Orphée à Berlin, la ville des lacs, en film Super 8

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

[…] je place le premier film 8 mm dans la bobine réceptrice, déroule la pellicule dans les débiteurs, sélectionne la bonne cadence de projection, je redoute que la puissance de la lampe halogène brûle le film. moteur. Action.

Sébastien Berlendis, Seize lacs et une seule mer

[…] Je place la première pellicule 8 mm sur la bobine réceptrice, je l'enroule dans le projecteur, je sélectionne la vitesse de lecture, craignant que la puissance de la lampe halogène ne brûle la pellicule. Moteur. Et action.

La découverte de matériaux visuels donne naissance au roman. Seize lacs et une seule mer, semblable au dernier livre de Christophe BoltanskiSon auteur, Sébastien Berlendis, professeur de philosophie à Lyon, a déjà exposé ses propres œuvres photographiques et explique plus tard qu'il est venu à l'écriture à travers les images, comparables aux textes de [nom de l'auteur]. Célia HoudartBerlendis fait partie des auteurs dont l'œuvre n'a pas encore été traduite en allemand, une situation qui pourrait changer avec son roman berlinois. Retour à Palerme À partir de 2018, le narrateur explore Palerme à la recherche de Délia, son amour perdu, notamment un palais abandonné. Ce voyage à travers le temps est inextricablement lié à cet amour perdu, une mélancolie oscillant entre images chargées d'émotion et absence. Ici encore, l'écriture et la mémoire se mêlent à l'intermédialité du film et de la photographie.

Vous pouvez également rester dans la salle de bain en vous transformant en pièce noire. De longues heures de travail, de longues heures de nuit, une peau de haute qualité, des souvenirs confus. Les négatifs subissent l'usure du temps, certains, perméables à l'humidité, se couvrent de Moistures. Caler l'agrandisseur, choisir un papier baryté de petit format, disposer les trois bacs dans la baignoire, plonger les feuilles, augmenter le temps de révélation, creuser les noirs, laisser le blanc manger les bords de l'image, la mécanique du tirage ne s'oublie pas, et la photographie A une fois fixée rappelle, un court instant, le présent du geste qui l'a produite. Le travail de développement se réjouit du film d'une vivacité, mélange de plein et de vide, d'inspiration, d'expiration. Je détruis les films à la fin de la journée.

Sébastien Berlendis, Retour à Palerme

Aujourd'hui, je m'enferme dans la salle de bains, devenue un espace obscur. Huit heures de travail, huit heures de sommeil, nausées, souvenirs confus. Les négatifs souffrent des ravages du temps ; certains sont perméables à l'humidité et couverts de moisissures. Préparer l'agrandisseur, choisir un papier baryté petit format, placer les trois bacs dans la cuve, immerger les feuilles, prolonger le développement, révéler le noir, la disparition du blanc sur les bords de l'image – la mécanique du tirage est inoubliable, et une fois la photographie fixée, elle évoque, l'espace d'un instant, la présence du geste qui l'a engendrée. Le développement rejoue le film d'une vie, un mélange de plénitude et de vide, d'inspiration et d'extinction. Je détruirai les films à la fin de la journée.

L'avant-dernier livre de Berlendis, Les saisons de l'adolescence À partir de 2020, il y avait aussi un projet didactique sur la mémoire :

Nous avons étudié un texte à la lisière de la philosophie et de la littérature. Pour expliquer notre rapport au temps, notre désir de le tenir, l'auteur prenait l'exemple de la photographie. L'image, écrit-il, ne se contente pas du cadre d'un visage, d'un corps, d'un espace séparé, d'un espace de vie, d'une pièce, d'un cadre dans un temps, dans un instant. […] Je raconte l'histoire de ce jeune garçon qui perd la mémoire. Bientôt il ne pourra garder qu'un seul souvenir, dernier souvenir qu'il peut néanmoins choisir. Je propose aux élèves de se mettre à la place du jeune garçon et d'écrire sur leurs plus beaux papiers le souvenir qu'ils souhaiteraient conserver.

Sébastien Berlendis, Les saisons de l'adolescence

Nous avons étudié un texte à la croisée de la philosophie et de la littérature. Pour expliquer notre rapport au temps, notre désir de le saisir, l'auteur prend l'exemple de la photographie. L'image, écrit-il, ne se contente pas de cadrer un visage ou un corps ; elle ne se limite pas à enfermer un espace, un paysage, une pièce ; elle cadre un temps, immortalise un instant. […] Je raconte l'histoire d'un jeune garçon qui perd la mémoire. Bientôt, il ne pourra plus conserver qu'un seul souvenir, le dernier qu'il pourra choisir. Je propose aux élèves de se mettre à la place du garçon et d'écrire, sur leur plus belle feuille, le souvenir qu'ils aimeraient garder.

