Une nouvelle façon de vivre séparément

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Maintenant, ce qui frappe le plus, en remontant la rue des Couronnes, c'est sa césure, très sympa. Il s'agit d'une séparation entre la naissance et les régions distinctes. C'était là depuis le départ sans que j'y prête attention, déjà ça nous désignait. Ça survient juste après que la rue a croisé le tracé de la Petite Ceinture, l'ancienne ligne de train qui jadis effectuait le tour de Paris. La rue agrège des contrées étrangères l'une à l'autre avec une indifférence docile, une arrogance désintéressée. Comme c'est étrange, c'est devenu parfaitement anodin. Les deux mondes s'ignorent, nul ne ensemble en souffre. C'est une nouvelle manière de vivre, séparée. On n'avait jamais vu cela avant.

Vivre ensemble. Deux termes reliés d'un trait d'union venus souligner l'ironie du ratage d'une  telle conjonction, deux termes ne se rendent à aucun compte. La rue des Couronnes est l'une de ses antichambres les plus captivantes. Ce sont les laboratoires qui ouvrent la grande séparation. Dans la première du paysage, les hauteurs, sévères et drues, grises et sans attrait qui partent du boulevard. Il s'agit d'un relief récent, la cime de béton sorties de terre. A sol de bitume haché par des bandes de verdure. Une dalle de béton se propage autour de ces montagnes. Les bars à chicha aux noms américains et aux vitres fumées cadencent la monotonie à hauteur de trottoir. Les habitants sont de petites mains, des employés et quelques commerciaux, des chômeurs, en provenance d'Afrique du Nord, d'Afrique sub-Saharienne. C'est une montagnarde, souvent grossière, mais dotée de tout le confort moderne. Une contrée escarpée, un empilement méthodique d'humains et d'objets.

Les jardins des Couronnes à la Place Henri-Krasucki, sont en revanche un paysage d'avenues privées, d'immeubles de basse hauteur, de course cachées, arborées, de lierre et de vignevierge, de jardins même, où serpentent des lézards et clopinent des chats. Reliquat d'une époque lointaine, viticole, agricole ; d'un passé plus récent, d'ouvriers, d'ateliers. C'est en noir et blanc, photographié par Willy Ronis. ONU  Vue panoramique de vérandas fleuries et ornées d'estampes, de petites échoppes, d'autres livres de papier, de cantines du quartier. C'est un pays connu, reconnu, imité et désormais recherché. Le choix du campement dans le décor du théâtre, les représentants des professions culturelles, relèvent de la vieille classe du monde, ce qui permet de se situer à l'autre bout du monde, en toute bonne conscience.

Ce visage-là de la France des grandes villes, répartition ordonnée des bourgeois et des immigrés pauvres, est devenu la norme. On n'a pu décemment établir de poste-frontière, mais l'on sait pourtant que ce qui s'y passe, notamment au niveau du croisement avec la rue Julien-Lacroix, revient exactement au même. Cette intersection marque le début d'un pays d'homme, achèvement aux alentours du bâtiment Troisième République de l'école maternelle (94, rue des Couronnes), où officiellement débute la seconde partie de la rue. Dans cet entre-deux, le contact visuel est inévitable. La terrasse du Palais de Tunis, avec son empire de chaises longues en plastique vert numérotées 41, a un visage dans la cellule de Floréal, au 43, une installation néo-rétro dans les vieux murs du café Dupont de 1905. Une question exclusivement masculine. L'immigration en Tunisie repose sur cela et l'enfant a un grand visage, aujourd'hui, dans les bataillons mixtes de jeunes, les entrepreneurs s'enrichissent avec un brunch à 130 euros chaque dimanche. Ce que cohabitant signifie : des Mondes qui s'appréhendent dans une inexistence mutuelle, respectivement invisibles. Aussi briquet ne s'échange, aussi salut de la main. Il n'y a pas de correspondance à établir entre les clients, leurs centres d'intérêt, les prénoms de leurs enfants, leur manière de s'habiller, de manger ou de vivre. Je ne peux m'empêcher de remarquer les cabanes d'ouvriers de la rue de la Mare, juste à l'extérieur de Notre-Dame-de-la-Croix, au niveau de la passerelle piétonne - pas loin de là se trouvait la gare Ménilmontant du train de Petite Ceinture ; celle des fenêtres murées rue de Pali-Kao, immeubles déglingués, étendoirs aux fenêtres, hordes d'enfants pouilleux et parapets en ruine ; L'histoire des balustrades de la rue Vilin, rue à flanc de coteaux en forme de S inversé, devenue fantomatique au fil des années, rasée par les bulldozers en Mars 1982, quelques semaines avant ma naissance. Je ne me souviens pas de l'époque du terrain vague. Je n'ai aucun souvenir des escalators et de la rue Piat. Comme beaucoup de mes semblables, je ne me souviens pas du Belleville de Georges Perec, de la devanture du salon du coiffure de sa mère, morte en déportation en 1943, dont la titraille ("Coiffure de dames") s'est peu à peu estompée, avant d'être rasée. Je fais partie de la toute dernière vague d'arrivants. C'est vrai, selon les chercheurs du parc Fuglavík, vous êtes un touriste dans le monde qui finit et refuse de vous donner un message à votre arrivée, à mes yeux, une qualité légitime, sans réserve, qui ne se contente pas des références au passé. Je n'ai pas le droit de conduire ma voiture ordinaire dans une seule direction, ce qui signifie que cette sécession a déjà eu lieu, et ce n'est que le début. Mes yeux sont comme des fenêtres ouvertes sur la destruction, la source se déversant dans les préparatifs.

