La tyrannie de l'imagination : Julien de Kerviler
« Les Tyrans sont éternels » (2003) de Julien de Kerviler relate l'invasion américaine de Bagdad du point de vue d'un favori de Saddam Hussein, à la fois son double, son intermédiaire et le narrateur. Le roman tisse une toile labyrinthique de tromperies, de doubles et de superpositions mythiques, où réalité, fiction et histoire se confondent. Bagdad apparaît comme une nouvelle Babel, Saddam comme le retour des souverains mésopotamiens, et la tyrannie comme une force indestructible et éternellement récurrente. Le corps féminin sert de théâtre à l'asservissement, mais aussi de lieu de contre-pouvoir narratif. Dans une vision apocalyptique, les tyrans se préservent sous terre, pour ne revenir qu'après la chute de l'humanité. Le roman lui-même est conçu comme une bombe à retardement, une arme, entraînant le lecteur dans un jeu de dupes et démontrant ainsi que le langage et le récit sont les formes ultimes d'exercice du pouvoir. Cet essai démontre que le roman de Kerviler n'est pas un simple texte politique sur la guerre d'Irak, mais une réflexion poétique sur l'inévitabilité de la tromperie, le pouvoir du langage et l'éternel retour de la tyrannie. Il identifie les motifs centraux – les doubles, le mythe de Babel, la politique du corps, la métafiction – en les reliant à la mythologie mésopotamienne et en les comparant à d'autres contextes littéraires tels que *Mésopotamie* d'Olivier Guez (2024) et *Les mouvements de l'Armée rouge en 1945* de de Kerviler (2025). En définitive, l'essai interprète *Les Tyrans sont éternels* comme une « expérience de perception » littéraire, révélant que la forme la plus radicale de tyrannie n'est pas la violence physique, mais la colonisation de l'imaginaire par le langage.
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