Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
La postérité de Jaurès, sa mémoire au XXe Cela ne fait pas partie de la mesure communautaire, à quelques exceptions près, en fonction de l'intensité du point de vue et de la valeur de l'action. Plus Jaurès a été célébré, bonjour à un autre compris.
Vincent Duclert et Gilles Candar 1
L'assassinat de Jean Jaurès en 1914 est un thème central du roman de Thierry Froger. Et pourtant ils existentEn bref, à travers des chapitres sans sections et des changements de perspective rapides, le roman explore une fois de plus le mythe national, utilisant la chanson de Jacques Brel comme une devise interrogative. jaurès (citation tirée d'une autre année de crise sombre, 1977) :
Et pourtant l'espoir fleurissant
Jacques Brel, Jaurès
Dans les rêves qui montaient aux yeux
Des quelques ceux qui refusaient
La rampe est tout aussi visible
Oui notre bon Maître, oui notre Monsieur
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Et pourtant, l'espoir a fleuri.
Dans les rêves qui montaient jusqu'aux yeux,
Parmi les rares qui ont refusé,
Ramper jusqu'à la vieillesse
Oui, notre bon maître, oui, notre seigneur
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
« Et pourtant… » Le titre du roman ne provient pas de la chanson de Brel, mais cite une chanson de Léo Ferré. les anarchistes"Y'en a pas un sur cent" et pourtant ils existent / La plupart Espagnols allez savoir pourquoi / Faut croire qu'en Espagne on ne les comprend pas / Les anarchistes ». 2 On entendra également la chanson dans le livre. À l'instar des deux chansons, la scène finale de Froger contient une dimension onirique surprenante : un homme s'effondre, mort, sur la plage au clair de lune – comme ce fut le cas pour l'assassin de Jaurès, Raoul Villain, en 1936.
Sophie Jouberts La critique du livre aboutit en réalité à la conclusion d'une poétique onirique historique : « Thierry Froger a composé un subtil jeu de correspondances, un archipel de voix et de figures qui a traversé le XXe siècle. »e siècle comme dans un rêve, une étrange photographie où les vivants cohabitent avec les fantômes. 3 Et l'historien Jean-Clément Martin conclut de même comment le factuel et le fictionnel se mélangent : « On a donc affaire à un récidiviste de l'invention loufoque et de la réflexion sérieuse, mais surtout à un virtuoso du shaker mêlant les personnes historiques les plus authentiques à ses fantasmes et à ses clones récurrents en pimentant le tout de détours improbables Il n'a pas osé, comme dans Sauve qui peut (la révolution), toutes les audaces, comme d'embarquer Danton et Robespierre quasi centenaires dans des aventures picaresques ; «C'est le contenu d'une pérégrination et d'une jubilation chaotiques qui est aussi une leçon de vie et une lecture attentive, désabusée et roborative de l'histoire, vécue, racontée, imaginée.» 4
Il existe toute une tradition de motifs liés à la manière dont les écrivains français ont pris pour sujet le pacifiste de gauche Jean Jaurès. 5 Lors du centenaire de son assassinat en 2014, il a cité Ruth Jung Kurt Tucholsky encore, qui, à l'occasion du transfert du corps de Jaurès au Panthéon en 1924, dans le Scène mondiale Il écrivit : « Le 31 juillet 1914, un lecteur des journaux locaux français assassina le grand socialiste Jean Jaurès au Café du Croissant, rue Montmartre. Ce matin-là même, Jaurès s'était précipité au Parlement, la nouvelle de la déclaration de l'« état de guerre » en poche, après avoir cherché la définition exacte du mot dans le dictionnaire et s'être exclamé avec une foi inébranlable : « Ce n'est pas encore la guerre ! » » Et c'est de même que Vincent Duclert et Gilles Candar ont choisi le titre « Jaurès : Du récit national fondateur à l'histoire problématique » pour leur biographie de référence de Jaurès. 6Froger peut donc être plus facilement associé à la nouvelle tendance qui consiste à raconter l'histoire de la formation des légendes de manière critique et ambivalente.
