Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
Vers la fin de sa vie, Jean-Sébastien Bach pense que le Graal est devenu son orgue. La montre est ce qu'elle est.
Philippe Sollers, Graal (2022).
Vers la fin de sa vie, Johann Sebastian Bach considérait son orgue comme son Graal. Il le montra, et tout fut dit.
Dès qu'on emploie le « nous » en littérature, on ment, selon l'écrivain girondin Philippe Sollers. C'était en 2015, au moment des assassinats de Voltaire. Traité sur la tolérance Après le succès rencontré dans les librairies françaises, Folio publia une édition postfacée par Sollers. Ce dernier y précisait que ce n'étaient pas les Français, mais les Anglais qui appréciaient Voltaire pour son ironie ; or, en France, la droite le jugeait trop irrespectueux et anticlérical, tandis que la gauche le considérait comme déiste, trop riche et trop proche du pouvoir. Et tous passaient sous silence son ironie, qu'il affirmait plus mordante encore que le blasphème.
Quatre millions de personnes sont descendues dans les rues contre le fanatisme, pour protester contre les assassinats des caricaturistes, les gens ouverts et gentils comme Cabu, cela rassure. Mais j'ai envie de dire : Voltaire n'est jamais caricatural. L’ironie n’est pas caricaturale. Elle ne blasphème pas. C'est un poison prêté, efficace, qui s'occupe des centres nerveux de la maladie qu'est le fanatisme. Un commentaire sur « Voltairia » ? Le prix est à la hauteur de l'ironie et du style de Voltaire. Charlie Hebdo perpétue l'anarchisme français. C'est la tradition anticléricale des anarchistes et des utopistes socialistes, de Proudhon et des Saint-Simoniens, un courageux très profond en France. Charlie est dans le côté-là. Il faut relire la critique du jeune Marx, Misère de la philosophie (1847), sur Proudhon. Il est un peu bourgeois et a un faible théorique. Nous en été et un jour à la fois. On fait de la caricature, mais on ne fait plus de grande philosophie. Montrez-moi les penseurs français qui décryptent ce temps. Sur quels beaux philosophes apparaissent, des philosophes pour croisière, mais quels sont ceux qui pensent l'époque ? On s'étonne que le Front national et le fanatisme progressiste. Mais que leur opposer-t-on ? Des caricatures. Est-ce que le fascisme français, le pétainisme, le nationalisme français ont été analysés à fond ? Non. Est-ce que le politiquement correct et l'antipolitiquement correct ont été analysés à fond ? Non.
Voltaire, Traité sur la tolérance, postface : « Subversion de Voltaire ». Conversation entre Frédéric Joignot et Philippe Sollers. 1
Quatre millions de personnes dans la rue contre le fanatisme, protestant contre l'assassinat de dessinateurs, de gens ouverts et amicaux comme Cabu : c'est rassurant. Mais je tiens à le dire : Voltaire n'est jamais une caricature. L'ironie n'est pas une caricature. Elle n'est pas blasphématoire. C'est un poison lent et efficace qui cible les centres névralgiques du fanatisme. Comment peut-on être « voltairien » ? Il faut rendre justice à l'ironie et au style de Voltaire. Charlie Hebdo L'anarchisme français perdure. Il s'agit de la tradition anticléricale des anarchistes et socialistes utopistes, de Proudhon et des saint-simoniens, un courant très profond en France. Charlie est de ce côté-là. Relisez la critique du jeune Marx dans La misère de la philosophie (1847) à propos de Proudhon. Il se moque de son côté petit-bourgeois et de sa faiblesse théorique. Aujourd'hui, nous en sommes arrivés à un point assez similaire. Nous faisons des caricatures, mais nous ne nous adonnons plus à la grande philosophie. Montrez-moi les penseurs français qui décryptent notre époque. On voit beaucoup de philosophes apeurés, des philosophes de croisière, mais qui sont ceux qui pensent en phase avec leur temps ? On s'étonne de la montée du Front national et du fanatisme. Mais quelle alternative est proposée ? Des caricatures. Le fascisme français, le pétainisme et le nationalisme français ont-ils été analysés en profondeur ? Non. Le politiquement correct et l'anti-politiquement correct ont-ils été analysés en profondeur ? Non.
