Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
La longe, la forêt, la grande forêt, forme un infini, un continent qui a une inquiétude ancienne. C'est plus intime, plus impressionnant aussi. Passer outre craintes et tremblements et participants à la cérémonie qui s'y ordonne. L'approche des nouvelles ombres s'élève la beauté, celle des cathédrales d'avant les hommes, celle des bêtes antiques. Au bout du chemin du regard, se perdent la confusion des lisières, le treillis des épaisseurs de feuillages et des nouveaux pousses de printemps. Il n'est plus question de revenir sur ses pas ; l'attrait grandit, je me déteste. Sauter un fossé, remonter la courte pente d'un talus, traverser les fouillis des ramures, s'égratigner : je me déracine, je me grise, je m'abstrais des souvenirs. Une fois passée les mailles couturées des taillis de ronciers à mûres qui s'enfoncent dans la terre leurs rameaux pour se reproduire, l'on parle bas, comme par crainte d'être surpris lors d'un échange secret. C'est le lieu de confiance sans voix. J'entre en résonance, je reçois la forêt comme une grâce. À ce moment tout bascule, un frisson froid parcourt l'échine, le cœur bat plus vite, la gorge est nouvelle. L'agitation vous porte et ce que vous ressentez devient inexprimable. Sous les feuillées, la partie promeneur pour un voyage sans retour.
A fois pénétré ce vaisseau d'ombres, de l'ombre vaste, je suis envoûté et je perds toute idée, toute réflexion, l'esprit lavé je deviens animal. Sous l'arche des frondaisons j'avance, je m'impatiente, à chaque pas une forte odeur d'humus remontant, me saisit, me remue. Dans la forêt, l'homme se transforme, existe autrement et les mots tombent en poussière. La marche revêt un effet d'émerveillement, un caractère sacré, j'y retrouve une vie antérieure, celle lieu de très loin. La forêt rajeunit, élève et attise le divin imaginaire. J'entends bruisser les syllabes des lumières, des sons, des odeurs qui échangent entre eux et moi, je ne suis plus le même, je suis celui d'avant, le primitif, et mes nerfs frissonnent. S'ouvre devant moi les profondeurs de la terre soulevées vers le ciel. Si les liens sont dans les trésors trouées de verdure, vous aurez une cour instantanée, quelques secondes, une éternité. Pris d'une bouffée délirante, j'accompagne les substances térébrantes, elles sont baume, remède à toute détresse, à tout état de mélancolie, à tout voyageur lassé. S'abandonner à ce temps offert. C'est dans la forêt pour faire du bruit. Chaque mouvement entraîne des forces, ranime la sève de l'âme. Les frissons et les éclats de soleil dans les branches sauvent. La lumière varie en taille et termine également le jeu avec les ténèbres. L'être solitaire y trouve ses reprises, l'abandon, son énergie. Les beaux jours Vénus, l'appareil d'un châtaignier peut y suffire. Si le gel ou la grêle n'est pas mordu ses rameaux, sa couronne de fleurs, l'or des chants dans son ample robe de feuilles aux bords dentés vous rajeunit et vous fait oublier toute peine.
Les formes noueuses d'un arbre à terre, foudroyé ou terrassé de vieillesse, présentent une énigme comme son tronc nécrosé, où l'on peut lire les étapes de sa vie d'arbre, les efforts de chaque phase de sa croissance. Source? Trente ans, quarante ans ? Plus, beaucoup plus, à un siècle, deux, peut-être trois répond à l'aubier. Source importance, le vécu, c'est au sol, allongé comme tout être tombé. Membres morts, cime décapitée, branches affaisées, lui croît encore. La mousse, les lichens prolongent son éternité, d'invisibles insectes y ont pris vie, s'y sont installés et s'y plaisent. La structure de l'ascète blanche est belle et splendide. La tombe des signes dans les manèges du fils. Regrette-t-il, comme les humains, le temps passé, le temps de naguère ? Celui des crêtes chevelues, des futaies élancées plantées pour les mâts d'une marine royale. La grandeur même, le grand art. Les chênes dans leur nudité de l'hiver montent droit en toute puissance, sans oscillation, en correspondance vers le ciel, ils se entnent dans une posture militaire. Emmenés dans leur course vers la lumière par des hêtres, escortes aux troncs grossiers, aux écorces d'argent, ceux des incorruptibles, des éminences, ils s'élèvent à la verticale, colonnes où les ondes vibrent et résonnent jusqu'à leur flèche. Ils ne s'encombrent d'aucune branche basse, leur tronc solide n'a pas d'âge. Vous pouvez entendre le bruit des jours de grande ventilation. Entrenus, avec l'aide et les fils du principal homme, les cellules des forestiers qui veillent, sont à la fierté humble des souverains. Les mousses d'un doux velours vert tapissent leur partie basse, d'autres plus cendrées prospèrent à hauteur d'homme. Il arrive qu'elles se recouvrent en un feston noueux sur le tronc raboteux et forment un paysage soudain dans la danse d'un rayon solaire qui filtre au travers d'un moucharabieh de feuilles.
