Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
Quel est ton nom, Personne, c'est rien le nom, c'est comme la famille, c'est comme l'enfance, je n'y crois pas, je n'en veux pas.
Constance Debré, Nom
Quel est ton nom ? Personne, le nom ne veut rien dire, c'est comme la famille, c'est comme l'enfance, je n'y crois pas, je n'en veux pas.
« Constance Debré est la fille du journaliste François Debré (1942-2020) et de l'ancien mannequin Maylis Ybarnégaray (1942-1988), la petite-fille de Michel Debré (1912-1996), ancien Premier ministre sous le général de Gaulle, et de Jean Ybarnégaray (1883-1956), ministre du régime de Vichy et résistant. Elle est également la nièce de l'homme d'État Jean-Louis Debré. » 1 L'appartenance à l'élite française inscrit un individu dans une lignée d'ancêtres et de noms qui peuvent l'authentifier mais aussi le peser, comme le montre déjà l'extrait de l'article Wikipédia consacré à Constance Debré.
Robert-Diard avait en 2013 pour Le Monde L'auteure est présentée, et son « nom » est déjà devenu le titre : « Constance Debré est née et a grandi comme une petite princesse dans un appartement du 6e arrondissement de Paris. Longtemps, elle fut la fille unique d'une mère d'une beauté à couper le souffle, qui posait pour des photographes de mode, et d'un père grand reporter et écrivain. Sa famille maternelle est aristocratique, basque, pauvre et excentrique ; sa famille paternelle est bourgeoise, républicaine et civilisée. » 2 Constance Debré a laissé tout cela derrière elle et l'a transformé en littérature, en 2018. Jouer au garçon Dans ses écrits, elle rompt également ces liens avec une vie de luxe, sa carrière juridique et son mari. Vanity Fair Gaspard Dhellemmes a décrit plus tard ses retrouvailles avec elle : « Six ans plus tard, je l’ai revue dans un café parisien du Marais. […] C’est une autre femme. Elle a maintenant un piercing à l’oreille droite et plusieurs tatouages, des motifs végétaux sur le bras et, comme je le découvre en consultant son compte Instagram, l’inscription calligraphiée « fils de pute » sur le bas-ventre. De sa vie d’avant, il ne semble lui rester que le léger accent de sa famille élargie – « Mon accent snob », comme elle le dit. » 3
Suite à sa rupture avec son nom, Constance Debré a publié trois livres dans lesquels elle se confronte à la vie dans laquelle elle s'est retrouvée, dont elle finit par se libérer :
- Jouer le garçon, Paris : Stock, 2018, l'histoire de sa libération de son ancienne identité et du début de son amour pour les femmes.
- Aime moi tendrementParis : Flammarion, 2020, une suite dans le domaine de l'amour et de la belle vie, et une bataille pour la garde de l'enfant avec le père de leur fils.
- Nom, Paris : Flammarion, 2022, qui formule un programme politique, la modernité radicale d’un monde sans ascendance, sans noms de famille, sans enfance ni autorité parentale, sans héritage, sans richesse ni nationalité.
Malgré toutes les distinctions académiques existantes, leur propre enfance s'est déroulée dans une école publique, mais leurs parents, eux-mêmes enfants, ont été choqués en quittant un environnement aussi protégé au regard des réalités sociales :
Mes parents trouvaient important qu'ils soient à l'école publique. Ma mère dit qu'il faut être moderne, vivre avec tout le monde. Elle dit que ça lui a fait un choc, en sortant de pension après le bac, de découvrir le monde. Il est accessible aux personnes appartenant à une secte, dans les histoires d'enfants mormons. Mon père ne se pose même pas ce genre de questions.
Constance Debré, Nom
Mes parents tiennent à ce que j'aille à l'école publique. Ma mère dit qu'il faut être moderne et s'ouvrir au monde. Elle raconte que ça a été un choc pour elle de rentrer de son internat après le lycée et de découvrir le monde. Comme si elle avait grandi dans une secte, comme dans les histoires sur les enfants mormons. Mon père, lui, ne se pose même pas ce genre de questions.