Deux ans plus tard, raconte le narrateur à la fin, il a lu les textes scellés des étudiants, il en a même appelé certains, et il a lui-même commencé à écrire de courts mémoires qui constituent le livre. Les saisons de l'adolescence Ils vont se rattraper. L'un d'eux prend, comme Seize lacs et une seule mer L'histoire de Berlin reflétée dans son paysage : en contemplant une photographie de lui-même jeune, il lit ses adieux à l'enfance, dans une « rencontre avec l'histoire, mille deux cents kilomètres plus à l'est en Europe ». 1 Sur la colline de décombres de Berlin-Ouest, baptisée ainsi en référence au Teufelssee (lac du Diable), gisent les vestiges inachevés de Germania, la capitale mondiale utopique, et plus précisément la faculté de génie militaire. Cet extrait d'un voyage scolaire, un souvenir tiré d'une photographie prise par l'enseignant, laisse déjà entrevoir le lien entre exploration du paysage, contemplation historique et introspection qui caractérise le livre que Berlendis publiera à l'été 2021 sur Berlin.

Collines étranges, artificiel, c'est le guide qui explique, cent vingt mètres de haut, elle domine Berlin et le Nord de Grunewald, le grand bois vert de la ville. Teufelsberg, la montagne du diable, tel est son nom, montagne de gravats, de béton concassé, construit après la Deuxième Guerre ; je comprends que nous marchons sur les ruines de Berlin. Elle n'est pas la seule à avoir été éditée ainsi ; ce qui surprend et la distingue de ses sœurs, voilà ce qu'est une ancienne université militaire. Maison en rondins indestructible, elle demeure là, inentamée, sous nos pieds. Il suffirait de casser la neige et la glace, ou attendre l'été, arracher les herbes hautes, gratter, creuser la terre pour qu'elle apparaît. Énigmatiques également les dômes radars qui couronnent Teufelsberg. […]

Le froid encore lorsque nous descendons pour rejoindre Teufelssee, le lac en contrebas, dans un creux, au milieu des bois. À nouveau, la neige et la glace recouvraient la surface de l'eau, j'aimerais revenir à l'été.

Sébastien Berlendis, Les saisons de l'adolescence

Un étrange, artificiel Le Teufelsberg, explique le guide, est une colline de 120 mètres de haut qui domine Berlin et la partie nord du Grunewald, la grande forêt verdoyante de la ville. la montagne du diable, Voilà son nom, une montagne de gravats, de béton brisé, accumulée après la Seconde Guerre mondiale ; je réalise que nous marchons sur les ruines de Berlin. Ce n'est pas la seule colline ainsi créée. Ce qui est surprenant et la distingue des autres… frères et sœurs Ce qui la distingue, c'est qu'il s'agit d'une ancienne université militaire. C'est un blockhaus indestructible, qui se dresse intact sous nos pieds. Il suffit de dégager la neige et la glace, ou d'attendre l'été, d'arracher les hautes herbes, de gratter et de creuser la terre jusqu'à ce qu'elle apparaisse. Les dômes radar qui couronnent le Teufelsberg sont eux aussi énigmatiques. […]

Le froid est revenu alors que nous descendions vers le lac du Diable, niché dans un creux au cœur de la forêt. Là aussi, la neige et la glace recouvraient la surface de l'eau ; j'aimerais beaucoup y revenir en été.

Le narrateur rencontrera le lac du Diable dans Seize lacs et une mer comme son lac préféré parmi ceux qu'il a visités. Le livre d'été relate le périple d'une femme d'un lac à l'autre, brossant un tableau presque bucolique de Berlin. Lac Blanc. Lac Long. Müggelsee. Wannsee. Lac du Diable. Cette fois, la visite des lacs obéit à une logique différente, à savoir les images Super 8 d'Inna Helm qui ont été retrouvées :

Sur les images du film, Inna Helm ne descend pas les marches d'escalier du strandbad car celui-ci n'existe pas ; Le lac, enchâssé dans la forêt, est aussi sauvage et secret. À peine un carré minuscule de sable gris réservé aux familles avec enfants ; Les garçons ou les filles seules, les jeunes couples présentent leurs draps de bain à l'écart des rives, dans les champs d'herbes hautes. Les corps nus et vêtus se mélangent dans le calme et la douceur caractéristiques des lacs Berlinois. Amoureux des bords de mer varois, des rivages italiens, cette tranquillité, au départ, me désarçonnait - comment dorénavant pourrait-je m'en priver.

