République grotesque : Nathalie Quintane

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Larbin, larbin, tu préfères qu'on te coupe bras et jambes, peut-être ?… Fallait réfléchir avant, mon vieux.

Vous êtes des… séditieux ! a dit le garde.

Ah non. Nous, on est des gentils. Vraiment, tu t'imagines m'pas à quel point on est gentils. C'est pas compliqué : on est dans le soin.

Sur ces personnes se trouvent les informateurs de la République.

Vous voulez quoi ? Un changement de régime ? a dit soudain le torse.

Nathalie Quintane, Tout va bien se passer 2023.

Laquais, laquais, tu préférerais peut-être qu'on te coupe les bras et les jambes ?... Tu aurais dû y penser avant, vieux.

«Vous êtes… des rebelles !» dit le garde.

Oh non ! Nous sommes les gentils. Vraiment, vous ne pouvez pas imaginer à quel point nous sommes gentils. C'est tout simple : nous prenons soin de tout.

Nous sommes les infirmières de la république.

« Que voulez-vous ? Un changement de régime ? » demanda soudain le torse.

L'auteure française Nathalie Quintane s'est imposée comme une observatrice critique des conditions sociales, politiques et culturelles à travers son œuvre. Ses livres se caractérisent par un style d'écriture radical, souvent ironique et grotesque, et une forme hybride mêlant essai, fiction et engagement politique. Deux de ses textes, Tout va bien se passer (2023) et Que faire des classes moyennes ? Ses ouvrages de 2016 illustrent parfaitement son projet littéraire et politique. Le premier, le plus récent, est un roman burlesque et surréaliste qui transforme le centre du pouvoir – le palais de l’Élysée – en une scène de théâtre grotesque ; le second est un essai sur la classe moyenne envisagée comme formation politique, fantôme social et symptôme culturel, également publié en allemand chez Matthes & Seitz en 2018.

Ces deux textes s'inscrivent profondément dans une vision du monde de gauche, éclairée mais désenchantée. Quintane ne crée pas d'utopie, mais se livre plutôt à une cartographie critique. Sa vision du monde est à la fois analytique et poétique, empreinte de colère et d'humour, désenchantée mais vigilante. Ce qu'il faut faire C'est plus explicitement politique : la classe moyenne est dépeinte comme un obstacle au changement social. Tout Va Bien La critique est plus ludique, allégorique : le pouvoir est une farce, ses représentants des corps sans intégrité. Pourtant, dans les deux textes, subsiste une lueur d’espoir : dans l’imagination poétique, dans la réflexion historique, dans l’amour de la langue et dans la non-conformité stylistique réside un potentiel de résistance. Quintane écrit contre la résignation, avec une littérature qui ne se conforme pas mais perturbe. Fabrice Gabriel écrit dans Le Monde« La dimension démonstrative et malicieusement politique du livre est absorbée par l'exubérance verbale du texte, qui l'anime du début à la fin, portant finalement sur scène notre rapport à l'histoire et peut-être à la révolution. » 1

Nathalie Quintane (née en 1964) est poétesse, romancière et professeure dans un collège à Digne. Son roman… Tout va bien se passer (Allemand) Tout ira bienDans cet ouvrage, elle présente un roman qui mêle avec originalité formes littéraires, réflexion historique, ironie postmoderne et analyse politique incisive. Au cœur du récit se trouve une scène grotesque : un ministre, réduit à son torse, traverse Paris en route vers le palais de l’Élysée. Il est accompagné par le point de vue du narrateur ainsi que par des voix historiques et fictives, notamment celle de Lucile Franque, une peintre du XVIIIe siècle, réelle mais quasiment inconnue, qui fait son apparition dans le roman comme une voyageuse temporelle. Le roman nous transporte à travers l’Élysée, non comme un lieu de dignité d’État, mais comme le théâtre de rituels de représentation absurdes. Le roman n’est ni narré de manière continue ni structuré linéairement. Il se déploie plutôt comme une tapisserie textuelle de miniatures pittoresques, d’interludes essayistiques, de passages surréalistes, d’exagérations comiques et d’une méticulosité documentaire. Tout va bien se passer Elle se présente comme une farce narrative dominée par des procédés littéraires, comiques et grotesques. Bien qu'un ton essayistique soit présent, il s'efface devant l'invention burlesque. Le narrateur décrit un Paris surréaliste. Cette forme permet une représentation théâtrale et mise en scène du pouvoir, où la description, la conception spatiale et la physicalité sont centrales. Le texte joue sur les perspectives, les personnages historiques, les techniques de parodie médiatique et les éléments de science-fiction.