La devise du livre introduit le geste radical du programme politique, comme l'affirme Debré. Mille plateaux Cité par Deleuze et Guattari à propos des corps sans organes (un concept rendu célèbre par Antonin Artaud) : « Remplacez l’anamnèse par l’oubli, l’interprétation par l’expérimentation. » 4Élisabeth Philippe clarifie ce point dans le Nouvel observateurIl ne faut pas lire ce texte d’un point de vue psychanalytique, comme un parricide : « De toute façon, son père s’est suicidé lentement, à l’opium puis à l’héroïne. “Nom” commence par sa mort. Narration clinique, gestes mécaniques. On verse un seau d’eau glacée sur la tête du lecteur dès le début pour le réveiller et le préparer aux pages suivantes, un guide de liquidation radicale qui ferait passer “Extinction” de Thomas Bernhard, ce précipité de haine littéraire, pour un traité sur le bonheur et la coexistence. » 5
Et le plan de vie qui en découle ?
À vélo, je suis à vélo, Paris est vide, c'est l'été, j'écoute Bach, deux préludes et une toccate, toujours les mêmes, je vais nager à Georges-Hermant, derrière les Buttes-Chaumont. Si vous êtes à table, si vous êtes une personne, vous êtes comme le patron de la force, vous aurez un café dans votre bureau. Je ne lis presque rien. Il y a des choses qui me dégoûtent et des choses qui ne me dégoûtent pas. Je fais ce qui ne me dégoûte pas. Rongeur, pédaler, écouter Bach, lire Manchette ou Deleuze, a person, avoir un jean et deux tee-shirts, habiter les appartements des autres, faire du yoga sur l'appli Downdog Yoga 8,99 euros par mois, guerrier pacifique, position de l'aigle, boire du Coca, manger des dattes, acheter des Malabar bleus à 20 centimes chez les rebeus, me razer la tête tous les huit jours au sabot 2
Constance Debré, Nom
À vélo, je voyage à vélo, Paris est désert, c'est l'été, j'écoute Bach, deux préludes et une toccata, toujours les mêmes, je vais nager à Georges-Hermant, derrière les Buttes-Chaumont. J'y vais à l'heure du déjeuner, quand il n'y a personne, je m'adresse même au patron de façon informelle par nécessité et je prends un café dans son bureau. Je ne lis presque rien. Il y a des choses qui me dégoûtent et d'autres qui ne me dégoûtent pas. Je fais des choses qui ne me dégoûtent pas. Nager, faire du vélo, écouter Bach, lire Manchette ou Deleuze, ne voir personne, posséder un seul jean et deux t-shirts, dormir chez des amis, faire du yoga avec l'application Downdog Yoga (8,99 euros par mois), la posture du guerrier paisible, la posture de l'aigle, boire du Coca, manger des dattes, acheter des cigarettes Malabar bleues pour 20 centimes aux Arabes, me raser la tête tous les huit jours avec le Sabot 2.
Constance Debré écrit sous son vrai nom pour se libérer de son propre nom. Sa famille, influente, a triomphé dans une bataille des noms qui constitue non seulement la France, mais aussi toutes les institutions, et elle y reconnaît finalement un charme protecteur contre la mort.
Les noms sont comme les cartes Pokémon, qui viennent avec les points. Le point en plus ou bien des points en moins. Dans la guerre des noms, la famille de mon père l'emporte sur la famille de ma mère. Le nom de mon père, de mon grand-père, de mon arrière-grand-père, mon nom, donc, l'emporte sur beaucoup de noms. La France, l'État, la politique, la médecine, et même un peu les arts, c'est eux, c'est nous. C'est ça qu'ils se racontent, qu'ils me racontent, que les autres aussi me racontent, puisque les autres y crient. Je suis dans la rue et sur le parquet, mon nom, j'écoute les yeux et la voix de Madame RATP me rappelle, même si je descends jusqu'à la prochaine station qui me séduira. Leur obsession pour leur nom propre (mon nom propre, moi qui n'ai pas de propriété, mon nom de famille, moi qui n'ai plus de famille) est comme une protection contre la mort, leur rempart contre le tremblement, car les bourgeois sont des gens qui tremblent, c'est souvent ça que les Autre que ça, l'immense valeur du bourgeois. Dans cette histoire du nom, j’ai aussi une place.
