Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
Le dernier roman de Boualem Sansal Vivre: le compte à rebours (Gallimard, 2024) raconte une histoire dystopique se déroulant dans un monde apocalyptique. À y regarder de plus près, le texte est riche en allusions aux réalités politiques, sociales et culturelles de l'Algérie. Par son style narratif métaphorique, Sansal critique non seulement des phénomènes mondiaux tels que le totalitarisme et la destruction de l'environnement, mais aussi des injustices spécifiques à son pays. Face à un cataclysme imminent, un vaisseau spatial pouvant accueillir quatre milliards de passagers est présenté comme un sauveur potentiel pour l'humanité, capable d'évacuer les survivants d'une catastrophe inévitable. Ce vaisseau symbolise à la fois l'espoir et la possibilité d'échapper à la réalité, mais aussi l'impossibilité de fuir les conséquences de la destruction humaine. Il évoque le désir de rédemption et d'une existence nouvelle, en dehors de la réalité répressive et chaotique actuelle. L'idée que seuls certains « élus » sont autorisés à bord du vaisseau reflète l'arbitraire et l'exclusivité des structures de pouvoir autoritaires qui exercent un contrôle sélectif sur la vie et la mort.
— Si nous laissons la peur et l'intolérance posée comme dogme nous gouverner, personne n'embarquera, le vaisseau repartira vide, les musulmans ne veulent de personne, les juifs ne veulent pas des musulmans et de leurs amis, les Américains ne voudront pas des Chinois et de leurs clients et inversement, les Européens refuseront les Russes et vice versa, j'imagine que personne ne voudra des Africanins, des Amérindiens, des Aborigènes, et de proche en proche on refusera les albinos, les Mongoliens, les drogués, les handicapés, les LGBT++, les vieux, les représailles de justice, etc. Si j'ai bien compté, cela représente 99,99% de la population mondiale. À part les grands bouffis d'orgueil et les sataniques qui trouveront porte proche devant eux, notre Seigneur ouvre ses bras et les portes du ciel à tous, aux croyants comme aux gentils, les petits, les pauvres, les malades, les possédés, les brigands, les fraudeurs et les prostituées. À tous, il sera pardonné. Les Musulmans n'étaient pas nés en son temps mais Jésus les aurait pareillement accueillis, comme nous les accueillons aujourd'hui chez nous et les accueillerons demain dans notre nouvelle planète, y compris ceux qui se comportent mal avec nous, avec le temps et la force de nos prières, nous réussirons à en faire de vrais amis.
— C'est bel et bon tout ça, mais comment sélectionner, c'est de ça qu'on parle. Les jauges du vaisseau sont de quatre milliards de personnes au mieux.
— Nous demandons aux gens de s'interroger en conscience et de décider entre eux qui partira et qui resteront, l'homme sait aussi être altruiste et nos frères musulmans sauront l'être aussi, comme l'ont été le grand Saladin et le non moins immense émir Abdelkader, dont ils sauront sans doute s'inspirer.
Boualem Sansal, Vivre : Le compte à rebours (Gallimard, 2024).
Si nous nous laissons gouverner par la peur et l'intolérance, personne n'embarquera, le navire sera vide. Les musulmans ne voudront de personne, les juifs ne voudront pas des musulmans et de leurs amis, les Américains ne voudront pas des Chinois et de leurs clients, et vice versa. Les Européens rejetteront les Russes, et vice versa. J'imagine que personne ne voudra des Africains, des Amérindiens, des Aborigènes, et ainsi de suite : albinos, personnes atteintes de trisomie 21, toxicomanes, personnes handicapées, personnes LGBTQ+, personnes âgées, prisonniers, etc., seront rejetés. Si mes calculs sont exacts, cela représente 99,99 % de la population mondiale. Hormis les arrogants puissants et les personnes malfaisantes qui se trouveront face à des portes closes, notre Seigneur ouvre ses bras et les portes du paradis à tous, croyants et non-croyants, petits, pauvres, malades, possédés, voleurs, escrocs et prostituées. Tous seront pardonnés. Les musulmans n'étaient pas nés du temps de Jésus, mais il les aurait accueillis comme nous les accueillons aujourd'hui et comme nous les accueillerons demain sur notre nouvelle planète, même ceux qui se comportent mal envers nous. Avec le temps et la force de nos prières, nous parviendrons à faire d'eux de véritables amis.