Il convient de lire les interventions journalistiques de Sollers à partir de Le Journal du dimanche et Le Point, qui a été publié en 2014 sous le titre Littérature et politique étaient réunis. Ainsi, la veille du Nouvel An 2000, sous le titre « Ubu », il écrit qu’avec le règne d’Ubu vient « l’absurdité péremptoire et artificielle, le cynisme inébranlable », Hitler, Staline et leurs imitateurs :
D'ailleurs tout a commencé par inutile et inouï, la guerre de 1914-1918, levier de rideau sanglant sur ce qu'il faut bien appeler la démence sociocratique. Après quoi, nouveaux évangiles : lutte des classes, racisme, antisémitisme, lendemains qui chantent, camps de concentration et d'extermination, mensonge permanent, propagande incessante, rassemblements et encore rassemblements, déportations, dénonciations, arrestations, tortures. Ce qui se montre au grand jour, c'est le mépris de la vie humaine, la haine de l'individu désormais conçue comme sans importance. L'art et la littérature sont des musées, des censeurs, des adaptations, des domestications. Ceux qui n'obéiront pas seront exclusivement insultés, traits de décadents, de vipères lubrifiants, de hyènes dactylographes, de prostituées notoires, de bouffons. Un intellectuel ou un écrivain réfractaire disparaîtra sans laisser de traces. Tout le monde doit marcher au même pas, penser la même chose, adorer le Maître local, adhérer au parti unique, célébrer les idoles du jour. L'Europe s'effondre, mais c'est au Japon que s'élève le champignon vénéneux qui ponctuelle la désintégration du Vieux Monde : Hiroshima explose, et l'univers, effaré, découvre Auschwitz. Oui, l'enfer était bien sur terre, et presque personne ne voulait le savoir. Les témoins parlaient, pourtant, mais on ne les écoutait pas, ou sur leur fermait la bouche. C'est cela, surtout, qu'il faut retenir : l'indifférence, la torpeur, l'absence pure et simple de sensibilité, le consentement, comme hypnotique, au mal.
Philippe Sollers, Littérature et politique
Tout a commencé par un massacre insensé et sans précédent : la guerre de 1914-1918, qui a ouvert le rideau sanglant sur ce qu'il faut appeler la folie sociocratique. De nouveaux dogmes ont émergé : la lutte des classes, le racisme, l'antisémitisme, l'aube, les camps de concentration et d'extermination, le mensonge constant, la propagande incessante, les assemblées à n'en plus finir, les déportations, les dénonciations, les arrestations et la torture. Le mépris de la vie humaine et la haine de l'individu, désormais considérés comme insignifiants, s'affichent au grand jour. L'art et la littérature sont réduits au silence, censurés, conformés et domptés. Ceux qui désobéissent sont systématiquement insultés et traités de décadents, de vipères lubriques, de hyènes dactylographes, de prostituées notoires et de bouffons. Un intellectuel ou un écrivain dissident disparaît sans laisser de traces. Tous devaient marcher au pas, penser de la même manière, vénérer le champion local, adhérer au parti au pouvoir et célébrer les idoles du moment. L’Europe s’est effondrée, mais c’est au Japon que le mal a pris racine, amorçant la désintégration du Vieux Monde : Hiroshima explosa et le monde, horrifié, découvrit Auschwitz. Oui, l’enfer était sur terre, et presque personne ne voulait le savoir. Des témoins ont osé parler, mais ils ont été ignorés ou réduits au silence. C’est ce dont nous devons nous souvenir avant tout : l’indifférence, la paralysie, l’insensibilité crasse, l’acceptation hypnotique du mal.