Constance Debré, Nom
Les noms sont comme des cartes Pokémon : ils ont des points. Des points positifs ou négatifs. Dans la guerre des noms, la famille de mon père triomphe de celle de ma mère. Le nom de mon père, celui de mon grand-père, celui de mon arrière-grand-père – mon nom – l’emporte sur bien d’autres. La France, l’État, la politique, la médecine, et même un peu les arts – c’est eux, c’est nous. C’est ce qu’ils se disent, ce qu’ils me disent, ce que les autres me disent parce que les autres y croient. Mon nom est même inscrit dans les rues et sur les immeubles ; il attire immédiatement mon regard, et la voix de Mme RATP me le rappelle si je veux descendre à la prochaine station qui porte le même nom. Leur obsession pour leur nom propre (mon nom propre, moi, qui ne possède rien ; mon nom de famille, moi, qui n’ai plus de famille) est comme une protection contre la mort, un rempart contre le tremblement, car les bourgeois sont des gens qui tremblent ; c’est souvent ce que les autres ne voient pas, l’immense peur des bourgeois. Dans cette histoire du nom, j'ai moi aussi ma place.
Un parent de l'auteur, Jean-Louis Debré, a également écrit un livre sur ce nom, basé sur l'histoire familiale. 6 Dans un entretien avec Julie Malaure, il établit un lien entre ce changement de nom et la croyance juive concernant les noms : en réponse à la question Dans votre livre, votre ancêtre s'appelle Anselme, et non Debré. Quand la famille a-t-elle changé de nom de famille ? Il répond : « Sous Napoléon, lorsqu'il voulut intégrer les Juifs, il exigea leur inscription à l'état civil. Cependant, leurs noms ne devaient pas avoir de consonance juive. C'est Jacques, mon ancêtre, qui prit le nom de Debré. Le greffier de Westhoffen, le petit village alsacien d'où je viens, le remarqua, car il ignorait que ce mot hébreu signifie « porter le message ». Pas n'importe quel message, mais celui qui sert à transmettre quelque chose. L'officier n'en saisit pas la connotation religieuse, et Jacques était profondément croyant et ne voulait absolument pas renier ses origines juives. » 7
La version de Constance Debré dénonce avec véhémence une volonté d'assimilation qui cherche à effacer sa propre judéité et à s'intégrer à un récit dominant français « pur ». Elle dénonce avec force un antisémitisme intériorisé et, vivant désormais ouvertement son homosexualité, elle relie cette accusation aux questions de lutte des classes et d'homophobie.
La famille crée sa papillote et la nourriture est toujours là. Les bourgeois ne sont pas moins fous que les aristos. Ils sont fous, bien sûr qu'ils sont fous les Debré, leur Folie, ils l'appellent l'État, ils l'appellent la France. Pour oublier peut-être qu'ils sont un peu juifs. Il a oublié qu'il porte un nom juif, le Premier ministre, que son grand-père était rabbin, qu'il a des cousins qui ne sont jamais revenus des camps. C'est aussi une partie de son histoire, qui est désormais accessible à Blum ou à Aron, et cela est également difficile pour les jeunes. Mais non, Debré ne sun pas juif, et si on ne sait pas on ne sait pas, alors eux aussi ils ont fait comme s'ils ne savaient plus, comme si Debré n'était pas juif. C'est plus commode, puisque leur grande idée c'est qu'il faut être français et que pour eux être français, c'est ne pas être juif. Il y a une chanson dans l'amour de la France, dans l'obsession de la France, dans la version française de la Chanson de Roland à Péguy en passant par Racine et Barrès, en France Universume, en France Jacobin, en langue française et dans l'Autre, en breton, en Alsace, en France Pauvre, pas juif, il ya une Folie dans cette France en laquelle ils croient et qu'ils écrivent eux-mêmes avec leurs lois et leur Constitution. Un fleuret ou un mansonge, une honte, la haine du juif en eux. Que veux-tu dire par juif, pour eux ? Source impureté y voient-ils ? Source tache ? Il s'agit d'une homosexualité latente ou d'un complexe de classes. La pureté est la France.