C'est bien beau, mais nous parlons de la manière de choisir. Le vaisseau spatial a une capacité de quatre milliards de personnes.
Nous inviterons chacun à un examen de conscience afin de décider ensemble qui part et qui reste. L’altruisme est possible, et nos frères musulmans le seront, à l’instar du grand Saladin et de l’immense émir Abd el-Kader, dont ils s’inspireront sans aucun doute.
L'arrestation de l'écrivain Boualem Sansal en Algérie le 16 novembre 2024 a suscité une vive émotion internationale et constitue un nouvel épisode dans les relations tendues entre l'Algérie et la France. Âgé de 75 ans, Sansal est également connu en Allemagne comme un intellectuel controversé et un critique virulent du régime algérien, notamment à travers ses ouvrages – en particulier en raison de son engagement constant envers la justice. Éditions Merlin — a été arrêté par les forces de sécurité civiles peu après son arrivée à l'aéroport et est détenu depuis. Il est accusé d'avoir mis en danger « l'unité de la nation » et « l'intégrité territoriale de l'Algérie » par ses déclarations – des accusations qui pourraient, dans le pire des cas, entraîner une peine de prison à perpétuité. Sansal, connu pour sa critique inflexible de la corruption et de l'islamisme, s'est fait un nom en tant qu'écrivain qui ne connaît ni compromis ni autocensure. Depuis son succès littéraire avec Le serment des barbares Depuis 1999, il est une figure centrale de la résistance intellectuelle. Cependant, Sansal est également actif en dehors du domaine littéraire et commente régulièrement des questions politiques et historiques. Ses récentes déclarations concernant les frontières historiques de l'Algérie – notamment son affirmation selon laquelle les régions occidentales du pays appartenaient historiquement au Maroc – ont été perçues par le gouvernement algérien comme provocatrices et révisionnistes.
Contenu
Sur la critique de l'Algérie dans l'œuvre de Sansal
Depuis plus de vingt-cinq ans, Boualem Sansal explore avec intensité les maux politiques, sociaux et culturels de l'Algérie dans ses œuvres. Ses romans et essais offrent des analyses perspicaces de la réalité algérienne, notamment de la corruption, du totalitarisme et de l'influence de l'islamisme. Son premier roman… Le Serment des barbares (1999) Sansal décrit les ravages de la corruption et du fanatisme religieux en Algérie. Le roman, qui se déroule après la guerre civile des années 1990, raconte l'histoire d'un enquêteur qui résout le meurtre d'un homme d'affaires algérien, mettant au jour un réseau de corruption et de violence politiques. Dans cette œuvre, Sansal critique le rôle pernicieux de l'État et l'absence de justice. Dis-moi le paradis En 2003, Sansal entremêle un récit de fiction à des réflexions sur l'état de l'Algérie. Le protagoniste, un archéologue, parcourt le pays et observe la destruction de son patrimoine culturel et social. Sansal y dénonce la perte d'identité et d'histoire de l'Algérie, victime du népotisme et de l'oppression politique. Le Village de l'Allemand ou le journal du frère Schiller Dans son roman de 2008, Sansal explore les thèmes de la violence et de la culpabilité en Algérie, les reliant au passé nazi du pays. Deux frères découvrent que leur père était un ancien officier SS et s'interrogent sur les parallèles entre les régimes totalitaires allemand et algérien. Sansal critique ainsi la nature autoritaire du régime algérien et sa culture de la violence. – Extrait de l'essai Gouvernez au nom d'Allah (2013) Sansal analyse le pouvoir politique et social de l'islamisme en Algérie. Il met en garde contre la montée des mouvements radicaux et montre comment ceux-ci sapent la démocratie et les droits des citoyens. Sa critique est explicite et dirigée contre l'instrumentalisation politique de la religion. – Dans l'allégorie dystopique 2084 : La fin du monde (2015), inspiré par George Orwell 1984Sansal dépeint un monde totalitaire gouverné par une dictature théocratique. Les parallèles avec l'Algérie sont frappants : Sansal dénonce l'imbrication du pouvoir et de la religion et décrit les effets d'un système répressif sur la société. – Entretien avec Boris Cyrulnik La paix impossible en Méditerranée (2017) Sansal