Poétiques de l'enfance : Maylis Adhémar, L'école est fineie (2025)

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Maylis Adhémars L'école est finie (Stock, 2025) raconte l'histoire d'Al, neuf ans, qui se rebelle contre la dureté et les contraintes du système scolaire dans le village de Cos, dans les Pyrénées. Avec son amie Adeline, il fonde l'« ACE » (Association Contre École) et crée son propre monde poétique parallèle dans le fort abandonné de Barbaresque. Là, les enfants vivent des aventures, pratiquent des rituels, enterrent un oiseau et écrivent leurs histoires sur les murs, loin des attentes des adultes. Al observe le monde adulte d'un œil critique : l'école, la famille, l'histoire et la politique apparaissent comme des zones de discipline, d'aliénation, mais aussi de mémoire. Le roman est un hommage poétique à la force rebelle de l'enfance et à l'aspiration à la liberté, à l'appartenance et à sa propre vérité. Adhémar choisit également cette citation de Bobin comme devise : « Les enfants sont comme les marins : où qu'ils regardent, c'est toujours infiniment loin. » 1 La conclusion reviendra à ce point. Maylis Adhémars L'école est finie Ce roman dépeint une enfance captivante et d'une grande intensité poétique dans un village du sud de la France des années 1990. À travers le personnage d'Al, son protagoniste de neuf ans, l'auteur brosse le portrait d'une enfance riche en aventures et en épreuves, mais aussi d'une relation complexe entre liberté individuelle, violence institutionnelle et imagination poétique. Le roman illustre le vécu des enfants, façonné par leurs fantasmes, les pressions sociales et la force contestataire de leur créativité.

Il faut que ça s'arrête.

C'est maintenant.

La peur doit changer de camp.

« ACE vaincra ! »

Je crache un rôle silencieux. Vincent et Adeline me regardent. Je lève le poing. La révolution de 1995 a commencé.

L'approche d'Adeline vers la quatrième fenêtre et tire doucement sur le volet – elle avait la charge de les fermer avec Marie-Ève ​​​​Leroy. Le dispositif en verre est transparent et neuf, avec nos remerciements. Vincent Bondit, la Grève de Galets Vénus du Fond des Mers. Foudroyés, les carreaux. Nous sommes ivres. Adeline explose, en larmes, sans qu'on chose si c'est encore cette foutue peur ou bien la joie. Maintenant, allez. Ma main se faufile entre les débris de verre dont l'un vient se planter au creux de ma paume, là où luit encore la cicatrice du pacte de Paulilles. La fenêtre de notre classe est ouverte et peut être vue le soir.

Ce n'est pas le cas sans la sorcière. Nous contemplons ahuris cette salle ridicule, juste des chaises et des tables, un espace grotesque où notre vie se réduit. Adeline ne pleure plus, elle marche dans l'allée centrale comme si elle allait se marier, elle avance lentement vers l'autel, là-haut sur le pupitre. L'école est une école toute profane. Vincent trie le matériel de son fils en deux tandis qu'il rapporte la joie de la fonction de maître, et des autres, Marie-Ève, Aymeric, la mien, et tous les autres. J'envoie valser les cahiers et les craies, je lacère au couteau les affiches sur les murs, le feu rouge, le feu vert, la frise chronologique, les devoirs civiques de l'élève, le portrait de Jules Ferry, oh oui, le portrait de Jules Ferry en bouillie. Et Vincent dévisse les bocaux de fumier, ouvre les poches plastique d'où tombent les vers de terre, merdes des chiens errants, bouses à scarabées, coupes de ronciers, Vincent fait voler dans l'air l'huile de vidange, la graisse de canard. La classe devient décharge et dépôt, cuisine et chiottes, moisissure et forêt. Adeline, transfigurée, atteint son fiancé, le grand tableau noir des humiliations, dit à craie et écrit au tableau :

Mort à l'école !

Vive la liberté !

ACE vanité !

Ce moment est historique, invisible.

Maylis Adhémar, L'école est finie, Actions, 2025.

