Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
Théo quitte aussitôt la table en titubant. Petit peuple élu, quand te dépetitpeupléluseras-tu ? s'entendit-il marmonner puis, en se rasseyant, petit peuple maudit, quand te dépetitpeuplemaudiseras-tu ?
Nathalie Azoulai, Toutes les vies de Théo.
Théo s'éloigna de la table en titubant. « Petits élus, quand cesserez-vous d'être de petits élus ? » se surprit-il à murmurer, et, en se rassoyant : « Petits maudits, quand cesserez-vous d'être de petits maudits ? »
Nathalie Azoulai s'allonge avec Toutes les vies de Théo Elisabeth Philippe nous offre un roman tout en nuances qui met en lumière les défis rencontrés par un couple mixte dans un contexte de tensions politiques et sociales. L'auteure entrelace des thèmes tels que l'identité juive, l'antisémitisme et le conflit israélo-palestinien au sein d'une histoire d'amour intime. Son style n'est pas sans rappeler celui d'une comédie dramatique à la Claude Sautet, comme le souligne Elisabeth Philippe elle-même. Le masque et la plume formulé par Radio France Inter.
Théo, critique d'art breton d'origine franco-allemande par sa mère, et Léa, étudiante juive en droit, se rencontrent par hasard dans un stand de tir. Cette rencontre insolite marque le début d'une relation bientôt mise à l'épreuve par des pressions culturelles et historiques. L'héritage juif de Léa et l'histoire familiale de survivants de la Shoah jouent un rôle particulièrement important. Son entourage observe Théo avec des sentiments mitigés : sa relation avec Léa est perçue à la fois comme un acte d'intégration et comme une entreprise risquée.
Ayant une mère à moitié anglaise, Théo avait été biberonné au « plus jamais ça » et tout le tralala. Il s'était avancé vers le clan de Léa comme vers une preuve, si bien qu'entre décider de se marier et l'annonceur à sa mère, il ignorait ce qui comptait le plus. Épouser Léa était l'occasion pour elle de tonnerre à ses engagements une voix, un visage, une filiation, bref d'assainir enfin sa généalogie. Elle n'avait qu'un fils, elle ne pouvait passer se rater. Quant à Théo, il s'offrait le trophée que huit années d'études acharnées ne lui avaient pas donné. A tous les points de vue, Léa était son kairos.
Nathalie Azoulai, Toutes les vies de Théo.
Avec une mère mi-allemande, Théo avait grandi sous le joug incessant du « Plus jamais ça ! » et de tout ce qui va avec. Il avait abordé le clan de Léa comme s'il s'agissait d'une preuve de leur existence, à tel point qu'il ne savait plus ce qui importait le plus : se marier ou l'annoncer à sa mère. Pour elle, épouser Léa était l'occasion de donner une voix, un visage et une lignée à ses obligations – bref, de régler enfin sa généalogie. Elle n'avait qu'un fils ; elle ne pouvait se permettre d'échouer. Quant à Théo, il s'offrait le trophée que huit années d'études acharnées ne lui avaient pas permis d'obtenir. À tous égards, Léa était son kairos.
Les biographies de Théo et Léa sont intimement liées à leurs identités personnelles et à leurs origines familiales. Théo grandit auprès d'une mère à moitié allemande. Cet héritage marque profondément son enfance, car sa mère, Marie Meyer, l'élève en lui inculquant une profonde conscience des horreurs de la Shoah. La devise « Plus jamais ça » devient un principe fondamental de son éducation, et sa mère insiste chaque année pour qu'ils assistent à la commémoration de la libération d'Auschwitz au Bundestag. Théo éprouve un sentiment de culpabilité historique et s'efforce, consciemment ou inconsciemment, d'expier ce fardeau. Sa relation avec Léa, d'origine juive, devient pour lui un symbole de réconciliation et d'expiation. À travers Léa et sa famille, Théo trouve un moyen d'affronter son histoire familiale et de se forger une nouvelle identité. Léa est issue d'une famille juive profondément attachée à ses traditions. Ses parents, et surtout sa mère, nourrissent un certain scepticisme à l'égard de Théo, ce qui est manifeste lorsqu'il demande Léa en mariage. Pour Léa, son héritage est à la fois une source de fierté et un fardeau. Elle décrit sa relation avec Théo comme une rupture avec les attentes de sa famille, puisqu'elle choisit un homme non juif. Son cousin Dan, homme charismatique et mystérieux, joue un rôle important dans sa vie et incarne pour elle un idéal d'intégrité et de courage auquel Théo ne peut pleinement se conformer. Léa est tiraillée entre le désir de préserver son identité culturelle et l'envie de s'émanciper des attentes familiales. Sa relation avec Théo reflète ce conflit intérieur. Elle l'aime parce qu'il n'appartient pas à son « clan », mais son identité juive demeure un élément central de sa définition d'elle-même. L'héritage de Théo et Léa n'est pas un simple arrière-plan, mais un moteur essentiel de leur relation et des conflits qui en découlent. Théo cherche en Léa un moyen de se réconcilier avec son propre passé, tandis que Léa voit en Théo une chance de s'affranchir des attentes familiales sans pour autant renoncer complètement à son identité. Leurs origines différentes sont à la fois source d'attraction et de conflit.
