Personne n'a déclaré la guerre

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Mécanismes des intérêts

En 1945, Hô Chí Minh avait seulement proclamé son indépendance, s'appuyant même sur notre déclaration des droits de l'homme, et, après tout, il n'avait déclaré la guerre à personne.

Éric Vuillard, Une sortie honorable

En 1945, Hô Chi Minh s'était contenté de proclamer son indépendance, invoquant même notre Déclaration universelle des droits de l'homme, et n'avait finalement déclaré la guerre à personne.

Les projets de Vuillard concernant un livre sur l'Indochine remontent à loin : dès 2012, l'auteur publiait dans la rubrique Libération « La Semaine d'Éric Vuillard » un texte sur la « Chute de Saïgon » – qui est aujourd'hui le titre du dernier chapitre de son livre. Une sortie honorable:

Demain, le 28 avril, c'est le parachute de Saigon. Cela dure trois jours. J'y pense parce que j'écris sur l'Indochine en ce moment. En 1975, à la même date, le peuple américain quitte le Vietnam. C'est tirent, c'est déménagent. Les fans se sont arrêtés. Les frigidaires s'arrêtent. Les voitures tombent en panne. Ce sont le grand cimetière des frigidaires, les grandes nécropoles des climatiseurs et les pyramides du lave-vaisselle. C'est mort. Alors, on se rue vers les derniers bateaux, les derniers hélicoptères, les derniers avions américains. Les pilotes trient les passagers, pistolet au poing. C'est la cohue. A travers les hublots, on peut voir, dans les actualités de l'époque, les foules courir après l'avion, des scooters et des jeeps roulant à toute berzingue, comme après je ne sais quel salut. On s'accroche aux roues, à l'échelle de coupure. On parvient à en remonter un ou deux par la peau du dos.

Pour le Vietnam, ça fait deux guerres, en toutes trente ans et plus de cinq millions de morts. On raconte que la guerre a aussi coûté 125 milliards de dollars en Amérique. Qu'est-ce que tu dis? Voilà quel est le plan Marshall […].

Eric Vuillard, « La chute de Saigon ! 1

Demain, le 28 avril, marque l'anniversaire de la chute de Saïgon. Cela a duré trois jours. J'y pense car j'écris actuellement sur l'Indochine. Le même jour, en 1975, les derniers Américains quittaient le Vietnam. Ils ont fui, ils sont partis. Les ventilateurs se sont arrêtés. Les réfrigérateurs se sont arrêtés. Les voitures ont été abandonnées. Il existe de grands cimetières pour les réfrigérateurs, d'immenses nécropoles pour les climatiseurs et des pyramides pour les lave-vaisselle. Tout est mort. Alors, les gens se sont précipités vers les derniers navires, les derniers hélicoptères et les derniers avions américains. Les pilotes triaient les passagers, pistolets à la main. C'était une bousculade terrible. À travers les hublots, on pouvait voir dans les actualités de l'époque comment les foules poursuivaient l'avion, comment les scooters et les jeeps fonçaient à toute allure, comme à la recherche d'un salut. Les gens s'accrochaient aux roues, aux échelles. Nous avons réussi à en hisser un ou deux par le dos.

Pour le Vietnam, ce furent deux guerres, trente ans au total, et plus de cinq millions de morts. On estime que la guerre a coûté 125 milliards de dollars aux États-Unis. Qu'est-ce que cela signifie ? C'est dix fois le montant du plan Marshall […].

En 2017, cinq ans plus tard, Vuillard a déclaré plus concrètement dans une interview qu'il travaillait sur le livre : « J'ai actuellement un livre terminé sur un épisode insurrectionnel de la Réforme protestante et un autre sur la guerre d'Indochine, l'une des plus longues guerres du XXe siècle, au cours de laquelle les nations les plus puissantes ont attaqué un petit pays pendant trente ans. » 2

Dans sa critique du livre, Pradelle souligne que Vuillard ose aborder le sujet tabou de « l’une des plus grandes défaites militaires de la France, des troupes piégées dans la dépression de Điện Biên Phủ, de l’effondrement d’une stratégie, du chaos, de la terreur des soldats […] ». 3 Selon le critique, ce traumatisme national, de sa préparation à ses conséquences, constitue le cœur narratif de l'ouvrage. Il en conclut, concernant la poétique historique propre à l'auteur : « Vuillard propose une historiographie panoptique, des récits qui gravitent autour d'un axe unique et se transforment constamment afin d'en extraire une véritable leçon morale, de construire une responsabilité rétrospective et anachronique pour le moins troublante, qui assimile des événements disparates et révèle une forme d'incongruité au sein même de notre histoire. » 4

Le livre de Vuillard n'est pas à proprement parler un récit de guerre, comme le souligne par exemple Camille Laurens dans Le Monde« Le fait que la guerre soit décrite davantage comme une lutte en coulisses que comme un champ de bataille, une froide mécanique d'intérêts, ne fait que la rendre plus horrible. » 5 Le fait qu'une logique capitaliste de guerre se déploie ici est souligné encore plus explicitement par Élisabeth Philippe dans Nouvel observateurVuillard ne se prend pas pour le Coppola d’« Apocalypse Now ». Ce qui l’intéresse, ce n’est pas le spectacle grandiose et obscène des batailles, mais plutôt les coulisses, les négociations menées dans l’intimité des salons. Derrière la tragédie, il ne voit pas les doigts habiles du destin, mais seulement la main invisible du marché. Les batailles sont menées pour défendre les intérêts des compagnies minières d’étain ou de charbon plus que l’honneur de la France. 6 Mais si Philippe Lançon, dans sa critique, cite de nombreux ouvrages sur l'Indonésie qui sont plus instructifs que celui de Vuillard, on est en droit de se demander quel est le véritable intérêt de Vuillard. Une sortie honorable mensonges : « Si l’on veut comprendre la complexité de l’Indochine française et de sa guerre, il faut… » Lucien Bodard Guerre d'Indochine ou Jean Hougrons cycle Nuit d'Indochine lire ; et si l'on veut comprendre ce qu'était la Quatrième République, il faut lire François Mauriac Bloc-notes lire." 7 Alors, quel est son classement ? Une sortie honorable l'une des fictions inspirées de l'Indochine ?