Honoré Daumier, La métamorphose du roi Louis-Philippe en poire, gemeinfrei.

Que faire des classes moyennes ? Cet ouvrage hybride, à la croisée de l'essai et de l'autosociographie, oscille entre polémique, spéculation sociologique et pamphlet politique. La voix narrative, résolument subjective, ironique et d'une grande finesse analytique, est ponctuée d'autodérision. Une succession kaléidoscopique d'images, de métaphores et de miniatures à portée culturelle critique domine le texte. Quintane y mêle théorie, statistiques, réflexions sur les médias et interludes autobiographiques avec une originalité déconcertante. Ce faisant, elle déploie une large palette de styles : littéraire, familier et sarcastique. Les deux œuvres proposent une critique acerbe du présent, bien que sous des angles différents. Que faire des classes moyennes ? Quintane analyse l'ambivalence politique de la classe moyenne : à la fois pilier de la démocratie et son pire ennemi, elle revendique « l'ordre », la « propriété » et la « normalité », tout en étant structurellement encline à la réaction. Le texte se lit comme une psychanalyse collective de la bourgeoisie tardive, caractérisée par un endurcissement de soi alimenté par le ressentiment, le conformisme et une mentalité sécuritaire régressive.

Pensant à la question qui donne un titre à ce texte, je me suis aperçu que j'étais en train de répondre à Que deviennent les classes moyennes ? Et j'étais précisément en train de répondre à cette question en m'observant moi-même. C'est-à-dire que songeant aux personnes qui, de plus en plus, pour arondir leurs fins de mois ou pour un + de pognon, covoiturent, ou encore louent une chambrette dans leur appartement, ou bien échangent leurs maisons gratis, ou échangent une coupe de cheveux contre un cours de maths, je me disais que je pourrais très bien faire ça moi aussi, bien que n'en ayant pas expressément besoin, je pourrais échanger un cours de français contre une de cheveux, louer la grande chambre à un étudiant ou un curiste (les curistes restent un mois max.), laissez ma maison en Suisse dans mon pays pour une partie à Lausanne, et les dizaines et dizaines de possibilités, et tous les multiples, offres par les "plates-formes" sur internet : tout cela est a quoi je ne songeais pas encore qui se présentait à moi pour m'offrir ce à quoi je ne pensais pas. Un changement d'une classe à l'autre. Car il fallait les moyens de la classe moyenne – son peu de moyens, disons, mais ces moyens tout de même – pour troquer : une voiture et un voyage pour un covoiturage ; une maison pour une autre ; des études pour une expertise, si modeste soit-elle, et l'avis surtout qu'elle a de la valeur. Qui, de fait, était exclu de la proposition ? Ceux que l'idée d'un + de pognon de cet ordre n'avait jamais effleurés, en ayant en abondance, et ceux qui étaient entièrement occupés à survivre, au ticket de métro près. Refaisait surface le vieux Système D comme Débrouille, mais cette fois-ci on ne réparait pas les choses cassées – on ne remettait pas en route un circuit électrique avec du papier aluminium et on ne fabriquait pas une bicyclette de A à Z –, on échangeait des coups de main pour ne pas avoir à régler les notes prohibitives des plombiers, coiffeurs, profs diplomamés, transports publics et on le changeait en évidence: la participation, l'échange de paire à paire, c'est le filet. Le plan est composé d'une classe gigantesque qui peut maintenant être vendue et changée dans tous les domaines, les biens et les services, d'un continent à l'autre, avec le coup, les mois et les mois de besoin de payer l'impact, qui est maintenant sur le cours entre les deux, Puisqu'on se véhicule entre nous, puisqu'on se soigne entre nous, puisque je te coupe les cheveux si tu répares ma chiotte, etc. Exit tout ce qui n'est pas ça.

Nathalie Quintane, Que faire des classes moyennes.