Constance Debré, Nom
Chaque famille crée et entretient sa propre folie, car c'est la seule chose qui la soude. Les bourgeois ne sont pas moins fous que les aristocrates. Ils sont fous, bien sûr qu'ils sont fous, les Debrés. Ils appellent leur folie l'État, ils l'appellent la France. Peut-être pour oublier qu'ils sont un peu juifs. Il a oublié qu'il porte un nom juif, le Premier ministre, que son grand-père était rabbin, qu'il a des cousins qui ne sont jamais revenus des camps. L'histoire aurait peut-être été différente si Debré s'était appelé Blum ou Aron ; alors, il leur aurait été plus difficile d'oublier qu'ils étaient juifs. Mais non, Debré ne sonne pas juif, et si on ne sait pas, on ne sait pas, alors eux aussi ont fait semblant de ne plus savoir, comme si Debré n'était pas juif. C'est plus pratique, car leur grande idée est qu'il faut être français, et pour eux, être français signifie ne pas être juif. Il y a un mensonge dans leur amour pour la France, dans leur obsession pour la France, cette France éternelle, de la Chanson de Roland à Racine et Barrès jusqu'à Péguy, la France universelle, la France jacobéenne, celle qui vous définit comme Français et rien d'autre, ni Breton ni Alsacien, ni riche ni pauvre, ni Juif. Il y a une folie dans cette France à laquelle ils croient et qu'ils créent eux-mêmes par leurs lois et leur constitution. Folie ou mensonge, honte, la haine du Juif qui sommeille en eux. Que signifie être Juif à leurs yeux ? Quelle impureté y voient-ils ? Quelle souillure ? C'est comme une homosexualité latente ou un complexe de classe. Pour eux, la pureté, c'est la France.
Constance devint elle-même mère, bien que ses récits indiquent qu'elle ne pouvait plus voir l'enfant régulièrement et qu'elle se battait avec le père pour en obtenir la garde. Le passage cité [référence au texte pertinent] est saisissant. Aime moi tendrement, dans lequel elle parle du choix du nom de son nouveau-né adoré :
Ce n'est pas le cas, j'attends avec impatience la première de ça, avec une bonne vue du ciel, le corps du Lui, la vie du Lui, la mort du Lui, il n'y a rien à désirer, c'est disponible à l'air avec le contenu que je suis plus, je le compare au Lui exact, tout comme cette histoire qu'on se raconte, j'ai dit qu'il s'appelait Paul. Il a le nom de son père mais le prénom c'est moi. C'est quelque chose qui n'existe pas dans les autres amours de choisir le nom de qui on aime. A prénom pour qu'il soit aimé par d'autres, pour qu'il s'en aille un jour.
Constance Debré, Aime moi tendrement
Il est né, je l'ai vu pour la première fois, avec son propre visage, son propre corps, sa propre vie, sa propre mort. Il ne pleurait pas vraiment ; il avait une expression d'insatisfaction que j'aimais. J'ai compris qu'il était vraiment lui, et non une histoire racontée aux autres. J'ai dit qu'il s'appelait Paul. Il porte le nom de son père, mais son prénom, c'est moi. C'est quelque chose qu'on ne fait pas avec les autres êtres chers : choisir le nom de la personne qu'on aime. Un prénom pour qu'il soit aimé des autres, pour qu'un jour il nous quitte.
Une déconstruction complète de la famille serait l'incarnation même de la modernité, mais elle aurait certainement cela en commun avec les sectes et les totalitarismes, si ce n'était aussi le renoncement radical du sujet à la transmission :
Pas d'argent, pas de maison, pas d'héritage. C'est conforme à ma philosophie de ne rien transmettre. Pas même le nom. En remplissant les papiers après sa naissance, j'ai réfléchi. Je ne suis pas un éleveur de vaches, je ne marque pas les bêtes. Qu'il porte le nom de son père. Ordinaire et transparent. Un nom qui ne me concerne pas. Je lui fais grâce du mien. Rien de ces choses-là. C'est mieux. Dans une société enfin moderne, les noms de famille disparaîtraient. Les noms et les patrimoines. Mais la modernité n’en fini pas de ne pas arriver.
