze ans ils ont tout fait pour moi. Je pense que même pour rien, ils l'auraient fait.

Viviane éclata de rire.

— Pourquoi ils ont pas demandé à le faire gratuitement, alors ?

— Peut-être qu'ils l'ont fait. Je ne sais rien. Peut-être qu'ils touchaient plus d'argent sur la fin.

— Comment tu t'appelles déjà ? Wilfried ?

Il ne broncha pas.

— Eh bien, Wilfried, je peux t'assurer une chose : tes parents d'accueil étaient comme tous les autres, payés pour que ton petit cul dorme au chaud toute l'année. Y'a pas d'amour là-dedans. C'est votre affaire.

Mathieu Palain, Vente gosse, Iconoclaste, 2019.

« Quel est votre nom ? » a-t-elle demandé.

– Wilfried.

– Et pourquoi êtes-vous ici ?

– Pas de parents.

Elle hocha la tête en silence.

Et toi?

Viviane le regarda avec ses yeux bruns. Elle sourit.

– Pas de parents.

– Avez-vous été placé en famille d'accueil ?

« Oui, je l’ai eu pendant un certain temps », dit-elle, comme si cela venait de lui venir à l’esprit. « Ça n’a pas duré longtemps. »

– Où étiez-vous avant votre arrivée ici ?

Vous aimez qu'on vous pose des questions, n'est-ce pas ? Êtes-vous policier ?

Il se sentit soudain vulnérable et l'imita en fixant les moutons du regard.

« Pourquoi es-tu vraiment ici ? » répéta Viviane.

Wilfried s'efforçait de paraître calme. Il lui semblait impossible de dominer la conversation avec une telle jeune fille.

J'étais en famille d'accueil et je perdais la tête quand un juge, un vrai salaud, a décidé de m'interdire de les voir en m'obligeant à vivre avec ma mère biologique, qui m'avait abandonnée. Je me suis enfuie, on m'a retrouvée, et comme ils ne savaient pas quoi faire d'autre, ils m'ont placée dans un foyer pour enfants.

– N'aimes-tu pas ta mère ?

– Non. Enfin, je ne sais pas qui c'est. Ils m'ont montré une femme qui avait trente-six ans mais qui en paraissait cinquante. Ils m'ont dit : « Voici votre mère, vous devez l'aimer beaucoup. » Je leur ai dit d'aller se faire voir et je ne l'ai jamais revue.

Elle ne vient jamais te rendre visite ?

– Oui, mais on ne se parle pas. Enfin, je ne lui parle pas. Elle reste assise dans son fauteuil pendant une heure et me demande si elle va bien. Heureusement, mon aide-soignante est là, alors elles discutent. Finalement, elle se lève, s'en va, et deux semaines plus tard, ça recommence.

Ne me dis pas que ta famille d'accueil te manque.

- Pourquoi donc?

Viviane alluma une autre cigarette – signe qu’elle était heureuse de rester en leur compagnie pendant encore cinq minutes.

– Dans les familles d'accueil, il n'y a que des chiens. Vous n'êtes qu'une marchandise à leurs yeux. L'argent est leur seul intérêt.

Wilfried a eu cette discussion avec Anna. Il s'est senti trahi en apprenant qu'elle avait reçu un chèque pour s'occuper de lui.

« Pas le mien », dit-il. « Vous n’avez peut-être pas eu de chance, mais je n’avais que huit mois quand je suis né, et pendant quinze ans, ils se sont occupés de moi comme des rois. Je suis sûr qu’ils l’auraient fait gratuitement. »

Viviane éclata de rire.

– Pourquoi n'ont-ils pas demandé s'ils pouvaient le faire gratuitement ?

Peut-être. Je n'en sais rien. Peut-être ont-ils finalement obtenu plus d'argent.

– Quel est votre nom déjà ? Wilfried ?

Il n'a pas bronché.