Tout à coup, sous la voûte d'une cavée de fines ramilles, un bruissement m'extrait de la torpeur, la voile du corps fort d'un cerf ouvre la voie à deux biches. Les trois animaux, en file, fissurent l'air, pour cent les broussailles. Ils ont déjà disparu dans les allées de summer et je ne sais plus si je les ai vraiment vus. Cette apparition furtive, instant immatériel qui anime l'esprit, n'appartient qu'à celui qui l'a saisi. Ne pas reprendre son souffle, parcourir les sentiers, écarter les hautes fougères. Attendre la découverte d'une ruine mangée de mousse que l'on ne trouve pas encore. Au bout d'un chemin, se trouve un menhir avec une pierre à l'angle d'une femme ancienne. Si vous délabré dans ces roches déshabitées, peut-être de la L'impossible et la grandeur.
Franck Maubert Histoire naturelle (Mercure de France, 2022).
De loin, l'immense forêt forme un infini, un continent où couve une inquiétude ancestrale. Elle peut être intimidante, voire terrifiante. Surmontant la peur et les tremblements, on participe à la cérémonie qui s'y déroule. À mesure qu'on s'approche de ce nuage d'ombres, la beauté se révèle, la beauté des cathédrales d'un temps antérieur à l'humanité et la beauté des animaux préhistoriques. Au bout de ce regard hypnotique, tout s'estompe : la confusion des lisières, l'enchevêtrement des feuilles et les jeunes pousses du printemps. Impossible de rebrousser chemin ; l'attraction se fait plus forte, j'accélère. Bondissant par-dessus un fossé, gravissant la pente d'un talus, marchant à travers l'enchevêtrement des branches, me grattant : je me déracine, je m'enivre, je m'absous de mes souvenirs. Une fois passé le labyrinthe de ronces, dont les branches s'enfoncent dans la terre pour se propager, on parle à voix basse, comme si l'on craignait d'être surpris en pleine réunion secrète. C'est un lieu de confidences, où le silence est de mise. Je ne fais qu'un avec la forêt, la recevant comme une bénédiction. À cet instant, tout bascule : un frisson glacial vous parcourt l'échine, votre cœur s'emballe, votre gorge se serre. Un malaise vous envahit, une sensation indescriptible. Sous la canopée, le promeneur s'engage sur un chemin sans retour.
Dès que je pose le pied sur ce navire d'ombres, cette vaste étendue ténébreuse, je suis envoûté et oublie toute idée, toute considération ; mon esprit se purifie, je deviens animal. Sous l'arche des arbres à feuilles caduques, j'avance à grands pas, l'impatience grandissant. Un puissant parfum d'humus s'élève à chaque pas, m'envahit, m'agite. Dans la forêt, l'homme se métamorphose ; il existe autrement, et les mots se réduisent en poussière. Marcher revêt une qualité merveilleuse, un caractère sacré ; je redécouvre une vie antérieure, venue de loin. La forêt rajeunit, s'intensifie et embrase l'imagination divine. J'entends les syllabes des lumières, des sons et des parfums bruisser, s'échanger entre eux et moi. Je ne suis plus le même ; je suis celui d'avant, le primitif, et mes nerfs frémissent. Devant moi, les profondeurs de la terre s'ouvrent, s'élevant vers les cieux. Je franchis les brèches verdoyantes ; Un bref instant, je vole, quelques secondes, une éternité. Dans mon délire, je suis accompagné de substances enivrantes ; elles sont un baume, un remède à tous les maux, à toutes les mélancolies, à tous les voyageurs fatigués. Se laisser aller à ce don du temps. Un seul pas dans la forêt dissipe les larmes. Chaque mouvement éveille des forces, revigore le cœur. La fraîcheur et les rayons du soleil dans les branches sont un salut. La lumière change sans cesse, jouant avec l'obscurité. Le solitaire trouve ici refuge, solitude, énergie. Par beau temps, la simple apparition d'un châtaignier suffit. Si le gel ou la grêle n'ont pas ravagé ses branches, sa couronne de fleurs se régénère ; le chant doré de son large feuillage aux bords dentelés vous revigore et fait oublier tous les chagrins.