analyse les tensions politiques et les conflits historiques de la région méditerranéenne. La position isolée et conflictuelle de l'Algérie est décrite comme un obstacle à la stabilité régionale. – Réflexion autobiographique Mon Algérie (2021) Sansal décrit son pays comme un territoire rongé par la corruption et la mauvaise gestion. Il condamne l'instrumentalisation historique du mouvement indépendantiste et le refus du régime de faire face à la vérité. Sansal écrit : « La classe politique a pris le pays en otage et a anéanti les espoirs du peuple. » Dans son ouvrage, Boualem Sansal dénonce les injustices qui sévissent dans son pays et appelle à la lumière, à la liberté et à la justice.
Dans des essais plus récents, la critique de l'Algérie est de plus en plus liée à une perspective universaliste : France-Algérie, résilience et réconciliation en Méditerranée (2020) Sansal critique le refus de l'Algérie de réfléchir à son propre rôle dans l'histoire et son utilisation du récit colonial pour détourner l'attention de ses problèmes internes ; il examine la relation complexe et souvent tendue entre l'Algérie et la France et plaide pour un examen honnête du passé colonial et une réconciliation sur un pied d'égalité. Dans l'essai Où va la France ? (2021) Sansal porte également un regard critique sur la France, tout en continuant de se concentrer sur l'Algérie. Il décrit l'impact des migrations et de l'histoire coloniale non résolue sur l'identité des deux pays. Lettre d'amitié, de respect et de mise en garde aux people et aux nations de la terre (2021) exhorte l'Algérie à relever les défis actuels et à sortir de son isolement ; la lettre peut être interprétée comme un appel universel à la paix et au respect mutuel, citant l'Algérie comme exemple de pays qui s'isole en raison de la corruption et de la mauvaise gestion. Le français, parlez-en ! (2024) propose une critique subtile du rejet algérien de la langue française, instrumentalisée à des fins idéologiques malgré ses profondes racines culturelles et historiques. Parallèlement, l'essai de Sansal plaide pour l'importance de la langue française et son rôle en tant que patrimoine culturel. Il utilise la langue comme symbole de la relation complexe, souvent contradictoire, entre l'Algérie et la France. Dans le livre L'humain au centre du monde – Pour un humanisme des temps présents et à venir. Contre les nouveaux obscurantismes Boualem Sansal contribue à l'ouvrage collectif (2024) dirigé par Daniel Salvatore Schiffer. Il y démontre son engagement constant envers les thèmes de la liberté, de la justice et de l'humanisme. Bien que l'Algérie ne soit pas explicitement au centre de l'ouvrage, sa critique des conditions politiques et sociales de son pays, dans le contexte des « nouveaux obscurantismes », est clairement présente. Ce travail peut donc être perçu comme un approfondissement de ses prises de position bien connues, qui inscrivent les défis algériens dans un discours global. Sansal dénonce la résurgence de l'obscurantisme et du fanatisme dans diverses régions du monde, y compris en Algérie. Il examine de manière critique le rôle joué par les régimes autoritaires et l'instrumentalisation de la religion à des fins politiques, y voyant une menace pour l'humanité et le progrès. Ce thème s'étend également à l'Algérie, qu'il a citée dans des essais précédents comme exemple du lien problématique entre politique et islamisme. Sansal plaide pour un humanisme renouvelé, fondé sur la liberté, le dialogue et la pensée critique. Cette position contraste fortement avec les structures répressives qu'il a subies et critiquées en Algérie. Son appel à un « recentrage sur l’humain » peut également être interprété comme un appel implicite à l’Algérie pour qu’elle respecte la dignité individuelle et la liberté d’expression. Bien que l’essai ne porte pas explicitement sur l’Algérie, l’analyse que fait Sansal des « nouveaux obscurantismes » à travers le monde révèle des parallèles avec la réalité algérienne. Sa critique du manque de transparence, de la corruption et de l’oppression idéologique est formulée en termes universels, mais elle est aussi profondément ancrée dans son expérience personnelle du régime algérien.