Il faut que ça cesse.

Le moment est venu.

La peur doit changer de camp.

« ACE va gagner ! »

Je gémis doucement. Vincent et Adeline me regardent. Je lève le poing. La révolution de 1995 peut commencer.

Adeline s'approche de la quatrième fenêtre et tire prudemment sur le store – Marie-Ève ​​Leroy et elle avaient pour mission de le fermer. La vitre apparaît, transparente et nue, offerte à notre regard. Vincent bondit en avant, des cailloux des profondeurs marines déferlent. Les vitres se brisent. Nous sommes ivres. Adeline éclate en sanglots, et nous ne savons plus si c'est encore cette satanée peur ou la joie. Ça y est, ça commence. Ma main se glisse entre les éclats de verre, dont l'un se loge dans ma paume, là où la cicatrice du pacte de Paulilles brille encore. La fenêtre de notre salle de classe est ouverte, et je plonge tête la première.

Sans la sorcière, l'endroit est méconnaissable. Nous contemplons avec incrédulité cette pièce ridicule, de simples chaises et tables, un lieu grotesque auquel nos vies se sont réduites. Adeline ne pleure plus ; elle remonte l'allée comme pour un mariage, s'approchant lentement de l'autel, là-haut sur le pupitre. L'école est une église que nous allons profaner. Vincent sort le matériel de son sac à dos tandis que je renverse avec jubilation le bureau du professeur, puis les autres – celui de Marie-Ève, d'Aymeric, le mien, oui, tous les autres. Je lance des cahiers et des craies en l'air, lacère les affiches aux murs au couteau, le feu tricolore, la frise chronologique, les devoirs des élèves, le portrait de Jules Ferry – ah oui, le portrait de Jules Ferry est complètement déchiqueté. Et Vincent dévisse les poubelles, ouvre les sacs en plastique d'où tombent des vers de terre, des crottes de chien, des excréments de coléoptères, des tiges de mûres ; Vincent jette de l'huile de moteur usagée et de la graisse de canard en l'air. La salle de classe se transforme en décharge, en cuisine et en toilettes, en moisissure et en forêt. Adeline, métamorphosée, rejoint son fiancé, le grand tableau noir des humiliations, saisit une craie et y écrit :

Mort à l'école !

Vive la liberté !

ACE va gagner !

Ce moment est historique, inoubliable.

La figure poétique centrale du roman est l'enfance, présentée comme un refuge imaginaire et un contrepoint subversif au monde adulte. Al et sa compagne Adeline ont fondé un mouvement de résistance clandestin contre le système scolaire, l'ACE (« Association Contre École »). À leurs yeux, l'école n'est pas un lieu d'apprentissage, mais un symbole de violence institutionnelle : autorité, assujettissement et discipline. En contraste, les enfants créent leur propre royaume – le « royaume du Fortin », un fort abandonné sur la côte, qu'ils peuplent d'histoires, d'objets et de symboles. Leur langage est poétique, figuratif et mythologique : Al est « le comandante Al », Vercingétorix son compagnon intérieur, Adeline la danseuse et Maline la chienne à trois pattes, leur fidèle compagne. Le fort devient le symbole d'une utopie poétique de l'enfance, consciemment distincte du monde réel défini par la discipline et le contrôle. Le jeu n'est pas seulement présenté comme un loisir, mais comme une pratique existentielle, créative et poétique : une résistance au passage à l'âge adulte et à la violence structurelle du monde adulte. Le jeu d'imagination métamorphose l'environnement de l'enfant – la salle de classe, la garrigue, le port – en un scénario mythique. Ce recodage du réel en une réalité narrative exprime la puissance poétique de l'enfance.