Je suis arrivé avec une paire de croissants, arrivés dans les dernières heures de la journée et en juillet ; il fait chaud ; Les fenêtres sont ouvertes. Près de l'une d'elles, Jaurès a déjà presque fini de dîner, attable avec de nombreux camarades. Derrière lui, l'air brûlant remue à peine le rideau brise-bise à la mode. En me voyant, Jaurès me tend a bonne main, épaisse, chaude, enveloppante, la tête légèrement penchée en avant. Il lève sur moi ses grands yeux d'ami confiant et, d'un air entendu, me glisse tout bas : « Cela va mal ». J'opine doucement du chef et il se redresse d'un coup : "Voulez-vous que je vous dise la différence entre la classe ouvrière et la classe bourgeoise ? C'est que la classe ouvrière hait la guerre collectivement, mais ne la craint pas individuellement, tandis que les capitalistes, collectivement, célèbrent la guerre, mais la redoutent individuement. Et cette différence porte en elle la tragédie qui s'annonce." Si vous trouvez le moyen de répondre, vous obtiendrez un silence instantané avant le début du repas, sans pour autant empiéter sur la tarte aux fraises.
Thierry Froger, Et pourtant ils existent
J’arrivai au Croissant à 21 heures. L’endroit rayonnait de la douce lumière des dernières heures de juillet ; il faisait chaud ; les fenêtres étaient ouvertes. Près de l’une d’elles, Jaurès avait presque fini de dîner et était assis avec plusieurs camarades. Derrière lui, l’air chaud agitait à peine le rideau élégant. En me voyant, Jaurès me tendit la main, épaisse, chaude et enveloppante, la tête légèrement inclinée. Il me regarda avec les grands yeux d’un ami proche et dit d’un air entendu : « Ça va mal. » J’acquiesçai légèrement, et il se redressa brusquement : « Voulez-vous que je vous explique la différence entre la classe ouvrière et la bourgeoisie ? Le fait est que la classe ouvrière, collectivement, hait la guerre mais ne la craint pas individuellement, tandis que les capitalistes, collectivement, célèbrent la guerre mais la craignent individuellement. Et cette différence est porteuse de la tragédie à venir. » Ne trouvant rien de sensé à dire, il garda le silence un instant, puis commença à grignoter distraitement un morceau de gâteau aux fraises.
Jusqu'à présent, le meurtre narré apparaît d'un point de vue iconographique relativement conventionnel ; on pourrait le comparer, par exemple, à celui d'Éric Vuillard. Batailles occidentalesLa mosaïque d'images de Vuillard sur la Première Guerre mondiale n'est explicitement pas conçue comme un ouvrage commémoratif : « Vuillard veut nous libérer, nous faire dégriser de l'ivresse qui s'empare de la mort, du sacrifice, des batailles, de la destruction et de l'héroïsme », résume ainsi l'éditeur Matthes & Seitz. Vuillard relate le meurtre de façon cinématographique, en gros plan et au ralenti, suivant la balle comme une sonde traversant le crâne de Jaurès et condensant rapidement les années qui suivirent l'assassinat du meurtrier jusqu'à sa mort sur la plage en 1936. Vuillard met en scène la vive communication internationale qui suivit l'assassinat de manière rythmique et musicale, dans une double cadence, composant d'abord la cacophonie multilingue des réactions internationales par téléphone et télégramme :
Mais, pour le moment, on est encore au café Le Croissant, au-dessus du cadavre de Jean Jaurès, rue Montmartre, rue tortueuse que descendront les conscrits quelques jours plus tard. Car cet assassinat a précipité la crise. Les socialistes sont ralliés. Dans son hommage à Jaurès devant l'Assemblée, Deschanel invoque « le salut de la civilisation » ; La guerre arrive… Soudain, de toutes parts, les téléphones sonnent ; les opératrices enfoncent leurs fiches dans d'immenses tableaux ; c'est l'Europe entière qui séduit, Qui parle ? Quoi ? Bonjour ! et dans toutes les langues, on sort le patois des grandes occasions. On se demande ce qu'il faut faire, si les Allemands fromt faire ceci et si les Belges fromt faire cela, si les Russes fromt faire ceci et les Autrichiens ceci ou cela, mais personne n'en sait rien ; et pour être bien sûr de tout se dire, voici qu'on se télégraphie, on exécute des séries de bips longs ou courts et de silences, titatiti tita / tatati titita ti titati titati ti ; ce qui signifie : la guerre.