En réfléchissant à la question qui donne son titre à ce texte, je me suis rendu compte que j'étais en train de répondre à la question : « Que deviendra la classe moyenne ? » Et j'y ai répondu en m'observant moi-même. Autrement dit, en pensant aux personnes qui pratiquent de plus en plus le covoiturage, louent une chambre dans leur appartement, échangent leur maison gratuitement, ou proposent des cours de maths contre une coupe de cheveux pour compléter leurs revenus ou gagner plus d'argent, je me suis dit que je pourrais très bien faire de même, même si je n'en ai pas forcément besoin. Je pourrais échanger un cours de français contre une coupe de cheveux, louer ma grande chambre à un étudiant ou à un client d'un spa (les clients séjournent un mois maximum), louer ma maison à un Suisse en août pour aller à Lausanne, et profiter des dizaines et des dizaines de possibilités et de toutes les offres diverses des « plateformes » sur Internet : tout ce que je n'avais pas encore envisagé, tout ce qui serait à ma disposition pour m'offrir ce à quoi je n'avais pas pensé. Un pur échange entre classes moyennes. Parce qu'il fallait les ressources de la classe moyenne — leurs maigres ressources, certes, mais des ressources tout de même — pour échanger : une voiture et un voyage contre un trajet ; une maison contre une autre ; un diplôme universitaire contre des connaissances spécialisées, aussi modestes soient-elles, et surtout, la reconnaissance de leur valeur. Qui était réellement exclu de cette proposition ? Ceux pour qui l'idée d'une telle somme d'argent n'aurait jamais effleuré l'esprit, car ils en avaient déjà largement assez, et ceux qui luttaient pour survivre, jusqu'au dernier ticket de métro. Le vieux Système D, tel une débrouille, réapparut, mais cette fois, on ne réparait plus rien de cassé — on ne rafistolait plus les circuits électriques avec du papier aluminium, on ne reconstruisait plus les vélos de A à Z — on s'échangeait des services pour payer les factures exorbitantes des plombiers, coiffeurs, professeurs qualifiés et transports en commun. Et nous étions en train de le transformer, c'est évident : la participation, l'échange entre égaux, voilà le réseau. La planète entière serait constituée d'une vaste classe moyenne qui vend et échange des fichiers, des biens et des services d'un continent à l'autre, réduisant ainsi la nécessité de payer des impôts, car nous nous éduquerions, nous nous transporterions et nous nous entraiderions mutuellement — par exemple, je te couperai les cheveux si tu répares mes toilettes, etc. Tout ce qui n'appartient pas à cette classe moyenne disparaîtrait.

In Tout va bien se passer À l'inverse, l'accent est mis sur les représentations symboliques du pouvoir et leur dénaturation. Le torse ministériel symbolise une politique dénuée d'intégrité, réduite à une simple coquille vide. Le palais de l'Élysée devient un palais de signes vides, une parodie de démocratie où ne circulent que des gestes symboliques. Ici aussi, la critique de la bourgeoisie est implicitement présente, notamment dans la représentation de l'hygiène, de l'épilation, des idéaux esthétiques sportifs ou des conditions de vie. Les deux œuvres interviennent profondément dans l'économie politique. Ce qu'il faut faire Quiconque pratique une théorie des classes par le bas (et de l'intérieur) déconstruit Tout Va Bien Le mécanisme de représentation du pouvoir par le haut. Leur point commun ? Un système dysfonctionnel, un discours démocratique érodé et des sujets prisonniers d’un monde linguistique et visuel qu’ils ne maîtrisent plus.

Le grotesque joue un rôle central dans les deux œuvres, quoique de manière différente. Tout va bien se passer Sa structure de base est grotesque : le ministre n’est qu’un torse ; le narrateur est accompagné d’une femme du XVIIIe siècle ; l’ordre du monde est déformé par un logiciel (la France est la Belgique) ; le palais de l’Élysée devient une scène démesurée pour l’historique et le politique. Ici, le grotesque sert à désenchanter : le corps devient une allégorie politique, la comédie expose le vide de la représentation. L’élément burlesque déstabilise l’ordre du pouvoir et révèle sa physicalité, sa maladresse, sa vulnérabilité. Que faire des classes moyennes ? L'œuvre recourt à une imagerie grotesque, mais avec subtilité et au niveau métaphorique : la classe sociale est comparée à un « sucre dans le café » qui s'érode lentement par capillarité ; à un « placard à glaces », symbole honteux de réussite sociale. Ces images caricaturent l'image que la petite bourgeoisie se fait d'elle-même et révèlent l'aveuglement volontaire comme moteur de la passivité sociale. Dans les deux cas, le grotesque n'est pas une fin en soi, mais un outil critique : il bouleverse les normes, expose les rapports de pouvoir et oblige le lecteur à remettre en question ses perspectives habituelles.

