Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
Dans les tableaux de Bacon, c'est le bleu qui déjoue la pétrification. J'en perçois ainsi l'étrange vertu : le bleu est plus fort que le noir ; il trouve les ténèbres et s'écoule jusqu'à nous.
Yannick Haenel, Bleu Bacon, Actions, 2024.
Dans les tableaux de Bacon, c'est le bleu qui triomphe de la pétrification. J'y reconnais donc son étrange vertu : le bleu est plus fort que le noir ; il pénètre l'obscurité et nous parvient jusqu'à lui.
L'art de Francis Bacon est un cri : ses peintures, caractérisées par la sensualité, des visages déformés et des existences ténébreuses, expriment l'humanité sous une forme à la fois fragile et violente. L'approche littéraire de Yannick Haenel à l'égard de l'œuvre de Bacon dans Bleu Bacon Il s'agit d'une immersion totale dans les fondements de ces images. Le texte lui-même devient une forme d'art performatif, un reflet linguistique des déformations, des distorsions et de l'urgence existentielle de Bacon. L'art de Bacon oblige le spectateur à se confronter à lui-même ; le langage de Haenel le confronte également. Son livre devient ainsi l'équivalent littéraire de l'œuvre de Bacon : radical, physique, déstabilisant, mais possédant en fin de compte une intensité profonde, presque spirituelle.
Haenels Bleu Bacon Le récit s'ouvre sur une mise en scène cinématographique, à l'instar de toute la série de livres consacrée aux nuits d'écrivains au musée : le narrateur passe une nuit seul dans une exposition Francis Bacon au Centre Pompidou, et cet isolement spatial et temporel n'est pas qu'un simple artifice narratif, mais aussi une expérience existentielle. L'ouverture établit le musée comme une sorte d'espace métaphysique où le narrateur se confronte non seulement à l'art de Bacon, mais aussi à lui-même. La porte close le sépare de la réalité quotidienne ; pénétrer dans ce « sanctuaire » évoque un voyage initiatique ou une exploration de l'inconscient. Comment le corps, l'esprit, la conscience réagissent-ils à une confrontation aussi intense avec l'art de Bacon ? La réponse mêle crise physique (migraine, vertiges, épuisement) et illumination métaphysique. Le regard du spectateur est transpercé par la violence des images – un écho d'Antonin Artaud. Le Théâtre de la CruautéHaenel s'immerge dans l'univers des images de Bacon, s'y perd et devient partie intégrante de ce théâtre grotesque et extatique de la vie et de la mort.
Pour Haenel, les tableaux de Bacon ne sont pas de simples œuvres d'art accrochées à un mur ; ils constituent une présence vivante qui influence le narrateur. Le jeu des reflets lumineux, les couleurs néon vacillantes, l'absence brouillée de sa perception reflètent les univers visuels distordus et traumatiques de Bacon. Ceci révèle une idée fondamentale dans l'œuvre de Haenel : l'art n'est pas seulement un objet de contemplation, mais une force active qui transforme le spectateur. Le motif de l'incertitude (par exemple, la question de savoir si l'on est véritablement seul dans un musée) correspond au thème récurrent de la solitude existentielle chez Bacon. Ici, la littérature devient le miroir de l'esthétique de Bacon ; le langage lui-même se fragmente, devient subjectif et empreint d'incertitude.
Les figures de Bacon — souvent des papes, des corps sans tête, des formes isolées dans des cages transparentes — apparaissent comme des sujets captifs d'une puissance supérieure. Haenel s'empare de cette iconographie et la transforme en réflexions littéraires sur sa propre personne. La déformation du corps dans les images de Bacon correspond à la désintégration et à la recomposition linguistiques opérées par Haenel. On perçoit ici un lien avec Georges Bataille, qui plaçait le concept de « déchirure » au cœur de son œuvre. Les corps de Bacon sont déchirés ; leur chair n'est pas un signe de vitalité mais de vulnérabilité — ils oscillent entre l'être et la décomposition, le plaisir et l'horreur. Haenel embrasse cet état de suspension en tissant sa propre perception dans la trame narrative : l'acte d'écrire lui-même devient un acte d'autodissolution.