Eric Vuillard, Batailles d'Occident
Mais nous sommes toujours au café. Le Croissant Au-dessus du corps de Jean Jaurès, rue Montmartre, une rue sinueuse que les conscrits emprunteraient quelques jours plus tard. Car ce meurtre exacerbe la crise. Les socialistes s'unissent. Dans son éloge funèbre de Jaurès devant l'Assemblée nationale, Deschanel évoque « le salut de la civilisation » ; la guerre est imminente… Soudain, les téléphones sonnent partout ; les opératrices branchent leurs oreillettes sur d'immenses panneaux ; toute l'Europe appelle. Qui parle ? Quoi ? Bonjour !Et dans toutes les langues, on ressort les bavardages de vacances. On se demande quoi faire, si les Allemands feront ceci et les Belges cela, si les Russes feront ceci et les Autrichiens ceci ou cela, mais personne ne sait rien ; et pour être absolument sûrs que tout est dit, on envoie des télégrammes, enchaînant des bips longs ou courts et des pauses, dah-di-dah di-dah-dit di-dit dit dadh-dah-dit, ce qui signifie : guerre.
Éric Vuillard, La Ballade de l'Ouest, trad. Nicola Denis
Une seconde cadence s'insinue à nouveau dans le crâne, et la physiologie de l'ouïe et le grondement martial des tambours de la Seconde Guerre mondiale résonnent dans l'accord final multilingue :
Et ces miettes brisées que les satellites ont rendues à rien, comme la diérèse fut mouchée par la prose, roulent dans des milliers de fils jusqu'à des milliers de bureaux où elles se glissent dans des milliers d'oreilles, par la corne jusqu'au tympan, qui vibre et cogne le marteau qui cogne l'enclume qui cogne l'étrier. Et, ce tout petit étrier, le plus petit os du corps, transmet l'enfant chéri la cochlée où il va se prendre dans les cils. Et là miracle, on entend, des milliers de personnes entendent, et qu'entendent-elles ? Pour entendre la petite musique, la deuxième fois c'est sur la caisse : Voeina, savash, rat, guerre, était – la guerre.
Eric Vuillard, Batailles d'Occident
Et ces miettes broyées, annihilées par les satellites comme la prose expédiait la diérèse, glissent à travers des milliers de fils jusqu'à des milliers de bureaux, où elles se faufilent dans des milliers d'oreilles, traversent le pavillon jusqu'au tympan, qui vibre et frappe le marteau, lequel frappe l'enclume, lequel frappe l'étrier. Et ce minuscule étrier, le plus petit os du corps, transmet le précieux son à la cochlée de l'oreille interne, où il est capté par les cellules ciliées. Et là, ô merveille, on entend, des milliers de personnes entendent, et qu'entendent-elles ? Toujours le même petit morceau de musique, le même bois sec qui fait rire et qu'on casse en deux. Voeina, savash, rat, guerre, était - Guerre.
Éric Vuillard, La Ballade de l'Ouest, trad. Nicola Denis
L'interprétation que Froger fait des derniers instants de Jean Jaurès est directement imprégnée d'une perspective personnelle : le visage puissant évoque un tableau de Rembrandt, Paul ou Abraham. Et, contrairement à l'œuvre de Vuillard, le meurtre s'immisce dans la contemplation intime.
Je regarde ce visage puissant aux yeux bons et profonds, au front immense, à la barbe d'argent ruisselante sous la clarté des lampes et je ne peux m'empêcher de chanter aux peintures de Rembrandt, à ces beaux visages où affleurent tant la grandeur de l'esprit humain que la conscience inquiète de sa fragilité. L'évidence me frappe pour la première fois : Jaurès est de l'étoffe des Saint Paul, des Abrahams, des philosophes en méditation que le Hollandais a éclairé avec son pinceau. Pour l'heure, la figure du grand homme dégouline. Il s'essuie le front avec sa serviette tandis que nous remuons l'air en agitant L'Humanité verser le tout éventuellement. Il nous regarde en souriant et dit : "Cette tarte est très délicieuse. Mais quelle chaleur !" La balade sur le derrière est à la fois délicate et émouvante. Un principal jaillit, prolongé par un tube métallique qui fait une étincelle rougeâtre et gonfler une fumée de cigare.