« Eh bien, Wilfried, je peux t'assurer d'une chose : tes parents adoptifs étaient comme tous les autres ; ils étaient payés pour te garder au chaud toute l'année. Il n'y a pas d'amour là-dedans. C'est du business. »

Dans le personnage de David, enfant gravement maltraité, Palain illustre la fragilité structurelle de toute tentative de resocialisation. Le portrait de David – réduit à l'état de « masse excrétrice » – crée une figure quasi allégorique d'un traumatisme irrémédiable par la seule éducation. Les efforts de Marc pour inculquer à David des compétences sociales élémentaires apparaissent à la fois altruistes et vains. Le texte refuse d'offrir une fin heureuse : malgré des progrès visibles, le développement de David demeure précaire, menacé par la profondeur du traumatisme subi. Cet épisode révèle l'idée centrale de Palain : l'aide échoue souvent en raison de conditions sociétales fondamentales, et le travail social s'inscrit dans une tension entre aspirations éthiques et impuissance structurelle.

Une autre douleur causée par le PJJ se répète petit à petit.

— Teddy, t'as lancé les pizzas ? gueula Marc depuis son bureau.

—Ouais. Encore cinq minutes !

Marc se réjouit de la cuisine.

— Teddy, sérieux, des Top Budget ? C'est le design du carton d'emballage. Respecte-toi une personne, en direct les courses de ma fille.

— Oh papy, c'est un débat Macron-Le Pen. Tu crois quand même pas que je vais ouvrir un bloc de foie gras. D'ailleurs si ça m'énerve trop, je te préviens, je mets le pied.

— Y'a un rappel pour le match ? Je suis sûr que le PSG sera disponible chez Raflé...

— Tss, tss… Real Bayern ce soir ! Ligue des Champions.

Laurence a intégré une irruption dans la pièce.

— Eh oh, Nina n'a pas mis ses gosses chez sa mère pour que vous nous infligiez du foot. Il faut aussi regarder le replay.

Teddy préfère expliquer à quoi ne ressemble pas une demi-finale de Ligue des champions en rediffusion.

Nina, Romane et Fanny, la petite dernière du service, les rejoignent. Marc ouvre une bouteille de blanc, sert les verres et tire une chaise pour se retrouver à une distance respectable de l'écran.

— As-tu la bonne veste ? demanda Fanny.

Elle est à votre disposition à Evry et est avocate travaillant dans le monde humanitaire, et se tient à votre disposition après le dîner sur scène dans une langue d'ONG. Les bons samaritains claquaient des étés folles en alcool, prenaient quelques selfies avec des Noirs au ventre gonflé et rentraient le cœur léger, heureux d'avoir vécu une "aventure". Ça l'avait vacciné.

— La présidentielle, oui, ça évite de ruminer chacun chez soi, a répondu Laurence.

— Moi, ça m'éclate, dit Teddy. Si vous avez accès à la recherche et que vous êtes candidat à la lance : « J'ai créé une institution spéciale dans le prix des mines de délinquants ! » Ah ouais ? Très fort bonhomme.

Laurence a participé à la pizza sur une feuille de Sopalin. Elle s'essuya les mains et ceci :

— C'est depuis Sarkozy tout ça ! Les chiffres prouvent le contraire, mais les gens sont persuadés que les jeunes délinquants plus qu'avant.

Marc termina son verre de blanc. Il hésita, de peur de passer pour le vieux con qui avait tout vécu. Voilà quoi :

— Faut vous y faire, on est pas du bon côté de la barrière. On sera toujours accusé de protecteur des criminels.

Zoulous, voyous, sauvagesons, racailles. Un ministre, une loi. Marc est un souvenir de sa propre enfance. Lui n'était jamais passé devant un juge parce qu'il s'était battu à la récré.

— Une bagarre, sans déconner… T'as douze ans, t'es en colère, tu te bats. Que dit le test : des combinaisons de drains arrivent que nous pour ces conneries ? Après, ça va. C'est sur l'étiquette délinquant, c'est sur la machine.

— J'ai pas ton expérience, Marc, mais pour moi le vrai problème, c'est le temps, dit Romane. J'ai plus le temps de dénouer les relations compliquées.

Elle se tourne vers Nina.

— Notre rôle, c'est de rendre la main aux parents, mais quand ils sont trop destructeurs, on doit pouvoir dire au jeune : « Sauve ta peau. » Nina, je parle à Wilfried : « Ta mère te bouffe ! T'es une personne à part entière, tu es jeune, intelligente, tu peux encore t'en sortir. »

Nina croisa et décroisa les jambes sous sa chaise. Elle hésite un instant.