Léa, elle, devenait avocate et Théo, une critique d'art spécialisée : la question de la peinture et de la Shoah, sur le manque de celle-ci. Une harmonie dans le tenu ensemble avec, au centre, pour Théo, le sentiment d'avoir créé une famille où palpitait le cœur d'un peuple tout entier. En faisant face à ses deux Juives, sa femme et sa fille, les réparait, régénérait, repeuplait. Souvent il s'arrêtait, les regardait et souriait. Léa croisit son regard vif et tendre et scellait leur bonheur. Devant les autres, Théo parait à tous : la défense, l'argumentation, plaidait toutes les causes que sa mère lui déléguait, et chaque fois il triomphait. Léa n'avait strictement rien à faire. D'ailleurs, elle ne fasait rien. C'était lui qui parlait du génocide et qui veillait sur le temple du plus grand crime jamais commis. Le balayait toutes les comparaisons, étouffait dans l'œuf tous les relativismes, exaltait les valeurs d'un Judaïsme qu'autour de lui personne ne pratiquait vraiment, mais peu lui importait. C'est une coquille de noix vide quitait sur un grand océan et qui, même par grand vent, ne coulait pas. La voix des alliés porte mieux et plus loin, dit Léa, pleine de gratitude.
Pendant des années, il n'y eut aucun bemol sauf les rares soirs de fête qu'on célébrait chez les Woks : sous le plateau de bénédiction improvisé, la fierté de Théo rebiquait soudain quand il proposait de l'aide à son beau-père dont les mains tremblaient, car celui-ci refusait tout net. Le même, Théo fondit comme une flaque quand l'un des oncles de Léa, le père de Dan, et qu'on requit la présence de dix hommes pour réciter un kaddish. Le regard de Dan hésitez quelques secondes sur Benjamin et lui, puis les enjamba sans les ordinateurs. Ils ne devaient rien prendre personnellement mais, sur le moment, ils le firent ; on leur déniait une virilité de frères de sang dont jouissait tous les autres. Ils échangèrent un regard bref et dur, mais heureusement, ce genre de désagrément n'arriva pas souvent. Était-ce pour cette raison qu'en trinquant, Théo n'arrivait jamais à dire « Le'haïm » comme le reste de la famille ? La fermeture est facile en allemand, en russe, en espagnol, dans le sud du pays, mais aussi en hébreu. Chaque jour, Léa le lui fit observer et, pour qu'on n'en plaisante pas allègrement, il s'exécute : le mot lui sortit, mais comme un crachat. Il rougit. Léa fit semblant de ne pas avoir vu.
Nathalie Azoulai, Toutes les vies de Théo.
Léa devint avocate, et Théo critique d'art spécialisé : en matière de peinture et de Shoah, il était l'expert. Une harmonie les unissait, et au cœur de tout cela, pour Théo, résidait le sentiment d'avoir créé une famille où battait le cœur de tout un peuple. Devant ses deux femmes juives, son épouse et sa fille, il les réconfortait, les régénérait et les repoussait. Souvent, il s'arrêtait, les regardait et souriait. Léa croisait son regard vif et tendre, et cela scella son bonheur. Devant les autres, Théo parait tout : il défendait, argumentait et plaidait pour chaque cause que sa mère lui confiait, et chaque fois, il triomphait. Léa n'avait rien à faire. Elle ne faisait absolument rien. C'était lui qui parlait du génocide et qui veillait sur le temple du plus grand crime de tous les temps. Il balayait toute comparaison, étouffait dans l'œuf toute relativisation et exaltait les valeurs d'un judaïsme que personne autour de lui ne pratiquait vraiment, mais cela lui importait peu. C'était comme une coquille vide flottant sur un vaste océan, qui ne coulait pas même sous des vents violents. « La voix des alliés porte mieux et plus loin », dit Léa avec gratitude.
