Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
Ce brouillard, le couper au couteau. Il veut décidément savoir ce qu'il ya dedans.
Éric Chevillard, Commentaire autorisé sur la situation du squelette (Fata Morgana, 2007).
Il percera ce brouillard avec son couteau. Il veut désespérément savoir ce qui se cache à l'intérieur.
R. Le brouillard est le même que lorsque vous dérobez la vue des arbres voisins.
Denis Diderot, Supplément voyage Bougainville.
B. Il est vrai ; S'il y a du brouillard, que reste-t-il dans la partie inférieure de l'atmosphère pour que cette partie soit suffisamment chargée d'humidité, retombe sur la terre ?
A. Est-ce contre la traversée du ponge, s'élève et gagne la région supérieure ou l'air est encore dense, et peut, comme dire les chimistes, n'être pas saturé ?
B. Il faut attendre.
A. En attendant, que faites-vous ?
B. Je lis.
A. Le brouillard est si épais qu'il nous empêche de voir les arbres voisins.
B. C'est vrai ; mais que se passe-t-il lorsque ce brouillard, qui ne reste dans la basse atmosphère que parce qu'il y a suffisamment d'humidité à cet endroit, retombe sur Terre ?
A. Mais que se passe-t-il si, au contraire, il pénètre dans la couche humide, remonte et atteint la région supérieure où l'air est moins dense et – comme disent les chimistes – non saturé ?
B. Alors vous devez attendre.
A. Que faites-vous en attendant ?
B. J'ai lu.
Seules les profondeurs sont enveloppées de brume, pas la montagne.
Jean Paul Sermons politiques de Carême pendant la semaine de deuil en Allemagne.
Fabrice Gabriel l'avait un jour qualifié de rejeton espiègle de Sterne, Diderot, Nabokov et Michaux. 1Eric Chevillard a commencé à étoffer son œuvre livre après livre durant l'âge d'or de la recherche universitaire sur les récits postmodernes, débutant vers 2003 avec une version du « Courageux Petit Tailleur » des frères Grimm, ponctuée de longues digressions à la manière de l'humoriste Jean Paul. L'auteur et le lecteur fictif s'engagent dans une réflexion sur ce texte, transformant l'acte héroïque du tailleur – qui n'en était pas vraiment un – en un texte ludique à la tonalité plus grave, la digression abordant également les thèmes de la peur, du courage et de la torture. 2 Toute tentative de remédier à cela ici, comme dans les autres ouvrages de Chevillard, est contrecarrée par le brouillard :
Si vous trouvez une définition parfaite de Brouillard, vous survivrez.
Éric Chevillard Le vaillant petit tailleur (2003).
J'avais trouvé la définition parfaite du brouillard, je l'ai perdue.
En même temps, et c’est là que réside l’ambiguïté de l’image de Chevillard, le flou, l’informe, rendent visibles les traces du sujet dans une quête insaisissable de lui-même, et aussi de son propre passé :
Mon auréole était en papier découpé. Mon nom est encore gris et vague. On ne voit qu'elle dans le brouillard. Distinguez-vous à travers celui-ci ma silhouette confuse, inquiétante, toujours en quete d'un enfant joufflu ?
Éric Chevillard Le vaillant petit tailleur (2003).
Mon auréole était de papier. Mon âme est restée grise et indistincte. Tout est visible dans le brouillard. Peux-tu discerner à travers le brouillard ma silhouette confuse et étrange, toujours à la recherche d'un enfant aux joues rondes ?
Dans ce genre d'écriture, le jeu littéraire et le sérieux implacable se côtoient étroitement : le nom de Prosper « Brouillon » – le racines communes Le mot « brouillard » signifie « courant d’eau » pour une raison, et Prosper à l'œuvre Il est conçu comme une énigme romanesque qui aborde une fois de plus la métaphore d'avant-garde, qui ne souhaite pas commencer par le cadre de la ligne de front, mais qui, en même temps, historicise le brouillard comme un gaz toxique.
Ces phrases qui montent en lui, ces mots déjà solidement encordés – car c'est encore lui qui parle le mieux de son art –, s'avancent en éclaireurs ; le roman va se cristalliser autour d'eux. Les éléments de l'intrigue sont en place. Prosper Brouillon ne fait pas partie du jeu qui commence sur les deux faces du puzzle. Il s'attaque d'abord au ciel nébuleux, au fond de brouillard et de broussailles de son roman, ce qu'il appelle plus volontiers l'atmosphère et que les poilus de la Grande Guerre connaissaient sous le nom de gaz moutarde.
Éric Chevillard Prosper à l'œuvre (2019).
Ces phrases qui jaillissent en lui, ces mots déjà bien ancrés – car c’est toujours de son art qu’il parle le mieux –, avancent comme des éclaireurs ; le roman se cristallisera autour d’eux. Les éléments de l’intrigue suivent leur cours. Prosper Brouillon n’est pas de ceux qui commencent par les contours droits du problème. Il commence par le ciel brumeux, la toile de fond de brouillard et de sous-bois de son roman, qu’il préfère appeler atmosphère, et que les soldats de la Première Guerre mondiale connaissaient sous le nom de gaz moutarde.
Un exemple plus récent : durant les trois premières semaines du confinement lié à la Covid-19 en France en 2020, Éric Chevillard a écrit à la demande de Le Monde une chronique quotidienne dans un journal, faisant office de récit de cette forme de distanciation sociale, publié plus tard sous le titre Sine dieL'auteur y relate, entre autres, l'histoire de nombreuses personnes retrouvées mortes d'ennui profond ; faute de contact, la transmission était impossible, mais des chercheurs travaillent déjà à une arme contre cette pandémie : l'étreinte miraculeuse. Le brouillard symbolise ici une perte de réalité et de sens, engendrant simultanément une crise linguistique du présent dissous et une forme de mort.
Toutes ces personnes, donc, seraient mortes d'ennui. Tout à coup, tout votre esprit et tous vos corps dissociés n'avaient plus trouvé de prise, plus d'appui. Le réel dans un brouillard fuyant se dérobait à toute appréhension. La forme du choix est perdue à mon époque lorsqu'elle est signifiée. Le langage ne nommait plus rien que des événements du passé, des évidences révolues. Alors avait commencé pour ces malheureux une chute immobile dans le néant des Heures. Ou, plutôt qu'une chute, sans doute, une sorte d'ascension ou d'essor catastrophique, un arrachement de soi à soi, et bientôt, comme s'ils quittaient notre atmosphère, l'air leur manqua et, sans un spasme, sans un râle, imperceptiblement mais inexorablement, ils étaient morts.
Éric Chevillard Sine die : chronique du confinement (19 mars – 12 mai 2020), 4 mai.
Tous ces gens allaient donc mourir d'ennui. Soudain, leurs esprits et leurs corps dissociés n'avaient plus aucun point d'appui, aucun soutien. La réalité, voilée d'un brouillard éphémère, échappait à la perception. La forme des choses se perdait avec leur signification. Le langage ne nommait plus que des événements passés, des certitudes depuis longtemps disparues. Pour ces malheureux, une chute immobile dans le néant des heures commençait. Ou, plus exactement qu'une chute, une sorte d'ascension ou de déferlement catastrophique, un arrachement à eux-mêmes, et bientôt, comme s'ils quittaient notre atmosphère, ils manquaient d'air, et sans convulsion ni halètement, imperceptiblement mais inexorablement, ils étaient morts.
Également en tant que critique pour Le Monde Chevillard s'interroge sur le brouillard qui enveloppe un roman sans que l'auteur n'intervienne pour créer du sens dans sa condensation :
Le conférencier fait lui-même l'expérience pénible de cette vacuité. L'attrait de ces vœux l'intervention rapide d'un écrivain qui tonnerait un peu de sens et de densité à ce livre. Il l'attendra vainement jusqu'au bout. Une colère affleure pourtant dans ces pages, mais jamais elle ne s'incarne. Ce couteau sans lame auquel manque le manche n'était sans doute pas l'outil idéal pour couper le Brouillard qui gagne peu à peu et recouvre finalement le roman de part en part.