— Écoute, ce caniveau, il me touche. Bien sûr qu'il est intelligent, il pourrait faire n'importe quel métier. Boire que le mille deux cents tourne sur le tambour de la machine à laver. Il a dix-sept ans, il va passer devant la juge pour des faits graves, il flippe et je peux pas le rassurer parce que j'ai moi-même super peur qu'il prenne du ferme. Comment tu veux qu'il construise quoi que ce soit, s'il s'attend à être envoyé à Fleury ?

— Nina, ton boulot, c'est pas de lui éviter la taule, dit Teddy. J'ai cette connerie, et j'ai accès à de grosses peines au loin de la tête avec ça : « J'ai hâte d'aller en prison. Ça m'a servi à quoi, tout ce temps perdu ? »

— Il va faire quoi en cellule ? demanda Nina. Est-ce qu'il s'agit d'apprendre un métier, est-ce de resserrer les liens avec sa mère, est-ce de faire quoi ? Là au moins, au foyer, il a sa copine, il a Dounia, y'a quand même un cadre, enfin, je sais passer...

— Il a une copine ? s'étonna des romans.

— Oui, la petite Vivi.

— Une brune, toute menue ?

— Oui, voilà.

— Attends, c'est pas celle qui faisait le tapin ? demanda Teddy.

— Si, c'est elle, souffla Laurence.

Elle aurait aimé ne pas le préciser.

— Je sais qu'on n'encourage pas des jeunes fragiles à entrer dans des relations, dit Nina, mais ce serait une erreur de leur mettre des bâtons dans les roues. Ils s'équilibrent l'un l'autre.

Mathieu Palain, Vente gosse, Iconoclaste, 2019.

L'odeur du pain chaud emplit peu à peu le rez-de-chaussée du PJJ.

« Teddy, c'est toi qui as jeté les pizzas ? » cria Marc depuis son bureau.

– Oui. Encore cinq minutes !

Marc alla dans la cuisine pour le rejoindre.

« Teddy, sérieusement, budget maximum ? » dit-il en montrant la boîte en carton. « Un peu de respect, on dirait les courses de ma fille. »

– Oh, Papi, c'est un débat Macron-Le Pen. Tu ne crois pas que je vais ouvrir un bloc de foie gras, quand même ? Bref, si ça m'énerve trop, je te préviens, je mettrai le foot.

Y a-t-il encore des matchs ? Je croyais que le PSG avait déjà tout gagné ?

– Tss, tss… Real-Bayern ce soir ! Ligue des champions.

Laurence fit irruption dans la pièce.

Nina n'a pas laissé ses enfants à sa mère pour que tu nous infliges le football. Regarde le ralenti.

Teddy a préféré ne pas expliquer pourquoi on ne peut pas regarder la rediffusion d'une demi-finale de Ligue des champions.

Nina, Romane et Fanny, la benjamine de l'équipe, les rejoignirent. Marc ouvrit une bouteille de vin blanc, remplit les verres et tira une chaise pour s'asseoir à une distance respectable de l'écran.

« Tu fais ça à chaque fois ? » demanda Fanny.

Elle avait étudié le droit à Évry, pensant devenir avocate humanitaire, et avait abandonné après un stage dans une ONG. Les bons samaritains avaient dépensé des sommes astronomiques en alcool, pris quelques selfies avec des Noirs bedonnants, et étaient rentrés chez eux l'esprit léger, heureux d'avoir vécu une « aventure ». Cela l'avait immunisée.

« Les élections présidentielles, oui, cela empêche tout le monde de ruminer chez soi », répondit Laurence.

« J’adore ça », dit Teddy. « À chaque fois, c’est l’incertitude qui règne, et un candidat déclare : “Je vais créer un établissement spécialisé dans la prise en charge des jeunes délinquants !” Ah oui ? Impressionnant, hein ? »

Laurence posa sa part de pizza sur une feuille de sopalin. Elle s'essuya les mains et dit :

– C’est comme ça depuis Sarkozy ! Les chiffres prouvent le contraire, mais les gens sont persuadés que les jeunes commettent plus de crimes qu’avant.

Marc termina son verre de vin blanc. Il hésita, craignant de passer pour un vieux grincheux qui avait tout vu. Puis il dit :

Il faut vous faire à l'idée que nous ne sommes pas du bon côté de la barrière. On nous accusera toujours de protéger les criminels.

Zoulous, voyous, sauvages, racaille. Un pasteur, une loi. Marc se souvint de son enfance. Lui-même n'avait jamais eu affaire à un juge pour une bagarre pendant la récréation.