Le roman s'ouvre sur le récit du narrateur évoquant la fuite d'un petit groupe de militants. Suit la description d'un ministre – ou plutôt, de son torse : sans tête, sans membres, réduit à un buste politique. Accompagné d'un garde du corps, ce torse entreprend une odyssée absurde à travers Paris en direction du palais de l'Élysée. Le texte n'est pas guidé par une intrigue ou une destination, mais par les détours, les réflexions, les détails corporels et les observations qui le nourrissent. Le récit revient sans cesse sur la scène de l'épilation du torse du ministre, décrivant méticuleusement la douleur, les soins d'hygiène et le souci de l'apparence. Cette scène à la fois comique et grotesque est ponctuée de réflexions sur les rôles de genre, les canons de beauté conventionnels, l'esthétique sportive et la médiatisation de la politique.

En parallèle, Lucile Franque apparaît, peintre du XVIIIe siècle transposée au XXIe siècle. Elle devient l'interlocutrice du narrateur, observatrice du présent avec un regard extérieur. Élève du peintre David, Franque introduit une perspective historique déformée dans l'exploration du Paris contemporain. Perdues dans des bugs informatiques qui transforment la France en Belgique, elles discutent d'art, de révolution, du rôle des femmes et d'expérience esthétique. Elle est présentée dans le roman comme une peintre et poétesse appartenant au groupe des « Méditateurs » ou « Barbus », élèves de Jacques-Louis David, peintre majeur de la Révolution française et futur collaborateur de Napoléon. L'expression « secte autour de David » ou la référence à ce « Barbus » est chargée de sens historique et satirique. David était non seulement une figure majeure du néoclassicisme, mais aussi un artiste reconnu pour ses peintures politiques. Ses élèves formèrent une communauté artistique influente qui, après la Révolution, se divisa en divers courants idéologiques : conservateurs, républicains, romantiques et déviants. Quintane reprend ce précédent historique et le transforme en une sorte de sous-groupe satirique et féministe : sa Lucile Franque n’est pas une étudiante parmi les principaux, mais appartient à une branche féminine marginalisée et oubliée. Le terme « secte » est ici ironique, car il renvoie à une lignée imaginaire et « marginale » de la succession de David – une lignée qui n’a pas mené à la gloire académique, mais à l’oubli et à l’échec artistique. Lucile Franque – en tant que membre de cette « secte » – devient la complice poétique de la narratrice, une figure de savoir et de repère dans une réalité détraquée. Elle représente une autre manière de penser l’art et la politique, une manière perdue : ni dogmatique, ni académique, mais délicate, fragile, féminine – et pourtant porteuse d’un potentiel révolutionnaire.

Qu'est-ce qu'on va faire ? Voudriez-vous faire de toutes ces dorures, ces tapis abstraits, ces muses aux beaux lolos, ces peintures abstraites, ces floraisons assorties aux sets de table ? Pourquoi tout est si merveilleusement fabriqué ? Qui est très exactement ce qu'on sait faire de mieux, ici : de la merde par kilos, à la tonne, historique, magnifiquement fabriqué, par des ouvriers de France, des artisans uniques, trente ou quarante ans d'expérience, des Brodeuses, des doreuses, des peintres abstraits, des artistes. Ici, c'est de l'art, pas de la gnognote.

Nathalie Quintane, Tout va bien se passer 2023.

Qu'allons-nous en faire ? Que faire de tout cet or, de ces tapis abstraits, de ces muses aux seins magnifiques, de ces tableaux abstraits, de ces fleurs assorties aux sets de table ? Que faire de toute cette camelote, de toute cette camelote si finement travaillée ? C'est précisément notre spécialité : des kilos, des tonnes, de camelote historique, magnifiquement réalisée par des artisans français, des artisans uniques forts de trente ou quarante ans d'expérience, brodeurs, doreurs, peintres abstraits, artistes. Ici, c'est de l'art, pas de la futilité.