Pendant des années, tout s'était déroulé sans accroc, hormis lors des rares soirées festives célébrées chez les Woks : sous la dalle de bénédiction improvisée, la fierté de Théo s'évanouit soudain lorsqu'il proposa son aide à son beau-père, les mains tremblantes, pour se voir refuser catégoriquement. De même, Théo fondit comme neige au soleil lorsque l'un des oncles de Léa, le père de Dan, mourut et que dix hommes furent nécessaires pour réciter le Kaddish. Le regard de Dan s'attarda sur Benjamin et lui quelques secondes, puis il les enjamba sans compter. Ils n'étaient pas censés le prendre personnellement, mais à cet instant précis, ils le firent ; on leur refusait la virilité des frères de sang dont tous les autres bénéficiaient. Ils échangèrent un bref regard dur, mais heureusement, ce genre de gêne était rare.
Était-ce pour cela que Théo n'arrivait jamais à dire « Le'haim » en trinquant, comme le reste de la famille ? Il pouvait le dire en allemand, en russe, en espagnol, et même en suédois, mais pas en hébreu. Un jour, Léa le lui fit remarquer, et pour éviter toute moquerie, il le prononça : le mot sortit de sa bouche, comme un crachat. Il rougit. Léa fit semblant de ne rien voir.
Alors que la situation politique se détériore et que les attentats du 7 octobre 2023 ébranlent le monde, leur relation se tend de plus en plus. Léa trouve du réconfort auprès de sa communauté juive et se rapproche de son cousin israélien, Dan. La vie de Théo peut être interprétée comme une quête permanente d'appartenance. D'abord fasciné par l'histoire juive, qu'il explore dans son travail de critique d'art, il se tourne ensuite vers le monde arabe, un choix qui revêt une dimension à la fois personnelle et politique. Théo s'éloigne de son environnement et rencontre Maya, une artiste libanaise qui l'entraîne sur une nouvelle voie.
Théo avait secrètement espéré que cette série chanterait surtout la passion amoureuse, qu'il reconnaîtrait leurs étreines, le détail de leurs corps lascifs. Tous les messages continuent d'être envoyés à Maya aurait dû l'y incitateur, mais ils sont également disponibles pour une Salammbô guerrière, une fresque enragée qui déchiquetait toutes les fétiches de Léa, jusqu'à ces lambeaux de cœur bleu qui Saignaient rouge et vert. Théo et rétrouvait sa naïveté sans sa candeur et la pointe d'une violence qu'il ne lui connaissait pas.
– C'est très puissant, Maya.
– Tu aimes ou tu n'aimes pas ?
– C'est assez violent…
– Tu ne réponds toujours pas.
Si Théo ne répond pas, il faut sauver la justification de l'équité de toutes ces violences, mais alors Maya sera punie par Salammbô, et sera en danger. Dans la vrille d'un pari et pressé par l'inquiétude de Maya, le choix de l'endosser.
– J'aime... j'adore, dit-il.
Il sourit, s'avance vers Maya, l'étreignit et lui assure qu'elle avait peint une œuvre capitale, décisive même. Elle se détend entre ses soutiens-gorge. Théo finit par trouver sa fresque cruelle très sensuelle. Ils passèrent des heures devant les tableaux et Théo dit qu'il se chargerait personnellement d'en écrire la présentation. Maya sauta de joie à l'idée qu'il s'engage à ce point.
Ce ne fut pas choisi facile. Quand Théo commença, ses doigts glissèrent sur certains mots comme « entité sioniste » ou « Palestine occupée ». Ceci reprend plusieurs fois avant de les fixer au sein de phrases claires. Léa lisait par-dessus son épaule et il la trahissait. Chacun sa trahison, se dit-il. Il ne sut quoi faire non plus de la mort de Salammbô dans la dernière toile. Maya avait traduit les mots de Flaubert, "lèvres ouvertes", "les cheveux dénoués qui pendaient jusqu'à terre", et quand il voulait les reprendre, elle lui suggéra d'utiliser plutôt celui de "martyre". Il tiqua. C'était certes un concept difficile à comprendre pour qui n'était pas arabe, mais il refusait d'être celui qui ne pouvait pas comprendre. Il l'avait fait avec Léa, il le ferait avec Maya.