Une bagarre, sans blague… T'as douze ans, t'es en colère, tu te bats. Imagine un peu : combien de gamins viennent nous voir à cause de ce genre de conneries ? Après, c'est fini. Ils sont étiquetés délinquants, ils sont pris en charge par les services sociaux.

« Je n’ai pas ton expérience, Marc, mais pour moi, le vrai problème, c’est le temps », a déclaré Romane. « Je n’ai plus le temps de démêler des relations compliquées. »

Elle se tourna vers Nina.

Notre rôle est d'aider les parents, mais s'ils sont trop destructeurs, nous devons pouvoir dire au jeune : « Débrouille-toi. » Nina, j'ai dit à ton Wilfried : « Ta mère te dévore ! Tu es indépendante, tu es jeune, tu es intelligente, tu peux encore t'en sortir. »

Nina croisa les jambes sous sa chaise, puis les décroisa. Elle hésita un instant.

Écoutez, ce garçon, il me touche. Bien sûr qu'il est intelligent, il pourrait faire n'importe quel travail. Sauf que là, il est en train de faire 1200 tours dans le tambour de la machine à laver. Il a dix-sept ans, il est au tribunal pour des délits graves, il panique, et je n'arrive pas à le calmer parce que je suis terrifiée à l'idée qu'il se lance dans l'agriculture. Comment pourra-t-il construire quoi que ce soit s'il s'attend à être envoyé à Fleury ?

« Nina, ce n’est pas à toi de l’empêcher d’aller en prison », dit Teddy. « J’ai fait une bêtise, et ceux qui risquaient de lourdes peines m’ont dit : “J’aurais dû aller en prison avant. À quoi bon tout ce temps perdu ?” »

« Que va-t-il faire dans sa cellule ? » demanda Nina. « Il n’apprendra pas de métier, il ne renforcera pas ses liens avec sa mère, que va-t-il faire ? Au moins, il a sa petite amie au foyer, il a Dunja, il y a un semblant de structure là-bas, enfin, je ne sais pas… »

« Il a une petite amie ? » se demanda Romane.

– Oui, petite Vivi.

– Une brune, très menue ?

– Oui, c'est ça.

« Attends, c'est pas celui qui était parti faire des provisions ? » demanda Teddy.

« Oui, c’est elle », murmura Laurence.

Elle regrettait de l'avoir dit.

« Je sais qu’il ne faut pas encourager les adolescents vulnérables à avoir des relations », a déclaré Nina, « mais ce serait une erreur de leur mettre des obstacles. Elles se complètent. »

Le langage demeure dépouillé, souvent laconique, ponctué de dialogues qui dépeignent la réalité sociale sans fioritures. C’est précisément dans cette apparente austérité que se déploie la force poétique du roman : dans sa sobriété, sa suggestion, son omission. L’enfance n’est pas idéalisée, mais prise au sérieux – dans ses contradictions, sa rébellion et son désespoir silencieux.

Il est disponible quarante-trois ans. Si tu traverses la soirée et que tu te poses la question « Sinon, dans la vie, tu sais quoi ?? », l'hésitait à mentir, inventeur un métier qui n'appelle pas d'avis, informaticien ou contrôleur de gestion. Puis il avait du bout des lèvres qu'il était dans le social. Si vous insistez – « Et dans quel secteur, le social ? » –, Marc répondait qu'il était éducateur à la Protection judiciaire de la jeunesse. Quand vous entendez quelque chose pour un film, vous entendez en retour : « Non, j'ai peur de l'eau en danger. » Il n'entrait pas dans les détails. Quand les dossiers étaient trop durs, trop crus, presque toujours des histoires de viol, il soufflait seulement : « C'est flippant la quantité de merdes que je dois brasser. »

L'impression dès l'entrée de la PJJ est disponible du point de vue du chômage et de la chute du loyer, mais elle est aussi prédestinée. Sa mère dix-sept ans quand elle tomba enceinte. Ces parents sont disponibles dans un accident de voiture, laissant âme et sans soutien, à se faire traiter de pute parce que son ventre enflait et qu'il n'y avait pas de père. Le père, lui, avait des parents, mais trop nobles pour attacher leur nom de famille, alors la petite s'était débrouillée.