Les titres des ouvrages de Philippe Sollers sonnent comme des extraits d'un testament d'abord dénué d'ironie, presque pieux. Graal De 2022 : « Éternité, Âge d'or, Bonheur, Jour, Parole, Mystères, Absolu, Sensibilité, Plongées, Ellipses, Durée, Présages, Théories du complot, Éducation, Foi, But ». Même l'annonce de l'éditeur donne à réfléchir : « L'éternité a certainement été redécouverte, car comme toujours, la mer se mêle au soleil. Le monde n'a pas disparu, mais il semble que… » retourné Ils allaient reprendre leur course céleste. Tout est désormais présent, le temps ne s'écoule plus, et le plus étonnant est que personne ne semble s'en apercevoir. Plus de sept milliards d'êtres sexués poursuivent leur existence somnambule. Ceci n'a rien à voir avec un Jugement dernier, car le concept même de jugement a été effacé en cours de route. Tout est détruit, mais rien n'est détruit. 2 Dans ce petit livre testamentaire, tantôt mystique, tantôt érotique, Sollers rêve d'être un descendant des habitants de l'Atlantide – qui, aussi utopiques qu'ils furent perdus : un âge d'or, et le catholique Sollers mêle ses interprétations du Saint Graal, qui a recueilli le sang du Christ, à la topographie très réelle de l'Île de Ré, qui est si importante pour lui.
L'Atlantide est une fédération de membres de la famille royale qui compte de nombreux membres et la ville pour tous. De tout temps, sur terre, les royaumes se sont combattus, mais ici, en pleine Atlantique, il y a une paix perpétuelle océanique, dont il est difficile d'imaginer la splendeur. La pensée chinoise en rêve beaucoup, et certains pays, comme la France ou l'Italie, en gardent l'empreinte. Après tout, Louis Les papes ont détourné le dieu biblique vers la Grèce antique, elle-même inspiré par son vieil ennemi englouti, l'Atlantide. Tous les grands artistes ont rêvé de royaumes, et se sont ressentis comme des corps de rois. Manet et Picasso sont dirigés l'un contre l'autre.
L'Anéantissement de l'Atlantide reste un mystère. Selon certaines légendes, l'aurait été précédé par une longue maladie inconnue, affaiblissant les royaumes, comme si le monde humain était lui-même une maladie, une série de virus se réinfectant elle-même. Les Atlantes mouraient par centaines de milliers, ce qui avait fine par lasser la divinité bio-cosmique. Athènes privilégie celle-ci, car elle confirme le contraire. La vengeance atlante est le lieu de beaucoup plus tard, avec la peste. Chaque fois, la stupéfaction s'étend devant ces invasions soudaines.
Philippe Sollers, Graal.
L'Atlantide était une confédération de royaumes, chacun chez soi sur sa terre, un paradis pour tous. De tout temps, les royaumes terrestres se sont affrontés, mais là, au milieu de l'Atlantique, régnait une paix océanique éternelle, dont la splendeur est difficile à imaginer. Les Chinois en rêvent souvent, et certains pays, comme la France et l'Italie, s'en inspirent. Après tout, Louis XIV, avant de tomber sous l'influence de la pieuse famille Maintenon, se prenait pour Apollon, comme en témoigne Versailles. Les papes ont orienté le dieu biblique vers la Grèce antique, qui, à son tour, s'inspirait de son ancien ennemi englouti, l'Atlantide. Tous les grands artistes rêvaient de royaumes et se sentaient l'incarnation de rois. Manet et Picasso ne le contesteraient pas.
La destruction de l'Atlantide demeure un mystère. Selon certaines légendes, elle fut précédée d'une longue et inconnue maladie qui affaiblit les royaumes, comme si le monde humain lui-même était une maladie, une série de virus s'infectant mutuellement. Des centaines de milliers d'Atlantes périrent, ce qui finit par épuiser la divinité biocosmique. Athènes soutint cette théorie pour se défendre contre son ancien ennemi. La vengeance atlante survint bien plus tard avec la peste. À chaque fois, ces invasions soudaines suscitent l'étonnement.