Thierry Froger, Et pourtant ils existent
Je contemple ce visage puissant, ses beaux yeux profonds, son vaste front, sa barbe argentée qui luit à la lueur de la lampe, et je ne peux m'empêcher de penser aux tableaux de Rembrandt, à ces beaux visages qui expriment la grandeur de l'esprit humain et la conscience angoissée de sa fragilité. Pour la première fois, une évidence me frappe : Jaurès est de la même étoffe que saint Paul, Abraham, les philosophes méditants que le Hollandais a illuminés de son pinceau. À cet instant, la silhouette du grand homme est ruisselante. Il s'essuie le front avec sa serviette tandis que nous remuons l'air et avec le L'Humanité Il agite les mains comme un éventail. Il nous regarde en souriant et dit : « Ce gâteau est vraiment délicieux. Mais qu’il est chaud ! » Le rideau derrière sa tête se replie et se soulève légèrement. Une main jaillit, prolongée par un tube métallique qui projette une étincelle rougeâtre et exhale de la fumée de cigare.
Ce moment acquiert toute sa signification non par une mise en scène médiatique, mais par cette mort brève et soudaine et le silence du narrateur. La force poétique et ordonnée du récit historiographique de Vuillard contraste, dans les courts chapitres de Froger, avec les échos individuels de ce meurtre, dont la polyphonie ne se révèle qu'à la lecture.
Je regarde, figé, abruti pendant une demi-seconde, avant qu'un second coup de feu n'explose mais Jaurès est déjà tombé sur Renaudel, la serviette aux mains, un morceau de fraise encore aux lèvres. Je ne vois pas de sang. À peine at-il tressailli, n'ayant pas eu le temps de faire le geste de se retourner. Ce n'est pas comme ça, c'est juste comme ça. Je regarde la fenêtre, Landrieu vient d'arracher le rideau ; J'aperçois une ombre, un chapeau, un verre de bière qui valse, puis une bousculade qui met fin à l'étrange stupeur et au silence. J'entends hurler quatre mots, répétés furieusement deux fois, et je reconnais la voix de ma femme qui, la première, a recouvré la parole.
Thierry Froger, Et pourtant ils existent
Je reste figé, le regard figé, une demi-seconde avant qu'un second coup de feu ne retentisse. Jaurès est déjà tombé sur Renaudel, la serviette serrée dans sa main, un morceau de fraise sur les lèvres. Je ne vois pas de sang. Il a à peine tressailli, n'ayant pas eu le temps de se retourner. Il n'a rien dit, peut-être même pas pensé. Je regarde vers la fenêtre ; Landrieu vient d'arracher le rideau. Je vois passer une ombre, un chapeau, un verre de bière, puis une secousse qui brise l'étrange stupeur et le silence. J'entends quatre mots, répétés deux fois avec colère, et je reconnais la voix de ma femme, la première à parler à nouveau.
Lorsque Emmanuel Macron a conclu sa campagne électorale de 2017, le titre était : Les Echos : « Emmanuel Macron sur les traces de Jean Jaurès » 7À l’instar de Jaurès en 1903, Macron a lui aussi prononcé un « discours à la jeunesse ». Dans son discours sur l’assassinat du professeur Samuel Paty, Macron a déclaré que Paty était le genre de professeur dont rêvait Jaurès. Les interprétations et les faits historiques semblent pour l'instant établis, mais les éditions Actes Sud soulignent, à propos du roman de Froger, les ambivalences polyphoniques et les lacunes que la fiction historique cherche à combler : « Entre l'assassinat de Jaurès et la guerre d'Espagne, entre la grande histoire et les petites vies, comment s'écrit et se défait la légende des héros ambigus. « Et pourtant ils existent » reconstitue patiemment, non sans une pointe d'ironie, les actes héroïques discutables de Florentin Bordes, un résistant tenace, figure emblématique de sa famille, au cœur d'un tourbillon romanesque où les voix se répondent, se poursuivent et se contredisent pour démêler les ambiguïtés du réel, les vérités improbables et les hypothèses infaillibles de la fiction. » 8
Et en effet, Froger s'attaque à la création de mythes historiques en faisant figurer dans le roman une boutique de musée remplie de souvenirs de Jaurès, liant avec jubilation la sociologie culturelle et le monde de la consommation à la culture du souvenir, jusqu'aux espadrilles commémoratives produites de manière écologique.