Marc a passé les trois premières années de sa vie dans le monde, dans les autres mondes où les temps sont si beaux. Quand la sienne était lieu le chercher, Marc ne l'avait pas reconnu. Elle était accompagnée d'un grand homme au visage fin, les cheveux élégamment peignés sur le côté. Ensemble, dont il dispose en tant que père de Marc. Et en un sens, c'était vrai. C'est une belle façon d'apprendre un rongeur dans la Loire, à tirer à la carabine sur pain de savon et à monter un canadien sous l'orage. Les week-ends à l'aventure, ils partaient à vélo avec la tente, du pâté dans les sacoches, direction l'est de Montreuil et les bords de Marne. Soixante bornes tout-retour par les sentiers forestiers et le chemin de halage. Quand Marc vous dit que les montagnes changent, il est encore surpris.

Mathieu Palain, Vente gosse, Iconoclaste, 2019.

Il avait quarante-trois ans. Si vous le croisiez à une soirée et lui demandiez : « Alors, que faites-vous dans la vie ? », il hésitait à mentir, à inventer un métier auquel personne n’aurait pensé, comme informaticien ou auditeur. Puis, il faisait semblant de parler et admettait travailler dans les services sociaux. Si vous insistiez : « Et dans quel domaine, les services sociaux ? », Marc répondait qu’il était assistant social auprès des jeunes en difficulté. Si vous le preniez alors pour un policier, il répliquait : « Non, j’aide les enfants en danger. » Il n’entrait pas dans les détails. Si les cas étaient trop durs, trop brutaux – il s’agissait presque toujours de viols –, il murmurait simplement : « C’est horrible tout ce que je dois gérer. »

Il avait l'impression d'avoir rejoint le PJJ parce qu'il était au chômage et qu'il devait payer son loyer, mais c'était en réalité son destin. Sa mère avait dix-sept ans lorsqu'elle tomba enceinte. Ses parents étaient morts dans un accident de voiture, la laissant seule et sans ressources. Elle dut donc supporter d'être traitée de prostituée à cause de sa grossesse et de l'absence de père. Son père, en revanche, avait de la famille, mais trop respectable pour ternir son honneur ; la jeune femme avait donc réussi à se débrouiller.

Marc avait passé les trois premières années de sa vie dans un internat, entouré d'autres enfants laissés là jusqu'à la guérison de leurs mères. Quand sa mère était venue le chercher, Marc ne l'avait pas reconnue. Elle était accompagnée d'un homme grand, au visage fin et aux cheveux élégamment coiffés en arrière. Ensemble, ils avaient fait semblant que cet homme était le père de Marc. Et d'une certaine manière, il l'était. Il était là pour lui apprendre à nager dans la Loire, à tirer sur des savons avec une carabine et à monter une tente canadienne en plein orage. Les week-ends d'aventure, ils partaient à vélo à l'est de Montreuil, leur tente et leur pâté dans leurs sacoches, jusqu'aux bords de la Marne. Soixante kilomètres aller-retour, par des chemins forestiers et le chemin de halage. On aurait pu dire à Marc qu'ils avaient changé de pays, et il n'en aurait pas été surpris.

Les personnages de Vente gosse Ils évoluent au sein d'un réseau social structuré davantage par les absences que par les présences. En tentant de sauver d'autres enfants, Marc se confronte simultanément à sa propre histoire. Son parcours fait écho à celui des jeunes dont il s'occupe – une répétition atténuée. Dans son épuisement, sa colère et ses accès de désespoir, il devient une figure emblématique de la précarité de l'aide apportée au sein de l'État-providence néolibéral. Wilfried est à la fois bourreau et victime : un garçon qui lutte pour attirer l'attention tout en s'isolant socialement. Son agressivité, sa colère envers le monde et son orgueil démesuré sont des mécanismes de défense contre un environnement qui l'a trahi dès son plus jeune âge.

Les figures parentales – la mère biologique Louise et les parents d'accueil Thierry et Anna – sont marquées par l'ambivalence. Louise apparaît comme une figure tragique : toxicomane, traumatisée, incapable d'assurer des soins maternels constants, elle reste pourtant liée à son enfant par un amour indéfectible. Thierry et Anna incarnent la prise en charge étatique, bien intentionnée mais tout aussi débordée : des parents d'accueil temporaires qui assument une responsabilité bien plus lourde qu'ils ne l'auraient jamais souhaitée. Autour de ces personnages principaux, Palain déploie une mosaïque de positions sociales : éducateurs, travailleurs sociaux, juges d'instruction, voisins – un ensemble plus soudé par des forces centrifuges que par la solidarité.