Indochine imaginaire

Je n'ai rien à voir avec l'Indochine, et pourtant je peux voir la forme explicite de quelque chose de totalement imaginaire.

Alexis Jenni, L'art français de la guerre

Je n'avais jamais pensé à l'Indochine auparavant, mais soudain je rêvais de ce pays d'une manière à la fois particulière et totalement imaginaire.

L'Indochine a la réputation d'une terre de stupeur et de fornication, une destination privilégiée des aventuriers, des édiles et du dénuement. À l'annonce du départ d'Étienne pour ce pays consacré à la luxure et au vice sous toutes ses formes, Angèle avait perçu les sourires de quelques membres de leur entourage comme les Cholet qui n'en rataient pas une.

Pierre Lemaître, Le grand monde

L'Indochine avait la réputation d'être une terre de débauche et de prostitution, une destination prisée des aventuriers, des ratés et des dépravés. En apprenant le départ d'Étienne pour ce pays voué à la luxure et au vice sous toutes ses formes, Angèle remarqua les sourires de certains membres de son entourage, comme les Cholet, qui ne manquaient jamais une occasion de se réjouir.

On le trouve dans une multitude d'arts martiaux, dans le genre vietnamien, et il est également disponible dans une excellente pratique des relations humaines, selon Paul, qui, comme moi, est incapable d'être un fée étrangère.

Michel Houellebecq, Anéantir 8

Son ton était martial, un peu comme pendant la guerre du Vietnam ; il devait être très doué pour traiter les gens, pensa Paul, lui-même n'aurait pas été capable d'en faire autant.

Les exemples d'Alexis Jenni, de Pierre Lemaître et de Michel Houellebecq l'illustrent plus ou moins de manière fortuite : la guerre du Vietnam, anciennement le colonialisme indochinois, est restée ancrée dans l'imaginaire français. Copin, dans son étude de la littérature indochinoise, résumait que l'histoire commune de la France et de l'Indochine avait engendré une production littéraire considérable jusqu'à la fin de la période coloniale. 9, on trouve quelque chose de similaire dans la collection de Lombard Rêve d'Asie. 10 En 2014, Leslie Barnes a présenté une étude sur la littérature française du Vietnam, utilisant les exemples d'André Malraux, Marguerite Duras et Linda Lê, qui a formulé de manière exemplaire des questions fondamentales sur la littérature (post-)coloniale francophone. 11 Ninon Frank a poursuivi ce travail en 2016 avec son ouvrage sur l'Indochine postcoloniale en tant que construction littéraire. 12Diverses histoires cinématographiques postcoloniales de l'Indochine, vues d'un point de vue français, complètent certains aspects de ces relations. 13 « Exotisme et altérité » était à juste titre le sous-titre de l’étude de Copin, et comme l’écrit le vétéran de guerre Victorien Salagnon dans Jennis L'art français de la guerre Cette image fluctuante de l'Indochine répond assurément aux besoins des amateurs d'exotisme :

— C'est comment, là-bas ?

— L'Indochine ? C'est la planète Mars. Ou Neptune, je ne sais pas. Un autre monde auquel plusieurs personnes se ressemblent : imaginez une terre ou la terre ferme n'existerait pas. Un monde de paix, tout mélangé, tout vente. La boue du delta est la matière la plus désagréable que je connaisse. C'est là où ils font pousser leur riz, et il pousse à une vitesse qui fait peur. Pas étonnant que l'on cuise la boue pour en faire des briques : c'est un exorcisme, un passage au feu pour qu'enfin ça tienne. Il faut des rituels radicaux, mille degrés au four pour survivre au désespoir qui vous prend devant une terre qui se dérobe toujours, à la vue comme au toucher, sous le pied comme sous la main. Il est impossible de dire cela boue, elle englue, elle est molle, elle colle et elle pue.

Alexis Jenni, L'art français de la guerre

– Comment c'est là-bas ?

L'Indochine ? C'est la planète Mars. Ou Neptune, je ne sais pas. Un autre monde, à mille lieues d'ici : imaginez une terre sans sol ferme. Un monde mou, où tout est mélangé, tout est sale. La boue du delta est la matière la plus désagréable que je connaisse. Ils y cultivent leur riz, et il pousse à une vitesse effrayante. Pas étonnant qu'ils fassent bouillir la boue pour en faire des briques : c'est un exorcisme, une traversée du feu, pour qu'elle finisse par tenir. Il faut des rituels radicaux, une chaleur torride, pour survivre au désespoir qui vous saisit face à une terre qui vous échappe sans cesse, à la vue comme au toucher, du pied à la main. Impossible de saisir cette boue ; elle dévore, elle est molle, elle colle et elle pue.

La génération de 1968, aux côtés de Che Guevara et de Mao Zedong, arborait les slogans d'Hô Chi Minh comme une figure symbolique des révolutions anti-impérialistes menées dans un pays exotique et lointain, dans le cadre de leur Révolution culturelle. Aux États-Unis, la protestation contre la guerre du Vietnam est devenue l'une des revendications fondamentales du mouvement pacifiste naissant. Du côté vietnamien, la guerre a fait environ 3,6 millions de morts, selon les calculs de Vuillard, qui, dans une note de bas de page, souligne l'ampleur de la tragédie : « C'est autant que de Français et d'Allemands morts pendant la Première Guerre mondiale. » Puisqu'Éric Vuillard s'intéresse au paysage politique complexe de la guerre d'Indochine, les atrocités de ce conflit ne sont pas présentées dans le même « musée de la mort » minutieux que, par exemple, dans le témoignage de Jenni, une survivante.