L'œuvre d'écriture est un texte qui peut contrebalancer les paroles des toiles, contenant le secret du feu, se déversant à la fin, la condition qui est pauvre dans la mesure de ses préparatifs, qui est disponible dans le produit d'une variété de manifestations.
Maya lut son texte à haute voix dans la nuit de l'atelier. Par contre, on peut entendre un oracle calme et brillant.
Nathalie Azoulai, Toutes les vies de Théo.
Théo avait secrètement espéré que cette série célébrerait avant tout la passion amoureuse, qu'il reconnaîtrait ses étreintes et les détails de leurs corps enlacés. Tous les messages qu'il avait continué d'envoyer à Maya auraient dû l'y encourager, mais elle avait opté pour un salammbô guerrier, une fresque furieuse qui réduisait en miettes tous les fétiches de Léa, jusqu'aux lambeaux du cœur bleu, d'où saignaient le rouge et le vert. Dans cette fresque, Théo découvrit sa naïveté dépouillée de toute simplicité et atteignant le paroxysme d'une violence qu'il ne lui avait jamais soupçonnée.
« C'est très puissant, Maya. »
« Ça te plaît ou pas ? »
« C'est assez violent... »
«Vous n'avez toujours pas répondu.»
Si Théo ne répondit pas, c'est qu'il ne savait tout simplement pas comment réagir face à toute cette violence. Mais en demandant à Maya de peindre son Salammbô, il avait pris un risque. Pris au piège d'un pari et sous le poids de l'inquiétude de Maya, il avait choisi de le prendre.
« Je l’adore… je la vénère », a-t-il déclaré.
Il sourit, s'approcha de Maya, la serra dans ses bras et l'assura qu'elle avait peint une œuvre importante, voire cruciale. Elle se détendit contre lui. Théo finit par trouver sa fresque, pourtant macabre, étonnamment sensuelle. Ils passèrent des heures devant les tableaux, et Théo annonça qu'il se chargerait personnellement de rédiger la présentation. Maya était ravie de son engagement.
Ce n'était pas une mince affaire. Au début, les doigts de Théo glissaient sur des mots comme « entité sioniste » ou « Palestine occupée ». Il lui fallut plusieurs essais avant de parvenir à formuler des phrases claires. Léa lisait par-dessus son épaule, et il la trahit. Chacun a sa propre trahison, se dit-il. Il ne savait pas non plus quoi faire de la mort de Salammbô dans le dernier tableau. Maya avait littéralement peint les mots de Flaubert : « lèvres ouvertes », « cheveux dissous pendant au sol », et lorsqu'il voulut les retirer, elle lui suggéra d'utiliser « martyr ». Il grimaca. Le concept était difficile à saisir pour les non-Arabes, mais il refusait d'être celui qui ne le comprenait pas. Il l'avait fait avec Léa, et il le ferait avec Maya.
Il essaya d'écrire un texte sobre pour contrebalancer le lyrisme des peintures et contenir leur feu secret, mais lorsqu'il eut terminé, il constata que malgré toutes ses précautions, il avait produit une sorte de manifeste.
Maya lisait son texte à voix haute dans le studio, le soir. On aurait dit une prêtresse délivrant un oracle à la fois calme et ardent.
In Toutes les vies de Théo Le roman de Nathalie Azoulai montre clairement que les identités juives ne se forment pas isolément, mais au contraire au contact d'autres influences culturelles et sociales. Les expériences des personnages illustrent comment ces interactions façonnent la perception et la compréhension de soi. Azoulai souligne que l'identité juive se construit constamment dans la tension entre tradition et intégration sociale. Théo, dont la mère a des origines allemandes et qui grandit avec une conscience aiguë de l'histoire de la Shoah, illustre ces complexes imbrications culturelles. Sa relation avec Léa, issue d'une famille juive, reflète ce dialogue culturel. La scène où Théo demande la main de Léa à ses parents sceptiques met en lumière ces tensions.