Finalement, le torse et son compagnon parviennent au palais de l'Élysée, dont les salons, les couloirs et les décors symboliques sont sujets à un désenchantement comique. Le ministre se perd dans la contemplation des dorures, des muses antiques et des bustes historiques. Le palais devient un lieu à la fois d'excès et de futilité. Le roman s'achève sur un tableau : le ministre, épuisé, est assis sous un tableau napoléonien, absorbé par le tissu des meubles, se fondant presque dans le décor.

C'est là que le torse se cale, épuisé, dans le canapé. À quelques mètres au-dessus de lui, face à lui, une beauté. Jamais, s'il ne s'était calé dans ce canapé et nous avec lui, il n'aurait noté cette beauté ; Il est indispensable au plus grand respect pour les hommes, entre un mètre et un mètre de soixante-quinze centimètres, situés à l'emplacement des chaises, des tables, des pots ou vases sur les tables, des consoles, des porte-manteaux, des luminaires, des livres et tableaux de livres, les plats fumants, les desserts, les gâteaux, les tartes.

Elle lévite, à demi couchée, dans une brume bleue ou un tissu bleu ou un tissu de brume, un bras brandi et mou à la fois, relâché mais puissant, placide. Le bras brandi découvre l'aisselle rouquine. C'est une rouquine. Sur cette vénitienne, sous Napoléon III. Vénitienne, c'est une rouquine blonde, qui t'imagine sur le papier. Si vous regardez la réalité, comme si vous recherchiez une femme blonde ou une femme blonde, vous saurez ce que vous recherchez ; Il y a tellement de blondes, donc c'est Roux, donc c'est Auburn. Ensuite, le fait de l'avoir vu copié à plusieurs endroits, ce blond vénitien rouquin, est suffisant pour la suggestion, et figurer dans votre propre passé quelqu'un de roux ou de blond tirant sur le roux ou le blond. Un be dépasse du tissu de brume bleu ou de la brume bleue ou du bleu, tandis que l'autre est couvert ; Le dépassement blanc, laiteux, comme rétroéclairé par le petit matin, et son aréole rose pâle, à peine marquée. Aussi tous les seins Napoléon III sont ainsi, laiteux, rose pâle, à peine marquées, ils lévitent sous plafond dans des médaillons dans des châteaux et demeures copies de Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, sous Louis-Philippe, Charles c'est-à-dire sous nous, à l'époque même à laquelle nous vivons et évoluons dans des couloirs d'hôpitaux ou d'immeubles sous ces seins, somme toute, qui nous surplombent, survolent, plantent, bombés, obombrés (ou rétroéclairés), tendus par un bras Brandi qui direct nos regards ou par-ci ou par-là ou vers la lance (car la beauté tient une lance) ou vers l'aisselle et cette aisselle, nous nous y condensons, nous y summers, le rouquin blond vire, la vire au roux franc puis fonce, la fonce brun et le brun vire au black, la fonce black fondu au noir, et de là les poils noirs y pointent y rigoureusement comme des piquants, comme des piquants d'oursin gonflé, ils s'y déploient et pointent vers le ministre qui n'en peut plus de cette beauté, de cette beauté dressée en médaillon au-dessus d'une porte du salon Pompadour.

Le temps du froid dans la pièce d'à côté, le salon des portraits, dans les médailles des générations on reconnaît le pape Pie IX, l'empereur François-Joseph, le roi Victor-Emmanuel d'Italie, le tsar Nicolas Ier, la reine Victoria, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse, la pure Isabelle II d'Espagne, le roi Guillaume Ier de Wurtemberg, et c'est tout.

Auparavant, dans ces médaillons, et à la disposition des membres de la famille de Napoléon Ier et avant encore, des muses. Qui sont neufs. Mais nous comptons (et recomptons) huit. Portraits Huit. Qu'est-ce que le Neuvième ? Napoléon a tenu-il à ne garde que huit membres de sa famille et supprima-t-il une muse, c'est-à-dire un emplacement de muse ? Ou Napoléon III est-il fut-il dans l'impossibilité de sélectionner les peuples et les souverains européens ? C'est ce que derrière chacun de ces souverains européens de l'époque, il ya un membre de la famille de Napoléon Ier, et derrière chacun des membres de la famille de Napoléon le Ier, il y a une muse. C'est comme ça que le ministre voit les choses, se touchant et massant le être gauche, qui lui cuit encore, contournant de l'index son aréole brune à picots pâles surimpressionnée d'une identique, mais rose à picots blancs. La remontée à l'aisselle, et au lieu de l'oursin escompté ne trouve que des bouclettes un peu rêches.