Ce délai m'a permis de paufiner la campagne de communication pour l'ouverture du musée et de diversifier les produits dérivés proposés à la vente. Aux assiettes, tasses, mugs, tee-shirts et serviettes de bain que la tête du locomotive décorait, j'ai pu ajouter des sets de table ornés de la signature de Jean Jaurès et une série de figurines représentant les différents combattants de la guerre d'Espagne : nationalistes pneus à quatre épingles, anarchistes dépenaillés, communistes à petites lunettes rondes, aviateurs tous de la Légion Condor, régulier marocains et même des infirmières pour ne pas frustrer les petites filles. Cela implique également le recours à des réseaux avec des fabricants plus pour la production d'armes d'imitation utilisées dans les conflits (Astra 400, Naranjero, Mauser Gewer, pistolet Ruby, etc.).
Thierry Froger, Et pourtant ils existent
Ce délai m'a permis d'affiner la campagne de communication pour l'ouverture du musée et de diversifier les produits proposés à la vente. Il s'agissait notamment d'assiettes, de tasses, de mugs, de t-shirts et de serviettes à l'effigie du chef du musée. locomotive Outre la décoration, j'ai pu ajouter des sets de table signés Jean Jaurès et une série de figurines représentant les différents combattants de la guerre civile espagnole : nationalistes empalés, anarchistes à l'air négligé, communistes à petites lunettes rondes, aviateurs de la Légion Condor allemande, soldats marocains, et même des infirmières, pour ne pas décevoir les petites filles. J'ai également négocié avec plusieurs fabricants la production de répliques d'armes utilisées pendant le conflit (Astra 400, Naranjero, Mauser Gewerb, canon Ruby, etc.).

Dans l'entreprise fondée par Jaurès L'Humanité Sophie Joubert résume ainsi le style d'écriture de Froger et les interprétations du roman historique d'engagement et d'héroïsme de cette génération : « Thierry Froger écrit dans les vides de l'histoire. Les lecteurs de ses romans précédents, Sauve qui peut (la révolution), qui fasait de Danton et Godard des personnages de fiction, et Les Nuits d'Ava, sur Ava Gardner et Gustave Courbet, connaisseur son talent pour brouiller les frontières entre le vrai et le faux, pour entrelacer avec brio des fils qui n'auraient jamais dû se croiser. « C’est l’entreprise qu’il poursuit dans ce roman-puzzle où de multiples voix se font écho pour reconstituer le trouble passé de Florentin Bordes, questionner l’héroïsme, l’engagement politique, la fidélité aux distinctifs de jeunesse. » 9


Dans le chapitre « Rose Pierre », le titre du roman est finalement remis en question d'un point de vue générationnel lorsque la jeune Ariane dénonce les tentatives de la gauche de réécrire l'histoire. Pour elle, Léo Ferré est un mythe tenace : « Vous êtes deux vieilles dames nostalgiques. Vous me faites pitié », dit-elle en quittant le jardin tandis que Ferré chantait. Les anarchistes. Alors qu'elle s'engageait dans la nuit en direction de sa maison, elle fit demi-tour et je crus qu'elle s'était ravie ou qu'elle voulait nous embrasser avant de nous quitter. Ce n'est pas le cas. Elle nous dit juste : "Votre Léo n'avait d'anarchiste que la tronche et les mots. Il roulait en Rolls, le fumier." 10
Même un petit texte se lit comme ceci : historiquement attesté L'anecdote concernant le journaliste Dolié dans le court chapitre de Froger sur l'assassinat de Jean Jaurès sert de commentaire autoréflexif sur la représentabilité de la guerre :
Un journaliste comme moi, Dolié, s'approche et lui montre une photographie en couleurs de sa fille. Jaurès s'y intéresse, demande l'âge de l'enfant, et s'émerveille de la fidélité des images à la vie. Puis il se rembrunit, perdu dans ses pensées. Le murmure : "J'ignore le portrait de la paix avec la modernité moderne. Vous n'imaginez pas Goya vous photographier sans avoir l'occasion de voir les désastres de la guerre avec la boîte magique. "Cela ne change pas grand-chose à l'affaire. Et les morts de la guerre sont les plus hideux qui soient. Le sourit doucement en se forçant à avaler une bouchée.
