La société en voie de fragmentation – la littérature comme réponse à la crise de la représentation : Robert Lukenda
L'étude de Robert Lukenda, « Représenter la société à l'ère des singularités : réponses narratives à la crise contemporaine de la représentation en France », propose une analyse approfondie de la manière dont la littérature française contemporaine appréhende l'idée que la « société », en tant qu'entité cohérente, est devenue de plus en plus insaisissable. À partir de scènes telles que la vision ethnographique du supermarché par Annie Ernaux ou la reconstitution par Éric Vuillard des figures révolutionnaires anonymes, Lukenda démontre que la littérature intervient précisément là où les discours politiques et médiatiques déforment ou omettent de saisir la réalité sociale. Dans une première partie théorique, il expose la crise historique et contemporaine de la représentation en France – de la tension entre la revendication républicaine d'unité et les inégalités sociales à la fragmentation entre « France périphérique » et métropoles – avant d'analyser, dans une seconde partie, les réponses littéraires : auto-réflexions socio-biographiques (Ernaux, Eribon), reconstitutions documentaires (Vuillard), projets narratifs collectifs (« Raconter la vie ») et formats sériels. Cette recension soutient que Lukenda définit avec pertinence la littérature comme un médium de « médiation » qui rend visibles les relations sociales là où les formes classiques de représentation échouent ; elle souligne simultanément, de manière critique, que cette littérature privilégie souvent le point de vue de l’« invisible », tandis que les élites, les institutions politiques et les logiques esthétiques demeurent inexplorées. Ces œuvres dressent le portrait d’une France qui se décrit mal elle-même – et d’une littérature qui met en lumière ce fossé sans parvenir à le combler pleinement.
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