Concernant l'arrestation et les réactions
L'arrestation de Boualem Sansal intervient dans un contexte de fortes tensions entre l'Algérie et la France. À l'été 2024, la France a reconnu la souveraineté du Maroc sur le territoire contesté du Sahara occidental, une décision perçue par l'Algérie comme une atteinte à ses droits. Les prises de position de Sansal sur les frontières historiques semblent avoir exacerbé ces tensions. Par ailleurs, son arrestation est interprétée comme une démonstration de force de l'armée algérienne du général Saïd Changriha, dont les tendances autoritaires se font de plus en plus sentir. Sansal, naturalisé français en 2024, est dans le collimateur du régime algérien depuis des années. Ses œuvres, bien que reconnues internationalement, sont critiquées dans son pays. Son voyage en Israël en 2014 avait déjà suscité de vives critiques en Algérie. Son arrestation souligne les tensions croissantes entre la censure d'État et la défense de la liberté intellectuelle.
L'arrestation a suscité l'indignation dans le monde entier, et particulièrement en France. Le président Emmanuel Macron a exprimé sa « plus profonde préoccupation » et déclaré que le gouvernement français œuvrait activement pour clarifier la situation. Des collègues comme Kamel Daoud, lui-même un critique virulent du régime algérien, ont décrit Sansal comme « la voix de la liberté que le peuple algérien ne doit pas perdre ». Aux côtés d'éminents intellectuels francophoniques tels que Leïla Slimani, Yasmina Khadra et Tahar Ben Jelloun, d'autres personnalités et institutions ont exprimé leur solidarité avec Boualem Sansal et ont appelé à sa libération. Gallimard, sa maison d'édition, a lancé un appel officiel pour la « libération immédiate » de l'auteur, exprimant sa « plus profonde préoccupation » quant à sa situation. PEN International a également appelé à la libération de Sansal et a mis en garde contre la répression croissante des intellectuels en Algérie. « L'arrestation de Boualem Sansal n'est pas seulement une atteinte à la liberté d'un écrivain exceptionnel, mais à la liberté d'expression dans son ensemble », a déclaré Najem Wali, vice-président de PEN Allemagne et responsable du programme « Écrivains en prison ». « Boualem Sansal a toujours fait preuve de courage en dénonçant ouvertement les injustices et en mettant en lumière les pages sombres de l’histoire algérienne. Son silence forcé ne doit pas devenir le symbole d’une répression rampante de la liberté d’expression. »
L'arrestation de Sansal symbolise les tensions historiques entre l'Algérie et la France, profondément ancrées dans l'histoire coloniale. Elle met une fois de plus en lumière la répression systématique des voix critiques en Algérie et fragilise davantage les relations diplomatiques déjà tendues entre les deux pays.
