Poétique de l'enfance : Marie NDiaye, Le bon Denis (2025)
Dans le cadre de la série autobiographique « Traits et portraits » du Mercure de France, qui encourage depuis des années les autoportraits hybrides mêlant image et texte, Marie Ndiaye enrichit son exploration littéraire des constellations familiales d'une nouvelle dimension, cette fois sous le signe de la paternité. « Le bon Denis » (2025), œuvre de seulement 136 pages, s'inscrit néanmoins dans la quête autobiographique de l'auteure et la complexifie davantage. Avec son « Autoportrait en vert » (2005), paru dans la même série, Ndiaye avait déjà dressé le portrait de sa mère : un texte qui, plus qu'il ne dévoilait, concevait le récit autobiographique non comme un acte de souvenir ou de confession, mais comme une pratique poétique et performative, un jeu avec l'apparence, le déracinement et l'incertitude. « Le bon Denis » s'inscrit dans cette tradition et intensifie simultanément le geste poétique de l'inconnu et de la construction face au vide biographique laissé par son père. Ce recueil, divisé en quatre textes en prose, explore l'absence et le profond trouble engendrés par le père qui a jadis abandonné sa famille, sans pour autant proposer d'explication psychologique ni de solution à cette perte. NDiaye déploie plutôt un kaléidoscope littéraire qui fonctionne par des changements de perspective, un langage ironique, l'entrelacement du réel et de la fiction, et des insertions intermédiales.
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