Une tendance gnostique se perçoit dans de nombreux textes de Sollers, par exemple : Paradis (1981), Le Lys d'or (1989), Illuminations (2003), Une vie divine (2006), Discours parfait (2010), Médium (2014), L'École du mystère (2015) et dans ses travaux les plus récents, Graal (2022Par moments, les pensées du virus dévastateur et de la mort s'imposent, mais le texte révèle aussi la prise de conscience tardive que le descendant des Atlantes, qui a passé sa vie à chercher le Graal perdu, découvre « qu'il le porte en lui et qu'il n'y a pas de séparation entre l'intérieur et l'extérieur. Il est chez lui partout, « partout » et « à tout moment », il est lui-même. Nul besoin de se focaliser sur un calice sacré ni de s'imaginer chevalier, roi Arthur, Lancelot ou Galad. Tu n'es le frère ni le camarade de personne, tu es seul et aucun autre Atlante ne te saluera, tu es le seul roi de ton royaume et tu le suis jour et nuit. » 3 Rétrospectivement, Sollers admet dans ses mémoires de 2007 que certains de ses premiers livres ont été écrits sous l'influence de drogues. Tel Quel En plus de toute la théorie d'avant-garde et du post-structuralisme, nous devrions aussi le décrire ainsi : « Le corps est léger, le délire coule de partout, les mots jouent entre eux, les associations se multiplient, les calembours et les combats de coqs, d'une précision éblouissante, fleurissent : »
Les plus "drogués" de mes livres ("Afghans", si l'on veut) sont Nombres, Lois, H (surtout Lois, 1972). On pourrait dire que Paradis C'est un excellent remède contre la désintoxication, c'est pourquoi c'est une grande expérience pour la première fois. A la traversée des jours, des nuits, des mois, sans avoir à payer. De l'autre côté, avec les zébrures de paradis, on monte vers la lumière, on passe par des purgations diverses, l'enfer ne lâche pas prise comme ça, on atteint peu à peu la zone de "non-trouble". Ce chemin ne mène nulle part, c'est-à-dire partout. A chaque étage, en plus de l'aide dispensée sans relâche par des alliées de fond, il y a obstacle ou secours féminin imprévus. Tout cela est vrai, et plus qu'étrange.
Au passage, je l'ai dit, la bibliothèque entière se met à parler à mi-voix, et, à travers le temps et l'espace, sur capte en direct de larges pans de peinture, de musique, de sculpture, d'architecture. La planète du langage se met à tourner dans toutes les langues et sous toutes les latitudes, avec cet avantage que le français, très curieusement, se révèle être la langue universelle de la traduction, de la transposition et de l'actualisation active. C'est sa propre la plus propre, d'où l'abondance de Mémoires de premier ordre, mais aussi une ouverture sans pareille à tous les horizons et à toutes les civilisations. C'est en ce sens précis qu'il est universel. Pour cella, il doit éviter la pétrification académique, la limite scolaire, et, de plus en plus, l'autodestruction moderniste. Le système nerveux est également résistant, il est bruyant, il est forcé rétroactivement.
Philippe Sollers, Un vrai roman : mémoires, chap. « Français ».
Les personnages les plus « toxicomanes » de mes livres (« Afghans », si vous voulez) sont Nombres, Lois, H (surtout Lois, 1972). On pourrait dire que Paradis C'est un processus de désintoxication majeur, qui, soit dit en passant, s'applique à toute expérience initiatique. On traverse des jours, des nuits et des mois sans s'en rendre compte. On est en enfer, avec des aperçus du paradis ; on s'élève vers la lumière, on subit diverses purifications, l'enfer ne nous abandonne pas d'un claquement de doigts, on atteint progressivement la zone de « tranquillité ». Ce chemin ne mène nulle part, ce qui signifie partout. À chaque niveau, outre l'aide inlassable des alliés dans l'ombre, se dresse un obstacle ou une intervention féminine inattendue. Tout cela est vrai et plus qu'étrange.