Haenel traduit la physicalité de Bacon en images linguistiques : ses descriptions des corps masculins, l'entrelacement de la chair et de la géométrie, rappellent les représentations obsessionnelles de Bacon, souvent dans des espaces architecturaux énigmatiques. Haenel transpose l'esthétique de Bacon en littérature : le langage devient haletant, rythmé, presque musical. Les corps dans les tableaux de Bacon ne sont jamais de simples corps – ils sont souffrance, désir, mouvement, agression. Parallèlement, cette scène reflète l'engagement constant de Bacon envers la sexualité et la violence. Le narrateur succombe à cette dynamique – il n'est plus un observateur détaché, mais une immersion totale dans l'univers de Bacon.
Un motif central chez Bacon comme chez Haenel est le rapport entre le sacré et la violence. Bacon, qui recourt fréquemment aux motifs du cri, du sacrifice et des corps torturés, semble puiser dans une tradition visuelle religieuse, mais sans transcendance. Ses papes ne crient pas d'extase divine, mais d'un vide intérieur et d'une désolation existentielle. La sensualité de ses figures évoque les boucheries londoniennes. Haenel, quant à lui, explore cette tension en questionnant sa propre position littéraire : écrire est-il une forme de sacrifice ? L'écrivain est-il prêtre, bourreau ou victime ? Bleu Bacon Ces rôles s'estompent, tout comme le tableau de Bacon ne fait aucune distinction claire entre agresseur et victime.
Une scène fait référence à Bacon Œdipe et le Sphinx, d'après Ingres (1983). Bacon déconstruit le tableau classique d'Ingres : le corps d'Œdipe est bandé, son œil obscurci par un trait blanc. Le narrateur découvre cette scène non comme un simple spectateur, mais comme un participant – comme si l'œuvre de Bacon l'avait entraîné dans sa logique, le motif de la cécité étant central. Les peintures de Bacon obligent le spectateur à dépasser l'esthétique classique ; elles la déconstruisent, la fragmentent et la remettent en question. Haenel traduit ce moment en mots : son narrateur hésite, est pris de doutes et se perd entre image et texte. L'allusion mythologique à Œdipe intensifie la question existentielle : quelle part de vérité pouvons-nous supporter ? L'art déformé de Bacon montre le monde tel qu'il est : plein de souffrance, de contradictions et de questions sans réponse.
C'est ce que je voudrais recommander : cette fois-ci, je ne me laisse pas laisser faire, mais j'attendrai les temps. La 1ère heure du matin, et une partie du merveilleux robinet auquel j'étais collé depuis une demi-heure, je n'avais toujours rien vu des œuvres de Bacon.
L'œil me brûlait la nue. The devait en finir, je me suis returnne d'un seul coup et j'ai vu un sphinx. Il ne manquait plus que ça : par réflexe, sans doute à cause d'Œdipe, j'ai pensé que j'allais de nouveau être aveuglé.
Le sphinx repose sur une rose tendre qui s'ouvre sur la salle entière. Sa tête était tournée vers moi ; une pellicule opaque brouillait son visage. Mon cœur est comme une chauve-souris de la vraie vie, mais il est aussi beau que la pierre. En m'avançant vers lui, j'ai vu qu'il était enveloppé d'un voile transparent. Come les tuteurs, il est disponible sur la tête une base en nylon qui lui donne un air ice.
Je tremblais : si un voile sépare la vie de la mort, j'étais de quel côté ? Est-ce que j'existe encore? Après tout, allongé sur mon lit de camp, vous avez hâte d'entrer dans les morts : vous n'y êtes pour rien, vous tournez dans un tombeau, avec les esprits.
Le regard voilé du sphinx me faisait peur et m'attirait. Je me découvrais familier de son mystère, je captais son murmure : elle m'appelait. Je dis « elle » car c'était une sphinge, tout son être était féminin, et sur son torse pointait un sein dont la solitude s'adressait à moi.
Il est à la disposition d'un chambreur qui monte d'autres tables. Les couleurs sont animées. Une âme dune prend une tempête de sable, et les corps s'agitaient de tous les côtés, gris et nus, avec des torsions grimaçantes qui disloquaient leurs membres. Et puis, s'agglutinant dans mon champ de vision, comme si elles rappliquaient à l'odeur du sang, attirées par mon regard qui venait d'allumer ma présence à leurs yeux, des Érinyes avaient surgi sous la forme de rats avec des ailes, de chauves-souris dont la malfaisance ne faisait aussi douter.