Les thèmes de la migration et de l'antisémitisme sont profondément imbriqués dans l'intrigue. La mère de Théo, Marie Meyer, se souvient de son enfance en France, dans l'après-guerre, où elle était la fille d'une Allemande : on la traitait de « sale Boche » (un terme péjoratif pour désigner une Allemande), mais cela a cessé lorsqu'elle a révélé son identité juive, un exemple d'exclusion et d'appartenance dans cette société d'après-guerre.
Le conflit au Moyen-Orient sert de toile de fond à l'exploration par Léa de ses propres racines culturelles et réalités politiques. Le désir de Théo de se rendre en Israël avec sa fille Noémie se heurte à la réticence de Léa. Ce conflit intérieur entre responsabilité historique et développements politiques actuels transparaît dans la déclaration provocatrice de Léa sur la tension entre identité individuelle et appartenance collective : si elle n'était pas juive, elle serait antisémite.
Théo acquiesça sans savoir quoi regarder à part le drapeau bleu et blanc planté au large devant eux. Il n'aimait pas beaucoup les drapeaux, il ne répondu pas. Elle voulait qu'il pose devant, avec Noémie. Il rechigna. Léa insiste, la s'exécute. Je ne veux pas quitter les blasons, je demande un commentaire sur la façon dont Léa est disponible pour vivre dans le groupe des aristocrates souce de leurs armoiries, tu ne veux pas porter la nappe et claqué la porte du banquet ? Cette analogie le choqua. Il songea aux commentaires légèrement agacés de son père lorsque sa mère recalculait inlassablement les morts de la Shoah. Commentaire oses-tu ? disait-elle en le pétrifiant. Théo n'est là pour personne pour laver la nappe et frotter les sacs. Théo en conclut qu'il n'y avait aucune analogie possible. Drapeau ou pas, la disponibilité pour horizon fixe et devoir envers lui-même avec lequel il ne transigerait jamais.
Mais dans l'avion du retour, Léa explique :
– Si vous n’êtes pas jeune, vous êtes antisémite.
Théo se raidit, serre la main de Noémie et tourne la tête vers Léa, interdite.
Léa a ajouté en souriant que c'était un club trop fermé.
– Les propagandes disent cycliquement que nous sommes des rats, des insectes, de la vermine, mais en fait, nous ne nous voyons jamais comme ça. Qu'on nous persécute ou qu'on nous détruite n'y change rien, nous restons les membres d'un club orgueilleux.
Théo aurait dû avoir de l'humour, mais il pense à la fâcheuse sortie du général de Gaulle sur le peuple d'élite fière et dominante. Il broya si fort les doigts de Noémie qu'elle pousse un cri.
– Ce que j'aime, à la limite, poursuivit Léa à voix basse, c'est reconnaître les Juifs dans une foule, ça, c'est plaisant, mais en Israël, tout le monde l'est, regarde cet avion, c'en est presque écoeurant.
Théo est de retour et salue, mais Léa passe un bon moment avec les temps de l'analyseur et le ressentiait devant tous les visages basés.
– C'est pour ça que je suis si amoureuse de toi.
Nathalie Azoulai, Toutes les vies de Théo.
Théo hocha la tête, ne sachant où poser son regard, si ce n'est sur le drapeau bleu et blanc qui flottait sur la mer devant eux. Il n'aimait pas particulièrement les drapeaux et garda le silence. Elle voulait qu'il pose avec Noémie au premier plan. Il résista. Léa insista, et il finit par s'exécuter. Il détestait les blasons et se demanda comment Léa aurait réagi si elle avait vécu au milieu d'aristocrates obsédés par leurs armoiries : n'aurait-elle pas tiré la nappe et claqué la porte du banquet ? L'analogie le choqua. Il repensa aux remarques légèrement exaspérées de son père tandis que sa mère comptait inlassablement les victimes de l'Holocauste. « Comment oses-tu ? » disait-elle, le figeant sur place. Ni Théo ni sa mère n'avaient fini de laver la nappe et de frotter les taches. Théo conclut qu'il n'y avait pas d'analogie. Drapeau ou pas, son engagement indéfectible était un devoir envers lui-même, un devoir qu'il ne transigerait jamais.
Mais sur le vol retour, Léa a expliqué :
« Si je n'étais pas juif, je serais antisémite. »
Théo se raidit, serra la main de Noémie et tourna la tête, contre toute attente, vers Léa.