Eric Chevillard, "Le feuilleton. Un roman extralittéraire", Le Monde, le 29 décembre 2015.
Le lecteur ressent ce vide de manière viscérale, une douloureuse impression de perte. Il aspire à l'intervention rapide d'un écrivain qui insufflera à ce livre sens et substance. Il l'attend en vain jusqu'à la toute fin. Une rage sourde résonne dans ces pages, sans jamais se manifester. Ce couteau sans lame, sans manche, n'était sans doute pas l'outil idéal pour percer le brouillard qui s'étend peu à peu et finit par engloutir tout le roman.
Lorsque la prestigieuse maison d'édition Minuit a été rachetée par Gallimard en 2021, l'auteur Eric Chevillard a refusé de collaborer. Nouvel observateur Gérald Froidevaux fut tout aussi surpris de l'inclusion de Chevillard dans un groupe d'auteurs minuitistes et, dès les années 90, il fit remarquer : « Étonnamment, Chevillard est compté parmi les "minimalistes" des nouveaux romanciers français, alors que son objectif de remplacer la réalité par une construction linguistique relève davantage d'une entreprise maximaliste. » 3 La réponse de Chevillard choisit le brouillard givrant comme image pour ce type d'écriture minimaliste :
Je m'inscris en faux contre l'idée selon laquelle nous formions un groupe cohérent d'écrivains partageant les mêmes principes d'écriture. Je me sens parfois même un peu seul dans mon genre. Et je cherche en vain parmi les auteurs des Editions de Minuit ces adeptes de la phrase blanche, froide et sans matière que nous serions tous, à en croire quelques critiques. Est-ce que ce brouillard glacé n'émanerait pas plutôt des yeux morts de ceux qui s'y égarent ?
Éric Chevillard 4
Je réfute l'idée que nous formions un groupe d'écrivains homogène partageant les mêmes principes d'écriture. Parfois, je me sens même un peu seul dans mon genre. Et je cherche en vain, parmi les auteurs des Éditions de Minuit, les adeptes de la phrase blanche, froide et immatérielle que certains critiques prétendent que nous sommes tous. Ce brouillard glacial ne provient-il pas plutôt du regard éteint de ceux qui s'y perdent ?
Le brouillard imprègne les livres de Chevillard, non seulement dans son ouvrage le plus récent, avec sa chambre à brouillard éponyme, La chambre à brouillard (Minuit, 2023), par exemple déjà dans le titre de La nébuleuse du Crabe nommé.
Comment devient-on fou? Car ce n’est pas si simple. L'esprit qui s'applique à la méthode, ou à la méthode, propose la finalisation de la régulation de la circulation des succursales. Crabe devra-t-il faire la dépense d'un trépan ? d'autres outils encore ? des tenailles? un viol ? Voulez-vous profiter du pouvoir de la concentration - tout comme le gril est équipé de lumières pour une tension extrême ? Conscience dure et trop lucide, étoile fine, pointue, piquante, perçante, pénétrante, qui pouvait la nuit sur le jour – désintégrée tout à coup, explosée, répandue, apaisée : naissance d'une nébuleuse.
Éric Chevillard La nébuleuse du Crabe (1993).
Comment devient-on fou ? Ce n'est pas si simple. L'esprit qui s'y interroge ne pense qu'à des méthodes, et chaque méthode vise en fin de compte à réguler la course des astres. Crab doit-il acheter une perceuse ou d'autres outils, une pince ou une râpe ? Ou peut-il se fier entièrement à sa capacité de concentration, jusqu'à l'épuisement ? Une conscience dure et lucide, une étoile fine, pointue, acérée, pénétrante qui tisse la nuit en jour, se désintégrant, explosant, s'étendant, s'apaisant soudain : la naissance d'une nébuleuse.
Plus loin dans le livre, le personnage principal est décrit comme n'étant ni vivant ni probablement mort ; Crab aurait besoin d'un scalpel pour déterminer son propre état. Ici aussi, ce sentiment diffus est qualifié de « nébuleux ». Jean-Baptiste Harang écrivait dans sa critique du cinquième roman de Chevillard à l'époque… Libération« En astronomie, une nébuleuse est un corps céleste dont les contours ne sont pas nets, et les contours du corps de Krabs deviennent de plus en plus flous, ses membres instables et ses sens aléatoires. » 5 Crab laisse derrière lui des phrases, une faible trace, comme le dit le livre, mais il est las de laisser des empreintes.
À l'inverse, la chambre à brouillard est un instrument permettant de révéler l'invisible, de donner aux traces une forme éphémère qui se dissipe aussitôt. Mise au point par Wilson en 1911-12, cette chambre à brouillard rend visibles les particules atomiques sous forme de traînées de condensation lorsqu'elles la traversent. De fait, les composants du rayonnement cosmique, le positron et le muon, furent découverts à cette époque grâce à elle. Aujourd'hui, l'appareil ne présente plus qu'un intérêt historique, mais quelle contribution poétique peut-elle apporter à la compréhension de l'œuvre de Chevillard ? Il convient tout d'abord de noter que la chambre à brouillard n'apparaît qu'une seule fois, dans le titre et dans le texte. Décevant, lorsqu'on lit un roman comme Le Prince Comme on pouvait s'y attendre de Jérôme Ferrari, qui a donné à la physique des particules une forme nouvelle et a littérairement exploré l'œuvre de Werner Heisenberg, « comme dans un accélérateur de particules, les traces scientifiques, politiques, philosophiques et existentielles de la lumière jaillissent ». 6 L'analyse du roman par Isabelle Bernard a également clarifié le rôle de la chambre à brouillard : « La structure en quatre parties du roman intègre ces points de données essentiels dans la description des particules subatomiques. Ainsi, « Positions », « Vitesse », « Énergie » et « Temps » constituent les titres des extraits de texte qui retracent les moments clés du destin d'Heisenberg de 1922 à 1945 ; la section « Positions » (LP : 9-56) est divisée en quatre séquences : « Position 1 : Heligoland » (11-19) ; « Position 2 : Devant la maison, sur un champ de décombres » (21-32) ; « Position 3 : Dans la chambre à brouillard » (33-41) ; et « Position 4 : Entre le possible et le réel » (43-56). L'existence du scientifique est envisagée à travers le même prisme qu'une particule dans une chambre à brouillard, où… » « La trajectoire des électrons est à observer. » Tout au long de ce récit biographique, le lecteur ne trouve que des phases, des moments forts et des états d’âme, mais aucun destin prévisible ou logique au milieu du chaos du siècle. Ainsi, la connaissance imprègne le roman biographique. 7 La critique plutôt sévère de Matthias Hennig concède que le titre du roman Le Prince « Cette incertitude qui, avec la découverte de la mécanique quantique par Heisenberg, a radicalement remis en question, d'un point de vue physique, des catégories familières telles que l'objectivité et la subjectivité. Le principe d'incertitude a défini la structure interne de la matière comme quelque chose qui n'est pas exactement mesurable et donc véritablement indéterminé. » 8
May the faut bien s'éloigner de son père pour se retrouver seul et désemparé, devant la chambre à brouillard de Wilson, avec des yeux d'orphelin fixés sur la trajectoire qui ne devrait pas exister.
Jérôme Ferrari, Le Prince (2015).
C'est là que vous revenez sans cesse, il était impossible de fuir, le goût indigeste de la réalité vous a donné la nausée et même la pensée que, de ce point de vue, Schrödinger, avec ses ondes stupides, n'était pas plus capable que vous ne l'étiez d'expliquer un phénomène aussi simple ne vous apportait aucune consolation.
Mais Dieu qui, en l'absence de Bohr, se souvenait de sa miséricorde, vous a laissé une nouvelle fois regarder par-dessus son épaule. Et vous avez compris.