Je marche autour du lac, j'effectue ce qu'ici les habitués nomment la ronde de clôture, je reconnais le lieu de la séquence du film. Sur la rive sud, en retrait du lac, sous les branches des saules, Inna Helmôte son débardeur, expose son dos blanc et fin, le plan se rendez au moment où elle esquisse un mouvement en direction de celui ou de celle qui la films. Je parle du cadre, je reproduis, je photographie l'espace et j'interroge : je parle de ces images. Trois autres plans fixent le lac complètent la séquence.

Sébastien Berlendis, Seize lacs et une seule mer

Dans le film, Inna Helm ne descend pas les marches du lido, car il n'existe pas ; le lac, cerné par la forêt, est l'un des plus sauvages et des plus isolés. Seule une minuscule bande de sable gris est réservée aux familles avec enfants ; garçons ou filles célibataires, jeunes couples étendent leurs serviettes à l'écart du rivage, dans des prairies d'herbes hautes. Nus et habillés se mêlent dans la paix et la tranquillité caractéristiques des lacs berlinois. Amoureuse de la côte méditerranéenne du Var et des plages italiennes, j'ai d'abord été déconcertée par cette tranquillité : comment pourrais-je m'en passer ?

Je fais le tour du lac, ce que les habitués appellent le dernier tour, et je reconnais l'endroit où a été tournée la séquence. Sur la rive sud, en retrait du lac, sous les branches du saule, Inna Helm retire son débardeur, dévoilant son dos fin et blanc. Le plan s'achève lorsqu'elle fait un mouvement vers la personne qui filme. J'essaie de me souvenir du cadrage, je le recrée, je prends deux photos de l'endroit, et je me demande : que faire de ces images vides ? Trois autres clichés du lac complètent la séquence.

La logique visuelle de la recherche d'indices reste ouverte. Inna est comme une Béatrice contemporaine, un guide fantomatique venu du passé, tandis que la cinéaste syrienne exilée Leyla l'accompagne de manière très concrète. Frank Beauvais résume ainsi les allusions cinématographiques, esthétiques et musicales du livre :Seize lacs et une mer Ce livre entraîne le lecteur dans un voyage qui débute par la découverte de deux films Super 8, entre Berlin et France, entre cinéma et photographie, et évoque avec désinvolture Chantal Akerman et Bill Callahan dans une prose poétique, fluide et d'une grande sobriété. Une lecture vivement recommandée où les esprits de Dorrit Weixler et Bruno Kastner se croisent aussi furtivement. 2

In Le Monde des livres Fabrice Gabriel a rejeté la classification du livre comme roman, évoquant une géologie de l'écriture, la généalogie d'un paysage imprégné d'histoire, mais soulignant également que cette flânerie est un jeu ironique avec les mythologèmes berlinois. 3 – L’excellente critique de Jérôme Delclos va plus loin, soulignant le programme iconographique de Berlendis ainsi que les allusions évidentes à l’histoire d’Orphée et Eurydice. 4 Non seulement dans le geste de la tête tournée en arrière, mais aussi dans la visite partagée au cinéma avec la cinéaste (endormie) Leyla du film Orphée de Jean-Marie Straub. L'Inconsolable L'auteur attire notre attention sur ce point à travers le texte du film de Cesare Pavese. Ici, Orphée choisit consciemment une vie sans Eurydice. La lamentation d'Orphée est autoréférentielle : il s'écoute désormais lui-même.

J’entendais le bruissement de ses pas derrière moi. Mais j’étais toujours là, en bas, et j’avais froid. Je pensais qu’un jour je devrais y retourner, que ce qui avait été se reproduirait. Je repensais à ma vie avec elle, telle qu’elle avait été ; à la fin, une fois de plus. Ce qui a été sera. Je repensais au froid, au vide que j’avais traversé, et qu’elle portait en elle, dans ses os, dans sa moelle, dans son sang. La vie valait-elle la peine d’être vécue à nouveau ? Je méditais sur cette question et jetais un coup d’œil au jour. Puis je dis : « Qu’il en soit ainsi », et je me détournai. Eurydice disparut, comme une bougie qui s’éteint. 5

Jean-Marie Straub, L'Inconsolable 2011.

C'est comme ça Seize lacs et une seule mer L'œuvre de Berlendis propose une variation importante sur ses thèmes. Perte et mémoire, image en mouvement et immobilité, film et photographie sont présentés ici d'une manière à la fois subjective et historiquement significative, comme des reconstitutions de séquences de films, comme un livre estival sur Berlin d'un lac à l'autre.