Constance Debré, Nom
Ni argent, ni maison, ni héritage. Voilà ma philosophie : ne rien transmettre. Pas même mon nom. En remplissant les papiers après sa naissance, j’ai réfléchi. Je ne suis pas éleveur de bétail ; je ne marque pas mes bêtes au fer rouge. Il devrait porter le nom de son père. Un nom ordinaire et transparent. Un nom qui ne me regarde pas. Je lui épargne le mien. Rien de tout ça. C’est mieux ainsi. Dans une société vraiment moderne, les noms de famille disparaîtraient. Les noms et les héritages. Mais la modernité tarde à venir.
Mais comment cela pourrait-il être conçu ? La transmission même du langage, le mimétisme social, toute forme d’affection ne sont-ils pas déjà liés à ce que Debré discrédite comme le marquage des noms des éleveurs de bétail ? « Je ne sais pas ce qu’est l’amour maternel, ce qu’est l’amour en général ; je ne connais que le particulier », disait-elle dans France Culture. 8 La comédie de Marivaux Le différend Cela conduit au site d'une expérience humaine, où des enfants ont été laissés à grandir dans la solitude, et la première phrase d'Hermione au prince n'est pas accidentelle : « C'est l'endroit le plus sauvage et le plus solitaire du monde, et rien ici n'annonce le festin que vous m'avez promis. » 9 Le dessin de Debré, cependant, ne ressemble que vaguement aux dessins esthético-philosophiques comme ceux d'Alberto Savinios. Tragedia dell'infanzia, car ici l'enfance est aussi un lieu mythique et pas seulement une manifestation défensive d'autonomie.
Que résulte de ces courts chapitres incisifs et paratactiques consacrés au nom ? Une sorte d’avant-garde, un road movie, un départ perpétuel, à la fois solitaire et héroïque, et totalement dénué d’ironie. Mais le « sur » qu’elle emploie ici, un « nous » parlé, demeure en fin de compte un « je ».
Avec n'importe quels parents j'aurais écrit le même livre. Avec n'importe source enfance. Avec n'importe quel nom. Je raconterai toujours la même chose. Qu'il faut se barrer. De n'importe où et n'importe comment. Se barrer. Tout de plus en plus longe. Géographiquement ou sans bouger. Être de plus en plus seul. Tout vers la solitude. La sienne ou celle de l'autre. Possible que les temps quiennent détruisent les vieilles structures, les familles, le couple, l'amour, le travail, tout ce qu'on a appris. Possible qu'on ait besoin de se préparer à être beaucoup plus fort, pour survivre à tout. Possible qu'on ait besoin d'apprendre à vivre autrement, à ne plus croire puisque tout menace de s'effondrer. Possible qu'on ait besoin d'apprendre à vivre en animal ou en guerrier, pour de longs exilés. Il est possible que le monde soit l'un des héros. Je me propose, c'est exemplaire la littérature, c'est pour ça que je dis Je.
Constance Debré, Nom
J'aurais pu écrire le même livre avec n'importe quels parents. Avec n'importe quelle enfance. Avec n'importe quel nom. J'aurais toujours raconté la même histoire. Qu'il faut fuir. De n'importe où, d'une manière ou d'une autre. Fuir, tout simplement. Sans cesse. Géographiquement ou sans bouger. Se retrouver de plus en plus seul. Se réfugier dans la solitude. La sienne ou celle de quelqu'un d'autre. Il est possible que l'ère à venir détruise les anciennes structures : familles, partenariats, amour, travail, tout ce que nous avons appris. Il est possible que nous devions nous préparer à être beaucoup plus forts pour survivre. Il est possible que nous devions apprendre à vivre autrement, à cesser de croire, car tout menace de s'effondrer. Il est possible que nous devions apprendre à vivre comme des animaux ou comme des guerriers, pendant de longues périodes d'exil. Il est possible que le monde à venir ait besoin de héros. Je m'offre à eux ; la littérature en est un exemple, c'est pourquoi je dis « je ».