Dans la salle de Brouillard, on n'observait pas, et on n'avait en vérité jamais observé, la trajectoire d'un électron. On y voyait seulement les traces ponctuelles des gouttes de condensation, rien de plus, et c'est l'esprit humain qui, victime d'une routine plusieurs fois millénaire, reliait ces traces entre elles en une illusion de trajectoire continue, comme les enfants s'appuient soigneusement sur les points numérotés dans les cahiers de conception pour y faire des appareils des sorcières, des dragons et des chimères.
Il vous fallait encore apprendre à voir au-delà des évidences, vous dépouiller de toutes les habitudes qui vous retenaient prisonnier : quelque part, perdue dans l'immensité cosmique de la gouttelette, se trouvait l'électron. Il est impossible de diriger la situation avec précision. Un petit plus loin, le signal est maintenant dans une position approximative mais il n'était au fond même pas permis de penser que c'était le même objet qui laissait dans le brouillard les traces de son passage. Il n'y avait qu'une suite d'événements singuliers, l'éclair d'existences furtives illuminant la nuit avant de s'éteindre. Et c'était tout. Vous avez vu. Il ne restait plus rien à voir. Pas de permanence. Pas de continuité. A cune trajectoire – mais une armée de spectres exsangues qui traversaient la chambre de Wilson à une vitesse indéterminée, en s'incarnant vaguement pour imprimer dans la brume l'empreinte de leurs contours flous.
Et tel est le principe.
Mais il faut prendre ses distances avec son père pour se retrouver seul et impuissant devant la chambre à brouillard de Wilson, avec les yeux d'un orphelin fixés sur un chemin qui ne devrait pas exister.
Vous y reveniez toujours, il n'y avait pas d'échappatoire, le goût indigeste de la réalité vous donnait la nausée, et même l'idée que Schrödinger, avec ses stupides ondes, était tout aussi incapable d'expliquer un phénomène aussi simple que vous, ne vous apportait aucun réconfort.
Mais Dieu, qui se souvint de sa miséricorde en l'absence de Bohr, vous permit de regarder une fois encore par-dessus son épaule. Et vous avez compris.
Dans la chambre à brouillard, la trajectoire d'un électron n'était pas observée et, en réalité, ne l'a jamais été. Seules les traces ponctuelles de gouttelettes de condensation étaient visibles, rien de plus, et c'est l'esprit humain, victime d'une routine millénaire, qui a relié ces traces pour créer l'illusion d'une trajectoire continue, tout comme les enfants relient soigneusement les points numérotés dans leurs cahiers de dessin pour faire apparaître des sorcières, des dragons et des chimères.
Il leur fallait encore apprendre à voir au-delà des apparences, à se défaire de toutes les habitudes qui les retenaient prisonniers : quelque part, perdu dans l’infini cosmique de la gouttelette, gisait l’électron. Impossible de dire où exactement. Un peu plus loin, il révéla à nouveau sa position approximative, mais il était impossible de croire qu’il s’agissait du même objet laissant des traces de son passage dans la nébuleuse. Il n’y avait eu qu’une série d’événements isolés, les éclairs d’existences fugaces illuminant la nuit avant de disparaître. Et c’était tout. Ils avaient vu. Il n’y avait plus rien à voir. Aucune permanence. Aucune continuité. Aucun chemin – mais une armée de spectres sans vie, courant à une vitesse indéterminée dans la chambre de Wilson, s’incarnant vaguement pour imprimer leurs contours flous dans la nébuleuse.
Et c'est le principe.
Tandis que Ferrari écrit une sorte de science-fiction biographique qui esthétise la fonction de la chambre à brouillard, Chevillard, lui, en offre à la fois moins et plus ; il n’a pas besoin d’un « vous »/« vous » distant adressé au scientifique, mais narre précisément de l’intérieur du brouillard, à la première personne du singulier (« je »). La chambre à brouillard n’intéresse que le narrateur, lui permettant de mieux percevoir dans la pénombre ; il est à la recherche d’un ensemble d’instruments qu’il a lui-même conçus et qui conviennent à son récit. Dans le roman précédent. MonotobioDans un récit dont le titre sonne comme « mon autobiographie », le narrateur s'interroge sur ses origines, allongé sous les couvertures du lit conjugal catholique de ses parents ou grands-parents. Et à ce moment précis, La chambre à brouillard Déjà annoncé, puis retiré. Les questions soulevées sur l'existence, les causes et les conséquences de ses propres actions, et les événements contingents sont liées à la séquence d'écriture et de publication :
Était-ce plutôt, après une relecture consternée, pour que je renonce à publier La Chambre à brouillard ? Je suis disponible pour me replier au premier plan. Dès lors, n'était-il pas absurde d'imaginer que j'avais été appelé à naître afin que ce manuscrit ne voie jamais le jour ? Il ne m'est pas possible de changer les logements des deux fauteuils du bureau, ce qui peut être grandement apporté par mon travail et mes conférences intéressantes pour l'usager du tramway. Serait-ce à dire que nous ne naissons que pour réparer les torts que nous infligeons au monde en naissant ? Et pour guérir aussi bien alors des rhumes que nous contractons ? Je frottai sous mes narines encombrées un coton imprégné d'huile essentielle de menthe poivrée. Puis j'éternuai, car certains de nos actes restent sans effet. Certaines autres raisons sont-elles sans cause ? Des faits isolés peuvent-ils malgré tout se produire ? Peut-être, mais ce sont des instants où l'on meurt, puisque nul ne va s'installer et prospérer sur la météorite qu'il reçoit sur le crâne, n'est-ce pas ?
Éric Chevillard Monotobio (2020).
Était-ce plutôt qu'après une lecture consternée, je me suis abstenu de le faire ? La chambre à brouillard Publier ? J'aurais dû l'écrire avant. N'était-il pas absurde, alors, de supposer que j'étais né pour que ce manuscrit ne voie jamais le jour ? Certes, personne d'autre que moi n'a changé les housses usées des deux fauteuils du bureau, mais j'avais largement contribué à leur usure par mon travail et mes lectures insatiables. Sommes-nous nés uniquement pour réparer les torts que nous causons au monde à notre naissance ? Et pour soigner les rhumes que nous attrapons ? Je me suis frotté les narines bouchées avec un coton imbibé d'huile essentielle de menthe poivrée. Puis j'ai éternué, car certaines de nos actions sont sans effet. D'autres sont-elles sans cause ? Des événements isolés peuvent-ils encore se produire ? Peut-être, mais ce sont des moments où l'on meurt, car personne ne va s'installer et prospérer sur la météorite qui lui tombe sur la tête, n'est-ce pas ?
La chambre à brouillard Le roman est divisé en trois parties. Le début pourrait surprendre les lecteurs familiers avec l'œuvre de Chevillard. À la manière d'un récit de voleur classique, un flash-back, trente ans plus tard, voit le pickpocket Oleg remettre le butin au narrateur, poursuivi par la police, jusqu'à ce que le roman se désagrège, comme le souligne la critique de Pierre Maury : « Tout cela est très mystérieux – le brouillard du titre n'est pas fortuit, il est suggéré. Une étrange créature, dont l'espèce est d'autant moins définie qu'elle semble évoluer avec le temps, apparaît. Elle a été confiée au narrateur, qui en a fait son « sujet ». Un objet d'étude, un sujet sur lequel il exerce, en principe, le pouvoir d'un maître. Mais a-t-on oublié que la relation entre maître et serviteur, même lorsque cet être est inactif, est souvent plus complexe qu'on ne le croit ? Plus le narrateur croit la connaître, plus elle lui échappe. » Elle disparaît, ne révèle rien de ses véritables besoins, défie toute définition définitive, gonfle et rétrécit à nouveau, entretient une relation suspecte avec Nine, qui au départ la détestait ; bref, elle perturbe tout bien au-delà de la cave où elle est réellement conservée. 9
Chevillard est conscient que son style d'écriture peut aussi en interdire l'accès aux lecteurs. Pour eux, son œuvre forme une surface glissante et irrégulière, un brouillard impénétrable.