En un clinement, ces visions se sont mélangées, composant une taie informelle et grisâtre qui s'est jetée sur mes yeux ; Mais tout en avançant vers la sphinge, aidé par la lumière rose du tableau, j'ai esquivé la taie.
Cela fait partie de ce repas instantané au Bacon a commencé. Bien sur, j'étais ici depuis des Heures, et mes aventures avaient déjà pris une certaine épaisseur, mais en traversant ce premier obstacle pour moi poster face à Œdipe et le sphinx, d'après Ingres (1983), je me suis mis à exister.
J'ai éclaté de rire en découvrant Œdipe : franchement, venir résoudre l'énigme en short et en maillot de corps, ce n'était pas très sérieux. Son pied, tendu vers la sphinge, était bandé et en sang. Une tache de peinture blanche lui barrait l'oeil, une strie noire soulignait son aveuglement. Je croyais que, dans le retour du mythe, Œdipe ne se crevait les yeux que bien plus tard, une fois devenu roi. Pourquoi avait-il déjà les yeux morts ?
La brandissait sa jambe comme un trophée en direction du sphinx. Allait-il tonnerre la réponse ? C'était le moment, il était sur le point de parler, et moi aussi j'ouvrais la bouche : à ma manière, cette nuit, j'allais me confronter à l'énigme, j'allais ouvrir les yeux pour la résoudre.
Yannick Haenel, Bleu Bacon, Actions, 2024.
Je ne voulais pas tout recommencer, car cette fois, je ne me laisserais pas décourager ; j’avais perdu trop de temps. Il était presque une heure du matin et, à part ce merveilleux robinet auquel j’étais resté collé pendant une demi-heure, je n’avais encore rien vu de l’œuvre de Bacon.
J'avais une brûlure à l'œil nu. Il fallait que ça cesse, alors je me suis retourné brusquement et j'ai vu un sphinx. C'en était trop : par réflexe, sans doute à cause du complexe d'Œdipe, j'ai cru que j'allais redevenir aveugle.
Le Sphinx se tenait devant un fond rose qui recouvrait toute la salle. Sa tête était tournée vers moi ; un voile opaque dissimulait son visage. Mon cœur s’emballa, ma gorge se serra. En m’approchant, je vis qu’elle était enveloppée d’un voile transparent. Comme les meurtriers, elle avait tiré un bas de nylon sur sa tête, ce qui lui donnait un air glacial.
Je tremblais : si un voile sépare la vie de la mort, de quel côté me trouvais-je ? Existais-je encore ? Après tout, allongé sur mon lit de camp, je n'étais peut-être entré que dans le royaume des morts : je n'étais pas éveillé, mais errant dans une tombe avec les esprits.
Le regard voilé du Sphinx m’effrayait autant qu’il m’attirait. Je découvris que son secret m’était familier ; je percevais son murmure : elle m’appelait. Je dis « elle » car c’était un Sphinx, tout son être féminin, et sur son torse se dressait un sein dont la solitude se tournait vers moi.
Un murmure s'éleva des autres images. Les couleurs s'animèrent. Une dune souleva sa tempête de sable, et partout des corps se mouvaient, gris et nus, dans des contorsions grimaçantes qui tordaient leurs membres. Puis, alors qu'ils se rassemblaient dans mon champ de vision, comme rappelés par l'odeur du sang, attirés par mon regard qui venait d'embraser mes yeux, des Érinyes apparurent sous la forme de rats ailés, de chauves-souris dont la malveillance était indéniable.
En un clin d'œil, ces visions se mêlèrent et formèrent un voile gris informe qui tomba sur mes yeux ; mais, tandis que je m'approchais du Sphinx, j'évitai ce voile grâce à la lumière rose du tableau.
À partir de ce moment, ma nuit avec le bacon a commencé. Bien sûr, j'étais déjà là depuis des heures et mes aventures avaient déjà pris une certaine tournure, mais une fois ce premier obstacle franchi et face à Œdipe et le Sphinx d'après Ingres (1983) date à laquelle j'ai été affecté, j'ai commencé à exister.