Comme je l'ai dit précédemment, la bibliothèque entière se met à parler à demi-mot, et à travers le temps et l'espace, de larges pans de peinture, de musique, de sculpture et d'architecture sont transmis en direct. La planète du langage se met à tourner dans toutes les langues et sous toutes les latitudes, avec l'avantage que le français, aussi étrange que cela puisse paraître, se révèle être la langue universelle de la traduction, de la transposition et de l'actualisation constante. C'est là son essence même, ce qui explique la profusion de mémoires de premier ordre, mais aussi une ouverture sans pareille sur tous les horizons et toutes les civilisations. C'est précisément en ce sens qu'elle est universelle. Pour y parvenir, elle doit éviter l'ossification académique, les limitations imposées par l'école et, de plus en plus, l'autodestruction moderniste. Le système nerveux le plus résilient, c'est-à-dire le plus clair, s'y trouvera inévitablement.
Sollers est décédé à Paris le 6 mai 2023, à l'âge de 86 ans. Les premiers articles annonçant son décès en Allemagne ne font généralement référence qu'à… Femmes – un livre qui est certainement perçu comme problématique à l'ère du mouvement #MeToo, portant sur des recherches concernant une organisation internationale secrète de femmes appelée Organisation mondiale pour l'annihilation masculine et une nouvelle natalité (WOMANN), qui projette de conquérir le monde – un genre avec lequel l'auteure et théoricienne littéraire avait trouvé une forme d'écriture plus accessible en 1983, désormais chez Gallimard, après des ouvrages publiés chez Seuil tels que Paradis (1981) ou les premiers romans Le parc (1961, traduction allemande 1964) ou Drame (1965, traduction allemande 1968). La revue d'avant-garde Tel Quel Il l'avait dirigée de 1960 à 1982. 4En 1983, il a repris la série de magazines et de livres L'Infini avec le nouvel éditeur. Il est important de noter, à mon avis, qu'environ la moitié de ses livres ont été publiés au XXIe siècle (tous en allemand). Entrée Wikipedia (manquant), alors que pendant cette période il n'y a pas eu de traductions significatives en allemand : Passion fixe (2000), Un amour américain (Mille et une nuits, 2001), L'Étoile des amants (2002), Une vie divine (2005), Un vrai roman : mémoires (Plon, 2007), Les Voyageurs du temps (2009), Trésor d'amour (2011), L'Éclaircie (2012), Médium (2013), L'École du mystère (2015), Mouvement (2016), Beauté (2017), Centre (2018), Le Nouveau (2019), Désir (2020), Légendes (2021), Agent secret (Mercure de France, 2021) Graal (2022).
Sollers était très critique envers les courants woke contemporains et les idéologies moralisatrices similaires. L'avenir dira si son œuvre aura un impact durable en France. En Allemagne, seule une petite partie de l'œuvre de Philippe Sollers a été diffusée à ce jour. Homepage Les travaux de von Sollers pourraient permettre de découvrir ses textes plus tardifs en Allemagne, au moins à titre posthume. Par exemple, on y trouve des détails biographiques sur la mère et la tante de Sollers. Légendes et Agent secretPar exemple, son expérience de l'inceste avant même d'avoir 16 ans. Centre À partir de 2018, le film confronte une fois de plus le Paris contemporain à la psychanalyse, mettant en scène Nora, une psychanalyste de 40 ans, et son amant, un romancier intéressé par Freud et Lacan :
Je crois que nous sommes dans une période de grand danger réactionnaire. Freud a révélé ce qu'il a vu auparavant : l'hystérie, la pulsion de mort… Le faut plus que jamais s'en rapporte aux écrivains qui sont sur la crête de la lucidité : Voltaire, Sade, Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud, Proust, et enfin Céline, ce maudit. Tous ces textes sont écrits sur un rapport qui fait appel à la vérité. Attention, la vérité peut être enchantée ou cruelle ! Là-dessus, il y aurait beaucoup à dire, mais ce n'est pas facile, tellement l'hystérie est présente. Ce roman est malgré tout très clair.
