L'art ne valait rien sans doute mais rien ne valait l'art

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Picasso ouvrait mes yeux et les yeux de ceux qui, par crainte d'affronter la jouissance de voir, cette concupiscentia oculorum tant redoutée d'Augustin, se débinaient et regardaient ailleurs, et des aveugles en grand nombre que les images laides qui envahissaient l'espace avaient dégoûtés ou endurcis (images laides d'autant plus proliférantes que les hommes avaient de moins en moins leur mot à dire, pris qu'ils étaient dans une Folie d'informations en continue pour rien).

Il ouvrait les yeux des hommes dont les paupières se fermaient au moindre éclat, ceux-là mêmes chez qui le refusait apeuré de percevoir la beauté aussi bien que l'horreur s'était mué depuis longtemps en habitude d'être.

Il ouvrirait leurs yeux obstrués. Leurs yeux éteints, il les allumait. Afin que, passé le choc premier de voir, viennent la joie, la délectation, celle des sens et de l'esprit qui sont une âme et même choisie. Il peut également être utilisé pour se rapprocher du goût du Malmené et souvent délaissé pour la beauté, celle des femmes, des hommes, des bêtes, des arbres, des fleurs, des herbes… celle du monde.

Ce jour-là, au musée Picasso, la joie des visiteurs, la délectation de leurs sens et de leur esprit étaient tangibles et contagieuses. Pas une trace de maussaderie ou d'amertume sur les visages, mais des sourires, des commentaires drôles : Elle a du nez !, des exclamations rieuses : Elle a les yeux derrière la tête comme moi quand je fais cours ! et les yeux des enfants sont tournés vers le chemin du retour, simple et facile à retenir.

*

Je quittai le musée le cœur léger et réjouie comme je le suis rarement.

L'art ne valait rien sans doute. L'art est informatif sur le changement du monde et du monde en nous. L'art était infoutu de stopper sa course vers un désastre que nous refusions de voir. Les informations artistiques sont disponibles pour les machines. L'art était infoutu de contrer les puissances meurtrières, de renverser un ordre où la finance décidait férocement de la valeur de tout, et de lever les gens qui subissent les tyrannies les plus infâmes. L’art est impuissant à conjurer la haine, la vengeance, le ressentiment et toutes les passions tristes qui prospéreraient à notre époque et qui lentement dépravaient nos esprits. L'art ne parvenait en rien à nous défendre de cette lâcheur qui nous cernait et qui nous pénétrait, ni à nous détourner des divertissements médiocres qui avilissaient nos cœurs. L'art ne pouvait rien, en été, contre le fait que vivre faisait mal.

une chose était sûre: il arrivait que l'art ajoutât à nos joies et notre faim de vivre, il arrivait qu'il défiât souverainement la mort ou qu'implacablement il nous la rappelât, il arrivait qu'il aiguisât notre refus d'un Monde où nos corps étaient formatés toutant que nos âmes, il arrivait qu'il exaltât notre goût de l'impossible lorsqu'on nous intime de ne plus l'espérer et qu'il réanimât notre goût de l'inutile quand partout prévalait l'esprit des fins utiles, il arrivait qu'il fit rejaillir notre désir increvable de rêver et d'être libres sans lequel nous ne pouvions vivre, et qu'il nous redonnât le goût oublié des couleurs tant aimées dans l'enfance, surtout la rouge, le goût pour les figures et les objets, pour leur matière et leur lumière, pour la beauté des choses offertes et simples qui étaient en ce monde et que nous ne savions voir.

L'art ne valait rien sans doute mais rien ne valait l'art.

Lydie Salvayre, Marcher jusqu'au soir (Stock, 2019)

Picasso m’a ouvert les yeux, ainsi que ceux de ceux qui, par crainte du plaisir de voir, si redouté par Augustin, concupiscentia oculorum, qui baissaient la tête et détournaient le regard, et les nombreux aveugles dégoûtés ou endurcis par les images laides qui emplissaient la pièce (images laides qui devenaient d'autant plus laides que les gens avaient de moins en moins à dire, pris au piège d'une folie d'informations constantes et inutiles).