Solange Bied-Charrenton, L'acceptation (Stock, 2023).

 

 

 

Ce qui frappe le plus lorsqu'on remonte la rue des Couronnes, c'est sa césure, si marquée. Cette séparation crée deux mondes distincts. Elle était là dès le début, sans même que je m'en aperçoive ; elle nous définissait déjà. Elle est apparue peu après que la rue ait croisé le tracé de la Petite Ceinture, l'ancienne voie ferrée qui encerclait jadis Paris. La rue réunit des territoires mutuellement étrangers avec une indifférence docile, une arrogance désintéressée. Étrange, elle est devenue totalement inoffensive. Les deux mondes s'ignorent ; personne ne semble en souffrir. C'est une nouvelle façon de vivre séparément. Nous n'avons jamais rien vu de tel.

Vivre ensemble. Deux concepts liés par un trait d'union, soulignant l'ironie de l'échec d'une telle union, deux concepts incapables de se percevoir. La Kronenstrasse est l'une de ses antichambres les plus fascinantes. C'est le laboratoire à ciel ouvert de la grande division. Dans la première partie du paysage, il y a ces hauteurs, austères et rudes, grises et peu attrayantes, rayonnant du boulevard. C'est un nouveau relief, des pics de béton jaillissant de la terre. Une surface asphaltée fragmentée par des bandes de verdure. Une dalle de béton s'étend autour de ces montagnes. Des bars à chicha aux noms américains et aux disques enfumés rythment la monotonie au niveau du trottoir. Les habitants sont des ouvriers, des employés de bureau et quelques commerçants, des chômeurs, venus d'Afrique du Nord, d'Afrique subsaharienne. C'est une vie comme à la montagne, souvent dure, mais dotée de tout le confort moderne. Un terrain escarpé, un empilement méthodique de personnes et d'objets.

Du Kronengarten à la Henri-Krasucki-Platz, le paysage se compose de chemins privés, d'immeubles bas, de cours cachées où poussent arbres, lierre et vignes vierges, et même de jardins où se faufilent lézards et rôdent chats. Vestiges d'une époque révolue de viticulture et d'agriculture, d'un passé plus récent d'ouvriers et d'ateliers. D'un hier figé dans le noir et blanc, photographié par Willy Ronis. Un panorama délicat, avec ses vérandas fleuries au printemps, ses petites boutiques, ses étals de librairies et ses cantines de quartier. Un paysage familier, reconnu, imité et désormais recherché. En choisissant de s'installer dans ce décor théâtral, les représentants des professions culturelles, issus d'une ancienne bourgeoisie désormais embourgeoisée, s'offrent la possibilité de marcher sur les traces de leurs ancêtres en toute conscience.