Le fort Barbaresque est un espace poétique central du roman. Il est introduit par la scène : « Quand, une fois arrivé à découvert, je vois apparaître la mer hérissée de nos montagnes et surtout lui, le fort de la Barbaresque… » (chapitre 5). Le fort devient un bastion de liberté, un lieu d’imagination créatrice, de résistance et de communauté. L’inscription « ACE » (Association Contre École), que les enfants gravent dans le bunker, est un acte d’émancipation symbolique : « En grand. En très grand ! » Le fort n’est pas seulement un lieu de jeu, mais aussi un lieu d’histoire, de mémoire et de transformation poétique. Les enfants se réapproprient l’histoire (Vauban, les nazis, la résistance) et la transforment en une mythopoétique enfantine. La relation avec Maline, la chienne à trois pattes, illustre une esthétique poétique du manque, de la vulnérabilité et de la compassion. Maline s’intègre à l’ACE et incarne une résistance vivante contre le monde normatif des adultes.

Le roman d'Adhémar est imprégné d'images saisissantes, créées à travers le regard de l'enfant. Les métaphores naissent de son expérience physique et émotionnelle directe. Ainsi, la salle de classe devient une cellule de prison, le fort une forteresse de la liberté, le grand-père un résistant et l'instituteur un occupant tyrannique.

Ce qui frappe particulièrement, c'est l'importance constante accordée aux sens. L'environnement est décrit par les odeurs, les couleurs, les sons et les textures : le goût de la banane plantain, le « ploc » de l'oiseau Tito qui tombe, la lumière sur la mer, la chaleur du soleil sur la peau. Cette sensibilité fonde une expérience poétique du monde, où le sens n'est pas appréhendé rationnellement, mais plutôt physiquement et émotionnellement. L'imagerie est également imprégnée d'une signification mythopoétique : Al s'imagine en guerrier gaulois, sa lutte contre l'école et son père s'inscrivant dans la continuité de la résistance historique. Cette auto-mythification révèle la puissance poétique de l'imagination enfantine, qui oppose au monde autoritaire des adultes son propre récit.

Tu te tais et tu souris à maman.
J'ai dit : regarde maman.
Mais souris !
Va te laver les mains.
Débout.
Allez, on se dépêche.
Débout maintenant !
Mange tes tartines, tu vas être en retard.
Va te brosser les dents.
N'oublie pas le cahier bleu.
Ces chaussures !
Je t'avais dit de les cirer.
Bonne journée.
Et sois bien sage !
En rang.
Dans le calme.
Vous pouvez vous asseoir.
Tu me fais peur ?
C'est l'heure de la sieste ?
Au travail.
Le passé composé du verbe manger ?
C'est à toi que je parle.
Tu diras à maman qu'elle doit te coucher plus tôt.
La nuit ça ne se fait pas à l'école.
Hé oh !
Je veux entendre les mouches voler.
Sortez en récréation.
Doucement.
Ne courez pas.
Ne pleure pas.
On ne dépasse pas les marronniers.
J'ai dit quoi ?
On ne dépasse pas les marronniers.
Descends de cet arbre.
Ne bouge pas.
Je t'ai à l'œil.
Tu diras à maman que le peigne, ça existe.
On se tait, les nouveaux !
En rang.
Encore un zéro.
Avez-vous les collections ?
Parasites.
Tends les doigts.
À la niche.
À la niche, j'ai dit !

La litanie aurait pu continuer pendant mille ans. Alors nous l'avons fait.
Voyous. Gangsters. Apaches !

C'est comme si les adultes n'avaient aucun trait. L'insulte est répétée dans tous les quartiers de la ville et sur les fronts. Ils n’ont rien compris. Ce qui s'est passé, tous les enfants l'ont imaginé un jour, au moins une seconde.

Nous souhaitions maintenant créer un monde où nous aurions pu habiter.

Maylis Adhémar, L'école est finie, Actions, 2025.