Il ouvrit les yeux de ceux dont les paupières se fermaient au moindre éclat, précisément ceux pour qui le refus effrayé de percevoir la beauté et la terreur était depuis longtemps devenu une habitude.

Il leur ouvrit les yeux clos. Il leur rendit la vue. Afin qu'après le choc initial de la vision puissent suivre la joie et le plaisir, le délice des sens et la béatitude intellectuelle, qui ne font qu'un. Et afin que chacun puisse redécouvrir son sens de la beauté, souvent malmené et négligé : la beauté des femmes, des hommes, des animaux, des arbres, des fleurs, des herbes… la beauté du monde.

Ce jour-là, au musée Picasso, la joie des visiteurs, leur ravissement sensuel et leur extase intellectuelle étaient palpables et contagieux. Pas la moindre trace de mécontentement ou d'amertume sur leurs visages, seulement des sourires, des remarques enjouées : « Elle a un nez ! », des exclamations riantes : « Elle a les yeux derrière la tête, comme moi quand je fais cours ! » et le regard enfantin de ceux qui, une fois de retour, s'émerveillent devant leurs découvertes.

*

J'ai quitté le musée le cœur léger, d'une manière qui m'arrive rarement autrement.

L'art était probablement sans valeur. L'art était incapable de changer le monde et le monde en nous. L'art était impuissant à enrayer la course vers une catastrophe que nous choisissions d'ignorer. L'art était incapable de transformer le mal en bien. L'art était incapable de s'opposer aux forces meurtrières, de renverser un ordre où le monde financier déterminait impitoyablement la valeur de toute chose, et de relever les peuples qui souffraient sous les tyrannies les plus honteuses. L'art s'est révélé impuissant à repousser la haine, la vengeance, l'envie et toutes les passions tristes qui prospèrent à notre époque et corrompent lentement nos esprits. L'art ne pouvait nous protéger de la laideur qui nous entourait et nous imprégnait, ni nous préserver des plaisirs médiocres qui dégradent nos cœurs. L'art était impuissant face à la souffrance inhérente à la vie.

Une chose était toutefois certaine : l'art pouvait accroître notre joie et notre soif de vivre, il pouvait défier souverainement la mort ou nous la rappeler sans cesse, il pouvait aiguiser notre rejet d'un monde où nos corps étaient façonnés autant que nos âmes, il pouvait éveiller en nous le désir de l'impossible quand on nous disait de ne plus l'espérer, et il pouvait raviver notre plaisir de l'inutile quand l'esprit d'utilité régnait partout ; parfois, il ravivait notre aspiration indéracinable aux rêves et à la liberté, sans lesquels nous ne pouvions vivre, et nous rendait le plaisir oublié des couleurs si chères à notre enfance, surtout le rouge, le plaisir des figures et des objets, le plaisir de leur matière et de leur lumière, de la beauté des choses simples offertes par ce monde et que nous étions incapables de voir.

L'œuvre était probablement sans valeur, mais rien ne s'approchait de l'art. 1

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. "L'art ne valait rien sans doute mais rien ne valait l'art." Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2023. Consulté le 21 mai 2026 à 04:14. https://rentree.de/2023/07/26/lart-ne-valait-rien-sans-doute-mais-rien-ne-valait-lart/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Remarques
  1. Avec un humour sarcastique et un langage caustique, Lydie Salvayre utilise le prétexte d'une soirée au musée Picasso pour interroger le monde de l'art et ses institutions. En se penchant sur son enfance protégée mais misérable et en abordant avec franchise sa relation avec un père craint et repoussant, elle tente de comprendre comment s'est forgé son rapport à la culture et à son pouvoir intimidant, tout en rendant hommage à Giacometti, à son radicalisme, à ses prétendus échecs et à son immense humilité. (Traduction du communiqué de presse.)>>>

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