Entretien réalisé avec Philippe Sollers à l'occasion de la parution de «Centre, Bulletin Gallimard, mars 2018.
Je crois que nous vivons une époque de grand danger réactionnaire. Freud a révélé ce que l'on refuse de voir : l'hystérie, la pulsion de mort… Plus que jamais, il nous faut nous tourner vers les écrivains qui incarnent la lucidité : Voltaire, Sade, Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud, Proust, et enfin Céline, cette maudite. Tous ces écrivains ont un lien avec ce que j'appelle la vérité. Attention, la vérité peut être ensorcelée ou cruelle ! Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, mais ce n'est pas chose aisée, vu la prévalence de l'hystérie. Ce roman, malgré tout, est d'une grande clarté.
In Le Nouveau Sollers choisit le navire de son arrière-grand-père Henri, décrivant les navires comme des points de départ importants car ils permettent d'envisager une histoire sous un angle différent, notamment celui des océans. Shakespeare apparaît ici pour la première fois de manière plus approfondie dans l'un de ses romans, qui figurait dans la bibliothèque de bord de son arrière-grand-père et que Sollers retrouve.
C'est lui qui s'est présenté comme le plus capable de prendre, dans toutes les directions, une nouvelle perception de l'histoire, pour des raisons qui sont assez claires. Cela peut expliquer une nouvelle expérience possible en amour et une véritable métaphysique. Je me suis attardé sur quelques pièces, surtout sur Hamlet, qui garde toute sa puissance dramatique. Au passage, je me moque de certaines traductions de Shakespeare, dont celle de Gide, et je montre comment il évite soigneurement les jeux de mot sexuels ! C'est très, très cru, Shakespeare, et les traducteurs français ne sont pas à l'aise avec lui…
Entretien réalisé avec Philippe Sollers à l'occasion de la parution de Le Nouveau, Bulletin Gallimard, mars 2019.
Il s'est révélé être celui qui, pour des raisons évidentes, est le plus apte à susciter une nouvelle perception de l'histoire sous tous ses aspects. Lui seul peut expliquer une expérience nouvelle possible de l'amour et de la vérité métaphysique. Je me suis concentré sur quelques pièces, notamment Hamlet, qui conserve toute sa force dramatique. Au passage, je me moque gentiment de certaines traductions de Shakespeare, dont celle de Gide, et je montre avec quel soin il évite les jeux de mots sexuels ! Shakespeare est d'une crudité sans nom, et les traducteurs français ne sont pas à l'aise avec lui…
Philippe Sollers, l’éternel provocateur de la vie littéraire française, est mort ; même s’il n’a pas souhaité s’imposer pendant une génération, les nécrologies montrent clairement qu’une page s’est tournée.
Henri, mon arrière-grand-père, avait deux exemplaires de Shakespeare, dont, paraît-il, il ne se parait jamais. De plus il est présent dans la bibliothèque Bord, Melville et Joseph Conrad. Où at-il acheté l'édition de La Ligne d'Ombre, La Ligne d'ombre, publié le 19 mars 1917 chez Dent, à Londres, et vendu 5 shillings, avec un succès immédiat (5 000 exemplaires vendus les jours suivants) ? Henri était-il à Londres à cette date ? Ou plus tard, en avril, à New York, puisque l'édition, très défraîchie, porte la mention presque effacée de « Doubleday ». Sacré Henri, avec une Irlandaise, la m'étonnera toujours. On savait, par exemple, qu'un bon voilier, à l'époque, mettait trois mois pour aller d'un port anglais jusqu'à Singapour. Il y a six mois, en 1882-1883, c'était un compte rendu du Lenteur vécu par Conrad.