Certaines personnes ne savent pas ce qu'elles disent, mais elles sont différentes. Elles m'en font parfois la confiance – parmi elles, des embarrassées, bien honteuses même et qui en conçoivent une sorte de mésestime d'elles-mêmes qui bien évidemment me navre ; Mais aussi, parmi elles, des offusquées, vaguement moqueuses ou méprisantes qui me prent pour un prétentieux vain et fumeux, ce qui bien évidemment me navre. Pour tout, la phrase est : ×+×+×+×+×+×+×+×+×+×+×+×+×, ce n'est pas carrément ×2+×2+×2+×2+×2+×2+×2+×2+×2+×2. Elles dérapent sur mes pages comme sur de la glace ou s'y égarent comme dans un brouillard. L'intelligence est très agile, pour tous les joueurs, et il y en a deux (deux) avec des brutes sombres, mais cela se voit aussi à bon niveau : à l'entrée, au prix. Si vous voulez avoir quelque chose comme le cerveau, vous devez garder cela à l'esprit : il n'y a aucun changement dans la hauteur des dépités et des boss qui en résultent lorsqu'ils sont conscients. Or les calculs et démonstrations mathématiques me laissent tout aussi sot et décontenancé que ces lecteurs font face à mes propres spéculations. A mouche bourdonne derrière mon front, mon regard s'opacifie, il se peut qu'un filet de bave s'écoule de ma bouche entrouverte.
Éric Chevillard Le Désordre azerty (2014).
Il y a des gens qui ne comprennent absolument rien à ce que j'écris. Parfois, ils se confient à moi à ce sujet – parmi eux, certains ont honte, et même des raisons d'avoir honte, et éprouvent une sorte de dégoût de soi, ce que je regrette bien sûr profondément ; mais parmi eux aussi, il y en a qui s'offensent, qui se moquent de moi ou me méprisent et me considèrent comme un imbécile vaniteux, prétentieux et pompeux, ce que je regrette également. À tous ceux-là, ma sentence est : ×+×+×+×+×+×+×+×+×+×+×+×, voire ×2+×2+×2+×2+×2+×2+×2+×2+×2. Ils glissent sur mes pages comme sur de la glace ou s'y perdent comme dans un brouillard. Leur intelligence peut être fulgurante, et ce ne sont pas (tous) de sinistres voyous, mais cette fois, il n'y a rien à faire : aucun accès, aucun recours. On se demande si nous avons le même cerveau, étant donné que nos têtes ne peuvent rien échanger d'autre qu'un hochement de tête mécontent et les chocs qui en résultent lorsqu'elles se heurtent. Les calculs et démonstrations mathématiques me laissent aussi perplexe et désemparé que ces lecteurs le sont par mes propres spéculations. Une mouche bourdonne derrière mon front, ma vision se trouble, et peut-être un filet de glaires s'échappe de ma bouche entrouverte.
Malgré ces difficultés d'accès à son œuvre, Éric Chevillard est un auteur contemporain très commenté en France ; les Éditions Minuit recensent à elles seules 24 de ses ouvrages. 10, 12 titres à Fata Morgana 11, sans compter les 14 volumes L'Autofictif entre 2009 et 2022, et d'autres éditeurs. Il convient de mentionner ici deux importantes anthologies françaises sur Chevillard, par exemple. 12 Le Bibliographie des études littéraires françaises La base de données de Klapp recense 304 entrées pour cet auteur, mais presque aucune n'est en allemand. Niklas Bender s'interrogeait déjà en 2013 sur les raisons pour lesquelles Chevillard était à la fois un « grand inconnu » et un « joyau caché ». 13 Cela n'a pas changé. De plus, il n'existe, à ma connaissance, que quatre traductions disponibles. Palafox et Le Caoutchouc décidément dans les années 1990 à Residenz, La Nébuleuse du crabe et Le Vaillant Petit Tailleur à Diaphanes à partir des années 2010.
La première partie de La chambre à brouillard Cela commence in medias in res : Oleg, l'escroc, avait ainsi refilé son butin au narrateur, qui se trouvait être présent – un cas de recel ou de plagiat, comme l'écrit Afeissa dans sa critique. 14Il considère le livre comme une merveille, aussi original que chevillarien dans son contexte : « Il n'est pas nécessaire de lire très loin pour comprendre que le sujet du livre, dans une boucle de réflexion finale, n'est finalement rien d'autre que lui-même, c'est-à-dire l'œuvre impressionnante que l'auteur a lentement et sûrement construite et qui comprend maintenant une quarantaine de livres. » 15 Dans les trois parties de La chambre à brouillard Dans la seconde partie, un second roman se déploie au sein du premier. À l'instar des variations que Queneau propose sur le même épisode dans ses exercices de style, le narrateur aborde le récit à plusieurs reprises à partir de la courte première partie. Il entend ainsi réaliser une parodie littéraire élaborée de la banalité du sujet. « Tandis qu'Oleg disparaît complètement dans la seconde partie (la plus longue des trois), l'intrigue policière, dont il est le personnage central dans la première partie, demeure, sous une forme sublimée, l'une des forces motrices diégétiques les plus importantes : comme nous le verrons, l'objectif n'est plus d'appréhender Oleg en fuite, mais de retrouver la trace de celui qui a échappé à la vigilance du narrateur. Sans surprise, c'est Oleg lui-même qui, dans la troisième partie, livre le fugitif au narrateur pour la seconde fois, réglant ainsi sa dette. » 16
Rayonnement et détecteur : Dans un poétique du flouAvec son principe narratif d'ambiguïté, l'appareil littéraire construit par l'humoriste et l'écrivain autofictionnel s'apparente à la relation entre un brouillard informe et des traces de particules. Comme chez Jean Paul La vie de l'enjouée institutrice Maria Wutz à Auenthal De même que l'écrivain se contente d'écrire les livres du catalogue de la Foire du livre de Leipzig qu'il ne peut pas se permettre, Chevillard travaille également en intégrant des études littéraires : « Les textes de Chevillard aiment présenter l'institution littéraire dans ses fondements et ses questions annexes et s'amuser de ses tics, de ses poses et de ses particularités. » 17 Cela s'applique également à la relation entre la vie et le texte : Pour le magazine Fixxion Dans une prose rythmée, l'auteur instaure une relation temporelle complexe entre le sujet et l'objet de l'écriture. Le format blog que Chevillard privilégie depuis des années évoque l'image du poisson fraîchement pêché qui se débat ; voici une traduction approximative de ce style d'écriture fluide :
Mes livres écrits j'accumule pour plus tard quand je serai grand vieux mes livres écrits il n'y aura qu'eux alors les lirai et saurai qui j'étais quand vivais ce que j'ai vécu quand étais comment la vie ai traversé dans quel corps et quel péril je fus ce que je fis et quand quel jour je fis cela pourquoi dans mes livres accumulés tout sera n'aurais fait que cela et c'est pourquoi je prends garde aujourd'hui à ce que j'écris puis de ne rien faire d'autre qui m'échapperait et ne serait par conséquent Pas retenu par mes lignes de traîne dont chaque lettre est un hameçon courbe choisi pour se crocheter dans la lèvre de mes sourires rictus grimaces et me ferrer comme a poisson à chaque instant de ma vie tout frétillant dans le soleil mon dos argent mon ventre blanc mon œil Extraordinairement gros si bien que ma tête est dedans avec la bille de mon cerveau et voilà ainsi continuer d'accumuler cumuler mes livres écrits pour bien plus tard quand serai grand vieux vieillard et bien curieux de me connaître les lire avec mon gros œil chassieux et mon cerveau dedans noyé et n'y comprenant rien alors comprendrai tout.