Nathalie Quintane, Tout va bien se passer 2023.

Là, le torse se coince péniblement sur le canapé. Quelques mètres plus haut, en face de lui, se trouve une beauté. Jamais, s'il ne s'était affalé sur ce canapé, nous entraînant avec lui, il ne l'aurait remarquée ; il aurait évolué à hauteur d'homme, entre un mètre et un mètre soixante-quinze, là où l'on pose chaises, tables, pots ou vases, consoles, porte-manteaux, lampes, livres et tableaux, plats fumants, desserts, gâteaux et tartes.

Elle flotte, à demi allongée, dans une brume bleue, ou un tissu bleu, ou un tissu de brume, un bras se balançant, à la fois mou, relâché, et pourtant puissant, saisissant. Le bras balancé dévoile l'aisselle rousse. Elle est rousse. Sous Napoléon III, on dit Vénitienne. Vénitienne, c'est-à-dire une blonde rousse, que j'ai moi-même du mal à imaginer sur le papier. Quand je cherche dans la réalité une blonde rousse ou une blonde rousse que j'ai rencontrée, je n'en vois aucune ; elles sont soit blondes, soit rousses, soit châtain. Après cela, le fait que j'aie vu cette image copiée à plusieurs reprises, cette blonde rousse vénitienne, suffit à l'évoquer, et à imaginer dans son propre passé une personne aux cheveux roux ou blonds, tendant vers le roux ou le blond. Un sein émerge de la brume bleue, ou de la brume bleue, ou du bleu, tandis que l'autre est couvert ; il se détache, blanc, laiteux, comme rétroéclairé par la lumière du petit matin, et son aréole est rose pâle et à peine définie. Les seins de Napoléon III étaient tous semblables à cela. Elles sont ainsi, laiteuses, rose pâle, à peine marquées, elles flottent sous le plafond en médaillons dans les châteaux et résidences copiés de Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, sous Louis-Philippe, Charles X, Napoléon III, Charles de Gaulle, François Mitterrand et Hollande, Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron, c'est-à-dire sous nous, au même moment où nous vivons et nous déplaçons dans les couloirs des hôpitaux ou des immeubles sous ces seins qui nous dominent, nous survolent, flottent, arqués, assombris (ou rétroéclairés), étirés par un bras oscillant qui dirige notre regard ici ou là, ou vers la lance (car la beauté tient une lance), ou vers l'aisselle, et dans cette aisselle nous nous condensons, nous y sommes, la rousse blonde vire, vire au roux vif, puis s'assombrit, vire au brun et le brun devient noir, il s'assombrit jusqu'au noir, et à partir de là, les poils noirs se pointent, se durcissent comme des piquants, comme les piquants d'un oursin gonflé, se déploient et pointent vers le ministre, qui ne peut s'en lasser. Cette beauté, cette beauté qui est exposée sous forme de médaillon au-dessus d'une porte du salon de Pompadour.

Il est temps de passer dans la pièce suivante, la salle des portraits, dont les médaillons représentent le pape Pie IX, l'empereur François-Joseph, le roi Victor-Emmanuel d'Italie, le tsar Nicolas Ier, la reine Victoria, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse, la reine Isabelle II d'Espagne, le roi Guillaume Ier de Wurtemberg, et c'est tout.

Ces médaillons abritaient jadis les membres de la famille de Napoléon Ier, et même, plus tôt encore, les Muses. Il y en a neuf. Nous en comptons (et recomptons), cependant, huit. Huit portraits. Qu'est devenu le neuvième ? Napoléon a-t-il insisté pour ne conserver que huit membres de sa famille, éliminant ainsi une Muse, c'est-à-dire la place d'une Muse ? Ou Napoléon III était-il incapable de choisir plus de huit souverains européens ? Après tout, derrière chacun de ces souverains européens de l'époque se tenait un membre de la famille de Napoléon Ier, et derrière chaque membre de la famille de Napoléon Ier se tenait une Muse. C'est ainsi que le ministre le voit ; il touche et masse son sein gauche, qui brûle encore, traçant du bout de l'index son aréole brune aux petites bosses pâles, recouverte d'une aréole identique mais rosée aux petites bosses blanches. Il remonte jusqu'à son aisselle et ne trouve, au lieu de l'oursin attendu, que quelques boucles rêches.