Au cœur de la structure poétique de Vente gosse Le film dépeint une rupture de la communication. Dans le monde de Wilfried, le langage n'est pas avant tout un moyen de compréhension, mais un champ de pouvoir. Insultes, provocations, silences et remarques agressives (« wesh », « sale pute ») remplacent les véritables échanges. Les mots divisent plus qu'ils ne créent de liens. Marc, quant à lui, peine à trouver un langage commun – et se heurte sans cesse aux limites des jeux de langage institutionnels : notes de service, évaluations psychologiques, transcriptions d'audience, rapports de suivi. Le langage officiel du système de soutien semble aussi impuissant que le langage cru de la rue. Pourtant, c'est précisément dans ces fractures que Palain déploie une poétique de la parole abîmée : les dialogues courts, souvent fragmentés, les monologues intérieurs empreints de doute, les gestes non verbaux de proximité – tout cela témoigne d'une quête de sens plus profonde, fragile, mais indestructible.

Vente gosse Ce n'est pas seulement un récit d'enfance ; c'est aussi une réflexion sur l'art de raconter des histoires. La structure récurrente – récits, souvenirs, observations – nous rappelle que tout récit d'enfance est une construction, une reconstruction a posteriori. Palain montre combien les souvenirs restent fragmentaires, combien les récits, malgré leurs échecs, sont nécessaires. Le rôle du corps est particulièrement frappant : la présence physique de Wilfried – ses muscles, ses cicatrices, sa fatigue – devient la dernière trace, indéniable, d'une vie presque impossible à saisir par les mots. À cet égard, Vente gosse Il s'agit également d'une conception à contre-courant des romans d'apprentissage classiques : pas d'ascension linéaire, pas de « parcours éducatif », mais un cycle de blessures et de survie, une écriture qui reste consciente de sa propre nature provisoire.

Mathieu Palains Vente gosse Ce roman est celui de catastrophes silencieuses. Sans grands effets dramatiques, sans moralisation, il raconte l'histoire d'enfants condamnés dès leur naissance – et d'adultes qui craquent sous la pression de tenter de les sauver. La poétique de l'enfance qui se dégage ici est une poétique de la fragilité : non pas une idéalisation romantique, mais une reconnaissance radicale de l'incertitude, de l'inachevé, de la vulnérabilité. Dans la langue dépouillée, les dialogues rares et la description précise du milieu, se déploie une éthique littéraire : le refus d'offrir des réponses faciles et l'obligation de représenter aussi l'échec.

Vente gosse Cela l’inscrit non seulement dans la tradition de la littérature socialement critique, mais instaure aussi une modernité singulière et mélancolique de l’enfance – une littérature qui parle moins du bonheur de l’enfance que de son impossibilité. Et c’est précisément par là qu’elle préserve sa dignité.

Le tournant décisif – l’expulsion de Wilfried du centre de jeunesse AJ Auxerre suite à un incident violent – ​​n’est pas présenté comme un échec isolé, mais plutôt comme la répétition symptomatique d’un comportement violent vécu et intériorisé. L’escalade de la violence lors d’un match de football, déclenchée par une provocation verbale, révèle une incapacité à résoudre les conflits autrement que par la violence physique. Palain met ainsi en lumière la tragédie du conditionnement social : la réaction de Wilfried est l’expression d’une blessure profonde que les programmes de soutien institutionnels ne peuvent guérir.

Le retour de Wilfried chez ses parents ramène le lecteur à la réalité sociale dont il avait tenté de s'extraire. La banlieue n'apparaît plus ici comme un lieu idéalisé de solidarité, mais comme un espace d'existences précaires, de rêves brisés et de confrontation constante avec la marginalisation sociale. Palain dépeint ce monde avec un réalisme saisissant : les terrains de sport défoncés, les immeubles délabrés, la violence latente de la rue. Wilfried se retrouve dans un environnement qui interprète ses échecs non comme des défaites individuelles, mais comme la confirmation d'une prédestination.