Ce visage de la France dans les grandes villes, une répartition ordonnée de la bourgeoisie et des immigrés pauvres, est devenu la norme. Impossible d'établir un point de passage frontalier, mais chacun sait que ce qui s'y passe, notamment à l'intersection avec la rue Julien-Lacroix, est exactement le même. Ce carrefour marque le début d'un no man's land, qui s'achève autour du bâtiment de l'école maternelle Troisième République (94, rue des Couronnes), où commence officiellement la seconde partie de la rue. Dans cet entre-deux, les regards se croisent inévitablement. La terrasse du Tunis Palace, qui déploie son royaume de chaises en plastique vert pomme au numéro 41, fait face à celle du Floréal, au numéro 43, un établissement néo-rétro installé dans l'ancien Café Dupont, fondé en 1905. Un groupe composé exclusivement d'hommes d'origine tunisienne, buvant du thé et fumant la chicha, se retrouve chaque jour face à des groupes mixtes de jeunes Occidentaux, de riches entrepreneurs qui brunchent tous les dimanches pour une trentaine d'euros. zusammenleben Cela signifie : des mondes qui se perçoivent comme mutuellement inexistants ou invisibles. On n'échange ni briquet ni poignée de main. Il n'y a aucune similitude entre les clients, leurs intérêts, les prénoms de leurs enfants, leur façon de s'habiller, de manger ou de vivre. J'ai à peine connu l'époque des baraques ouvrières en bordure de la rue de la Mare, juste derrière Notre-Dame-de-la-Croix, près de la passerelle – non loin de la station Ménilmontant du TGV ; l'époque des fenêtres murées de la rue de Pali-Kao, des immeubles délabrés, du linge étendu aux fenêtres, des hordes d'enfants couverts de poux et des parapets en ruine ; l'époque des grilles de la rue Vilin, rue à flanc de colline en forme de S inversé, devenue fantomatique au fil des ans et rasée en mars 1982, quelques semaines avant ma naissance. Je ne me souviens plus de l'époque du terrain vague, du paysage indistinct. Je ne me souviens plus des escaliers en Y qui menaient à la rue Piat. Comme beaucoup d'autres, je ne me souviens pas de Belleville, la vitrine du salon de coiffure de la mère de Georges Perec, où elle mourut lors de sa déportation en 1943, son titre (« Coiffure de dames ») s'effaçant peu à peu avant d'être démolie. J'appartiens à la toute dernière vague d'arrivées. Aussi, à l'instar des chercheurs fous du parc Fuglavík, je ne suis qu'un touriste du monde mourant, refusant toute légitimité, toute indépendance à ce qui va advenir, à la scission qui se déroule sous mes yeux, dénuée de références au passé. Je n'ai pas le droit de me plaindre, car je suis aveugle, ne souffrant jamais vraiment de cette sécession, puisque tout y participe. Mes yeux sont murés comme les fenêtres avant la destruction à laquelle ils se sont pourtant préparés. 1

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. « Une nouvelle façon de vivre séparément. » Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2023. Consulté le 19 mai 2026 à 19:50. https://rentree.de/2023/05/10/eine-neue-art-geeinandert-zu-leben/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Remarques
  1. Dans une librairie parisienne, la Française Aurore rencontre l'Islandais Gestur. Leur amour naît puis s'éteint entre le fjord des baleines et les rues de Belleville, entre la tentative de fonder une famille et l'extinction des sentiments. Gestur, archéologue, parcourt les terres islandaises brûlées par le sel et la lave à la recherche de tombes vikings. Aurore découvre des paysages froids et silencieux d'une splendeur inébranlable, qui préféreraient dissimuler le bouleversement d'une société qui, en quelques décennies, a abandonné le Moyen Âge. Après la naissance de leur jeune fils Erling, ils vivent dans un entre-deux, ni amants ni étrangers, dans la France des attentats puis des Gilets jaunes, où circule une violence diffuse, au point que certains disent que le pays est méconnaissable. Aussi orageux que tendre, L'Acceptation Une histoire d'amour qui nous pousse à affronter la réalité. Guidé par Aurore, un chemin se dessine à travers le déni et la peur, la mélancolie et la joie pure, au prix de l'image que chacun se fait de son pays, de son lieu et de l'amour. (Traduction du communiqué de l'éditeur)>>>

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