Tu restes silencieux et tu souris à maman.
J'ai dit : Regarde maman.
Mais souriez !
Allez vous laver les mains.
Se lever.
Allez, dépêchez-vous.
Lève-toi maintenant !
Mange ton pain, il est trop tard.
Va te brosser les dents.
N'oubliez pas le livret bleu.
Les chaussures !
Je t'avais dit de les nettoyer.
Balise de Schönen.
Et tenez-vous bien !
En rangées bien ordonnées.
Calme.
Vous pouvez vous asseoir.
Je vous dérange?
Est-ce l'heure de la sieste ?
Au travail !
Le passé de « essen » ?
Je te parle.
Dis à ta mère de te coucher plus tôt.
Aucun travail n'est effectué à l'école la nuit.
Bonjour!
J'aurais pu entendre une mouche voler.
Prenez une pause.
Au calme.
Ne courez pas.
Ne criez pas.
Ne dépassez pas les châtaigniers.
Qu'est-ce que j'ai dit ?
Ne dépassez pas les châtaigniers.
Descends de cet arbre.
Ne bougez pas.
Je te surveille.
Dis à ta mère que les peignes existent.
Silence, les nouveaux venus !
En rangées bien ordonnées.
Encore un zéro.
Vous les collectionnez ?
Parasite.
Étendez vos doigts.
Dans le coin.
"Au coin !", ai-je dit !

La litanie aurait pu se poursuivre pendant mille ans de plus. Et c'est ce que nous avons fait.
Voyous. Gangsters. Apaches !

Voilà comment les adultes nous traitaient. Les insultes fusaient de toutes parts, dans la bouche des vieillards et sur nos fronts. Ils ne comprenaient rien. Ce qui s'était passé, tous les enfants l'avaient imaginé, ne serait-ce qu'un instant.

Nous voulions simplement créer un monde dans lequel nous pourrions vivre.

La structure temporelle du roman se caractérise par un double mouvement : d'une part, l'immédiateté de l'expérience enfantine, et d'autre part, la perspective rétrospective du narrateur, qui condense poétiquement ces expériences. Le roman s'ouvre sur une succession d'impératifs, presque haletante, à la manière d'une litanie – un montage stylistique qui met en scène, par le langage, le caractère compulsif du quotidien. Suit le long bloc de la première nouvelle (« Le livre d'Al – 1994 »), narrée au présent et qui plonge immédiatement le lecteur dans l'univers de l'enfance. Ce temps linéaire est cependant sans cesse interrompu : par des sauts imaginaires vers des époques mythiques ou historiques (l'époque romaine, la Seconde Guerre mondiale), par des condensations poétiques de souvenirs, et par le passage du temps narratif au temps narré. Un fragment temporel poétique se dessine, suivant la logique interne de l'expérience enfantine – mémoire, imagination, instant. La rétrospective sur 1994 trouve un nouveau cadre dans « Seconde partie – Juillet 2003 ». La perspective change : l'enfance devient le passé, dont le sens est questionné. Pourtant, la tonalité poétique demeure – l'enfance n'est pas « passée », mais se perpétue comme un espace mythique d'origine.

La structure temporelle de L'école est finie Ce roman ne suit pas la logique linéaire d'un roman d'apprentissage classique, mais reflète plutôt la perception singulière du temps propre à l'enfant narrateur – une perception hautement subjective, épisodique et empreinte de poésie. La majeure partie du roman se déroule en 1994 et est narrée au présent, ce qui souligne l'immédiateté de l'expérience enfantine. Cette perspective contemporaine crée un sentiment d'« maintenant », de perception intense et de proximité émotionnelle. Juillet 2003 : Dans la seconde partie, Al, devenu jeune adulte, se remémore le passé. Ce retour en arrière offre une perspective différente, plus distanciée, sur l'expérience de l'enfant. Une première forme de narration de sa propre enfance émerge alors, dédiée à une mémoire poétique. Dans le roman, l'enfance n'est pas présentée comme une étape de transition ou un simple prélude à l'âge adulte, mais comme une période d'expérience distincte et dense – une « île de temps » qui se détache de la chronologie du quotidien. Certaines scènes s'étirent (par exemple, la partie de cache-cache, les rituels au fort), tandis que d'autres semblent fragmentées, comme sous l'effet de la mémoire. Cette expansion ou compression du temps ne suit aucune chronologie externe, mais plutôt la logique interne de l'attention et du sens que les enfants donnent à leur vie. L'école, les parents, les adultes du village vivent dans un monde où le temps est linéaire : emploi du temps, horaires de travail, curriculum vitae. Les enfants, en revanche, vivent dans un ordre temporel différent, un « contre-temps poétique » où horloges, calendriers et règles n'ont aucune place. Ce temps alternatif apparaît clairement dans des phrases comme : « Je suis le maquisard du temps de papy ». Al s'extrait du temps linéaire et s'inscrit dans des chronologies mythiques, historiques ou inventées. De nombreux motifs reviennent dans le roman : la fuite de l'après-midi au fort, les conversations avec son grand-père, le rituel scolaire. Ces répétitions créent une structure temporelle circulaire qui révèle la vie quotidienne de l'enfance comme structurée de manière rituelle et symbolique. Il n'y a pas de progrès au sens classique du terme, mais plutôt une persistance, un retour – une contradiction avec la logique du progrès dans le monde adulte. En se remémorant 2003, il apparaît clairement que les expériences de l'enfance ne disparaissent pas, mais demeurent présentes dans le récit. Cette narration issue de la mémoire est une forme de reconstruction poétique : le passé n'est pas simplement remémoré, mais recréé littérairement et émotionnellement. Ainsi, la structure temporelle devient une affirmation poétique : l'enfance n'est pas terminée, mais reste vivante comme un espace porteur de sens.