L'un des passages les plus marquants du roman décrit l'entraînement excessif de Wilfried à la course à pied : une échappatoire à l'épuisement physique qui le libère, au moins temporairement, de sa condition sociale. La description de ces courses le long de la Seine, transcendant les barrières sociales, révèle un motif central du roman : l'espoir d'une transformation par la maîtrise du corps. Mais cet espoir demeure fragile. L'effort physique ne saurait remplacer les conditions sociales qui retiennent Wilfried prisonnier.

Wilfried laissa son sac dans l'entrée avec les questions de sa mère. La salle est visible de l'extérieur, comme quand sur Vient d'Aérer. L'affiche de Xavi est également disponible dans la rubrique lit, mais sinon, rien n'avait changé. Sous ses fenêtres, la Nationale 7 était là, près du terrain d'honneur cerclé de tartan. À côté, le dojo, et plus loin, le tennis. Quatre enfants ont accès aux cols avec ballon et mousse sur les anciens terrains envahis par la mauvaise herbe. Les racines gondolaient en surface, le club est disponible auprès du locataire après qu'un joueur s'était brisé une cheville en montant à la volée. Depuis, les petits de la cité les squattaient pour des dérapages à vélo et des soirées de galère passaient à fumer de l'herbe en attendant que la nuit vienne. Ils n'avaient nulle part où aller, à part le parc, mais c'était toujours plein de poussettes et de mômes avec il fallait faire gaffe. Au loin, un RER se faisait avaler par la gare de Grigny-Centre. Wilfried enfila un court et partit courir. Le parcours est tout simplement très simple, il longe les quais de Seine et s'étend également sur plusieurs kilomètres. Il est disponible à faible vitesse et relançant dans les côtes pour maintenir son cœur en stress. La traversa à l'écluse et repartit sur l'autre rive, longeant les baraques hors de prix qui s'alignaient du bon côté du fleuve. Dans ce coin de banlieue, la Seine traçait une frontière sociale. D'un côté, les villes bourgeoises, avec leurs maires de Droite, leurs maisons de retraite et leurs golfs résidentiels : Draveil, Soisy, Etiolles, Saint-Germain-lès-Corbeil, Saint-Pierre-du-Perray… De l'autre, les villes métissées, avec Les villes rivales, les pôles commerciaux et les collèges en zone de violence : Viry, Grigny, Évry, Corbeil-Essonnes, Ris-Orangis. Depuis la ligne gauche, Wilfried a traversé le pont et a couru au sprint. Il y a quelque chose à dire sur la vie de l'âme. Le son qui s'accélère en fréquence, le cœur qui tape en rythme, Wilfried pensait à ce dessin animé qui passait il ya longtemps à la télé, Il était une fois… la Vie. Plongé à l'intérieur d'un corps humain en plein effort, on voyait les globules rouges passer la vitesse supérieure pour alimenter les muscles en oxygène. Sur chaque accélération, Wilfried imagine les millions de petits bonshommes rouges, pneus d'un coup de leur sommeil pour irriguer ses cuisses en carburant.

La grimpa au douzième par les escaliers et fonça à la salle de bains. L'eau chaude le rassura. La pensée aux vestiaires, à Auxerre, après le reposait la main collée au bouton de la douche pour que l'eau ne s'arrête pas plus le frapper ses épaules. L'hiver, quand le temps est froid, le jour tombe en quelques minutes pour refléter les sensations dans les doigts et les avant-bras. Il restait là, assis sur le banc, dans le brouhaha de l'après-match, à attendre de pouvoir délacer ses crampons. Le lendemain, le gardait des douleurs, comme des bleus dans les poignets.

Mathieu Palain, Vente gosse, Iconoclaste, 2019.