— J'ai survécu à tout ; Et ce n'est pas facile. Vous souvenez-vous que ce sont les survivants qui combattent dans les batailles ? […] Dans les endroits que j'ai fréquentés sur mourait facilement. L'Indochine où j'ai vécu était un musée des façons d'en finir: on mourait d'une balle dans la tête, d'une rafale en travers du corps, d'une jambe arrachée par une mine, d'un éclat d'obus qui faisait une estafilade par où l'on se vidait, haché menu par un coup de mortier au but, écrasé dans la ferraille d'un véhicule renversé, brûlé dans son abri par un projectile perforant, percé d'un piège empoisonné, ou plus simplement - même si c'est mystérieux - de fatigue et de chaleur. C'est facile de survivre, mais c'est facile. Au fond je n'y suis pas pour grand-chose. J'ai juste échappé à tout ; je suis là. Je crois que l'encre m'y aide. Elle me dissimulait.

Alexis Jenni, L'art français de la guerre

J'ai survécu à tout ça, et ce n'était pas facile. Avez-vous remarqué que ce sont les survivants qui racontent les histoires de guerre ? […] Dans les endroits que j'ai visités, la mort était facile. L'Indochine, où j'ai vécu, était un véritable musée des morts : une balle dans la tête, une volée de balles en plein corps, une jambe arrachée par une mine, un éclat d'obus qui vous lacère et par lequel vous vous videz de votre sang, déchiqueté par un obus de mortier, écrasé sous les décombres d'un véhicule renversé, brûlé vif à couvert par un obus perforant, transpercé par un piège empoisonné, ou tout simplement – ​​quoique mystérieusement – ​​d'épuisement et de chaleur. J'ai survécu à tout ça, mais ce n'était pas facile. Au fond, je n'en suis pas responsable. J'ai juste échappé à tout ça ; je suis là. Je pense que l'encre m'a aidé. Elle m'a camouflé.

L’image littéraire de l’Indochine n’est pas uniquement façonnée par des hommes français ; il convient donc de mentionner un roman remarquable de Linda Lê, paru cet hiver aux éditions Stock en 2022. La personne je ne fus le contemporain un autre roman de sa série des décennies d'engagement narratif avec le Vietnam, qui possède des atouts totalement différents de ceux de Vuillard RécitC’est à Moscou, en 1923, qu’Ossip Mandelstam et Hô Chi Minh (qui était également poète) se sont rencontrés. L’entretien qui en a résulté avec Mandelstam est également disponible en allemand ; celui avec Hô Chi Minh (qui, soit dit en passant, n’est qu’un parmi d’autres) est également disponible en allemand. Noms de code(Sous l'égide duquel il a œuvré) décrit, par exemple, la profonde rupture de la structure sociale sous le colonialisme français : « À l'arrivée des Français, les familles anciennes et respectées furent dispersées aux quatre vents. Des bâtards, qui savaient s'attirer les faveurs des puissants, s'emparèrent des maisons et des plantations abandonnées. À présent, ils sont devenus riches – une nouvelle bourgeoisie – et peuvent faire éduquer leurs enfants en français. Si un garçon de mon pays fréquente une école de mission catholique, cela signifie : un pauvre type qui s'humilie. Et ils paient même pour ça ! Alors ils y vont comme des imbéciles, et c'est exactement comme s'ils rejoignaient la police ou la milice. Les missions catholiques possèdent un cinquième de toutes nos terres. Seuls les grands propriétaires terriens peuvent rivaliser avec elles. » 14 Alors que Mandelstam mourut dans un camp de travail stalinien en 1938, Hô Chi Minh vécut jusqu'en 1969. L'auteure Linda Lê, née au Sud-Vietnam en 1963, fréquenta le lycée français de Saïgon et émigra en France avec les femmes de sa famille en 1977. Elle dédie son nouvel ouvrage à celles et ceux « qui, de tout temps, ont cherché refuge dans les livres, l'art et la beauté sous un régime totalitaire, au péril de leur vie ». Dans un précédent livre sur l'exil, Linda Lê citait le poète vietnamien Pham Van Ky, exilé en France, qui exprimait ainsi son rapport littéraire complexe à sa lointaine patrie : « En m'occidentalisant, j'ai tenté de justifier l'Asie ; j'essaie de la dénigrer pour ne pas avoir à y retourner. » 15

Éric Vuillard, bien sûr, ne possède pas un tel bagage existentiel. Nicola Denis a un jour décrit sa poétique comme « une tentative d’historiographie aboutie ». 16 Cela inclut, entre autres, un examen et un usage explicites du ou des langages historiques. Le titre du dernier ouvrage historique ne se limite pas à cela. Récit par Éric Vuillard, Une sortie honorable, une stratégie de guerre politique fréquemment exprimée à l'époque, mais le livre sur la guerre par procuration de l'ordre d'après-guerre en Indochine commence, inspiré par un manuel de conversation colonialiste pour touristes, par des phrases révélatrices telles que : « Prenez un pousse-pousse, allez vite, allez lentement, allez à droite, allez à gauche, revenez en arrière, levez la capote, abaissez la capote, attendez un peu, emmenez-moi à la banque, chez le bijoutier, au café, au poste de police, chez le concessionnaire automobile. » C'était le vocabulaire de base du touriste français en Indochine. 17 La réflexion linguistique interrompt partiellement le tableau historique :

Cramoisi, respirant mal, il se hisse sur ses quilles, bombe la poitrine et prononce d'une voix exsangue, cadavérique : « Monsieur le président, vous avez plus d'égards pour M. Tillon que pour M. Capitant. Ce qui en bon français veut dire : « Vous avez plus d'égards pour un communiste que pour un membre du RPF. » Ce qui en vieux français veut dire : « Vous avez plus d'égards pour un ancien ajusteur que pour un professeur à la faculté de droit de Paris ! Ce qui dans la langue de Molière veut dire : « Vous avez plus d'égards pour un péquenaud que pour l'un des nôtres !