Mais voici la surprise : trois petits traits verticaux, au crayon, traces d'Henri, en marge de La Ligne d'ombreJ'ai lu :
« Trois hautes fenêtres sur le port. Elles n'encadraient rien que la mer bleu sombre, étincelante, et le bleu plus pâle du ciel lumineux. Mon œil accrocha, dans la profondeur et la distance de ces ton de bleus, le point blanc d'un grand navire tout juste arrivé, et sur le point de mouiller dans la grande rade. A navigation venant d'Angleterre, après quatre-vingt-dix jours de mer, peut-être. Une grande arrivée arrive, et elle répond à tous les blancs pour prendre son repos, a quelque chose d'émouvant. »
Philippe Sollers, Le Nouveau.
Henri, mon arrière-grand-père, possédait deux exemplaires de Shakespeare, dont il ne se serait jamais séparé. Plus étrange encore est la présence de Melville et de Joseph Conrad dans la bibliothèque de son navire. Où a-t-il acheté l'édition de… La ligne d'ombrePublié le 19 mars 1917 par l'éditeur londonien Dent et vendu pour 5 shillings, ce livre connut un succès immédiat (5 000 exemplaires vendus en quelques jours). Henri était-il à Londres à ce moment-là ? Ou plus tard, en avril, à New York, puisque l'exemplaire, très abîmé, porte l'inscription « Doubleday » presque effacée ? Cet Henri et son épouse irlandaise m'étonneront toujours. Il savait, par exemple, qu'un bon voilier mettait alors trois mois pour rallier Singapour depuis un port anglais. Six mois, en 1882-1883, constituaient un record de lenteur, que Conrad lui-même avait constaté.
Mais voici la surprise : trois petits traits de crayon verticaux, par Henri au bord de La Ligne d'ombre dessiné. J'ai lu :
Trois hautes fenêtres donnaient sur le port. Elles ne laissaient entrevoir que le bleu foncé scintillant de la mer et le bleu plus pâle du ciel lumineux. Dans la profondeur et la distance de ces bleus, mon œil aperçut le point blanc d'un grand navire qui venait d'arriver et s'apprêtait à jeter l'ancre dans la vaste rade. Un navire venu d'Angleterre, peut-être après quatre-vingt-dix jours de mer. Il y a quelque chose d'émouvant à voir un navire venant du large et replier ses ailes blanches pour se reposer.
Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.
Remarques- Cité originalement « Philippe Sollers : Il manque, Voltaire, là ! " dans Le Monde, le 11 avril 2015, puis dans L'Infini 132 (juillet 2015), 11-18.>>>
- "L'éternité est sûrement retrouvée, puisque, comme toujours, la mer est mêlée au soleil. Le monde n'a pas disparu, mais on dirait qu'il a été retourné pour reprendre son cours céleste. Tout est maintenant immédiat, le temps ne coule plus, et le plus stupéfiant is que personne ne semble s'en rendre compte Plus de sept milliards d'humains genres prolongez votre existence somnambulique. Rien à voir avec un jugement dernier, la notion de jugement a été effacée en route. Tout est détruit, mais rien ne l'est. Annonce lente de Gallimard.>>>
- « La famille royale est dans une harmonie paradisiaque. Toute sa vie, un descendant des Atlantes recherchera ce Graal perdu, avant de s'apercevoir qu'il l'a en lui, et qu'il n'y aucune séparation à faire entre intérieur et extérieur. Il est partout chez lui, « partout » et « n'importe quand » sont lui-même. Pas besoin de s'obséder sur un vase sacré, pas besoin de s'imaginer en chevalier d'aventure, en roi Arthur, en Lancelot, en Galaad. Ces nombreux réactionsnaires n'ont plus aucun intérêt, vous n'êtes le frère et le camarade de personne, vous êtes seul, et aussi aucun autre Atlante ne vous fera signer, vous êtes l'unique roi de votre royaume, et vous le suivez de nuit comme de jour. » Philippe Sollers, Graal.>>>
- Voir, entre autres, Johannes Angermüller, Après le structuralisme : discours théorique et champ intellectuel en France (Bielefeld, 2007) ; Philippe Forest, Histoire de Tel Quel : 1960–1982 (Paris, 1995).>>>