Thierry Froger, Et pourtant ils existent
Un ami journaliste, Dolié, vient le voir et lui montre une photographie couleur de sa fille. Jaurès, intrigué, lui demande l'âge de l'enfant et s'étonne du réalisme des clichés. Son visage s'assombrit alors, perdu dans ses pensées. Il murmure : « Je ne sais pas si l'on peut peindre la paix avec ces moyens modernes. Mais je ne veux pas qu'un Goya, photographe, nous raconte demain les catastrophes de la guerre avec son matériel magique. Que les morts soient figés au fusain ou par une délicate émulsion, cela ne change rien. Et les morts de la guerre sont les plus terribles de tous. » Il esquisse un sourire et se force à avaler une bouchée.
Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.
Remarques- Vincent Duclert et Gilles Candar, Jean Jaurès (Paris : Fayard, 2014). Allemand : « À quelques exceptions près, l’héritage et la mémoire de Jaurès au XXe siècle ne sauraient rendre justice à l’intensité de sa vie et à la portée de son œuvre. Plus on célébrait Jaurès, moins on le comprenait. »>>>
- Il n'y en a pas un sur cent, et pourtant ils existent / La plupart sont espagnols, imaginez ça / Je pense qu'ils ne sont pas compris en Espagne / Les anarchistes>>>
- Thierry Froger compose un subtil jeu de correspondances, un archipel de voix et de figures qui traversent le XXe siècle comme dans un rêve, une étrange photographie où les vivants coexistent avec les fantômes.>>>
- Nous avons donc affaire à un récidiviste aux inventions débridées et aux réflexions profondes, mais surtout à un virtuose de la complexité, qui mêle les figures historiques les plus authentiques à ses fantasmes et à ses clones récurrents, le tout saupoudré de digressions improbables. Il n'a pas, comme dans Sauve qui peut (la révolution), osant toute l'audace d'impliquer Danton et Robespierre, presque centenaires, dans des aventures picaresques ; ici, il se contente d'une errance chaotique et jubilatoire, qui est aussi une leçon de vie et une lecture attentive, désabusée et amusante de l'histoire vécue, narrée et imaginée.>>>
- Voyez, par exemple, Jaurès et les écrivains, éd. de Julie Bertrand-Sabiani. Orléans : Centre Charles Péguy, 1994.>>>
- « Jaurès, vous roman national à l'histoire problème ».>>>
- Grégoire Poussielgue, « Emmanuel Macron sur les traces de Jean Jaurès pour cloturer sa campagne », Les Echos 5.5.2017.>>>
- Entre l'assassinat de Jaurès et la guerre d'Espagne, entre la grande Histoire et les vies minuscules, comment s'écrit et se détricote la légende des héros ambigus. « Et pourtant ils existent » reconstruit patiemment et non sans malice les exploits questionnables de Florentin Bordes, soldat têtu de la liberté, totem de sa propre famille, au cœur d'un tourbillon romanesque où les voix se répondent, se prolongent, se contredisent pour démêler équivoques du réel, vérités improbables et infaillibles hypothèses de la fiction. (Actes Sud) >>>
- Thierry Froger écrit dans les vides de l'histoire. Les lecteurs de ses premiers romans Sauve qui peut (la révolution), dans lequel Danton et Godard sont devenus des personnages de fiction, et Nuits d'AvaLes lecteurs familiers d'Ava Gardner et de Gustave Courbet connaissent son talent pour brouiller les frontières entre vérité et mensonge et entremêler avec brio des fils narratifs qui n'auraient jamais dû se croiser. C'est à cette entreprise qu'il se livre dans ce roman énigmatique, où de multiples voix s'entremêlent pour reconstituer le passé tumultueux de Florentin Bordes, interrogeant l'héroïsme, l'engagement politique et la fidélité aux idéaux de la jeunesse.>>>
- « Vous êtes deux ivrognes nostalgiques. Je vous plains », dit-elle avant de quitter le jardin, tandis que Ferré Les anarchistes Elle chantait. Alors qu'elle s'éloignait dans la nuit vers sa maison, elle se retourna une dernière fois, et je crus qu'elle avait changé d'avis ou qu'elle voulait nous embrasser avant de partir. Mais non. Elle dit simplement : « Ton Leo n'avait que le visage et les paroles d'un anarchiste. Il conduisait une Rolls Royce, ce salaud. »>>>