Éric Vuillard, Une sortie honorable

Surpris et essoufflé, il se redresse, bombe le torse et dit d'une voix cadavérique, sans vie : « Monsieur le Président, vous témoignez plus de respect à Monsieur Tillon qu'à Monsieur Capitant. » Ce qui, en français correct, signifie : « Vous témoignez plus de respect à un communiste qu'à un membre du FPR. » Ce qui, en vieux français, signifie : « Vous témoignez plus de respect à un ancien mécanicien qu'à un professeur de la faculté de droit de Paris ! » Ce qui, dans le langage de Molière, signifie : « Vous témoignez plus de respect à un plouc qu'à l'un des nôtres ! »

Nous reviendrons plus tard sur la vision idéologique du monde de Vuillard, mais on peut déjà dire qu'il catégorise les figures historiques de manière résolument critique, les ridiculisant ou les louant avec empathie, cette dernière attitude étant particulièrement marquée dans le cas de Pierre Mendès France, qui, en tant que Premier ministre français, a contribué à la fin de la guerre du Vietnam ; Vuillard fait d'ailleurs l'éloge de son langage à plusieurs reprises :

C'est alors que les députés, abandonnant momentément les consignes de parti, oubliant les intrigues, les marchandages de séance, redevinrent pour un court instant des personnes. Et non plus des raisons sociales. Les paroles de Mendès pénétraient les hommes, oh, pas de manière miraculeuse, mais leur portée raisonnable, le ton franc, convainquant de Mendès, ne pouvait laisser aucun bourgeois indifférent. Ils savaient leur parler, s'adresser à eux dans leur langue, dans l'étroit périmètre de leurs intérêts. Et l'essai, le 19 octobre, à 16 heures, a été une entrée juste qui a choisi le plus grand.

Éric Vuillard, Une sortie honorable

À cet instant, les députés abandonnèrent momentanément les consignes du parti, oublièrent les intrigues et les marchandages des séances, et, l'espace d'un instant, redevinrent des êtres humains. Plus des groupes sociaux. Les paroles de Mendès trouvèrent un écho auprès du peuple – non par miracle, mais leur portée raisonnable, le ton ouvert et persuasif de Mendès, ne pouvaient laisser aucun citoyen indifférent. Il savait leur parler, s'adresser à eux dans leur propre langage, dans le cadre restreint de leurs intérêts. Et à 16 heures, ce 19 octobre, il tenta de proposer quelque chose de plus grand.

Le style d'écriture de Vuillard est souvent interprété comme un montage critique d'événements historiques tels que la révolution et la guerre mondiale, le colonialisme et les révoltes paysannes, et sa vision du monde, façonnée par une position particulière, transparaît fréquemment dans le roman historique, genre désormais bien établi. Cependant, il s'agit aussi toujours, d'une part, d'une critique du langage, et d'autre part, d'un usage précis d'un langage subjectif qui choisit le jargon pour susciter à la fois l'irritation et le jugement.

Cela s'applique avant tout au titre, qui décrit la pression exercée par la France après la mort du commandant en chef du corps expéditionnaire en Indochine et en Asie orientale, Jean de Lattre de Tassigny, en 1952, pour recourir à un tournant linguistique en référence aux maigres succès :

Ou, l'expression du plus, la réplique qui revenait souvent, la petite rengaine qu'on serinait sans cesse, parmi ce qu'on baptiserait de nos jours les éléments de langage, c'était l'espoir d'une sortie honorable. Mais on était bien embarrassé. On s'était tant pris les pieds dans le langage des responsabilités depuis huit ans. On adoption donc, une nouvelle fois, une attitude des plus solennelles, car pour cette tâche difficile, relancer la guerre pour finir et reconquérir l'Indochine avant de la quitter, il fallait bien trouver quelqu'un.

Éric Vuillard, Une sortie honorable

L'expression la plus fréquemment entendue, la réponse qui revenait sans cesse, le petit mantra répété encore et encore, relevant de ce que l'on appellerait aujourd'hui les éléments du langage, L'espoir était d'une issue honorable.Mais nous étions plutôt gênés. Ces huit dernières années, nous nous étions tellement englués dans le langage des responsabilités. Aussi avons-nous adopté une attitude extrêmement solennelle, car il fallait trouver quelqu'un pour cette tâche difficile : reprendre la guerre, y mettre fin et reconquérir l'Indochine avant de partir.

Vuillard reprend cette phrase à plusieurs reprises, par exemple entre René Mayer et le général Navarre, et dans le contexte du début de la campagne de 1953-1954, où naît l'idée de mener la bataille décisive de Điện Biên Phủ entre la France et le mouvement d'indépendance Việt Minh ; ces batailles ont conduit de mars 54 à la défaite des Français le 8 mai et donc à la fin de l'empire colonial français :

En utilisant ce corps de bataille, qu'on aurait eu le temps de former, il devrait infliger à l'ennemi un revers tel que la position de la France serait avantageuse pour une négociation – la fameuse sortie honorable. Concernant la stratégie à venir du Viêt-minh, le général émettait en marge de son plan trois hypothèses : soit un déferlement sur le delta du fleuve Rouge, soit une progression vers le sud, soit une poussée vers le Haut-Laos. Cette dernière hypothèse est la plus pénible. C'est un sujet qui est destiné à la première du nom Diên Biên Phu.

Éric Vuillard, Une sortie honorable

Avec l'aide de ce corps de combat, dont la construction aurait disposé de suffisamment de temps, un tel revers devrait être infligé à l'ennemi que la position de la France dans les négociations serait avantageuse – la fameuse sortie honorableConcernant la stratégie future du Viet Minh, le général évoqua incidemment trois hypothèses : un assaut sur le delta du fleuve Rouge, une progression vers le sud ou une incursion en Haut-Laos. Cette dernière hypothèse était la plus douloureuse. C’est dans ce contexte que le nom de Diên Biên Phu fut mentionné pour la première fois.