Éric Chevillard, « Dix-huit tentatives de poésie précédées d'une note d'intention en bon français », Fixxion 18
Je collectionne mes livres écrits pour plus tard, quand je serai grand et vieux. Mes livres écrits, il n'y en aura que moi. Alors je les lirai et je saurai qui j'étais, quand j'ai vécu, ce que j'ai vécu, quand j'étais comme quoi, la vie dans quel corps, et à quel danger j'ai survécu. J'étais ce que j'ai fait et quand, quel jour je l'ai fait. Pourquoi tout sera dans mes livres ? Je n'aurais fait que cela. Et c'est pourquoi aujourd'hui je fais attention à ce que j'écris et que je ne fais rien d'autre qui m'échappe et qui, par conséquent, ne soit pas retenu par mes lignes fugaces, dont chaque lettre est un hameçon recourbé choisi pour s'accrocher à la lèvre de mon sourire, à ma grimace ricanante, et me capturer comme un poisson à chaque instant de ma vie, me tortillant au soleil, mon dos argenté, mon ventre blanc, mon œil exceptionnellement grand, de sorte que ma tête y est plongée avec la sphère de mon cerveau. Et ainsi continue l'accumulation de mes livres que j'ai écrits, à lire plus tard, quand je serai grand, vieux, un vieil homme. Et étant curieux de moi-même, avec mon Un grand œil de chasseur, je lirai et m'y plongerai l'esprit, et puis, sans rien comprendre, je comprendrai tout.
La chambre à brouillard D'une part, elle s'inscrit dans une image indéfinie et ambiguë du brouillard ; d'autre part, elle ne suit aucune méthode scientifique d'observation de la réalité ni de démonstration de processus qui ne sont pas immédiatement évidents. La chambre à brouillard est une métaphore de l'approche littéraire à laquelle le narrateur est confronté dans le livre.
Et je n'ai aucun élément de référence avant d'acheter quoi que ce soit.
Éric Chevillard La chambre à brouillard (2023).
J'ai tout ce qu'il faut pour trahir ou insulter tous les personnages ! Ce n'est pas censé être sur mon oscilloscope ou sur mon trébuchet.
Il s'agit d'un détecteur de particules qui me serait utile.
Une chambre à brouillard.
La cellule de Wilson ou la cellule de Langsdorf peut être vue autant que possible par l'observateur.
Pour le moment, la pièce dans le lingot de verre est indiscernable de l'événement.
J'ai peur.
Et je ne sais pas chez quel vendeur je devrais acheter.
Et je pensais être paré à toute éventualité. Je n'ai pas besoin de mon oscilloscope ni de ma balance de précision.
J'ai besoin d'un détecteur de particules.
Une chambre à brouillard.
La chambre de Wilson ou peut-être celle de la nébuleuse de Langsdorf me permettrait d'observer le muon en toute tranquillité.
À moins que la chambre à bulles de Glaser ne soit mieux adaptée à cet usage.
J'hésite.
Car cette image brumeuse ne signifie pas un art dénué de monde pour l'art, ni un simple jeu, mais une double poétique qui conduit au monde et hors de celui-ci. Chez Chevillard L'Auteur et moi (2012) Un roman s'entrecroise avec un autre tandis que l'auteur tente de garder le contrôle de son œuvre, alors que certaines parties du texte acquièrent une existence propre. Ici, la transformation de la forme se traduit par une image nébuleuse qui fusionne les deux orientations de l'écriture :
Mais pour acheter ce rideau, il devrait sortir encore, s'aventurer dans les rues, entrer en relations avec un commercial (pour rompre tout commerce), s'inquiéter aussi auprès de celui-ci de la tringle, car tout se tient en ces matières, le rideau, la tringle, l'un sans l'autre main : la balade sans le tringle est un feu sur un champagne dévasté, un paysage de ruines et de brouillards de fantômes vagues, tandis que la tringle sans le rideau tu embroches comme un poulet derrière la vitre de la rôtissoire. L’ensemble n’a pas la condition première pour se retirer du monde afin qu’il s’expose aux extrêmes du voyage et du grotesque, un tringle avec une balade si loin des soutiens-gorge, et il n’y a pas de point de retrait dans l’isolement possible sans cette humiliation publique préalable.
Éric Chevillard L'Auteur et moi (2012).
Mais pour acheter ce rideau, il faudrait aller encore plus loin, s'aventurer dans la rue, contacter un marchand (pour annuler la transaction), et lui prendre aussi la tringle, car tout est lié : le rideau, la tringle, l'un sans l'autre est inconcevable. Le rideau sans la tringle, c'est un ciel effondré sur un champ dévasté, un paysage de ruines et de brume peuplé d'esprits énigmatiques, tandis que la tringle sans le rideau vous transperce comme un poulet rôti à la broche. Il semble donc que la première condition pour se retirer du monde soit de s'y exposer de manière extrêmement ostentatoire et grotesque, une tringle à rideaux sous le bras.
Dans la chambre à brouillard, les atomes et leur rayonnement deviennent, en un sens, « narrables », intensément tangibles pendant un bref instant. Dino Egger Albert Moindre, en tant que biographe, invente Dino Egger et, à l'instar du maître d'école de Jean Paul, lui insuffle temporairement la vie par l'écriture. À un moment donné, la question de l'ontologie est même parodiée : « Pourquoi Dino Egger a-t-il existé et pas rien ? » 19
Par contre, quand les plumes étaient là, il fallait écrire la figure au même endroit et verser, pour qu'ils aient les sabots du cheval, les gerbes d'eau qui soulèvent l'étrave de sa goélette retombant dans une disposition nouvelle, harmonieuse, formant des plis moins chiffonnés, quelque chose sourit qui grimaçait dans l'ordonnancement des infimes particules solides ou liquides qui constituent la surface de ce globe terraqué, l'assemblage obéit enfin à un plan d'ensemble comme si chacun de ces atomes était un grain de blé semé d'une main sûre, à la volée avec tous les autres mais considéré cependant pour lui-même, comme un détail de première importance.
Éric Chevillard Dino Egger (2011).
On aurait du mal à croire que les quilles résistent mieux à l'impact avec le fond, et pourtant tout ce qui vole sous les sabots de son cheval, les gerbes d'eau soulevées par la proue de sa goélette, retombent dans une nouvelle disposition harmonieuse, formant des vagues moins ridées ; quelque chose sourit, quelque chose qui souriait déjà dans l'agencement des minuscules particules solides et liquides qui composent la surface de ce globe ; c'est comme si chacun de ces atomes était un grain de blé, semé d'une main sûre aux côtés de tous les autres, et pourtant considéré individuellement, comme un détail de la plus haute importance.
Nous sommes tous des habitants de cette île inhospitalière. Chorale Dans le roman du même nom, ils veulent partir mais sont retenus prisonniers du sable et de la boue, enfoncés jusqu'au cou comme un personnage du roman de Beckett – une scène à la fois sombre et drôle. Le brouillard est dans Chorale Le fondement d'une anthropologie obscure : dans le brouillard, l'homme est sans contrôle social et n'est pas guidé par la morale.
Nous vaquons au raz-de-marée à nos petites affaires. Mais quand le brouillard recouvre Choir, alors nous nous livrons sans retenue aux activités honteuses que le grand jour condamne. Et s'il se lève d'un coup, nous nous surprenons les us les autres le pantalon aux chevilles.
Éric Chevillard Chorale (2010).
Nous vaquons à nos occupations au milieu du raz-de-marée. Mais quand le brouillard enveloppe la chorale, nous nous adonnons sans vergogne aux activités honteuses condamnées par le grand jour. Et quand il se lève soudainement, nous nous retrouvons les uns les autres, le pantalon sur les chevilles.