Al est au cœur du récit, mais son enfance n'est pas une expérience solipsiste. Elle est au contraire intimement liée aux relations : à sa famille, à son amie Adeline, aux animaux, aux figures imaginaires. Ces constellations créent un réseau dense de résonances qui décrit l'enfance comme un phénomène collectif et relationnel. Adeline incarne la force délicate, vulnérable et pourtant indomptable de la solidarité enfantine. La situation de sa mère – une mère malade, une précarité sociale – la confronte à la dureté du réel, mais c'est précisément là que naît sa force poétique. Ses mouvements de danse expriment un savoir poétique incarné, au-delà des mots. Papy Robert, quant à lui, constitue le centre moral du roman. Ancien résistant, il représente un monde adulte différent – ​​un monde à l'écoute, protecteur et compréhensif. À travers son personnage, le roman articule la possibilité d'une alliance poétique intergénérationnelle. À l'inverse, les parents et l'institutrice représentent un monde de contrôle, d'attentes et d'éducation normative. Ces personnages ne sont pas caricaturés, mais dépeints avec ambivalence : ils ne sont pas « mauvais », mais font partie d’un système qui traite les enfants comme des adultes inachevés. Papy Robert apparaît comme le seul adulte ayant accès à la poésie de l’enfant. Dans la scène où Al se cache dans le jardin, la phrase « Ding ding. Le bruit de papy. » (Chapitre 42) illustre la perception qu’a le grand-père non seulement du refuge de l’enfant, mais aussi de son trouble intérieur. Son affirmation, « L’école, c’est l’instruction, donc la liberté », est cependant contrée par Al par un contrepoint poétique : « Mon œil ! » Le récit idéaliste du grand-père, axé sur l’éducation, se heurte à la réalité de l’école, perçue comme un lieu de discipline et d’oppression. Robert demeure néanmoins une figure ambivalente : un représentant d’un monde adulte différent, empreint d’humanisme.

Le narrateur de L'école est finie À la fois enfantin et introspectif, le texte d'Adhémar crée avec maestria une voix qui s'exprime du point de vue d'un enfant sans jamais tomber dans la puérilité. Il oscille entre perception immédiate et enfantine et réflexion poétique. Le rythme des phrases, le choix des mots, les répétitions sémantiques – tout cela engendre une mélodie linguistique singulière qui évoque la perception poétique de l'enfance. L'ironie est un autre procédé narratif essentiel. Le jeune narrateur nomme avec une acuité laconique les absurdités de la vie adulte – le surmenage, l'obsession de l'ordre, le fétichisme de la discipline. Parallèlement, par ce geste de rébellion enfantine, le texte remet en question sa propre nostalgie : la puissance poétique de l'enfance n'est jamais idéalisée naïvement, mais se révèle dans son ambivalence – entre beauté, douleur, résistance et perte.