La stratégie esthétique centrale du roman Tout va bien se passer Le grotesque est essentiel. Quintane l'utilise non seulement comme un instrument de comédie, mais aussi comme un outil de subversion politique. Car le grotesque transgresse les frontières entre comédie et sérieux, corps et pouvoir, individu et représentation. Le ministre sans tête est une allégorie radicale : il a perdu la raison, est dépourvu de souveraineté, et pourtant demeure le représentant de l'État. La scène de l'épilation, minutieusement et presque pornographiquement détaillée, est un exemple frappant de littérature grotesque : le corps devient objet de honte, la douleur devient comédie, la dignité politique se mue en farce. L'esthétique, qui n'est pas sans rappeler Rabelais ou Jarry, sert ici de technologie de la dénonciation : ce n'est pas l'index levé, mais le corps exposé et ridicule qui devient la critique. Parallèlement, Quintane joue sur le renversement : le ministre n'est pas seulement comique, il est aussi vulnérable. Le processus douloureux de l'épilation, la peur panique d'être exposé médiatiquement, le contrôle obsessionnel de son apparence font de lui une figure tragi-comique. Ici, le grotesque se mêle à une critique de la masculinité néolibérale : le ministre, en tant que corps lisse, optimisé et standardisé, renvoie à une esthétique de la domination qui porte simultanément en elle sa propre fragilité.

La scène du dîner – où le ministre est enlevé par une bande de piètres cuisiniers – est un moment charnière du roman, riche de sens. Elle fonctionne à la fois comme une allégorie politique, un procédé stylistique grotesque et un effet comique. Le motif des « piètres cuisiniers » qui enlèvent le ministre peut être interprété comme un renversement ironique et amer du mythe révolutionnaire classique : au lieu d’acteurs compétents et idéalistes, nous avons affaire à une troupe de dilettantes, plus proche de la farce. Ceci sape délibérément le récit héroïque des bouleversements politiques – la révolution réduite à une piètre performance. La scène représente ainsi une critique de l’impuissance politique contemporaine, tant de la part de la classe dirigeante (le ministre, figure passive) que de celle des prétendus résistants. La réduction du ministre à son corps – d’abord dans la scène de l’épilation, puis… p Pour les cuisiniers incompétents, cela conduit à la déshumanisation et à la « réhabilitation » symbolique de la figure du pouvoir. La cuisine du ministre devient une illustration macabre de la manière dont les personnalités politiques sont consommées, exploitées et instrumentalisées, tant dans les médias que dans le discours public. La nourriture devient ici la forme d'appropriation la plus radicale. En substituant au système politique un théâtre absurde de poses révolutionnaires, de cuisine médiocre et d'images corporelles grotesques, Quintane fait allusion à l'épuisement du symbolisme politique. La révolte apparaît vidée de sa substance, incapable de véritable transformation, réduite à des gestes, des rituels et des postures, à l'image d'un plat mal préparé : censé être appétissant, mais immangeable. À l'instar du roman tout entier, cette scène est empreinte d'une poésie singulière. L'élément culinaire offre ici une surface non seulement physique, mais aussi métaphorique, sur laquelle Quintane travaille les associations, les jeux de mots et les doubles sens. La scène devient ainsi un point culminant de la loufoquerie stylistique – cette comédie absurde et poétiquement exagérée – qui traverse le roman.