Les formes noueuses d'un arbre gisant au sol, foudroyé ou abattu par la vieillesse, recèlent autant d'énigmes que son tronc nécrosé, sur lequel on peut lire les étapes de sa vie, les efforts déployés à chaque phase de sa croissance. Quel âge a-t-il ? Trente ans, quarante ans ? Bien plus, un siècle ou deux, peut-être trois, répond l'aubier. Qu'importe ? Il a vécu, il gît à terre, étendu comme toute créature tombée. Avec ses branches mortes, sa cime décapitée et ses rameaux retombants, il continue de croître. Mousses et lichens prolongent son éternité ; des insectes invisibles s'y sont installés, s'y sentent chez eux. Sa forme nue, telle une austère blanchie, est beauté et splendeur. Un désir ardent de graver des signes dans les replis de son écorce. Aspire-t-il, comme les hommes, au passé, à l'époque d'antan ? L'époque des crêtes de cheveux, des troncs élancés destinés à devenir les mâts d'une marine royale ? La véritable sublimité, l'art suprême. Les chênes, dans leur nudité hivernale, s'élèvent verticalement avec force, sans faiblir, en harmonie avec le ciel, dans une posture militaire. Sur leur chemin vers la lumière, ils sont accompagnés de hêtres, ces compagnons aux troncs rugueux et à l'écorce argentée, troncs de l'incorruptible, éminences, qui s'élèvent à la verticale, piliers où les vagues vibrent et résonnent jusqu'à leurs racines. Dépourvus de branches basses, leurs troncs robustes sont intemporels. Seules leurs cimes feuillues ondulent les jours de vent. Soignés avec l'aide et le soin de la main humaine, la main attentive des forestiers, ils possèdent l'humble fierté des souverains. Des mousses d'un velours vert et doux recouvrent leurs parties inférieures, d'autres, gris cendré, prospèrent à hauteur d'homme. Parfois, elles recouvrent le tronc rugueux d'un motif de guirlande noueuse, et dans la danse d'un rayon de soleil pénétrant un treillis de feuilles en bois façon moucharabieh, elles forment soudain un paysage.
Soudain, sous la voûte d'une grotte faite de fines branches, un bruissement me tire de ma rêverie. Le corps massif et imposant d'un cerf ouvre le passage à deux biches. Les trois animaux forment une file, fendant l'air et jaillissant des sous-bois. Ils ont déjà disparu dans le fourré, et je ne suis plus sûr de les avoir vraiment vus. Cette apparition fugace, un instant immatériel qui anime l'esprit, n'appartient qu'à celui qui l'a saisie. Sans reprendre mon souffle, je parcours les sentiers, écartant les hautes fougères. J'attends la découverte d'une ruine rongée par la mousse que je n'ai pas encore trouvée. Je prends un menhir, au détour du chemin, pour la pierre angulaire d'une ancienne demeure. Dans ces rochers déserts se cache quelque chose de décrépitude, peut-être de défaite. Impossibilité et grandeur. 1
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Remarques- Dans dix-sept courts textes, Franck Maubert, vagabond infatigable et solitaire aux sens aiguisés, nous entraîne dans ses rêveries et ses questionnements sur la beauté de la nature, cherchant à en percer quelques-uns des secrets. Tant d'histoires d'arbres, d'animaux, de rivières, de fleurs, de pierres… du ciel, de la lumière, de la terre et des êtres enracinés. Entomologiste, mycologue, pêcheur, botaniste ou simple promeneur, l'auteur observe tout ce qui l'entoure avec la même acuité et la même soif de connaissance. Il trouve mille raisons d'aimer la nature. Une invitation à se reconnecter à elle, où la seule force motrice de ses promenades est la pure joie de la découverte et de l'observation. Dans une langue précise et poétique, Franck Maubert compose ici une ode bouleversante à la nature, une promesse d'un monde libre. (Traduction du communiqué de l'éditeur.)>>>