Vuillard, Rancière et le peuple

Le fait que l’engagement historico-littéraire de Vuillard soit encore perçu par la bourgeoisie comme une provocation ou une distorsion de l’histoire est démontré par la critique acerbe de son dernier ouvrage. Une sortie honorable im Figaro Par Jean-Christophe Buisson : « Dans un ouvrage fastidieux, le lauréat du prix Goncourt 2017 propose une vision partiale et caricaturale, teintée de post-marxisme, de la guerre d’Indochine. Les romans ou récits historiques d’Éric Vuillard évoquent l’univers de Candy : on y trouve des méchants et des héros. Les héros sont généralement européens, de droite, bourgeois, industriels, aristocrates, riches ou militaires. Et les héros ? Le peuple, bon sang ! Ou plutôt : les peuples. Victimes du militarisme, du colonialisme, du national-socialisme et de l’impérialisme. […] Dans ce texte, qui ravira Alain Badiou, Jean-Luc Mélenchon et leurs amis, l’écrivain conçoit un pan de l’histoire de France en gommant tous les aspects qui lui déplaisent. » 18

Sa contribution à un dossier thématique sur Jacques Rancière dans Europe Eric Vuillard a appelé « La forme d'un savoir » 19On peut interpréter cela de manière autopoétique, comme une référence à sa propre œuvre. Rancière était, après tout, l'un des contributeurs de cet ouvrage dont le programme était axé sur le populisme. Qu'est-ce qu'un peuple ? = Qu'est-ce qu'un peuple ? 20 Par exemple, le 10 février 2022, Rancière et Vuillard se sont rencontrés, sous la modération de Sarah Al-Matary, pour commenter leurs travaux respectifs sous le titre « Peuple, histoire, littérature… ».

Dans une interview accordée au magazine Ballast Le philosophe politique Jacques Rancière distinguait population et peuple, un peuple que Vuillard place précisément dans cette juxtaposition narrative : la masse historique face à la construction politique. Rancière répondait dans un entretien : « Le peuple n’est pas la masse de la population ; le peuple est une construction. Il n’existe pas ; il est construit par les discours et les actions. Occupy, le Printemps arabe, les Indignés, la place Syntagma à Athènes, les mouvements de sans-papiers – tout cela crée un peuple spécifique de l’anonymat. Et ce peuple, c’est le peuple de la démocratie : un peuple qui manifeste le pouvoir de tous. Mais quiconque parle de construction affirme aussi qu’il peut y avoir de multiples constructions du peuple. » 21)

L'œuvre de Vuillard est toujours aussi une réflexion sur les constructions sociales, par exemple lorsque son livre 14 juillet Il cita avec scepticisme la déclaration du roi de France : « Le premier jour, le roi apparaît et déclare qu'il est le premier ami de son peuple ; on aimerait le croire. » 22 Plus tard dans les scènes, les insurgés sont présentés comme un peuple « différent » : « Il faut imaginer une foule qui est une ville, et une ville qui est un peuple. » 23 Par rapport au précédent Congo On dirait la parodie d'un roi sans peuple : « Fiévez était une sorte de roi. Nous n'avions jamais rien vu de pareil. Un roi au milieu des vignes, exploitant un peuple d'esprits. L'avenir existe à peine, le passé n'est rien, le présent est mort. » 24 Les masses déchaînées sont nombreuses dans les livres de Vuillard, par exemple dans La guerre des pauvres« Et puis, une insurrection éclate. Le peuple se soulève. Prague s'embrase. Les rebelles sont traqués. Des étudiants brûlent des discours papaux, des étudiants sont massacrés à la hache. Et puis, tout dégénère. » 25 Pour Vuillard, l’exotisme qui entoure la culture amérindienne, sa réduction à un spectacle touristique, n’est qu’une étape de plus dans la destruction d’un peuple :

Après le massacre de Wounded Knee, les Indes entament une vie de misère sur des terres morcelées et incultes. Ceux qui avaient travaillé pour le Wild West Show revinrent après quelques années, et n'eurent pas davantage de chance. Les Peaux-Rouges étaient auparavant comme les débris d'un monde ancien, et le mot d'ordre était désormais qu'ils devaient s'assimiler.

La destruction d'un peuple s'effectue par bandes magnétiques, et elle est, en quelque sorte, innocente du précédent. Le spectacle, qui s'empara des Indes aux derniers instants de leur histoire, n'est pas la moindre des violences. Il fixe dans l'oubli notre assentiment initial. Partout, le premier amour n'a duré qu'une minute. Puis, chaque fois, se duisit la même destruction incontrôlable. Et le monde des mots ne crée pas non plus un monde de choix.

Éric Vuillard, La tristesse du pays : une histoire de Buffalo Bill

Après le massacre de Wounded Knee, les Amérindiens menaient une existence misérable sur des terres morcelées et incultes. Ceux qui avaient travaillé pour le spectacle du Far West revinrent quelques années plus tard, mais leur situation ne s'améliora pas. Les « peaux-rouges » étaient perçus comme des vestiges d'un monde ancien, et l'opinion générale était qu'ils devaient s'assimiler.

La destruction d'un peuple se produit toujours par étapes, et chaque étape, à sa manière, est innocente de la précédente. Le spectacle qui a saisi les Amérindiens dans les derniers instants de leur histoire n'a rien de violent. Il nous fait oublier notre enthousiasme initial. Partout, le premier amour n'a duré qu'un instant. Puis, à chaque fois, la même destruction incontrôlable s'en est suivie. Et aucun monde de mots n'a pu créer leur monde de choses.