Un aspect remarquable du roman réside dans l'imbrication de l'expérience enfantine au sein d'un cadre documentaire et historique. La Seconde Guerre mondiale, la guerre d'Algérie, le génocide rwandais – tous ces événements imprègnent la mémoire, le récit et l'ordre symbolique du roman. Ces dimensions historiques ne sont pas transmises de manière abstraite, mais rendues tangibles par la perception de l'enfant : dans les récits du grand-père, dans les inscriptions funéraires, dans les émissions politiques à la radio. L'enfance devient ainsi un lieu où la mémoire collective s'active et se transforme – une forme poétique d'éducation politique. Le roman démontre avec force combien le jeu des enfants n'est pas détaché du monde, mais profondément imbriqué dans ses structures de violence, de mémoire et de pouvoir. L'enfance devient la matrice d'une autre histoire – celle racontée non par les vainqueurs, mais par ceux qui questionnent.

Des vacances ! Des vacances ! Très merveilleux. Oh mes chères grandes vacances ! Sur le court enfin. En dossier juste chez moi. Adeline vole sur les pavés. Elle sourit à ma mère, à papy, à mes sœurs. Foineuse à foin. Aérienne. Elle fait la roue. Une pure.

Après le dîner, regardez les informations. Ces deux jours, notre armée est au Rwanda, c'est l'opération Turquoise. On va arrêter la guerre là-bas. Les images des soldats sont blanches et ont des crânes rasés, en treillis, kalach à la main, s'imprime sur l'écran de la télévision et dans ma tête. Je les trouve très classe.

« Si vous êtes marin, vous êtes un combattant, vous êtes dis.

– Quand il y a des militaires, ce n'est jamais une bonne nouvelle, répond papy. La guerre, il faut être fou pour la faire. »

Je le dévisage avec étonnement.

« Oui mais toi, tu l'as bien faite !

– Al m'a parlé de quand vous étiez dans le maquis à Valmanya, vous êtes un héros, poursuit Adeline, admiratrice.

– C'était ça ou devenir un salaud », lâche-t-il éteignant la télé.

Papy aime bien raconter les guerres d'avant. Pour ça, c'est comme un livre d'histoire, avec plein de rebondissements et de couleurs différentes. Mais dès qu'il voit des armes ou des gens qui s'emballent pour nos guerres d'aujourd'hui, ça l'agace.

« You save qu'on a un hero, un vrai, au village, nous advert-t-il. Le médecin de l'hôpital de Perpignan, Monsieur Andréi, est parti au Rwanda avec les militaires de l'opération Turquoise pour sauver les gens. Lui, c'est un véritable héros. Soldier c'est juste un boulot. »

On est très impressionné par cette information dont, curieusement, les journaux ne parlent pas. Monsieur Andréi, c'est les héros de Cos, de toutes les Pyrénées-Orientales, de la France entière !

Papy se lève et nous demandons de le suivre. On sort de chez nous pour grimper chez lui. Adeline et moi, en train au salon pendant qu'il fouille une caisse en métal. Le séjour de papy ressemble à un musée. Quasiment tout ce qui est affiché au mur est lié au passé ou à la mort. Il y a beaucoup de médailles militaires et scolaires, une photo d'un soldat, d'une mère (je ne sais pas comment faire le lien), d'une mère et d'un des coeurs de toutes les petites filles (les petites n'existent pas en plus).

Maylis Adhémar, L'école est finie, Actions, 2025.

Les vacances ! Les vacances ! Quel mot merveilleux ! Oh, mes chères longues vacances ! Enfin, nous pouvons courir. Nous courons à toute vitesse vers la maison. Adeline vole au-dessus des pavés. Elle sourit à ma mère, mon grand-père et mes sœurs. Heureuse. Légère comme une plume. Elle fait une roue. Une reine.