Wilfried avait laissé son sac contenant les questions de sa mère dans le couloir. Sa chambre sentait bon, comme si elle venait d'être aérée. Il avait oublié l'affiche de Xavi au-dessus de son lit, mais sinon, rien n'avait changé. Le Nationale 7 se trouvait en contrebas de ses fenêtres, à côté de la Place d'Honneur tapissée de tartan. Juste à côté, il y avait le dojo, et plus loin, les courts de tennis. Quatre enfants jouaient à la balle sur les vieux courts envahis par les mauvaises herbes. Des racines s'enroulaient autour du sol, et le club avait cessé de les louer après qu'un joueur se soit cassé la cheville en jouant au volley-ball. Depuis, ils étaient occupés par des jeunes du quartier, qui enfourchaient leurs vélos et passaient leurs soirées à fumer de l'herbe en attendant la nuit. Ils n'avaient nulle part où aller à part le parc, mais il était toujours plein de poussettes et d'enfants qu'il fallait surveiller. Au loin, un RER disparaissait dans la station Grigny-Centre. Wilfried enfila un short et se mit en marche. De son immeuble jusqu'à Soisy, en longeant les quais de Seine, il y avait dix kilomètres. Il les a courus à toute vitesse, s'efforçant de maintenir son rythme cardiaque élevé. Il a franchi l'écluse et a continué sur l'autre rive, passant devant les casernes cossues qui bordaient le fleuve. Dans ce coin de banlieue, la Seine traçait une ligne de démarcation sociale. D'un côté, les villes bourgeoises avec leurs maires de droite, leurs maisons de retraite et leurs terrains de golf : Draveil, Soisy, Étiolles, Saint-Germain-lès-Corbeil, Saint-Pierre-du-Perray… De l'autre, les villes mixtes avec leurs lotissements rivaux, leurs centres commerciaux et leurs lycées situés dans des quartiers sensibles : Viry, Grigny, Évry, Corbeil-Essonnes, Ris-Orangis. Au bout de la ligne droite, Wilfried a traversé le pont et a sprinté jusqu'à chez lui. Il était souvent pris de ce besoin de se dépasser, de se sentir vivant. Sa respiration s'accéléra, son cœur battit la chamade, et Wilfried repensa au dessin animé qu'il avait vu à la télévision il y a longtemps, « Il était une fois… la vie ». À l'intérieur d'un corps humain en plein effort, on pouvait voir les globules rouges se mettre en marche à plein régime pour alimenter les muscles en oxygène. À chaque accélération, Wilfried imaginait des millions de minuscules hommes rouges se réveillant en sursaut pour alimenter ses cuisses.

Il monta les escaliers jusqu'au douzième étage et entra dans la salle de bains. L'eau chaude l'apaisa. Il repensa aux vestiaires d'Auxerre, où sa main restait collée au bouton de la douche pour éviter les éclaboussures sur les épaules. En hiver, par grand froid, il lui fallait dix minutes pour retrouver la sensibilité dans ses doigts et ses avant-bras. Il s'assit sur le banc, au milieu de l'agitation d'après-match, attendant de retirer ses crampons. Le lendemain, il avait encore des courbatures, comme des bleus aux poignets.

La rencontre avec Tomo, l'ancien entraîneur des jeunes, ouvre une ultime et fragile possibilité de nouveau départ. Tomo incarne une autre forme de masculinité : au lieu de la violence, il prône la discipline ; au lieu des démonstrations de force, la confiance. Mais l'influence de Tomo reste limitée : les portes de l'institution demeurent en grande partie fermées à Wilfried.

Palain met en lumière le décalage entre le soutien individuel et le déterminisme structurel : les mentors peuvent guider, mais ne sauraient remplacer le soutien et la reconnaissance dont la société est dépourvue. Wilfried demeure suspendu entre deux voies possibles : la résignation, un nouvel échec, ou un laborieux nouveau départ. Cette incertitude révèle non seulement l’inachèvement de son développement personnel, mais aussi l’imprévisibilité fondamentale des destins sociaux. Le roman ne s’achève pas sur une résolution, mais sur une perspective ouverte. L’avenir de Wilfried reste incertain, ses possibilités limitées. Palain évite une structure narrative cathartique. Il en résulte l’image d’un jeune homme qui doit tracer son propre chemin parmi les ruines des promesses de la société. Vente Gosse L'histoire se termine comme elle a commencé : dans la tension entre vulnérabilité individuelle et responsabilité sociale, sans rédemption, mais sans destruction finale non plus. Les procédés narratifs employés pour éviter de conclure l'histoire de Wilfried, la laissant plutôt ouverte au possible, expriment un scepticisme fondamental envers toute forme de téléologie littéraire ou sociale. Dans l'ensemble, Palain dépeint… Vente Gosse Le personnage de Wilfried propose une réflexion littéraire sur la vulnérabilité sociale.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. « Poétique de l'enfance : Mathieu Palain, Sale gosse (2019). » Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2025. Consulté le 19 mai 2026 à 12h06. https://rentree.de/2025/04/27/poetiken-der-kindheit-mathieu-palain-sale-gosse-2019/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.


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