Vuillard présente un argument plus explicite sur le plan philosophique dans L'ordre du jour En référence à l'Allemagne fasciste, le concept de Lebensraum (espace vital) est basé sur l'idée du peuple dans l'idéalisme allemand :

C'est qu'on était trop à l'étroit en Allemagne, et puisqu'on n'atteint jamais le fond de ses désirs, que la tête se tourne toujours vers les horizons effacés, et qu'un zeste de mégalomanie sur des troubles paranoïaques rend la pente encore plus Irrésistible, après les délires d'Herder et le discours de Fichte, depuis l'esprit d'un peuple honoré par Hegel et le rêve de Schelling d'une communion des cœurs, la notion d'espace vital n'était pas une nouveauté.

Éric Vuillard, L'Ordre du jour

L'Allemagne était tout simplement trop exiguë, et comme on n'atteint jamais la source de ses désirs, l'esprit tend toujours vers des horizons lointains, et comme une touche de mégalomanie dans les troubles paranoïaques rend cette inclination encore plus irrésistible – après les délires de Herder et le discours de Fichte, après le célèbre Volksgeist de Hegel et le rêve de Schelling d'une communauté des cœurs – l'idée de Lebensraum n'était pas du tout une nouveauté.

Même les peuples des colonies d'Indochine ne sont pas égaux au chef du gouvernement Édouard Herriot ; Vuillard le fait décréter « pompeusement » : « Si nous accordions aux peuples coloniaux des droits égaux, nous serions la colonie de nos colonies. » 26

Le dernier livre de Vuillard se termine par la négation de son titre. Une sortie honorableComme l'annonçait déjà l'annonce du livre, ce renversement de situation, presque utopique, rappelant le combat de David contre Goliath, était ainsi formulé : « La guerre d'Indochine est l'une des plus longues guerres modernes. Pourtant, elle est à peine mentionnée dans nos manuels scolaires. Avec un sens narratif saisissant, l'auteur raconte l'histoire de cette guerre. » Un jour après Abgang« Comment, dans un renversement miraculeux de l’histoire, deux des plus grandes puissances mondiales ont perdu contre un petit peuple, les Vietnamiens, et cela nous plonge au cœur des intérêts conflictuels qui ont conduit à cette débâcle. » 27

L'humiliation de la défaite était finalement inévitable ; une issue honorable pour la France à l'issue de la guerre s'avérait impossible. Le titre du récit de Vuillard marque un échec de la prétention politique au sens machiavélien du terme, comme il l'affirme dans Princes écrit:

Etiam not si curi di incorrere nella infamia di quelli vizii sanza quali possa difficilmente salvare lo stato; Perché, if you consider it to be true, you'll have something to do with it, and you'll end up ruin it; And there's more to it than anything else, and there's a huge security and it's safe.

Machiavel, Le Prince, Chapitre 15.

Et il ne doit pas hésiter à assumer la honte de ces vices sans lesquels il est difficile de sauver l'État ; car, à bien y regarder, on trouvera des choses qui apparaissent comme des vertus et dont l'observance causerait sa ruine ; et d'autres qui apparaissent comme des vices et dont l'observance garantirait sa sécurité et son bien-être.

Le narrateur savoure avec une pointe d'amertume les scènes de retraite indigne des dirigeants coloniaux, qui peuvent aujourd'hui rappeler la fuite de l'Occident d'Afghanistan. Si de telles scènes choquent encore tant de Français aujourd'hui, c'est peut-être à cause de la critique acerbe de Buisson dans Figaro Cela ne passe pas inaperçu. Quel contraste avec la photo de couverture, qui montre Jacqueline et Christian de La Croix de Castries le 11 septembre 1954 ! Vuillard consacre un court chapitre entier à se moquer du représentant d'une famille honorable, qu'il désigne toujours par son nom complet, y compris tous ses prénoms. Christian est un séducteur dans les garden-parties, avec un casier rempli de mouchoirs froissés et de dettes de jeu, l'incarnation même de la décadence et de l'arrogance, et, à ce titre, commandant des troupes françaises à la bataille de Điện Biên Phủ. Miroirs En 1954, il rapporta comment ses collègues officiers accusèrent Castries ; là aussi, le cavalier gentleman poudré, pour qui les livraisons de cognac étaient plus importantes que les fournitures militaires, était caricaturé, et la brochure de Vuillard succombe également à cette tentation. 28 Les cravates qui flottent, les écharpes qui se desserrent et les corps des diplomates qui se tortillent impuissants incarnent, dans l'image finale du livre de Vuillard, le moment d'un pouvoir totalement déshonoré :

Mais, vers la fin, le retrait fut piteux. Pour les retardataires, ce fut plus chaotique. Il yeut des foulées pendues par grappes aux trains d'atterrissage ; et l'on vit l'ambassadeur d'Italie lui-même s'accrocher au grillage comme un vulgaire voleur. Ah, la personne en face d'eux voit les évacuations d'urgence, en hélicoptère, du chef de l'ambassadeur américain, en direction de Saigon. Il faut à tout prix voir ça, les diplomates montant comme ils peuvent à l'échelle de corde. Les cravates heureuses par le vent. Le corps s'agrippe aux barreaux tandis que l'écharpe s'envole. Source ambiance du monde, source débâcle ! Dans l'espérance dérisoire d'une sortie honorable, l'aura fallu trente ans, et des millions de morts, et voici comment tout cela se rendez-vous ! Trente ans pour une telle sortie de scène. Le déshonneur eu peut-être mieux valu.