Comme dans le cercle de l'enfer de Dante, sur cette île, le brouillard obscurcira la réalité, la dépouillera de sa forme et plongera les habitants dans le doute et le désespoir :
Nous vivons entourés d'énigmes. Venez un brouillard corrosif, le mystère ronge toute chose à Choir. Point d'angles ici, ni de contours ni d'arêtes, les réalités les plus massives même sont mangées par l'ombre et le doute. Et pourtant, Gilooly seul se pose la question importante, question qui le taraude et que chacun de ses gestes formule obscurément : aire ou piste ?
Éric Chevillard Chorale (2010).
Nous vivons au milieu des énigmes. Tel un brouillard corrosif, l'énigmatique imprègne tout sur Choir. Ici, point de recoins, point de contours, point d'arêtes ; même les réalités les plus tangibles sont consumées par les ombres et les doutes. Et pourtant, seul Gilooly pose la question cruciale, celle qui le tourmente et qui influence profondément chacun de ses gestes : Surface ou trace ?
Le désir d'évasion est insatiable, sauf dans le récit mythique d'Ilinuk, qui parvint jadis à quitter l'île. Les atomes flottent dans le vide, et Amaury da Cunha comparait ce geste à celui de Thomas Bernhard, chez qui le langage se heurte lui aussi sans cesse au sujet, faisant jaillir de nouveaux mots : « Les mots sont impuissants face à la gravité du monde, mais ils ont le pouvoir de la remplacer par un acte appelé poésie. » 20 En réalité, la construction des chambres à brouillard repose sur une différence de température liée aux images de hauteur et de profondeur :
Nuage pulvérulent sur lequel nous cherchons sans grand succès à assurer notre équilibre, poignée de sable jetée au vent, si Choir n'est en effet rien d'autre que cette nappe de poussière – des atomes de boue – flottant dans le vide, alors les corps qui le traversent rejoignent sûrement le ciel au-dessous et nous nous fourvoyons en tâchant de ne plus peser, de nous alléger au maximum, en rêvant d'ascension, d'assomption, en visant les hauteurs.
Éric Chevillard Chorale (2010).
Un nuage de poussière sur lequel nous tentons, sans grand succès, de garder l'équilibre, une poignée de sable jetée au vent, si le Chœur n'est en réalité rien de plus que cette couche de poussière – atomes de boue – flottant dans le vide, alors les corps traversant le vide atteindront assurément le ciel en dessous d'eux, et nous nous égarons si nous essayons de ne plus rien peser, de nous rendre aussi légers que possible, si nous rêvons de monter, d'être admis au paradis, si nous aspirons aux sommets.
Le narrateur affirme que la préhistoire de l'humanité s'achève avec l'invention de l'écriture. Préhistoire Le récit s'achève précisément au moment où il commence. Un ancien archéologue est nommé guide de la grotte préhistorique de Palus et de ses peintures rupestres, et son uniforme détonne avec celui de l'ancien gardien, Boborikin.
Je n'ai encore rien fait depuis que je suis là, selon eux, Boborikine mort est plus actif que moi, plus efficace, la demeure au moins fidèle à sa vocation. Il se soucie de l'avenir de la paléontologie. Le changement de molécules. Il est minéralisé. Ces restes contiennent déjà moins de carbone 14 et cette diminution progressive nous permettra de faire régulièrement le point. Ainsi nous nous laisserons pas abuser par les accélérations ou les lenteurs de l'Histoire : le suffira de procéder à l'examen scientifique des osssements de Boborikine pour connaître l'heure et nous situer précisément dans le temps. Car, vous pourriez que je vous l'apprenne, la redoutée morte survit quarante mille ans au moins après la constatation du décès, lorsque nos derniers atomes de carbone 14 sont éliminés. Alors seulement nous cessons d'émettre des radiations et nous sommes fixés sur le sort de notre âme. Que Dieu, ce jour-là, accueille Boborikine en sa sainte garde.
Éric Chevillard Préhistoire (1994).
Je n'ai rien fait depuis mon arrivée. On dit que Boborikin, le défunt, est plus actif et efficace que moi, et qu'au moins, il reste fidèle à sa vocation. Il se soucie de l'avenir de la paléontologie. Il échange des molécules. Il se minéralise. Ses restes contiennent déjà moins de carbone 14, et ce déclin progressif nous permettra de faire des bilans réguliers. Ainsi, nous ne serons pas trompés par l'accélération ou la lenteur de l'histoire : il suffira d'examiner scientifiquement les ossements de Boborikin pour connaître le temps et nous situer précisément dans le temps. Car, je pourrais vous le dire, la mort redoutée survient au moins 40 000 ans après la date officielle de décès, lorsque nos derniers atomes de carbone 14 s'éteignent. C'est seulement alors que nous cessons d'émettre des radiations, et que le sort de notre âme est scellé. Puisse Dieu accueillir Boborikin sous sa protection sacrée en ce jour.
L'œuvre de Chevillard peut assurément être lue comme de l'écofiction. Sans l'orang-outanBagus et Mina, qui signifie « l'homme de la forêt » en malais, sont les derniers survivants. Un gardien veille sur eux, et leur disparition signifierait l'abandon de l'humanité et le dépeuplement de la Terre. Ici, la poussière et la vapeur forment une éthique de l'existence humaine, entre ancrage et dispersion.
Nous puisons autant de sable que d'eau dans nos puits. Nous le filtrons à travers ce même tissu écru, très rêche, dans lequel nous taillons nos vêtements, pantalons larges, courtes tuniques sans col, taille et modèle uniques, sur quoi nous enfilons un manteau de laine de yack, avec ou sans manches, quand vient l'hiver.
Éric Chevillard Sans l'orang-outan (2007).
Nous disons sable, mais c'est poussière, poussière grise, impalpable, qui pénètre toutes les épaisseurs de linge et notre peau même en est couverte, imprégnée. On pourrait se croire modelés dedans, constitués de ces atomes liés par le hasard des Rafales et des tourbillons qui se pareront de même à la première occasion, à la faveur d'un autre hasard, d'une autre tempête dispersant notre être comme une fumée. Le vent peut-être alors nous emportera-t-il ailleurs, loin d'ici ?
Mais lorsque nous consentons à cet éparpillement, il n'en est soudain plus question, au contraire, le sable s'insinue sous nos vêtements, dans nos cheveux, dans nos poches, notre corps s'alourdit encore, comme pris dans une gangue de boue, de nouveaux atomes s'y agrégent qui tiennent au sol par tous leurs crochets. Tels sont les liens puissants qui nous attachent à ce pays.
Nous extrayons autant de sable que d'eau de nos puits. Nous le filtrons à travers la même matière première brute avec laquelle nous confectionnons nos vêtements : pantalons larges, tuniques courtes sans col, uniques par leur taille et leur motif, sur lesquelles nous portons en hiver un manteau de laine de yak, à manches ou sans manches.
Nous l'appelons sable, mais c'est de la poussière, une poussière grise et impalpable qui imprègne chacune de nos couches de vêtements, et même notre peau en est recouverte et saturée. On pourrait croire que nous sommes formés en son sein, faits d'atomes liés par le hasard des rafales et des tourbillons, pour nous séparer à la première occasion, par un autre événement aléatoire, une autre tempête, dispersant notre être comme de la fumée. Peut-être le vent nous emportera-t-il alors vers un autre lieu, très loin d'ici ?
Mais si nous laissons cette dispersion se produire, le problème disparaît soudainement ; au contraire, le sable s’insinue sous nos vêtements, dans nos cheveux, dans nos poches, nos corps s’alourdissent, comme pris au piège dans une couche de boue, de nouveaux atomes s’y lient, s’accrochant au sol de toutes leurs forces. Ce sont ces liens puissants qui nous retiennent à cette terre.