Sansal Direct (2024) : Critique de l'Algérie dans un compte à rebours dystopique
L'intrigue de Direct Le roman est structuré comme un compte à rebours – une suite numérique de jours menant le lecteur vers un événement incertain et fatidique. Cette structure pourrait être interprétée comme un symbole de l'insécurité et de la stagnation qui caractérisent la société algérienne. Le motif récurrent de « l'attente d'une catastrophe » reflète le sentiment que peu de choses ont changé en Algérie depuis des décennies, tandis que les problèmes – corruption, chômage et répression politique – demeurent irrésolus. Dans le roman, le protagoniste se sent de plus en plus isolé à mesure qu'il tente de déchiffrer les indices annonçant un événement mondial imminent. Cet isolement peut être vu comme une métaphore de la situation politique et culturelle de l'Algérie. Le pays, jadis célébré pour sa libération révolutionnaire, est de plus en plus isolé de la communauté internationale, notamment en raison de ses structures autoritaires et de l'absence de liberté d'expression. Parallèlement, le roman suggère une surveillance exercée par des « puissances supérieures », un possible écho de l'omniprésence du contrôle étatique en Algérie.
Ce roman, à l'instar des précédents ouvrages critiques envers l'islamisme, décrit un monde où le symbolisme religieux et les éléments mystiques servent à contrôler la population. Ce choix narratif peut être interprété comme une allusion à la politisation du discours religieux en Algérie et à son utilisation pour légitimer les mesures répressives. Direct L'importance de préserver la mémoire est soulignée à maintes reprises. Un passage clé affirme : « Oublier, c’est vivre comme un mort qui s’ignore ». On peut y voir une critique de la manière dont l'Algérie a géré son histoire coloniale et postcoloniale. Le régime est critiqué pour avoir glorifié le mouvement d'indépendance tout en omettant de traiter les conflits internes et les erreurs de la révolution. Le roman met en garde contre l'impossibilité d'un véritable renouveau sans une confrontation honnête avec l'histoire.
Un motif récurrent dans Direct C'est l'invisibilité de la vérité. Le protagoniste poursuit symboles et signes sans jamais parvenir à une compréhension définitive. Ce portrait peut également être interprété, entre autres, comme une allégorie de la désinformation systématique et du manque de transparence en Algérie. En réduisant au silence les critiques comme Sansal ou Kamel Daoud, le régime crée un climat où la vérité est non seulement difficile d'accès, mais activement étouffée. Les figures intellectuelles de Direct Ils luttent pour se faire entendre et tenter de comprendre un monde qui fonce vers l'abîme. Ceci, d'une certaine manière, fait écho au propre destin de Sansal, considéré comme un dissident littéraire en Algérie. Ses protagonistes sont souvent des âmes perdues qui tentent de lutter contre la monotonie et la léthargie d'un système oppressif – un thème qui, dans la réalité, touche nombre d'intellectuels confrontés à la censure et au manque de liberté d'expression en Algérie.
Bien que Direct Bien que le roman dépeigne une dystopie mondiale, les injustices décrites, selon une interprétation possible, s'inspirent de la réalité politique algérienne. Le compte à rebours « J-780 » peut être compris comme le symbole du sentiment que le pays se dirige vers une crise sans issue apparente ni vision d'avenir. L'atmosphère apocalyptique du roman correspond à la frustration persistante de nombreux Algériens face aux impasses politiques et économiques de leur pays. Boualem Sansal Direct Il s'agit donc de bien plus qu'un roman de science-fiction dystopique. À travers des allusions subtiles et des thèmes universels tels que l'isolement, la perte de contrôle et la quête de vérité, Sansal livre une critique acerbe de la réalité politique et sociale algérienne. Le roman est ainsi aussi un avertissement : sans liberté, sans transparence et sans une confrontation honnête avec le passé, aucun avenir n'est possible, ni pour l'Algérie, ni pour le reste du monde.