Éric Vuillard, Une sortie honorable

Vers la fin, cependant, la retraite était pitoyable. Pour les traînards, la situation devint encore plus chaotique. Des foules de gens étaient accrochées en grappes aux trains d'atterrissage ; et l'ambassadeur italien lui-même fut aperçu agrippé à la rambarde comme un vulgaire voleur. Vous avez dû voir les derniers Occidentaux évacués par hélicoptère du toit de l'ambassade américaine lors de l'effondrement de Saïgon. Vous avez dû voir les diplomates grimper tant bien que mal à l'échelle de corde. Leurs cravates emportées par le vent. Des corps agrippés aux barreaux tandis que leurs écharpes s'envolaient. Quelle atmosphère apocalyptique, quel désastre ! un espoir pitoyable d'une issue honorable Il aura fallu trente ans et des millions de morts, et voilà comment tout s'achève ! Trente ans pour une sortie de scène aussi fracassante. La disgrâce aurait peut-être été préférable.

Lançon répond à sa question initiale, à savoir pourquoi lire ce livre alors que d'autres ouvrages peuvent fournir davantage d'informations sur les complexités du colonialisme en Indochine et de la guerre du Vietnam : « L'intérêt pour Une sortie honorable L'importance réside moins dans la charge politique explosive, ce qui n'a rien de surprenant, que dans la forme choisie pour l'exprimer. Vuillard a une fois de plus écrit un pamphlet romanesque. Les personnages qu'il fait revivre ont réellement existé et ont fait ce qu'il relate, mais il les réinvente, les imprègne d'une illumination extérieure et intérieure destinée à transmettre sa colère et ses convictions. Il n'est pas nécessaire de le suivre à la lettre, du moins pas entièrement, pour apprécier son style fluide et ses digressions, son rythme narratif, son art du montage, son utilisation imaginative des images, tout cet art de la précision, des zooms et des raccourcis narratifs inspirés – bref, son style. 29 L’insistance répétée sur les scènes dépeintes par Vuillard – « Ah, il faut avoir vu » – s’achève sur un souvenir poignant du destin de tout un peuple. C’est là, selon Rancière, que réside la pertinence théorique de l’œuvre de Vuillard. Une systématisation de ses écrits du point de vue de la philosophie politique reste toutefois à accomplir.

Des milliers de gens partis sur des embarcations de fortune périront noyés. C'est terrible ces bateaux surchargés d'hommes, ces grappes humaines qui flottent au gré des vagues, ces amoncellements de corps, de packages, de vélos, de cris, de stupeurs. Tous ces chapeaux de paille ! C'est triste pour un peuple. Sur la division, sur la coupe de lui-même, le temps passe, et il ne peut que craindre de se retrouver, étranglé dans la wette impitoyable d'autres intérêts qu'on lui a fait prendre.