Cette tension est à la fois tragique et comique, à l'image du Crabe, incapable de percer le brouillard et de toute façon toujours malchanceux :
– C'est toujours sur moi que ça tombe, dit Crab, réellement affligé, parlant de la pluie. Le crabe de maïs n'a jamais eu de chance. Il s'agit de définir la personnalité de Crab, qui tend à confondre, selon le personnage principal, par contre il y a un danger d'instabilité, un effet décontracté, une nostalgie qui court, une bêtise impénétrable, sa lucidité tranchante, son intégrité morale et physique, la beauté régulière de ses traits, pour insister sur sa malchance, durable, acharnée, quotidienne et dominicale, car c'est toujours lui que le froid engourdit, que le feu brûle, et s'il est en ce monde quelqu'un à qui le brouillard dissimule toutes choses, qui va souffrir de la soif juste dans le désert, te voilà, tu auras la chance de voir le Crabe, tu auras la gueule du Crabe qui chevauche quand le temps passe, tu auras les facultés que tu cherches, et tu passeras un bon moment, tu reviendras, encore Crab, servi par le sort jusqu'au bout, victime une dernière fois de sa malchance.
Éric Chevillard Un fantôme (1995).
« C’est toujours moi qu’il faut prendre », dit Crabe, visiblement affligé, en parlant de la pluie. Mais Crabe n’avait jamais eu de chance. Si l’on s’obstine à définir le caractère de Crabe, quel que soit le point de vue, par son trait principal, on oubliera son instabilité dangereuse, sa laideur terrifiante, sa nostalgie amère, son imbécillité impénétrable, sa lucidité implacable, son intégrité morale et physique, la beauté régulière de ses traits, pour ne retenir que sa malchance – persistante, tenace, jour après jour, car il est toujours celui que le froid engourdit, que le feu brûle, et s’il est quelqu’un au monde à qui le brouillard cache tout, qui souffrira de la soif même dans le désert, c’est bien lui, et l’homme qui mourra un jour sera à nouveau Crabe, malmené par le destin jusqu’au bout, victime de sa malchance une dernière fois.
Le brouillard est à la fois un tourment et une bénédiction ; il permet aussi l'invention et le changement d'identité, comme dans Démolir Nisard:
Mes lacets se dénouent sans cesse, ressemblent-on — ce sont les brins d'herbe deux par deux que je rattache : j'aime le brouillard où toutes les confusions se trouvent justifiées. L'invisible vache qui remue la file d'attente dans un pré, c'est bien moi qui époussette meubles et mes étagères avec un plumeau, et voilà accomplie la corvée que je repousse depuis des semaines. Mais surtout, j'aime le Brouillard parce qu'il fait disparaître le monde de Nisard : miracle qui vaut les apparitions divines. Dès lors, nous sommes obligés d'inventer. Vous bénéficierez d'une veste pour changer d'identité. Je suis l'araignée de cette toile immense. C'est de là que vient mon appartement.
Éric Chevillard Démolir Nisard (2006).
Parfois, bien sur, je meurt à quelque chose de majeur, ou de pointu, qui solide ensemble, qui résiste — ainsi l'amputé envoyé encore son membre fantôme : mes nerfs ont la mémoire du monde anéanti. Sensations déplaisantes qui passeraient si le brouillard voulait tenir… RÔARRR… Vous avez entendu comme moi ce rugissement. Où sommes-nous? La géographie est une notion dépassée. Nous quittons aussi l'époque. Nous nous perdons dans le temps… TUDIEU !… Avez-vous quelque chose entendu ?
Mes lacets se défont sans cesse, semble-t-il – c’est comme les brins d’herbe que j’attache par paires : j’aime le brouillard, où toute confusion trouve sa justification. La vache invisible qui remue la queue dans le pré, c’est moi, dépoussiérant mes meubles et mes étagères avec un plumeau, et soudain, le travail que je remets à plus tard depuis des semaines est enfin terminé. Mais surtout, j’aime le brouillard parce qu’il fait disparaître le monde de Nisard – un miracle qui surpasse toutes les apparences divines. Dès lors, nous sommes contraints d’inventer quelque chose de nouveau. Je saisis chaque occasion de changer d’identité. Je suis l’araignée dans cette immense toile. Tout ce qui y est pris m’appartient.
Parfois, bien sûr, je rencontre quelque chose de dur ou de pointu qui semble solide, qui résiste – c’est ainsi que l’amputé ressent encore son membre fantôme : mes nerfs portent le souvenir du monde détruit. Des sensations désagréables qui disparaîtraient si le brouillard persistait… ROARRR… Tu as entendu le rugissement comme moi. Où sommes-nous ? La géographie est un concept obsolète. Nous quittons aussi le temps. Nous nous perdons dans le temps… TUDIEU ! Putain !… Tu as entendu ça ?
À bien des égards, La chambre à brouillard À la fois accessible et complexe, cet ouvrage s'adresse aussi bien aux initiés familiers avec ses écrits précédents qu'à un lecteur novice. Il en va de même pour l'auteur lui-même, qui demeure en quête de son sujet. Cette brève analyse (à la manière de Chevillard) explore l'imagerie du brouillard et de la chambre de brouillard comme principe poétique dans l'œuvre de Chevillard. Elle vise également à exprimer l'étonnement de constater que cet auteur soit resté un secret bien gardé du monde littéraire allemand (et français). Lisez Chevillard ; il n'est pas trop tard.
Bourgeonner.
Éric Chevillard La chambre à brouillard (2023).
Croître dans les incohérences de sens.
Expérimenter des états nouveaux, liquides, gazeux.
En poudre!
La voix réduite à lui-même, suffocante dans son œuf de Pierre, ramenée à ses médiocres desseins originaux.
Or nous savons à quels fourvoiements ces desseins l'ont conduit.
Le prix n'est pas versé et il en découle.
Avec my, le tout-faire mieux, le tout-ait revoir ses ambitions à la bull market, l'avait l'étendue du ciel au-dessus où se déployer, de bord à bord. Tout est prêt à manger et à mesurer le tonnerre.
La voix tout rétracté dans un coin sombre, attaqué par le doute.
Il s'est caché sous une pierre. J'assiste à la mort dans le tombeau.
Son goitre faseye à tous les souffles.
Sa tige ploie.
Son genou flanche.
Il a l'aine en tire-bouchon.
Un barbe de mousse le mange tout entier.
Les regards glissent sur lui sans le comprendre, sans le voir peut-être.
Il se perd dans les ombres.
Il se cherche dans les brumes.
Le vent lui vole sa plainte.
Est-il trop tard déjà ?
À bourgeonner.
Croissance dans des directions inconnues.
Expérimenter de nouveaux états : liquide, gazeux.
Pulvérisé !
Le voilà réduit à lui-même, étouffé dans son œuf de pierre, et ramené à ses objectifs initiaux, médiocres.
Nous savons où ces plans l'ont mené dans ses erreurs.
Quel que soit le prix que nous avons payé pour cela.
Avec moi, il réussirait mieux ; il verrait plus grand ; il aurait l'immensité du ciel à sa disposition, un horizon infini où il pourrait s'épanouir pleinement. Il se développerait et atteindrait enfin son plein potentiel.
Le voilà, complètement replié sur lui-même dans un coin sombre, assailli par le doute.
Il s'est caché sous une pierre. Il attend la mort dans sa tombe.
Son jabot halète à chaque respiration.
Son torse se courbe.
Son genou est flasque.
Son museau a la forme d'un tire-bouchon.
Une barbe mousseuse le recouvre entièrement.
Leurs yeux le parcourent sans le comprendre, sans vraiment le voir.
Il disparaît dans l'ombre.
Il se cherche dans la brume.
Le vent emporte sa lamentation.
Est-il déjà trop tard ?
Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.