Six minutes et trois secondes d'images après temps ; pourtant, entre chaque séquence, un carton de couleur crème indique les jours et les mois de l'été 2016, deux années me séparent donc de ces estivales et d'Inna Helm – les enveloppes qui contenaient le trésor mentionnaient ce nom. Je rembobine, je regarde les deux films plusieurs fois. Six séquences, des plans presque exclusivement fixes de durées inégales, rarement brefs, celui ou celle qui filme laisse le temps se déployer. Six séquences qui correspondent, ainsi les cartons le précisent, à six lacs, Berlinois je présume ou quelque peu éloignés de la ville. Le cadre ne change pas, les plans sont pour la plupart larges et capturent la silhouette d'Inna Helm de dos. La jeune femme descend les marches des établissements balnéaires, elle se fige, regarde l'horizon. Lorsque le lac présente un décor plus sauvage, lorsqu'il se cache par exemple au coeur d'un bois, Inna avance vers l'eau, maillot une pièce bleu électrique, enroulée parfois jusqu'aux hanches, elle écarte les branches des aulnes ou des saules, la caméra suit son mouvement, s'approche sa nue ; Une seconde récapitulation, le tour du visage, le dévoilement du visage dure une seconde. Arrêtez la bande six fois, je note le nom des lacs, je photographie le visage d'Inna et ses poses immobiles.

Sébastien Berlendis, Seize lacs et une seule mer

Six minutes et trente secondes d'images intemporelles, et pourtant, entre chaque séquence, une carte couleur crème affiche les jours et les mois de l'été 2016. Deux ans me séparent de ces scènes estivales et d'Inna Helm – son nom était imprimé sur les enveloppes contenant le trésor. Je rembobine et regarde les deux films plusieurs fois. En six séquences, presque exclusivement des images fixes de durées variables, rarement courtes, la personne qui filme laisse le temps s'écouler. Six séquences qui, comme le suggèrent les boîtes, correspondent à six lacs – des lacs berlinois, je suppose, ou des lacs situés un peu plus loin de la ville. Le cadrage reste constant ; les plans sont pour la plupart larges et capturent la silhouette d'Inna Helm de dos. La jeune femme descend les marches de l'établissement balnéaire, frissonnante, et contemple l'horizon. Lorsque le lac offre un décor plus sauvage, lorsqu'il est caché, par exemple, au cœur d'une forêt, Inna s'avance vers l'eau, vêtue d'un maillot de bain une pièce bleu électrique, parfois retroussé jusqu'aux hanches. Elle écarte les branches des aulnes ou des saules, la caméra suivant son mouvement, s'approchant de son cou ; elle ne tourne la tête qu'une seule fois, son visage se dévoilant à peine une seconde. Je mets la vidéo en pause six fois, notant les noms des lacs, photographiant le visage d'Inna et ses poses immobiles.

https://www.instagram.com/p/CUVhYSWt58Q/
Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. « Orphée à Berlin, la ville des lacs, comme un film Super 8. » Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2021. Consulté le 8 mai 2026 à 04:38. https://rentree.de/2021/11/15/orpheus-in-berlin-die-stadt-der-seen-als-super-8-film/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Remarques
  1. «L'excitation encore pendant la nuit avant notre rencontre avec l'histoire mille deux cents kilomètres plus à l'est de l'Europe.»>>>
  2. "Seize lacs et une seule mer Promène son lecteur, à partir de la découverte de deux films super 8, entre Berlin et la France, cinéma et photographie, évoquant au passage bien Chantal Akerman que Bill Callahan dans une prose poésie fluide et dépourvue d'afféteries. Une lecture fortement recommandée où l'on croise fugacement les fantômes de Dorrit Weixler et Bruno Kastner. Frank Beauvais sur le Profil Facebook l'auteur>>>
  3. "Une flânerie géographique, surtout, mêlant effet de réel et poésie d'un imaginaire ancien, géologie de l'écriture et généalogie d'un paysage saturé d'histoires. Observateur fin et rêveur, Berlendis détourne les clichés d'une certaine mythologie berlinoise pour en faire comme le film d'une pure révélation sensible." Fabrice Gabriel, « Berlin ville d'eau », Le Monde des livres, le 28 octobre 2021.>>>
  4. Jérôme Delclos, « Les entrelacs de Sébastien Berlendis », Le Matricule des Anges, n° 227 , octobre 2021.>>>
  5. "Je sens tout le fruit de mon passage. Mais je suis encore en retard et j'ajoute ce freddo. Je pense que j'ai déjà commencé à tourner, ce qui est encore là. Je pense à la vie avec toi, comme avant; une autre fois sera finie" e mi Voltaï. Euridice s'est comparée quand elle a allumé une bougie. César Pavese, L'inconsolabile>>>

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1 commentaire sur « Orphée à Berlin, la ville des lacs, en film Super 8 »

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