Éric Vuillard, Une sortie honorable

Des milliers de personnes parties sur des embarcations de fortune se noient. C'est terrible, ces bateaux surchargés, ces masses humaines à la dérive, ces amas de corps, de colis, de vélos, de cris, d'incrédulité. Tous ces chapeaux de paille ! C'est si triste, ce peuple. Divisé, coupé du monde, le temps passe, et il ne lui reste qu'à craindre de se retrouver pris au piège des intérêts étrangers qui lui sont imposés.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. « Ne déclare la guerre à personne. » Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2022. Consulté le 17 mai 2026 à 01:49. https://rentree.de/2022/02/16/niemandem-den-krieg-erklaert/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Remarques
  1. Éric Vuillard, "La chute de Saigon! La Semaine d'Éric Vuillard, Libération, 27 avril 2012.>>>
  2. "Éric Vuillard aura encore bien d'autres occasions de venir saluer les lecteurs de la librairie locale, car il ne manque pas de projets littéraires. "This actuellement un livre terminé qui porte sur un épisode insurrectionnel de la Réforme protestante, et un autre sur la guerre d'Indochine, l'une des guerres les plus longues du XXe siècle, où les nations les plus puissantes se sont jetées pendant trente ans sur un petit pays", ajoute l'auteur, qui habite à Rennes." « Le Prix Goncourt, Éric Vuillard, écrivain fidèle en amitié », Ouest-France, le 2 décembre 2017.>>>
  3. « Vuillard raconte l'une des plus grandes défaites françaises militaires, les troupes piégées dans la cuvette de Diên Bien Phu, l'effondrement d'une stratégie, le chaos, l'effroi des soldats […] » Hugo Pradelle, « Vuillard, au-delà de l'histoire », En attendant Nadeau, 19 janvier 2022.>>>
  4. "Vuillard propose un panoptique littéraire de l'histoire, les récits qui tournent autour d'un même axe, se décalent en permanence, pour en extraire une véritable morale, y imaginer une responsabilité rétrospective et anachronique somme toute assez bouleversante, qui fait s'équivoquer des événements disparates, imaginant une forme d'incongruité dans la matière même de notre histoire." Hugo Pradelle, « Vuillard, au-delà de l'histoire », En attendant Nadeau, 19 janvier 2022.>>>
  5. « Reste que la guerre, d'être décrite en coulisse plus que sur le terrain, froide mécanique d'intérêts, n'en est que plus terrifiante. » Camille Laurens, « Pertes et profits : Une sortie honorable, d'Eric Vuillard », Le Monde des livres, 14 janvier 2022, 8.>>>
  6. "Vuillard n'a pas l'occasion de pour Coppola d'"Apocalypse Now". Ce qui l'intérêt n'est pas le grand spectacle obscène des batailles, mais les coulisses, les tractations qui se jouent dans les salons feutrés. Derrière la tragédie, il ne voit pas les doigts habiles des Parques, seulement la main invisible du Marché. Les combats sont menés pour défendre les intérêts des sociétés de mines d'étain ou de charbonnage plus que l'honneur de la France." Elisabeth Philippe, « Vuillard en Indochine », Le Nouvel Observateur, 6 janvier 2022, 75.>>>
  7. « Si l'on veut sentir la complexité de ce qui fut l'Indochine française et sa guerre, mieux vaut lire. La guerre d'Indochine, par Lucien Bodard, ou le cycle du Nuit indochinoise de Jean Hougron ; et vous pouvez voir de quoi parle la Quatrième République, mais voici ce que cela signifie Bloc-notes de François Mauriac. Philippe Lançon, « Une sortie honorable », la Quatrième République de long en charge », Libération, 22 janvier 2022.>>>
  8. Il s'agit du Dr Nakkache.>>>
  9. Henri Copin L'Indochine dans la littérature française des années 1954 : exotisme et altérité, Paris : L'Harmattan, 1996. Cf. >>>
  10. Rêver l'Asie : exotisme et littérature coloniale aux Indes, en Indochine et en Insulinde, éd. de Denys Lombard, Paris : Éd. de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, 1993.>>>
  11. Leslie Barnes, Le Vietnam et la condition coloniale de la littérature française, Presses universitaires du Nebraska, 2014.>>>
  12. Ninon Frank Imaginer un espace : l’Indochine postcoloniale comme construction littéraire, Berlin : regiospectra, 2016.>>>
  13. Par exemple, Cinéma Indochine : Une histoire du cinéma (post-)colonial de la France, éd. de Beater Weghofer, Berlin : De Gruyter, 2010 ; François Albert Louis Moury, Flammes sur l'Indochine : les classiques du cinéma de la guerre du Viêt NamNice : Ovadia, 2019.>>>
  14. Ossip Mandelstam interviewe Hô Chi Minh, Merkur 235 (octobre 1967) : 998-1000. Voir aussi Ossip Mandelstam, À propos de l'interlocuteur : Recueil d'essais I 1913-1924, édité par Ralph Dutli, Francfort-sur-le-Main : Fischer, 1994.>>>
  15. « En m'occidentalisant, je regardais à justifier l'Asie, je regarde à la dénigerer pour n'avoir pas à y retourner », Linda Lê, Incidemment (exilés), Paris : Christian Bourgois, 2014.>>>
  16. Nicola Denis, « La méthode Vuillard ou Der Versuch einer reifigen Geschichtsschreibung », Merkur 845 (octobre 2019) : 83-89.>>>
  17. « « Va chercher un pousse, va vite, va doucement, tourne à droite, tourne à gauche, retourne en arrière, relève la capote, baisse la capote, attends-moi là un moment, conduit-moi à la banque, chez le bijoutier, au café, au commissariat, à la concession. » C'était là le vocabulaire de base du touriste français en Indochine. Éric Vuillard, Une sortie honorable.>>>
  18. « Dans un livre ennuyeux, le récipiendaire du prix Goncourt 2017 déroule une vision biaisée et caricaturale, toute postmarxiste, de la guerre d'Indochine. Badiou, Jean-Luc Mélenchon et leurs amis, l'écrivain évoque un morceau d'histoire de France en en éliminant tous les aspects qui ne lui plaisent pas." Jean-Christophe Buisson: «Les trous d'histoire de M. Vuillard», Le Figaro, 7 janvier 2022.>>>
  19. Eric Vuillard, « La forme d'un savoir », Europe 1097-1098 (septembre – octobre 2020) : 23-25.>>>
  20. Alain Badiou, Pierre Bourdieu, Judith Butler, Georges Didi-Huberman, Sadri Khiari, Jacques Rancière, Qu'est-ce qu'un peuple ? Hambourg : Laika, 2017. Qu'est-ce qu'un peuple? Paris : La Fabrique éditions, 2013. Traductions de l'américain et du français par Richard Steurer-Boulard.>>>
  21. « Le peuple, ce n'est pas la masse de la population ; Ballast, 3 (4 mai 2017)>>>
  22. "Le premier jour, le roi paraît, il déclare être le premier ami de son peuple; on voudrait le croire." Éric Vuillard, 14 juillet.>>>
  23. «Il faut se figurer une faute qui est une ville, une ville qui est un peuple.» Ibid.>>>
  24. "Fiévez fut une sorte de roi. On n'a jamais rien vu de tel. Un roi au milieu des lianes, exploitant un peuple de fantômes. Le futur existe à peine, le passé n'est rien, le présent est mort." Éric Vuillard, Congo.>>>
  25. "Et c'est l'émeute. Le peuple se soulève. Prague flambe. Les émeutiers sont pourchassés. Les étudiants font cramer les bulles papales, on découpe les étudiants à la hache. Et puis tout s'envenime." Éric Vuillard, La guerre des pauvres.>>>
  26. « Ainsi, lors des débats entourant la naissance de l'Union française, il a pompeusement déclaré : « Si nous donnions l'égalité des droits aux peuples coloniaux, nous serions la colonie de nos colonies. » » Éric Vuillard, Une sortie honorable.>>>
  27. "La guerre d'Indochine est l'une des plus longues batailles de l'ère moderne. Pourtant, dans nos Manuels scolaires, elle existe à peine. Avec un sens redoutable de la narration, Une sortie honorable Raconte comment, par un prodigieux renversement de l'histoire, deux des premières puissances du monde ont perdu contre un petit peuple, les Vietnamiens, et nous plongeons au cœur de l'enchevêtrement d'intérêts qui conduisent à la débâcle.>>>
  28. « Accusé par des camarades » Der Spiegel 45, 2 novembre 1954.>>>
  29. “L’intérêt d’Une sortie honorable Est moins dans la charge politique, sans surprise, que dans la forme choisie pour le conduire. Vuillard a nouveau écrit un pamphlet roman. Les personnages qu'il a rencontré en scène ontérieur, et ils ont fait ce qu'il écrit, mais les réinvente, à charge, selon un éclairage extérieur et intérieur destiné à porter sa colère et ses convictions. Il n'est pas nécessaire d'y croire, du moins pas entièrement, pour apprécier sa liberté de ton et de digressions, sa vitesse de récit, sa science du montage, sa fantaisie dans les associations d'images, tout cet art du tir à l'arc, du zoom et du court-circuit fouetté par l'imagination, bref, son style." Philippe Lançon, "Une sortie honorable", la Quatrième République de long en charge", Libération, 22 janvier 2022.>>>

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