Suite à l'arrestation de l'écrivain Boualem Sansal, nous lisons le roman Direct Bien sûr, et de manière plus urgente : ici, des sujets comme les arrestations et la répression d’État sont abordés indirectement, mais souvent dans un contexte métaphorique ou dystopique. Plusieurs passages évoquent la perte des libertés individuelles et le pouvoir des régimes autoritaires, ce qui peut être interprété comme une allusion à la réalité algérienne. Direct L'idée d'emprisonnement est présentée à différents niveaux. Le protagoniste se sent de plus en plus isolé et surveillé, ce qui peut être interprété comme un symbole de la restriction de la liberté d'expression et du contrôle étatique omniprésent ; cette « captivité » rappelle la répression systématique subie par les dissidents politiques et les intellectuels en Algérie. Tout au long du roman, le protagoniste tente à plusieurs reprises de déchiffrer des signes et des symboles, sous le regard d'une force invisible. Ce choix narratif reflète les mécanismes de surveillance souvent employés par les régimes autoritaires pour exercer leur contrôle sur la population. Le « pouvoir invisible » du roman pourrait être interprété comme une allégorie des services de sécurité algériens ou d'autres institutions étatiques répressives. Le vaisseau spatial, promesse de salut, est clairement lié à la condamnation des criminels et des dictateurs.
D’un autre côté, le monde n’est pas attentif au fait que la propreté fait partie des vêtements. La Terre serait-elle à ce point invivable que les gens sautent à pieds joints dans la première soucoupe qui passe ? Ça donnait à réfléchir. Merveilleux internautes, ils n'ont pas hésité une seconde, adieu confort loisir télé et ruine de l'âme, adieu métro boulot dodo impôt, adieu ce monde circulaire où on dépense son salaire justeusqu'au dernier sou en carburant pour aller au diable vauvert gagner durablement ledit salaire. Les questions arrivent en paquets de mille, vous aurez l'occasion de sauvegarder votre inspiration, vous aurez aussi le choix de payer, ou d'embarquer, les sacs seront livrés, les vaccins seront exigés, le masque sera porter, qui est le sauveur, le venait-il, Dans la source de la galaxie il y a plusieurs déposés, seraient-ils hébergés chez l'habitant le temps de se construire une cabane dans les bois, etc. Des capitalistes, des entreprises, des courtisans sont proposés d'investir dans l'affaire. Trois à quatre milliards de personnes captives à informer, coacher, rassembler, nourrir, vêtir, soigner, distraire pendant le voyage galactique, à équiper en moyens de survie à l'arrivée, c'était le jackpot pour les marchands de bien-être. Ils voulaient des bâtiments emphytéotiques de mille ans sur un quart du vaisseau pour stocker leurs marchandises et un autre quart bien situé pour installer leurs boutiques. Ne parlez pas des autres internautes, les négatifs, les nauséabonds, les rats d'égout, les serpents venimeux, ils ne méritent que silence et soulèvements d'épaules, ils insultent, ricanent, ils interrompent d'appeler l'asile des fous, les pompiers, la police des étoiles. Ces gens n'aident en rien, ne servent à rien, sabotent tout. Dans mes équations de correction des échantillons représentatifs, j'introduirai à leur intention un virus de mon invention qui va les refroidir au sens médico-légal du terme. On ne vand même pas embarquer des morts et les côtoyer mille années durant. Nous exigeons aux Élus de faire le ménage eux-mêmes, avant embarquement, comme ils l'auraient fait, il ya belle lurette, s'ils en avaient eu le pouvoir et le courage. Ils Sauront que le vaisseau les couvrira de sa formidable puissance de feu. Allez, ouste, les dictateurs, les usurpateurs, les mafieux, les crapulards, l'avenir appartient aux gens de bien. Tiens, je crois que c'est ça la bonne définition de cet objet non identifié qu'est l'humanité, que je cherche depuis des années : l'humanité, ce sont ces gens de bien qui, vaille que vaille, assurer le service de la vie.