J'ai éclaté de rire en apercevant Œdipe : franchement, ce n'était pas très approprié de résoudre l'énigme en short et en maillot de corps. Son pied, tendu vers le Sphinx, était bandé et ensanglanté. Une tache de peinture blanche lui couvrait l'œil, une bande noire soulignant sa cécité. Je pensais que, selon le mythe, Œdipe ne s'était arraché les yeux que bien plus tard, une fois devenu roi. Alors pourquoi avait-il déjà les yeux morts ?
Il brandit sa jambe vers le Sphinx comme un trophée. Allait-elle donner la réponse ? L’heure était venue ; elle allait parler, et j’ouvris moi aussi la bouche : à ma façon, j’affronterais l’énigme ce soir, j’ouvrirais les yeux pour la résoudre.
Le bleu est une couleur ambivalente pour Bacon : il peut signifier la froideur, la distance et le vide, mais aussi une ouverture transcendante vers une autre dimension. Haenel décrit l’un des moments clés de l’exposition : la contemplation des tableaux de Bacon. L'eau d'un robinet ouvert (1982), qui représente un robinet ouvert d'où jaillit une eau bleue. Cette image, l'une des rares œuvres abstraites de Bacon, devient pour Haenel un symbole de transition : ici, le bleu n'est pas seulement une couleur, mais une métaphore de l'infini, de l'incompréhensible, du flux de la perception. Il évoque les monochromes d'Yves Klein, les espaces célestes de Giotto, mais aussi l'eau métaphorique du baptême, de la purification et de l'oubli. Haenel s'inscrit dans ce bleu, il s'y dissout ; la couleur devient une expérience littéraire. Haenel reconnaît ici une nouvelle qualité dans l'art de Bacon : non seulement la destruction, mais aussi le renouveau ; non seulement la décomposition, mais aussi la vitalité. Le bleu de l'eau représente l'incompréhensible, le flux incessant de la vie – et de l'art. Le narrateur veut « boire » ce bleu, s'immerger profondément dans l'esthétique de Bacon. Ici, Haenel transcende la simple interprétation et transforme l'art de Bacon en une expérience vécue, physique.
Le regard que porte Haenel sur Bacon révèle un paradoxe : l’art de Bacon est cruel, brutal, impitoyable – et pourtant, il est libérateur. Ses peintures dépeignent le désarroi des corps, la cruauté de l’existence, mais elles ne glorifient pas le néant ; au contraire, elles affirment radicalement l’existence. Un voyage nocturne et littéraire au cœur de l’enfer pictural de Bacon, qui nous montre que l’art, aussi sombre soit-il, offre toujours une échappatoire – une ouverture sur une perception de la vie différente, plus intense.
Était- Bleu Bacon Ce qui rend l'œuvre de Haenel si singulière, c'est sa manière non seulement d'écrire sur Bacon, mais aussi d'utiliser le langage pour transposer performativement la peinture en art. Ses phrases, souvent enivrantes et affranchies de toute structure classique, explosent de couleurs, de mouvements et d'associations. De même que Bacon dissout la perspective classique et place les corps dans des états d'extase, Haenel pousse le récit à ses limites. Ceci n'est pas sans rappeler l'écriture de Bataille, les excès littéraires d'un Pierre Guyotat ou d'un Jean Genet. Haenel perçoit la peinture de Bacon comme une invitation à se dissoudre par l'écriture, à se laisser aller à la couleur, jusqu'à ne plus faire qu'un avec cet espace pictural fluide et vibrant.
Le motif du taureau joue un rôle particulier dans l'œuvre tardive de Bacon. Étude d'un taureau Dans l'une de ses dernières toiles (1991), le taureau se fond presque dans l'obscurité du fond, allégorie de la mort. Haenel associe ce motif à une menace pour la vue : le taureau fixe le regard du spectateur. Cette scène peut être interprétée comme le point culminant du livre. L'œuvre de Bacon est une confrontation avec la mort, avec l'inévitable, mais aussi avec le pouvoir de l'art de représenter précisément cela. Haenel fait écho à ce motif dans ses propres écrits. Bleu Bacon Il ne s'agit pas d'un essai détaché sur la peinture, mais d'une exploration existentielle radicale de l'art de Bacon.
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