Shoalzheimer : Raphaël Sigal

Le roman de Raphaël Sigal, « Géographie de l'oubli » (2025, Prix Méduse), s'articule autour du silence et de l'oubli de sa grand-mère, doublement marquée par le traumatisme de l'Holocauste et la maladie d'Alzheimer. Le narrateur n'hérite que de fragments – bribes de phrases, gestes, objets – et tente d'en faire un livre qui, loin de révéler le vide, le rend visible. Au lieu d'une recherche documentaire, il privilégie une méthode poétique fondée sur la fragmentation, la répétition et le silence. Le néologisme « Shoalzheimer » associe l'oubli actif, lié à la survie, de l'Holocauste à l'oubli passif et destructeur de la maladie. Le livre se conçoit comme un « Ricercar à x + 1 voix » : une quête musicale des voix perdues des ancêtres (x) et de la voix du petit-fils (+1), dont la polyphonie s'entrelace pour former une partition fragile, presque illisible. Il en résulte un texte polyphonique, imprégné de vide et de mémoire, qui redéfinit les frontières du témoignage, de la fiction et de la forme littéraire.

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