Supprimer les vauriens n'est pas renier notre résolution de neutralité dans la sélection, c'est faire les bons ajustements pour constituer des échantillons représentatifs sérieux, garanties d'une société harmonieusement stable. Et puis charbonnier est maître en sa demeure, on fera pour le mieux si on ne sait pas faire bien. Je pense que ce grand voyage d'un millénaire, qui a envoyé son millénarisme, est l'occasion unique pour les gens de se débarrasser des malfaisants qui abîment leur vie et leur planète et d'apprendre à se libérer de l'esprit de soumission qui les habite depuis les origines. C'est l'occasion d'un grand ménage de printemps. L'idée s'inscrit dans l'esprit libre et le cœur léger, mais c'est un grand saut dans les infinis de l'univers.
Boualem Sansal, Vivre : Le compte à rebours (Gallimard, 2024).
On aurait dit que le monde entier attendait d'être sauvé et emporté vers les étoiles. La Terre était-elle si invivable que ses habitants sauteraient simplement dans la première soucoupe volante venue ? De quoi alimenter les discussions. Merveilleux internautes, ils n'ont pas hésité une seconde. Adieu confort, loisirs, télévision et déclin spirituel ; adieu métro, travail, sommeil, impôts ; adieu monde circulaire où l'on dépense jusqu'au dernier centime de son salaire en carburant pour aller en enfer et travailler dur pour ce même salaire. Les questions affluaient : où s'inscrire, s'il y avait des frais, où embarquer, quels bagages emporter, quels vaccins étaient requis, quel masque porter, qui était le sauveur, d'où il venait, dans quelle galaxie ils seraient déposés, s'ils seraient hébergés chez l'habitant le temps de construire une cabane dans les bois, et ainsi de suite. Capitalistes, entreprises et courtiers proposèrent leurs services pour investir dans l'aventure. Trois à quatre milliards de personnes en captivité, qui devaient être informées, formées, rassemblées, nourries, vêtues, soignées, diverties et équipées de provisions de survie dès leur arrivée, durant le voyage galactique : c’était le jackpot pour les marchands de richesse. Ils exigeaient des baux de mille ans sur un quart du vaisseau pour y entreposer leurs marchandises et un autre quart, idéalement situé, pour y installer leurs boutiques. N’évoquons pas les autres internautes, les négatifs, les malodorants, les rats d’égout, les serpents venimeux ; ils ne méritent que le silence et l’indifférence. Ils insultent, ils suggèrent avec méchanceté d’appeler l’asile, les pompiers ou la police stellaire. Ces gens ne servent à rien, ils sont inutiles, ils sabotent tout. Dans mes équations de correction d’échantillons représentatifs, j’introduirai un virus de ma propre invention qui les neutralisera, littéralement. On ne peut pas embarquer des morts et vivre avec eux pendant mille ans. Nous demanderons aux élus de se purifier avant d'embarquer, comme ils l'auraient fait jadis s'ils en avaient eu le pouvoir et le courage. Ils sauront que le vaisseau déchaînera sa puissance de feu immense sur eux. Dégagez, dictateurs, usurpateurs, mafieux, scélérats ! L'avenir appartient aux gens de bien. Voilà, je crois, la définition juste de cet objet indéfini qu'on appelle humanité et que je recherche depuis des années : l'humanité, ce sont les gens de bien qui, quoi qu'ils fassent, servent la vie.
Éliminer les malfaiteurs ne signifie pas renoncer à notre engagement de neutralité dans la sélection, mais plutôt procéder aux ajustements nécessaires pour créer des échantillons fiables et représentatifs, garants d'une société stable et harmonieuse. Après tout, nous sommes maîtres chez nous ; nous ferons de notre mieux, même si la perfection n'est pas possible. Je crois que ce grand voyage millénaire, imprégné de millénarisme, est une occasion unique pour les peuples de se débarrasser des malfaiteurs qui nuisent à leurs vies et à leur planète, et d'apprendre à s'affranchir de l'esprit d'asservissement qui les accompagne depuis leurs origines. Ce sera l'occasion d'un grand nettoyage de printemps. L'idée est de partir l'esprit libre et le cœur léger, car au bout du compte se trouve le grand saut vers les merveilles infinies de l'univers.