Après le dîner, nous regardons les informations. Notre armée est au Rwanda depuis quelques jours ; c’est l’opération Turquoise. Nous allons mettre fin à la guerre là-bas. Les images de soldats blancs, le crâne rasé, en treillis et fusils Kalachnikov à la main, s’impriment sur l’écran de télévision et dans ma mémoire. Je les trouve vraiment impressionnants.

« Si je ne deviens pas marin, je deviendrai soldat », dis-je.

« Quand des soldats sont impliqués, ce n'est jamais bon signe », répond grand-père. « Faire la guerre, c'est pour les fous. »

Je le regarde avec étonnement.

« Oui, mais vous avez fait du bon travail ! »

« Al m’a dit que tu étais dans la résistance de Valmanya, tu es un héros », poursuit Adeline avec admiration.

« C'était ça ou devenir un crétin », dit-il en éteignant la télévision.

Grand-père adore raconter des histoires sur les guerres du passé. C'est un véritable livre d'histoire, plein de rebondissements et de détails saisissants. Mais dès qu'il voit des armes ou des gens qui s'enthousiasment pour nos guerres actuelles, ça l'agace.

« Saviez-vous que nous avons un héros, un vrai, dans notre village ? » nous annonce-t-il. « Le docteur Andréi, médecin à l’hôpital de Perpignan, est parti au Rwanda avec les soldats de l’opération Turquoise pour sauver des vies. C’est un véritable héros. Être soldat, ce n’est qu’un métier. »

Nous sommes très impressionnés par cette information qui, curieusement, n'a pas été mentionnée dans les journaux. Monsieur Andréi est le héros de Cos, de toute la région Pyrénées-Orientales, et même de toute la France !

Grand-père se lève et nous demande de le suivre. Nous quittons la maison pour monter dans sa chambre. Adeline et moi restons au salon pendant qu'il fouille dans une boîte en métal. Le salon de papa ressemble à un musée. Presque tout ce qui est accroché aux murs a un lien avec le passé ou la mort. Il y a un amas de médailles militaires et scolaires, une photo de lui en soldat, une autre de grand-mère (que je n'ai jamais connue), une de ma mère et de sa sœur quand elles étaient petites (ces petites filles ne sont plus parmi nous).

L'école est finie Il ne s'agit pas d'un regard nostalgique sur le passé, mais d'un manifeste poético-politique affirmant la gravité de l'expérience enfantine. Adhémar montre que l'enfance ne se préserve pas par le dépassement des difficultés, mais par leur reconnaissance et leur expression poétique. Ce roman, à la fois poétique, politique et littérairement riche, explore l'enfance et va bien au-delà de la simple réminiscence. Maylis Adhémar imagine une utopie de l'enfance non pas tournée vers le passé, mais subversive et résolument tournée vers l'avenir. L'enfance y apparaît comme un lieu d'imagination, de révolte, de vulnérabilité et d'autonomie poétique. La « poétique de l'enfance » d'Adhémar est une poétique de la liberté : elle prend l'expérience enfantine au sérieux – dans toute sa profondeur, sa beauté, sa douleur et son pouvoir de transformer le monde. Le roman démontre que l'enfance n'est pas une simple étape avant d'affronter les réalités de la vie, mais un monde à part entière, avec ses propres droits, son propre langage et sa propre éthique.

Pour Adhémar, l’enfance est une force de résistance : une puissance de voir, de sentir et de se souvenir. Sa poétique réside dans le langage, le jeu, la révolte – et la loyauté envers ceux qui ne peuvent parler : les animaux, les oiseaux, les blessés. Le roman est un appel à l’empathie poétique : « On voulait seulement créer un monde où on aurait pu habiter. »

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. "Poétique de l'enfance : Maylis Adhémar, L'école est finie (2025)." Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2025. Consulté le 19 mai 2026 à 18:34. https://rentree.de/2025/04/24/poetiken-der-kindheit-maylis-adhemar-lecole-est-finie-2025/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Remarques
  1. « Les enfants sont comme les marins : où que se portent leurs yeux, partout c'est l'immense. » Christian Bobin, La partie manquante.>>>

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