L'une des techniques centrales du roman réside dans la superposition des échelles historiques. Avec Lucile Franque, Quintane ne se contente pas d'intégrer une figure historique au présent, mais met en scène une réécriture dialogique : l'histoire n'est pas remémorée de façon linéaire, mais se superpose palimpseste. Lucile apparaît à Paris comme si elle ne l'avait jamais quitté ; son regard sur le présent est à la fois naïf, perspicace et poétique. Le temps est poreux ; passé et présent s'entremêlent. Cette stratégie permet à Quintane de questionner les récits historiques. La Révolution française, l'Empire, le bonapartisme – tout cela n'apparaît pas comme un tableau historique, mais comme une toile de fond fantomatique qui imprègne encore la France contemporaine. La continuité du pouvoir, la continuité des images corporelles, la continuité du décor sont rendues visibles. Lucile Franque devient la médiatrice d'une conscience historique différente : elle voit ce qui est occulté. Sa peinture, sa féminité, son passé permettent une perspective nouvelle.

Au cœur de l'interprétation politique du roman se trouve la mise en scène du palais de l'Élysée. Chez Quintane, il n'apparaît pas comme un siège hermétique du pouvoir, mais comme une architecture figurative surchargée, usée et vide. Les salons regorgent d'allusions historiques, le décor est extravagant, les tapisseries foisonnent de scènes allégoriques. Le palais est présenté comme un musée d'histoire en activité – le pouvoir s'est effacé. Les descriptions du « Salon des Ambassadeurs », du « Salon Pompadour » et du « Salon des Portraits » sont non seulement méticuleuses, mais aussi profondément ironiques. Les ornements dorés, les muses, les souverains oubliés dans les médaillons deviennent les fantômes d'une représentation à laquelle plus personne ne croit. Quintane opère un vide sémantique par l'esthétisation. Le pouvoir – personnifié par le torse du ministre – se perd dans la contemplation de ses propres symboles. Dans le même temps, l'auteur présente le palais lui-même comme un corps : le narrateur décrit comment le ministre « glisse » à travers l'édifice, se frotte aux murs, s'assoit sur des coussins et interagit avec les objets. L'Élysée n'est pas seulement un lieu, c'est un acteur – un corps dans lequel se reflète celui du ministre. Ceci soulève également la question de l'État comme corps – un motif politique classique ici grotesquement subverti.

Le roman de Quintane est imprégné de références intertextuelles, explicites et implicites. L'axe intertextuel le plus important renvoie à la littérature classique française, à des auteurs tels que Rabelais, Molière, Rousseau et Flaubert. L'esprit linguistique, le goût de la description et l'intérêt pour le physique s'enracinent clairement dans cette tradition. Sur le plan politique et symbolique, le texte joue avec les réminiscences de l'histoire idéologique de France : la résurgence du bonapartisme, le rituel républicain, la façade de la respectabilité bourgeoise. La visite du palais de l'Élysée est aussi un voyage à travers l'iconographie du pouvoir : des peintures allégoriques aux ornements en stuc doré. Le roman fonctionne comme une critique visuelle et linguistique de la culture. L'histoire de l'art y joue également un rôle central : Lucile Franque est présentée comme une élève de Jacques-Louis David, le peintre de la Révolution. Leur présence permet une réflexion sur la représentation du féminin dans l'art, sur la disparition des voix féminines du canon et sur les mécanismes de l'oubli culturel.

Tout va bien se passer Ce roman défie toute catégorisation facile. Il est à la fois satire politique, farce postmoderne, intervention féministe et expérience de pensée littéraire. Avec une virtuosité linguistique et un radicalisme formel, Nathalie Quintane crée un monde où le pouvoir se manifeste, non par de grands gestes, mais par les plus infimes détails. Le grotesque lui sert de forme de désenchantement ; le palais de l’Élysée devient la toile de fond d’une démocratie vide, l’histoire l’écho d’un passé refoulé. Tout va bien se passer Ce texte n'est pas résigné. Son imagination burlesque, son approche ludique du pouvoir et son goût pour la langue recèlent un potentiel critique qui défie toute normalisation. C'est un roman de bouleversements et de troubles.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. "République Grotesque : Nathalie Quintane." Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2025. Consulté le 19er mai 2026 à 19h03. https://rentree.de/2025/04/22/groteske- Republik-nathalie-quintane/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Remarques
  1. «La dimension démonstrative et malicieusement politique du livre est ainsi comme absorbée par l'exubérance verbale qui anime le texte de bout en bout, lequel s'amuse en définitive à mettre en scène notre rapport à l'histoire, et peut-être à la révolution.» Fabrice Gabriel, « Tout va bien se passer » : Nathalie Quintane investit les beaux quartiers, Le Monde, le 24 décembre 2023.>>>

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