Remarques- Les Inrockuptibles, le 15 octobre 2003.>>>
- Voir, à l'occasion de la traduction du livre par Anne Weber : Jürgen Ritte, « Grimm et Grimm reloaded », Nouveau Zürcher Zeitung, le 25 février 2016.>>>
- Gérald Froidevaux, « Le pique-nique des réformateurs », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 7 mai 1996, p. 40.>>>
- Éditions de Minuit : « Ce n'est pas un éditeur de livres. C'est un éditeur d'auteurs », Nouvel observateur, 25 juin 2021. Pour la discussion, voir Wolfgang Asholt, Le roman français des années quatre-vingt (Darmstadt, 1994).>>>
- «En astronome, une nébuleuse est un corps céleste dont les contours ne sont pas nets, et les contours du corps de Crab sont de plus en plus flous, ses membres inconstants, et ses sens aléatoires.» Jean-Baptiste Harang, « Chevillard dans sa coquille », Libération, le 18 février 1993.>>>
- Joseph Hanimann, « Regarder par-dessus l’épaule de Dieu », Süddeutsche Zeitung, 26 février 2015.>>>
- "La composition quadripartite du roman représente l'essentiel dans la description des parties subatomiques. Ainsi, « positions », « vitesse », « énergie » et « temps » constituant-ils les titres des découpes du texte qui retracent les points phares de la destinée d'Heisenberg de 1922 à 1945 ; la game « positions » (LP (p. 9-56) se structure en quatre séquences : « Position 1 : Heligoland » (p. 11-19) ; « Position 2 : hors de la demeure, sur un champ de ruines » (p. 21-32) ; « Position 3 : dans la chambre dans le brouillard » (p. 33-41) et « Position 4 : entre le possible et le réel » (p. 43-56). L’existence du savant est également envisagée de telle sorte qu’elle fasse partie intégrante de la chambre à Brouillard.14, ce dispositif destiné à observer la trajectoire des électrons. Dans l'ensemble du récit biographique, le lecteur ne découvrira que des positions, c'est-à-dire des moments forts et des états d'âme, nullement une future prévisible ou logique dans le chaos du siècle. « C’est ainsi les savoirs métabolisent le romanesque biofictionnel. » Isabelle Bernard, « Éthique et mystique scientifique dans Le Prince (2015) de Jérôme Ferrari », Itinéraires 2017-1/2018, paru le 15 février 2018.>>>
- Matthias Hennig, « Quand une bombe a explosé à Farm Hall », Nouveau Zürcher Zeitung, le 17 novembre 2015.>>>
- "Car tout cela est bien mystérieux - le brouillard du titre n'était pas là par hasard, on l'avait laissé entendre. A étrange créature, dont l'espèce sera d'autant moins précise qu'elle semble se modifier au fur et à mesure que le temps passe, Apparaît. pas, était souvent plus complexe qu'on l'avait anticipé ? Plus le narrateur croit le connaître, plus l'échappe à l'entendement. Pierre Maury, « L'étrange créature d'Eric Chevillard », Le Soir, 2 mars 2023.>>>
- Au plafond (1997), Chorale (2010), Dino Egger (2011), Du hérisson (2002), Démolir Nisard (2006), Juste ciel (2015), L'Auteur et moi (2012), L'Explosion de la tortue (2019), L'œuvre posthume de Thomas Pilaster (1999), La Chambre à brouillard (2023), La Nébuleuse du crabe (1993), Le Caoutchouc, décidément (1992), Le Démarcheur (1989), Le Désordre azerty (2014), Le Vaillant petit tailleur (2003), L'absence du capitaine Cook (2001), Monotobio (2020), Mourir m'enrhume (1987), Oreille rouge (2005), Palafox (1990), Préhistoire (1994), Ronce-Rose (2017), Sans l'orang-outan (2007), Un fantôme (1995).>>>
- Maux (2005), Commentaire autorisé sur la situation du squelette (2007), Dans la zone d'activité (2014), Départs (2011), Détartrer et désinfecter (2017), En guerre (2018), En territoire cheyenne (2009), Iguanes et moines (2011), Portrait craché du romancier en administrateur des affaires courantes (2004), Péloponnèse (2013), cuirs chevelus (2004), Zoologiques (2020).>>>
- Pour Éric Chevillard, éd. de Dominique Viart, Pierre Bayard, Bruno Blanckeman et Tiphaine Samoyault (Paris : Éditions de Minuit, 2014). Éric Chevillard dans tous ses états, éd. d'Olivier Bessard-Banquy et Pierre Jourde (Paris : Classiques Garnier, 2015).>>>
- Niklas Bender, « Hairy Secret : le portrait d’un excentrique d’Éric Chevillard », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 14 juin 2013, 32.>>>
- Hicham-Stéphane Afeissa, « Eric Chevillard : six sujets en quête d'auteur », nonfiction.fr, 2 mars 2023.>>>
- « Il n'est pas nécessaire d'avancer très loin dans la lecture pour comprendre que le sujet⁶ du livre, en une ultime boucle réflexive, n'est, au final, rien d'autre que lui-même, c'est-à-dire que l'œuvre impressionnante que l'auteur a édifiée lentement et sûrement, forte aujourd'hui d'une quarantaine de livres. » Hicham-Stéphane Afeissa, « Eric Chevillard : six sujets en quête d'auteur », nonfiction.fr, 2 mars 2023.>>>
- « If the personnage d'Oleg lui-même disparaîtra en effet complètement de la deuxième partie du récit (la plus longue des trois), l'intrigue policière dont il occupe le centre en première partie ne cessera pas de constituer, sous une forme sublimée, l'un des principaux ressorts diégétiques : comme nous le verrons, il s'agira alors, non plus de mettre la main sur Oleg en cavale, mais de retrouver la trace du sujet³ qui s'est enfui après avoir malencontreusement échappé à la vigilance du narrateur Ainsi qu'il était prévisible, c'est Oleg en personne qui, dans la troisième partie du livre, viendra remettre au narrateur pour la seconde fois le fugitif, en s'acquittant par là même définitivement de sa dette. Hicham-Stéphane Afeissa, « Eric Chevillard : six sujets en quête d'auteur », nonfiction.fr, 2 mars 2023.>>>
- «[…] les textes de Chevillard mettent volontiers l'institution littéraire en scène, dans ses fondements et ses à-côtés, et s'amusent de ses tics, de ses poses et de ses travers.» Denis Saint-Amand et Léa Tilkens, « Ce qu'Éric Chevillard fait à la critique académique », Contexte, le 9 octobre 2017.>>>
- Eric Chevillard, « Dix-huit tentatives de poésie précédées d'une note d'intention en bon français ». Fixxion : revue critique de fixxion française contemporaine, n° 1 (mars 2012) : p. 106-113.>>>
- "Pourquoi y avoir-il rien plutôt que Dino Egger ? Voilà la question et, pour y répondre, il pouvoir qualifier le rien, avancer que peut-être le rien est le fruit de la réticence et que s'il n'en allait pas ainsi - si le rien n'était Pas seulement la perspective ouverte en vain devant l'âne rétif –, il serait inconcevable et donc sans réalité pour notre intelligence comme pour nos sens. Il n'y aurait pas de rien, s'il n'était défendu par cette résistance qui le constitue exclusivement, s'il ne tenait ainsi à rien, serait aussitôt conquis, comblé, occupé. Le serait occulté, rempli, encombré. Voyez ce qu'il advient d'un placard ou d'un tiroir vide. non, ça veut dire le rien, sans La passion, sans couleur, mais avec une fermentation qui ne prête aucune attention à la notion de néant. Non, c’est non. » Eric Chevillard Dino Egger.>>>
- "Eric Chevillard fait le tour de force qu'il rencontre aussi dans les livres de Thomas Bernhard : il se retrouve dans une position mécanique qui fait reposer le développement de son propre sujet sur le langage mais sans problème, ce qui provoque l'emprisonnement perpétuel des mots. Choir is bien This motif is inépuisable qui défie le langage, mais dont il n'arrive jamais à bout: les mots sont impuissants face à la pesanteur du monde, mais ils ont le pouvoir de se substituer lui à par une action qui s'appelle poésie. Amaury da Cunha, « Une île à contre-courant », Le Monde, le 26 février 2010.>>>