Le compte à rebours central du roman – de J-780 à J-0 – instaure une atmosphère de contrainte et d'inéluctabilité. Le protagoniste se sent « piégé » par ce mystérieux décompte du temps, incapable d'y échapper. On peut y voir une allusion au pouvoir omniprésent de l'État, qui contrôle la vie de ses citoyens par ses mécanismes répressifs. Le roman ne contient aucune description directe d'arrestations, comme celles de Sansal ou des dissidents en Algérie. Cependant, les conditions décrites – incertitude, peur et perte des libertés individuelles – rappellent fortement le vécu des personnes vivant sous des régimes répressifs. Le roman décrit métaphoriquement comment une main invisible intervient dans la vie des personnages, une métaphore qui peut tout aussi bien s'appliquer à la répression dans le monde réel.
L'arrestation de Sansal illustre à quel point la littérature et la politique peuvent être étroitement liées et comment un écrivain peut devenir une figure symbolique dans la lutte pour la liberté et la justice. Le monde entier a les yeux rivés sur l'Algérie et réclame la libération de Boualem Sansal.
Addendum : Réaction de l'Algérie après le prix Goncourt de Kamel Daoud
L'attribution du prestigieux prix Goncourt 2024 à l'écrivain franco-algérien Kamel Daoud pour son roman Houris (cf. le Articles publiés sur ce blogCe prix a suscité de vives réactions en Algérie, tant sur le plan politique que social. Selon certaines sources, les médias d'État auraient reçu pour instruction de ne couvrir ce succès littéraire que superficiellement, voire de l'ignorer complètement. Des voix proches du gouvernement ont accusé Daoud de tirer profit de ses liens étroits avec la France, qu'il accuse de critiquer régulièrement l'Algérie. Le prix a été perçu comme faisant partie d'une « stratégie culturelle » visant à légitimer les dissidents algériens et à discréditer le pays à l'international. Daoud est également la cible d'une campagne de diffamation. Les médias d'État et des commentateurs progouvernementaux l'accusent de diffamer l'Algérie et sa société à maintes reprises dans ses œuvres. Un passage particulièrement controversé de son ouvrage est cité. Houris, qui examine de manière critique le rôle de la religion dans la société, a été interprété comme une « attaque contre l'identité algérienne ».
Si certains intellectuels et amateurs de littérature en Algérie ont célébré le succès de Daoud comme une source de fierté nationale, la réaction de la société dans son ensemble est restée plutôt discrète. La polarisation croissante entre intellectuels libéraux et milieux conservateurs a contribué à la forte politisation des débats autour de Daoud. Pour la jeune génération, de plus en plus informée par les réseaux sociaux, ce prix a toutefois été perçu comme un triomphe pour un écrivain algérien, indépendamment de ses critiques du régime. La réaction négative du régime algérien à la victoire de Daoud au prix Goncourt s'inscrit dans une série de tensions entre le gouvernement algérien et les intellectuels critiques. À l'instar de Boualem Sansal, Daoud est également attaqué pour ses descriptions sans fard de la corruption, des abus de pouvoir et de la stagnation sociale. Ces deux auteurs incarnent une nouvelle génération d'écrivains algériens qui abordent les contradictions et les injustices de leur pays et sont reconnus internationalement pour cela, tout en faisant face à l'hostilité dans leur pays. Le prix Goncourt décerné à Kamel Daoud a encore exacerbé les relations déjà tendues entre le gouvernement algérien et les voix critiques. Là encore, l'Algérie démontre son incapacité à dialoguer avec les voix littéraires et intellectuelles de sa propre diaspora.
Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.