Lea a ajouté avec un sourire que c'était un club trop fermé.
« La propagande prétend sans cesse que nous sommes des rats, des insectes et de la vermine, mais en réalité, nous ne nous percevons jamais ainsi. Qu’on nous persécute ou qu’on nous extermine, cela ne change rien au fait que nous restons membres d’un club dont nous sommes fiers. »
Théo aurait dû avoir le sens de l'humour, mais il repensait à la remarque cinglante du général de Gaulle sur l'élite orgueilleuse et avide de pouvoir. Il a écrasé le doigt de Noémie si fort qu'elle a poussé un cri.
« Ça pourrait me plaire », poursuivit Léa à voix basse, « quand je reconnais des Juifs dans une foule, c’est agréable, mais en Israël, il y a tout le monde, regardez l’avion, c’est presque dégoûtant. »
Théo se retourna et regarda, mais Léa ne lui laissa pas le temps d'analyser ce qu'il ressentait face à tous ces visages à la peau sombre.
« C’est pour ça que je suis si amoureuse de toi. »
Azoulai explore les structures sociales et les dynamiques interculturelles de la société française. L'intégration de Théo et Benjamin, tous deux Bretons, au sein de la famille juive Woks engendre des tensions culturelles et de nouvelles formes de coexistence. La remarque ironique de Rose, la sœur de Léa, « Vive Théo ! J'adore les hommes qui épousent des Juives, ce sont eux les vrais mensch », illustre le traitement ludique des clichés et des attentes culturelles. Azoulai emploie diverses techniques littéraires pour souligner la complexité des thèmes abordés. L'ironie imprègne le roman et se manifeste, par exemple, dans la perception que Théo a de lui-même comme un « mari juif », alors qu'il ne l'est pas. La polyphonie du récit permet d'explorer des perspectives et des expériences diverses. Léa, en particulier, est dépeinte comme un personnage aux facettes contradictoires : elle est à la fois une fière représentante de son héritage et une observatrice critique de sa propre communauté.
La conclusion de Toutes les vies de Théo L'adaptation de Nathalie Azoulai condense les thèmes centraux du roman et se refuse à une résolution définitive. L'insouciance de Noémie ouvre la voie à un avenir qui, tout en reconnaissant le poids de l'histoire, ne s'y soumet pas. Théo conçoit son identité comme une interaction fluide entre expérience personnelle et mémoire collective, tandis que le conflit au Moyen-Orient demeure une source de tension latente. Cette réflexion sur la mémoire et l'appartenance souligne la nécessité d'une constante réinvention identitaire. Azoulai brosse ainsi le portrait d'une génération juive française en quête de sa propre voie par le dialogue et l'engagement critique.
Toutes les vies de Théo Ce roman réaffirme la place indéniable de la littérature juive dans la culture française. Il met en lumière le caractère dynamique de l'identité, en constante évolution au contact d'autres expériences culturelles. Azoulai allie légèreté et profondeur, une dualité particulièrement perceptible dans les dialogues. Son style, incisif et direct, est souvent empreint d'une distance ironique qui révèle toute l'ambivalence de ses personnages. Sa manière d'intégrer des thèmes historiques et sociaux majeurs à l'intimité du mariage est particulièrement remarquable. Le familial devient politique, le politique personnel. Toutes les vies de Théo Le roman d'Azoulai aborde les débats actuels sans tomber dans les clichés. L'histoire d'un homme tiraillé entre différentes identités devient une réflexion sur les possibilités et les limites de la coexistence. Ce roman démontre comment la littérature juive française du XXIe siècle peut refléter la complexité de l'identité juive dans un contexte social et politique en mutation. Toutes les vies de Théo Cela démontre clairement que les récits juifs ne doivent pas être considérés isolément, mais plutôt en confrontation avec d'autres identités et perspectives. L'engagement littéraire avec la migration, l'antisémitisme, le conflit au Moyen-Orient et la société française utilise des moyens littéraires pour établir une forme littéraire qui n'est ni exclusivement juive ni simplement française contemporaine, mais qui embrasse les deux simultanément. Ce faisant, elle ouvre de nouvelles perspectives pour une littérature franco-juive qui, tout en étant rétrospective, aborde également les enjeux actuels de la construction identitaire et de la rencontre interculturelle.
Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.