La critique de Gérard Lefort Nom il perçoit le texte comme étant en tension entre une révolte furieuse et un espoir discret : «Nom C’est le nom d’une grande trahison : celle de la politique du « il faut rester sain d’esprit », celle d’être enrôlé dans la milice des bien-pensants qui encadre nos vies et les amoindrit. […] Nom « C’est un roman encourageant qui, malgré son appel au silence, éveille néanmoins le désir de poursuivre une conversation verbalement. » 10
Trois ouvrages abordent le rejet de l'identité ; une démarche paradoxale, voire contradictoire. Le rejet du social par Debré diffère, par exemple, de la solitude de Rousseau ou du retrait de Thoreau dans les bois. Nathalie Crom Télérama Elle compare le caractère absolu de son refus : « Elle possède l’étonnant radicalisme des saints, des aventuriers de la foi. Les grands mystiques, avec lesquels elle partage une prédilection pour la discipline et l’ascétisme, et dont les déclarations rappellent parfois des expériences intérieures. » 11 Le critique de L'Express exigences auxquelles il faut faire face dans ce troisième livre Nom Enfin, cessons de discuter du cas Debré « d'un point de vue sociologique » et parlons enfin de son style : à cet égard, son unicité et son talent mettent fin à tout débat. 12 Debré s'insurge contre la vie misérable et inachevée, faisant écho à ce que Crom qualifiait d'« attachement volontaire ou irréfléchi au théâtre des apparences et des affiliations de toutes sortes (sociales, familiales…), à l'acceptation d'une identité et d'un destin assignés, à la simple reddition “au destin, aux habitudes, aux autres, aux forces extérieures” ». Ce texte intransigeant résonne aussi en moi comme une œuvre de deuil pour ce que Constance Debré nomme la « modernité ». C'est une thérapie narrative de désintoxication qui explique également le rythme abrupt du style erratique, une autofiction au temps de l'irréel.
J'aurais pu avoir un père, une mère, des frères, des soeurs, un signe astrologique, une ligne de la main, un profil ayurvédique, un groupe sanguin, une religion, des opinions, j'aurais pu avoir une couleur préférée, j'aurais pu avoir des fétiches, des porte-bonheur, des icônes, des idoles, j'aurais pu avoir des blessures, des nostalgies, des reproches, des regrets, j'aurais pu me dire d'une génération, d'un pays, d'une ville, d'une époque, d'un milieu, j'aurais pu me réclamer d'un genre ou d'une sexualité, J'aurais pu chercher une définition de moi-même, j'aurais pu croire à l'identité, et chercher la mienne, j'aurais pu me dire victime ou coupable, j'aurais pu dire J'accuse ou Mea culpa, j'aurais pu chercher une origine, une cause, un pourquoi, j'aurais pu croire à la généalogie, à la sociologie ou à l'ADN, chercher du côté des rabbins, des nobles, des Basques, des ministres ou des camés, j'aurais pu croire à all ça, j'aurais pu en avoir les poches pleines, j'aurais pu All voir un psy deux fois par Semaine, j'aurais pu lui demander de m'aider à me faire vouloir tout ce dont je ne veux pas, j'aurais pu lui demander de me guérir. Je vis sans propriété sans famille sans enfance.
Constance Debré, Nom
J'aurais pu avoir un père, une mère, des frères, des sœurs, un signe astrologique, une ligne de la main, un profil ayurvédique, un groupe sanguin, une religion, des opinions ; j'aurais pu avoir une couleur préférée ; j'aurais pu avoir des fétiches, des porte-bonheur, des icônes, des idoles ; j'aurais pu avoir des blessures, des désirs, des accusations, des regrets ; j'aurais pu dire que j'appartiens à une génération, un pays, une ville, une époque, un milieu ; j'aurais pu m'identifier à un genre ou à une sexualité ; j'aurais pu chercher à me définir ; j'aurais pu croire en l'identité et chercher la mienne ; j'aurais pu me décrire comme une victime ou un coupable ; j'aurais pu dire « J'accuse » ou « Mea culpa » ; j'aurais pu chercher une origine, une cause, un « pourquoi » ; j'aurais pu croire en la généalogie, la sociologie ou l'ADN, chercher parmi les rabbins, les nobles, les Basques, les ministres ou les toxicomanes ; j'aurais pu croire à tout cela ; j'aurais pu en être rempli à ras bord. J'aurais pu aller deux fois chez un psychiatre cette semaine ; j'aurais pu lui demander de m'aider, de me faire désirer tout ce que je ne désire pas ; j'aurais pu lui demander de me guérir. Je vis sans possessions, sans famille, sans enfance.
Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.
Remarques- Extrait de l'article Wikipédia français sur Constance Debré.>>>
- Pascale Robert-Diard, « Constance Debré : de l'autre côté du nom », Le Monde, le 13 octobre 2013.>>>
- Gaspard Dhelemmes, « Portrait : Constance Debré, la prometteuse avocate métamorphosée par la littérature », Vanity Fair, 14 septembre 2020.>>>
- « Remplacez l'anamnèse par l'oubli, l'interprétation par l'expérimentation. » Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille plateaux>>>
- « De toute façon, son père à elle s'est tué tout seul, à petit feu, à doses d'opium puis d'héro. « Nom » s'ouvre sur sa mort. Récit clinique, gestes mécaniques. le bonheur et le vivre-ensemble. Élisabeth Philippe, «Constance Debré, sans toit ni loi" Nouvel observateur, le 10 février 2022.>>>
- Jean-Louis Debré, Une histoire de famille, Robert Laffont.>>>
- Dans votre livre, votre aïeul, c'est Anselme, non Debré. Quand la famille chez elle change de patronyme ? | Sous Napoléon, lorsqu'il a voulu intégrer les juifs. Il a demandé qu'ils s'inscrivent sur les registres d'état civil. Seulement, leur nom ne devait pas avoir de consonance juive. C'est Jacques, mon ascendance, qui a précédé le nom de Debré. Noté par l'officier d'état civil de Westhoffen, le petit village alsacien dont je suis originaire, parce qu'il ne se rend pas compte que, en hébreu, le mot signifie « porter la parole ». Pas n'importe quelle parole, la parole pour transmettre quelque chose. L'officier ne réalise pas la consonance religieuse, et Jacques est profondément religieux, et ne veut surtout pas trahir ses racines juives." Julie Malaure, Les Debré, une « marque de fabrique », Le Point, le 24 octobre 2019.>>>
- "Je ne sais pas ce que c'est l'amour maternel, l'amour en général, je ne connais que du particulier." Constance Debré, France Culture, Le réveil culturel.>>>
- «Voici le lieu du monde le plus sauvage et le plus solitaire, et rien n'y annonce la fête que vous m'avez promise.» Marivaux, Le différend, Scène I.>>>
- "Nom Est le nom d'une grande trahison : à la politique du « il faut raison garder », à l'enrôlement dans la milice des bien-pensants qui encadrent nos vies et les rendent minuscules. […] Nom C'est un roman d'encouragement. Ce qui malgré son injection de la proche, donne l'envie de poursuivre à l'oral par un entretien. Gérard Lefort, « Constance Debré : On vit dans une époque endormie et endormante », Les Inrockuptibles, le 4 février 2022.>>>
- "Elle a la radicalité stupéfiante des saints, des aventuriers de la foi. Des grandes mystiques avec lesquelles elle partage le goût de la discipline et de l'ascèse, et dont ses phrases, parfois, évoquent les expériences intérieures." Nathalie Crom, « Quand Constance Debré dit Nom », Télérama, le 5 février 2022.>>>
- « Il est grand temps de cesser de débattre de son cas sous un angulaire sociologique et de parler enfin de son style : sur ce plan, sa singularité et son talent mettent fin à toutes les querelles. » Louis-Henri de La Rochefoucauld, « Constance Debré, Elie Robert-Nicoud, Geneviève Brisac : les livres à ne pas manquer », L'Express, le 6 février 2022.>>>
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